Éducation Nationale Française · Terminale Spécialité
Suites et récurrence
I
Le raisonnement par récurrence
I.1
Suites définies par récurrence
Définition — Définition par récurrence
Une définition par récurrence d'une suite comprend deux parties : - Le premier terme (ou terme initial), noté par exemple \(u_0\) ou \(u_1\). C'est le point de départ.
- La règle de récurrence (ou relation de récurrence), qui est une formule exprimant le terme suivant, \(u_{n+1}\), en fonction du terme courant, \(u_n\), pour tout entier \(n\) concerné (par exemple \(n \ge 0\) ou \(n \ge 1\)).
Exemple
Une suite est définie par récurrence par : - \(u_1 = 5\) (Le premier terme est \(5\)).
- \(u_{n+1} = u_n + 3\) (La règle est d'ajouter \(3\) au terme précédent, pour tout entier \(n \ge 1\)).
On construit la suite étape par étape en utilisant la définition par récurrence. $$5 \textcolor{olive}{\xrightarrow{\;+3\;}} 8 \textcolor{olive}{\xrightarrow{\;+3\;}} 11 \textcolor{olive}{\xrightarrow{\;+3\;}} 14 \textcolor{olive}{\xrightarrow{\,+3\,}} 17$$ Les cinq premiers termes sont : \(5\) ; \(8\) ; \(11\) ; \(14\) ; \(17\).
- \(1^{\text{er}}\) terme : Le terme de départ est donné : \(\boldsymbol{u_1 = 5}\).
- \(2^{\text{e}}\) terme : On utilise la règle avec \(n=1\). \(\boldsymbol{u_2} = u_1 + 3 = 5 + 3 = \textbf{8}\).
- \(3^{\text{e}}\) terme : On utilise la règle avec \(n=2\). \(\boldsymbol{u_3} = u_2 + 3 = 8 + 3 = \textbf{11}\).
- \(4^{\text{e}}\) terme : On utilise la règle avec \(n=3\). \(\boldsymbol{u_4} = u_3 + 3 = 11 + 3 = \textbf{14}\).
- \(5^{\text{e}}\) terme : On utilise la règle avec \(n=4\). \(\boldsymbol{u_5} = u_4 + 3 = 14 + 3 = \textbf{17}\).
Compétences à pratiquer
- Calculer des termes avec une relation de récurrence
- Rédiger avec une relation de récurrence
I.2
Le principe de récurrence
Le raisonnement par récurrence est une technique puissante utilisée pour démontrer qu'une proposition \(P(n)\) est vraie pour tous les entiers \(n\) à partir d'une certaine valeur de départ. C'est analogue à faire tomber une rangée de dominos : si l'on fait tomber le premier, et si chaque domino fait tomber le suivant, alors tous les dominos finissent par tomber.
Méthode — Le principe du raisonnement par récurrence
Pour démontrer par récurrence qu'une proposition \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n \ge n_0\) : - Initialisation : vérifier que \(P(n_0)\) est vraie.
- Hérédité : supposer \(P(n)\) vraie pour un entier \(n \ge n_0\) quelconque (l'hypothèse de récurrence), et démontrer qu'alors \(P(n+1)\) est vraie.
- Conclusion : la propriété est initialisée et héréditaire ; d'après le principe de récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n \ge n_0\).
Exemple
Démontrer par récurrence que pour tout entier \(n \ge 1\), $$ 1 + 2 + 3 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2}. $$
Soit \(P(n)\) la proposition $$ P(n) : \quad 1 + 2 + 3 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2} $$ pour tout entier \(n \ge 1\).
- Initialisation (\(n=1\)) :
À gauche, on a \(1\). À droite, $$ \frac{1(1+1)}{2} = \frac{2}{2} = 1. $$ Donc \(P(1)\) est vraie. - Hérédité :
On suppose \(P(n)\) vraie pour un entier \(n \ge 1\) quelconque (hypothèse de récurrence), c’est-à-dire $$ 1 + 2 + 3 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2}. $$ On montre que \(P(n+1)\) est vraie, c’est-à-dire : $$ 1 + 2 + 3 + \dots + n + (n+1) = \frac{(n+1)(n+2)}{2}. $$ En partant du membre de gauche de \(P(n+1)\) : $$ \begin{aligned} 1 + 2 + \dots + n + (n+1) &= \left(1 + 2 + \dots + n\right) + (n+1) \\ &= \frac{n(n+1)}{2} + (n+1) \quad &&\text{(d’après l’hypothèse de récurrence)}\\ &= \frac{n(n+1)}{2} + \frac{2(n+1)}{2} \\ &= \frac{(n+1)(n+2)}{2}. \end{aligned} $$ Ainsi, \(P(n+1)\) est vraie. - Conclusion :
La propriété est vraie au rang \(1\) et est héréditaire : d’après le principe de récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n \ge 1\).
Exemple — Une récurrence sur une suite définie par récurrence
La suite \((u_n)\) est définie par \(u_0 = 1\) et, pour tout entier naturel \(n\), \(u_{n+1} = \dfrac{1}{2}u_n + 2\). - Démontrer par récurrence que \(u_n \le 4\) pour tout entier naturel \(n\).
- En déduire que la suite \((u_n)\) est croissante.
- Démontrer par récurrence que \(u_n = 4 - \dfrac{3}{2^n}\) pour tout entier naturel \(n\).
- Soit \(P(n)\) la proposition « \(u_n \le 4\) », pour les entiers naturels \(n\). Initialisation : \(u_0 = 1 \le 4\), donc \(P(0)\) est vraie. Hérédité : on suppose \(u_k \le 4\) pour un entier naturel \(k\) (hypothèse de récurrence). Multiplier par \(\frac{1}{2} > 0\) conserve le sens de l'inégalité : $$\begin{aligned}[t] u_{k+1} &= \frac{1}{2}u_k + 2\\ &\le \frac{1}{2} \times 4 + 2 && \text{(hypothèse de récurrence)}\\ &= 4. \end{aligned}$$ Donc \(P(k+1)\) est vraie. Conclusion : la propriété est vraie au rang \(0\) et héréditaire ; d'après le principe de récurrence, \(u_n \le 4\) pour tout entier naturel \(n\).
- Pour tout entier naturel \(n\), $$\begin{aligned}[t] u_{n+1} - u_n &= \frac{1}{2}u_n + 2 - u_n\\ &= \frac{1}{2}\left(4 - u_n\right)\\ &\ge 0 && \text{(question 1 : \(u_n \le 4\))}. \end{aligned}$$ Donc \(u_{n+1} \ge u_n\) pour tout \(n\) : la suite \((u_n)\) est croissante.
- Soit \(Q(n)\) la proposition \(u_n = 4 - \dfrac{3}{2^n}\), pour les entiers naturels \(n\). Initialisation : \(4 - \dfrac{3}{2^0} = 4 - 3 = 1 = u_0\), donc \(Q(0)\) est vraie. Hérédité : on suppose \(u_k = 4 - \dfrac{3}{2^k}\) pour un entier naturel \(k\) (hypothèse de récurrence). Alors $$\begin{aligned}[t] u_{k+1} &= \frac{1}{2}u_k + 2\\ &= \frac{1}{2}\left(4 - \frac{3}{2^k}\right) + 2 && \text{(hypothèse de récurrence)}\\ &= 2 - \frac{3}{2^{k+1}} + 2\\ &= 4 - \frac{3}{2^{k+1}}. \end{aligned}$$ Donc \(Q(k+1)\) est vraie. Conclusion : d'après le principe de récurrence, \(u_n = 4 - \dfrac{3}{2^n}\) pour tout entier naturel \(n\). Cette formule confirme les questions 1 et 2 : \(\dfrac{3}{2^n} > 0\), et ce nombre diminue quand \(n\) augmente.
Compétences à pratiquer
- Démontrer une formule par récurrence
- Conjecturer une formule et la démontrer par récurrence
- Démontrer par récurrence des propriétés des suites
- Démontrer par récurrence des propriétés de divisibilité
I.3
L'inégalité de Bernoulli
Remarque
L'inégalité qui suit sert, dans la section Limites des suites géométriques, à démontrer que \(q^n \to +\infty\) lorsque \(q > 1\) : en écrivant \(q = 1+a\) avec \(a = q-1 > 0\), on obtient \(q^n \ge 1 + n(q-1) \to +\infty\).
Proposition — Inégalité de Bernoulli
Pour tout réel \(a \ge 0\) et tout entier \(n \ge 0\),$$(1+a)^n \ge 1 + na.$$
On démontre \(P(n): (1+a)^n \ge 1+na\) par récurrence sur \(n\).
- Initialisation. Pour \(n=0\) : \((1+a)^0 = 1\) et \(1 + 0 \times a = 1\), donc \(P(0)\) est vraie.
- Hérédité. On suppose \((1+a)^n \ge 1+na\) pour un entier \(n \ge 0\). Comme \(1+a > 0\), multiplier les deux membres par \(1+a\) conserve l'inégalité :$$\begin{aligned}[t] (1+a)^{n+1} &= (1+a)^n (1+a) \\ &\ge (1+na)(1+a) && {\scriptstyle(\text{hypothèse de récurrence, } 1+a>0)} \\ &= 1 + (n+1)a + na^2 \\ &\ge 1 + (n+1)a && {\scriptstyle(na^2 \ge 0)}. \end{aligned}$$Donc \(P(n+1)\) est vraie.
- Conclusion. Par récurrence, \((1+a)^n \ge 1+na\) pour tout \(n \ge 0\).
Compétences à pratiquer
- Démontrer des inégalités par récurrence
II
Limite d'une suite
II.1
Suites croissantes et décroissantes
Définition — Suites croissantes et décroissantes
Soit \((u_n)\) une suite. - La suite \((u_n)\) est croissante à partir du rang \(n_0\) si, pour tout \(n \ge n_0\), on a \(\boldsymbol{u_{n+1} \ge u_n}\).
- La suite \((u_n)\) est décroissante à partir du rang \(n_0\) si, pour tout \(n \ge n_0\), on a \(\boldsymbol{u_{n+1} \le u_n}\).
- Une suite qui est soit croissante, soit décroissante est dite monotone.
Compétences à pratiquer
- Démontrer le sens de variation d'une suite
II.2
Approche intuitive de la limite
Une fois le sens de variation connu, une seconde question se pose : que deviennent les termes \(u_n\) quand \(n\) devient très grand — mille, un million, et au-delà ? Deviennent-ils de plus en plus grands, se rapprochent-ils d'un nombre fixe, ou continuent-ils d'osciller ? C'est la question de la limite d'une suite.
Définition — Limite d'une suite
Soit \((u_n)\) une suite. - \((u_n)\) a pour limite \(+\infty\) (quand \(n\) tend vers \(+\infty\)) si les termes \(u_n\) deviennent aussi grands que l'on veut, pourvu que \(n\) soit assez grand. On note \(\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
- \((u_n)\) a pour limite \(-\infty\) si les termes \(u_n\) deviennent aussi grands que l'on veut dans les négatifs, pourvu que \(n\) soit assez grand. On note \(\lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
- \((u_n)\) a pour limite un réel \(\ell\) si les termes \(u_n\) deviennent aussi proches de \(\ell\) que l'on veut, pourvu que \(n\) soit assez grand : on dit que \((u_n)\) converge vers \(\ell\), et on note \(\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell\).
Exemple
Conjecturer la limite éventuelle de chaque suite définie pour \(n \geq 1\) : $$u_n = \frac{1}{n} \qquad v_n = n^2 \qquad w_n = (-1)^n \qquad t_n = 0{,}5^n$$
On calcule quelques termes pour de grandes valeurs de \(n\) :
| \(n\) | \(1\) | \(10\) | \(101\) | \(1000\) |
| \(u_n = 1/n\) | \(1\) | \(0{,}1\) | \(\approx 0{,}0099\) | \(0{,}001\) |
| \(v_n = n^2\) | \(1\) | \(100\) | \(10\,201\) | \(1\,000\,000\) |
| \(w_n = (-1)^n\) | \(-1\) | \(1\) | \(-1\) | \(1\) |
| \(t_n = 0{,}5^n\) | \(0{,}5\) | \(\approx 0{,}001\) | \(\approx 4 \times 10^{-31}\) | \(\approx 0\) |
- Les termes \(u_n\) deviennent aussi proches de \(0\) que l'on veut : on conjecture \(\lim u_n = 0\).
- Les termes \(v_n\) deviennent aussi grands que l'on veut : \(\lim v_n = +\infty\).
- \(w_n\) prend alternativement les valeurs \(-1\) et \(1\) (\(w_{101} = -1\)) : pas de limite.
- Les termes \(t_n\) deviennent aussi proches de \(0\) que l'on veut : \(\lim t_n = 0\).
Compétences à pratiquer
- Conjecturer numériquement la limite d'une suite
II.3
Limite infinie d'une suite
Définition — Limite égale à \(+\infty\)
Dire qu'une suite \((u_n)\) a pour limite \(+\infty\) signifie que tout intervalle du type \(]A ; +\infty[\) (avec \(A\) un réel) contient toutes les valeurs \(u_n\) à partir d'un certain rang. On note : $$\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty$$
Illustration graphique
Aussi grand que soit le nombre réel \(A\), on peut trouver un entier naturel \(n_0\) tel que pour tout \(n \ge n_0, u_n > A\).
En termes imagés « aussi haute que l'on place la barrière horizontale \(A\), les termes \(u_n\) parviennent à passer définitivement au-dessus ». 
En termes imagés « aussi haute que l'on place la barrière horizontale \(A\), les termes \(u_n\) parviennent à passer définitivement au-dessus ».

Exemple
Les suites \((n)\), \((n^2)\), \((\sqrt{n})\) et \((n^3)\) ont pour limite \(+\infty\). Définition — Limite égale à \(-\infty\)
Dire qu'une suite \((u_n)\) a pour limite \(-\infty\) signifie que tout intervalle du type \(]-\infty ; A[\) (avec \(A\) un réel) contient toutes les valeurs \(u_n\) à partir d'un certain rang. On note \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
Illustration graphique
Aussi négatif que soit le nombre réel \(A\), on peut trouver un entier naturel \(n_0\) tel que pour tout \(n \ge n_0, u_n < A\).En termes imagés « aussi basse que l'on place la barrière horizontale \(A\), les termes \(u_n\) parviennent à passer définitivement en-dessous ». 

Exemple
Les suites \((-2n)\), \((-n^2)\) et \((-5\sqrt{n})\) ont pour limite \(-\infty\). Méthode — Déterminer un seuil
Lorsque \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\), la définition dit que pour tout réel \(A\) les termes dépassent \(A\) à partir d'un certain rang. Pour une suite croissante, le seuil pour \(A\) est le plus petit rang \(n_0\) tel que \(u_{n_0} > A\) : à partir de ce rang, tous les termes dépassent \(A\). Deux techniques. - Par une inéquation (formule explicite) : résoudre l'inéquation \(u_n > A\) d'inconnue l'entier \(n\). Lorsque la suite est croissante, la première solution entière est le seuil.
- En parcourant les termes (suite quelconque, typiquement définie par récurrence) : calculer \(u_0\), \(u_1\), \(u_2\), … jusqu'à dépasser \(A\), avec un tableau de valeurs à la calculatrice ou une boucle
whileen Python. Pour \(u_0 = 2\) et \(u_{n+1} = 1{,}5\,u_n\) :
La boucle s'arrête : comme \(u_n \to +\infty\), la définition garantit qu'un terme dépasse \(A\). Elle renvoie le premier rang \(n\) tel que \(u_n > A\), qui est le seuil lorsque la suite est croissante. Pour une suite qui n'est pas croissante, ce premier rang n'est pas nécessairement un rang à partir duquel tous les termes dépassent \(A\).def threshold(A): n = 0 u = 2 # u_0 while u <= A: n = n + 1 u = 1.5 * u # u_n return n
Exemple
Soit \(u_n = n^2 - 3\) pour tout entier naturel \(n\). Déterminer le seuil pour \(A = 1000\).
La suite est croissante, car \(u_{n+1} - u_n = 2n + 1 > 0\).
- Par une inéquation. $$\begin{aligned} u_n > 1000 &\iff n^2 - 3 > 1000 \\ &\iff n^2 > 1003. && \text{(on ajoute 3)} \end{aligned}$$ Comme \(31^2 = 961 < 1003\) et \(32^2 = 1024 > 1003\), la première solution entière est \(n = 32\) : le seuil est \(n_0 = 32\).
- Par une boucle. La fonction de la méthode est adaptée à la suite : la valeur initiale devient \(u_0 = -3\) et la mise à jour devient \(u_n = n^2 - 3\).
def threshold(A): n = 0 u = -3 # u_0 while u <= A: n = n + 1 u = n * n - 3 # u_n return nthreshold(1000)renvoie32.
Les faces algorithmique et programmation
La boucle ci-dessus est un classique. Sa terminaison se prouve par un variant et son exécution se suit dans un tableau d'états ; en Python, une telle fonction s'écrit avec une boucle
while.
Compétences à pratiquer
- Déterminer un seuil par une inéquation
- Déterminer un seuil en Python
II.4
Limite finie et convergence
Définition — Limite égale à un réel \(\ell\)
On dit qu'une suite \((u_n)\) converge vers un réel \(\ell\) si, pour tout \(\varepsilon > 0\), l'intervalle \(\left]\,\ell - \varepsilon \,;\, \ell + \varepsilon\,\right[\) contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On écrit :$$\lim_{n\to +\infty} u_n = \ell.$$ On dit alors que la suite \((u_n)\) converge vers \(\ell\) (ou que \(\ell\) est la limite de la suite \((u_n)\)). 
Deux formulations de la convergence
La définition peut aussi s'énoncer sans \(\varepsilon\) : la suite \((u_n)\) converge vers \(\ell\) si tout intervalle ouvert contenant \(\ell\) contient toutes les valeurs de la suite à partir d'un certain rang.
Les deux formulations sont équivalentes. Un intervalle ouvert \(]a\,;\,b[\) contenant \(\ell\) contient un intervalle \(]\ell - \varepsilon\,;\,\ell + \varepsilon[\) (prendre \(\varepsilon\) plus petit que \(\ell - a\) et que \(b - \ell\)), et un intervalle ouvert non borné contenant \(\ell\), comme \(]a\,;\,+\infty[\), contient lui aussi un tel intervalle borné ; réciproquement, tout intervalle \(]\ell - \varepsilon\,;\,\ell + \varepsilon[\) est un intervalle ouvert contenant \(\ell\).
Dans les démonstrations, c'est la formulation en \(\varepsilon\) qui sert : elle traduit « proche de \(\ell\) » par l'inégalité \(|u_n - \ell| < \varepsilon\).
Les deux formulations sont équivalentes. Un intervalle ouvert \(]a\,;\,b[\) contenant \(\ell\) contient un intervalle \(]\ell - \varepsilon\,;\,\ell + \varepsilon[\) (prendre \(\varepsilon\) plus petit que \(\ell - a\) et que \(b - \ell\)), et un intervalle ouvert non borné contenant \(\ell\), comme \(]a\,;\,+\infty[\), contient lui aussi un tel intervalle borné ; réciproquement, tout intervalle \(]\ell - \varepsilon\,;\,\ell + \varepsilon[\) est un intervalle ouvert contenant \(\ell\).
Dans les démonstrations, c'est la formulation en \(\varepsilon\) qui sert : elle traduit « proche de \(\ell\) » par l'inégalité \(|u_n - \ell| < \varepsilon\).
Rang d'approximation
Lorsque \((u_n)\) converge vers \(\ell\), la définition fournit, pour tout \(\varepsilon > 0\), un rang à partir duquel \(|u_n - \ell| < \varepsilon\). Pour déterminer un tel rang, les deux techniques du seuil (méthode « Déterminer un seuil ») s'appliquent à l'inéquation \(|u_n - \ell| < \varepsilon\) : la résoudre, ou parcourir les termes avec la boucle
Attention : la boucle renvoie le premier rang où l'inégalité est vérifiée. Lorsque \(|u_n - \ell|\) décroît (par exemple \(|u_n - \ell| = \frac1n\)), ce premier rang est un rang à partir duquel l'inégalité reste vraie ; sinon, cela doit être vérifié à part.
while abs(u - l) >= eps.Attention : la boucle renvoie le premier rang où l'inégalité est vérifiée. Lorsque \(|u_n - \ell|\) décroît (par exemple \(|u_n - \ell| = \frac1n\)), ce premier rang est un rang à partir duquel l'inégalité reste vraie ; sinon, cela doit être vérifié à part.
Définition — Suite divergente
On distingue deux types de suites : - Les suites convergentes qui possèdent une limite finie ;
- Les suites divergentes qui n'en possèdent pas (soit parce qu'elles tendent vers l'infini, soit parce qu'elles n'admettent aucune limite).
Exemple
La suite définie par \(u_n = (-1)^n\) n'admet aucune limite. Elle alterne entre \(-1\) et \(1\) sans se rapprocher d'une valeur fixe. C'est donc une suite divergente. 
Compétences à pratiquer
- Comprendre la convergence d'une suite par les intervalles
- Déterminer un rang d'approximation
III
Propriétés des limites
III.1
Suites arithmétiques
Définition — Suite arithmétique
Une suite arithmétique est une suite où chaque terme après le premier est obtenu en ajoutant une valeur constante au terme précédent. Cette constante est appelée la raison, notée \(r\). - Définition par récurrence : La règle pour trouver le terme suivant à partir du précédent est :$$u_{n+1} = u_n + r$$
- Formule explicite : On peut aussi trouver n'importe quel terme directement en utilisant sa position, \(n\).
- Si la suite commence par \(u_1\) : $$u_n = u_1 + (n-1)r$$
- Si la suite commence par \(u_0\) : $$u_n = u_0 + nr$$
Proposition — Terme général d'une suite arithmétique
Soit \((u_n)\) une suite arithmétique de raison \(r\). - Pour tout entier naturel \(n\) : \(u_n = u_0 + nr\).
- Si la suite commence à \(u_1\) : \(u_n = u_1 + (n-1)r\).
- Plus généralement, pour tous entiers naturels \(n\) et \(p\) : \(u_n = u_p + (n-p)r\).
Exemple
Soit \((u_n)\) la suite arithmétique de premier terme \(u_0 = 5\) et de raison \(r = 3\). - Calculer \(u_{20}\).
- Une autre suite arithmétique \((v_n)\) a pour raison \(3\) et vérifie \(v_5 = 17\). Calculer \(v_{12}\).
- D'après la proposition, \(u_{20} = u_0 + 20r = 5 + 20 \times 3 = 65\).
- En partant de \(v_5\) : \(v_{12} = v_5 + (12 - 5) \times 3 = 17 + 21 = 38\).
Compétences à pratiquer
- Rédiger le terme général d'une suite arithmétique
III.2
Opérations sur les limites
Proposition — Somme et produit
Soient \(\ell\) et \(\ell'\) deux nombres réels. - Somme
\(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n\) \(\ell\) \(\ell\) \(\ell\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n\) \(\ell'\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (u_n+v_n)\) \(\ell+\ell'\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) FI FI - Produit
\(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n\) \(\ell\) \(\ell \neq 0\) \(\pm\infty\) \(0\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n\) \(\ell'\) \(\pm\infty\) \(\pm\infty\) \(\pm\infty\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (u_n \times v_n)\) \(\ell\ell'\) \(\pm\infty\) (règle des signes) \(\pm\infty\) (règle des signes) FI
Proposition — Quotient de deux suites
Soit \((u_n)\) et \((v_n)\) deux suites telles que pour tout entier naturel \(n\), \(v_n \neq 0\). - Cas où \(\lim v_n = \ell' \neq 0\) ou \(\pm\infty\)
\(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n \) \(\ell\) \(\ell\) \(+\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(\pm\infty\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n \) \(\ell' \neq 0\) \(\pm\infty\) \(\ell'>0\) \(\ell'<0\) \(\ell'>0\) \(\ell'<0\) \(\pm\infty\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \frac{u_n}{v_n} \) \(\frac{\ell}{\ell'}\) \(0\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) FI - Cas où \(\lim v_n = 0\)
\(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n \) \(\ell>0\) ou \(+\infty\) \(\ell<0\) ou \(-\infty\) \(\ell>0\) ou \(+\infty\) \(\ell<0\) ou \(-\infty\) \(0\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n \) \(0\) en restant \(+\) \(0\) en restant \(+\) \(0\) en restant \(-\) \(0\) en restant \(-\) \(0\) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \frac{u_n}{v_n} \) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) FI
Méthode — Factoriser par le terme dominant
Lorsque les règles donnent une forme indéterminée (\(+\infty - \infty\), \(\frac{\infty}{\infty}\), \(\frac{0}{0}\)), la limite ne se lit pas directement : il faut d'abord transformer l'expression. Pour les expressions polynomiales et rationnelles en \(n\) : - Dans chaque somme, factoriser par le terme dominant, celui qui croît le plus vite (pour une expression polynomiale en \(n\), la plus haute puissance de \(n\)) : par exemple \(n^2 - 3n = n^2\left(1 - \dfrac{3}{n}\right)\).
- Dans un quotient, factoriser par le terme dominant du numérateur et par celui du dénominateur, puis simplifier.
- Appliquer les règles à la nouvelle expression : le facteur entre parenthèses a une limite finie, obtenue à partir de \(\dfrac{1}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), \(\dfrac{1}{n^2} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), …
Exemple
Déterminer la limite de chaque suite. - \(u_n = n^2 - 3n\) pour tout entier naturel \(n\).
- \(v_n = \dfrac{2n^2 + 1}{n^2 + n}\) pour tout entier \(n \ge 1\).
- \(n^2 \to +\infty\) (limite de référence) et \(3n \to +\infty\) (règle du produit) : la différence est une forme indéterminée \(+\infty - \infty\). Pour \(n \ge 1\), on factorise par le terme dominant \(n^2\) : $$\begin{aligned} u_n &= n^2 - 3n \\ &= n^2 \times 1 - n^2 \times \frac{3}{n} && \text{(on écrit } 3n = n^2 \times \tfrac{3}{n}\text{)} \\ &= n^2\left(1 - \frac{3}{n}\right). \end{aligned}$$ Or \(\dfrac{3}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), donc \(1 - \dfrac{3}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 1\), et \(n^2 \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\). Par la règle du produit, \(u_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\).
- Le numérateur et le dénominateur tendent tous deux vers \(+\infty\) : forme indéterminée \(\frac{\infty}{\infty}\). On factorise par le terme dominant \(n^2\) en haut et en bas : $$\begin{aligned} v_n &= \frac{2n^2 + 1}{n^2 + n} \\ &= \frac{n^2\left(2 + \frac{1}{n^2}\right)}{n^2\left(1 + \frac{1}{n}\right)} && \text{(on factorise par } n^2\text{)} \\ &= \frac{\cancel{n^2}\left(2 + \frac{1}{n^2}\right)}{\cancel{n^2}\left(1 + \frac{1}{n}\right)} && \text{(on simplifie)} \\ &= \frac{2 + \frac{1}{n^2}}{1 + \frac{1}{n}}. \end{aligned}$$ Comme \(\dfrac{1}{n^2} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\) et \(\dfrac{1}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), le numérateur tend vers \(2\) et le dénominateur vers \(1\) : par la règle du quotient, \(v_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} 2\).
Proposition — Limites des suites arithmétiques
Soit \((u_n)\) une suite arithmétique de raison \(r\). - Si \(\boldsymbol{r > 0}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
- Si \(\boldsymbol{r < 0}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
- Si \(\boldsymbol{r = 0}\), la suite est constante et \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = u_0\).
Une suite arithmétique de premier terme \(u_0\) et de raison \(r\) a pour terme général \(u_n = u_0 + n \times r\).
On utilise les règles opératoires sur les limites :
On utilise les règles opératoires sur les limites :
- Cas \(r > 0\) :
- On sait que \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} n = +\infty\) (limite de référence).
- Comme \(r\) est une constante strictement positive, par produit : $$\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (n \times r) = +\infty$$
- En ajoutant la constante \(u_0\), par somme : $$\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (u_0 + nr) = +\infty$$
- Cas \(r < 0\) :
- On sait que \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} n = +\infty\).
- Comme \(r\) est une constante strictement négative, par produit : \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (n \times r) = -\infty\).
- En ajoutant la constante \(u_0\), par somme : \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (u_0 + nr) = -\infty\).
Exemple
- Soit \(u_n = 5 + 3n\). Comme \(r=3 > 0\), \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
- Soit \(v_n = 10 - 2n\). Comme \(r=-2 < 0\), \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} v_n = -\infty\).
Compétences à pratiquer
- Appliquer les règles opératoires
- Calculer des limites par opérations algébriques
- Lever une indétermination par factorisation
IV
Limites et comparaison
IV.1
Le théorème de comparaison
Théorème — Théorème de comparaison
Soient \((u_n)\) et \((v_n)\) deux suites numériques.Si (1) à partir d'un certain rang \(n_0\), on a \(u_n \ge v_n\), et si (2) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = +\infty\),
alors :$$\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty$$ De même, si à partir d'un certain rang \(u_n \le v_n\) et \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = -\infty\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).

Première affirmation. Soit \(A\) un réel. Comme \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = +\infty\), il existe un rang \(n_1\) tel que \(v_n > A\) pour tout \(n \ge n_1\). On pose \(N = \max(n_0, n_1)\). Pour tout \(n \ge N\) : $$u_n \ge v_n > A \qquad \text{(hypothèse (1), puis hypothèse (2))}.$$ L'intervalle \(]A ; +\infty[\) contient donc toutes les valeurs \(u_n\) à partir du rang \(N\). Ceci vaut pour tout réel \(A\) : par définition, \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\). Seconde affirmation. Soit \(n_0\) un rang à partir duquel \(u_n \le v_n\), et soit \(A\) un réel. Comme \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = -\infty\), il existe un rang \(n_1\) tel que \(v_n < A\) pour tout \(n \ge n_1\). Pour tout \(n \ge \max(n_0, n_1)\), \(u_n \le v_n < A\) : l'intervalle \(]-\infty ; A[\) contient toutes les valeurs à partir de ce rang, donc \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
Exemple
Soit \(u_n = 2n + (-1)^n\) pour tout entier naturel \(n\). Déterminer la limite de la suite \((u_n)\).
La suite \(((-1)^n)\) alterne entre \(-1\) et \(1\), donc la règle de la somme ne s'applique pas. On minore \(u_n\) : pour tout entier naturel \(n\), $$\begin{aligned} (-1)^n &\ge -1 \\
2n + (-1)^n &\ge 2n - 1. && \text{(on ajoute } 2n\text{)} \end{aligned}$$ La suite \((2n - 1)\) est arithmétique de raison \(2 > 0\), donc \(2n - 1 \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\). Comme \(u_n \ge 2n - 1\) pour tout \(n\), le théorème de comparaison donne \(u_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\). 

Compétences à pratiquer
- Utiliser la comparaison pour déterminer une limite
IV.2
Le théorème des gendarmes
Théorème — Théorème des gendarmes
Soient \((u_n)\), \((v_n)\) et \((w_n)\) trois suites numériques.Si (1) à partir d'un certain rang, \(\textcolor{colordef}{v_n} \leq \textcolor{olive}{u_n} \leq \textcolor{colorprop}{w_n}\), et si (2) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = \lim_{n \to +\infty} w_n = \ell\), où \(\ell\) est un réel,
alors la suite \((u_n)\) converge et sa limite est \(\ell\).

Exemple
Calculer la limite de la suite \((u_n)\) définie pour \(n \ge 1\) par \(u_n = \dfrac{(-1)^n}{n}\).
Pour tout \(n \ge 1\), on a \(-1 \le (-1)^n \le 1\).
Comme \(n > 0\), on peut diviser les membres de l'inégalité par \(n\) :$$-\frac{1}{n} \le \frac{(-1)^n}{n} \le \frac{1}{n}$$ On a : 
Comme \(n > 0\), on peut diviser les membres de l'inégalité par \(n\) :$$-\frac{1}{n} \le \frac{(-1)^n}{n} \le \frac{1}{n}$$ On a :
- \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} -\frac{1}{n} = 0\)
- \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \frac{1}{n} = 0\)

Compétences à pratiquer
- Utiliser le théorème des gendarmes pour déterminer une limite finie
V
Suites géométriques
V.1
Définition et terme général
Définition — Suite géométrique
Une suite géométrique est une suite dont chaque terme, à partir du deuxième, s'obtient en multipliant le précédent par un même nombre non nul. Ce nombre est appelé la raison de la suite, notée \(q\). - Définition par récurrence : Le terme suivant s'obtient à partir du précédent par :$$u_{n+1} = q \times u_n$$
- Formule explicite : On peut aussi calculer directement n'importe quel terme à partir de son rang \(n\).
- Si la suite commence par \(u_1\) : $$u_n = u_1 \times q^{n-1}$$
- Si la suite commence par \(u_0\) : $$u_n = u_0 \times q^n$$
Proposition — Terme général d'une suite géométrique
Soit \((u_n)\) une suite géométrique de raison \(q\). - Pour tout entier naturel \(n\) : \(u_n = u_0 \times q^n\).
- Si la suite commence à \(u_1\) : \(u_n = u_1 \times q^{n-1}\).
- Plus généralement, pour tous entiers naturels \(n\) et \(p\) avec \(n \geq p\) : \(u_n = u_p \times q^{n-p}\).
Exemple
Soit \((u_n)\) la suite géométrique de premier terme \(u_0 = 3\) et de raison \(q = 2\). - Calculer \(u_{10}\).
- Une autre suite géométrique \((v_n)\) a pour raison \(2\) et vérifie \(v_4 = 24\). Calculer \(v_7\).
- D'après la proposition, \(u_{10} = u_0 \times q^{10} = 3 \times 2^{10} = 3 \times 1024 = 3072\).
- En partant de \(v_4\) : \(v_7 = v_4 \times 2^{7-4} = 24 \times 8 = 192\).
Compétences à pratiquer
- Démontrer qu'une suite est géométrique
- Rédiger le terme général d'une suite géométrique
V.2
Limites des suites géométriques
Proposition — Limites des suites géométriques
Soit \(q\) un nombre réel. La limite de la suite \((q^n)\) dépend de la valeur de \(q\) : - Si \(\boldsymbol{q > 1}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = +\infty\).
- Si \(\boldsymbol{-1 < q < 1}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = 0\).
- Si \(\boldsymbol{q = 1}\), alors la suite est constante et \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = 1\).
- Si \(\boldsymbol{q \le -1}\), alors la suite n'a pas de limite.
- (\(q > 1\)) :
On utilise l'inégalité de Bernoulli : pour tout \(a > 0\) et tout \(n \in \mathbb{N}\), \((1+a)^n \ge 1 + na\).
On pose \(q = 1 + a\) avec \(a = q - 1 > 0\).
Alors \(q^n = (1 + a)^n \ge 1 + na\).
Comme \(a > 0\), on a \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (1 + na) = +\infty\).
Par le théorème de comparaison, on en déduit \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = +\infty\). - (\(-1 < q < 1\)) :
Si \(q = 0\), la limite est nulle.
Si \(0 < |q| < 1\), on pose \(Q = \frac{1}{|q|}\). Alors \(Q > 1\).
D'après la démonstration précédente, \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} Q^n = +\infty\).
Comme \(|q|^n = \frac{1}{Q^n}\), par passage à l'inverse, \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} |q|^n = 0\).
Par le théorème des gendarmes (\(-|q|^n\leq q^n\leq |q|^n\)), on en déduit donc que \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = 0\). - (\(q \le -1\)) :
Pour tout \(n\), \(q^{2n} = (q^2)^n \ge 1\) (car \(q^2 \ge 1\)), tandis que \(q^{2n+1} = q \cdot q^{2n} \le q \le -1\).
Les termes sont donc alternativement \(\ge 1\) et \(\le -1\) : ils ne peuvent ni s'approcher d'un réel unique, ni tendre vers \(+\infty\) ou \(-\infty\). Donc la suite \((q^n)\) n'a pas de limite.
Exemple
- \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} 1{,}05^n = +\infty\) car \(1{,}05 > 1\).
- \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \left(\frac{1}{2}\right)^n = 0\) car \(-1 < 0{,}5 < 1\).
- La suite \(((-2)^n)\) n'admet pas de limite car \(-2 \le -1\).
Compétences à pratiquer
- Reconnaître la limite d'une suite géométrique
- Calculer et interpréter la limite d'une suite géométrique
VI
Suites monotones et convergence
VI.1
Suites majorées et minorées
Définition — Majorants et minorants
Soit \((u_n)\) une suite. - La suite \((u_n)\) est majorée s'il existe un réel \(M\) tel que pour tout \(n\), \(\boldsymbol{u_n \le M}\). On dit que \(M\) est un majorant.
- La suite \((u_n)\) est minorée s'il existe un réel \(m\) tel que pour tout \(n\), \(\boldsymbol{m \le u_n}\). On dit que \(m\) est un minorant.
- Une suite est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Exemple
On considère la suite \(u_n = 1+\dfrac{2}{n}\) pour \(n\ge 1\). - Démontrer que \((u_n)\) est majorée par \(3\).
- Démontrer que \((u_n)\) est minorée par \(1\).
- En déduire que \((u_n)\) est bornée.
- Pour \(n \ge 1\), on a $$ \begin{aligned} n &\ge 1 \\ \frac{n}{n} &\ge \frac{1}{n} \\ 1 &\ge \frac{1}{n} \\ 2 &\ge \frac{2}{n} \\ 1+2 &\ge 1+\frac{2}{n} \\ 3 &\ge u_n, \end{aligned} $$ donc \(u_n \le 3\). Ainsi, la suite \((u_n)\) est majorée par \(3\) (c’est-à-dire que \(3\) est un majorant).
- Pour \(n \ge 1\), on a $$ \begin{aligned} n &\ge 1 \\ n &> 0 \\ \frac{1}{n} &> 0 \quad (\text{l’inverse a le même signe})\\ \frac{2}{n} &> 0 \\ 1+\frac{2}{n} &> 1 \\ u_n &> 1, \end{aligned} $$ Ainsi, la suite \((u_n)\) est minorée par \(1\) (c’est-à-dire que \(1\) est un minorant).
- Donc la suite \((u_n)\) est bornée.

Compétences à pratiquer
- Identifier les majorants et les minorants d'une suite
- Démontrer qu'une suite est bornée
VI.2
Monotonie et convergence
Proposition — Suites monotones non bornées
- Si une suite est croissante et non majorée, alors elle diverge vers \(+\infty\).
- Si une suite est décroissante et non minorée, alors elle diverge vers \(-\infty\).
On suppose \((u_n)\) croissante et non majorée. Soit \(A\) un réel. Comme \(A\) n'est pas un majorant de la suite, il existe un rang \(n_0\) tel que \(u_{n_0} > A\). La suite étant croissante, pour tout \(n \ge n_0\) : $$u_n \ge u_{n_0} > A.$$ L'intervalle \(]A ; +\infty[\) contient donc toutes les valeurs de la suite à partir du rang \(n_0\). Ceci vaut pour tout réel \(A\) : par définition, \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
Si \((u_n)\) est décroissante et non minorée, le même raisonnement s'applique : pour tout réel \(A\) il existe un rang \(n_0\) tel que \(u_{n_0} < A\), puis \(u_n \le u_{n_0} < A\) pour tout \(n \ge n_0\), donc \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
Si \((u_n)\) est décroissante et non minorée, le même raisonnement s'applique : pour tout réel \(A\) il existe un rang \(n_0\) tel que \(u_{n_0} < A\), puis \(u_n \le u_{n_0} < A\) pour tout \(n \ge n_0\), donc \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
Théorème — Théorème de convergence monotone
- Si une suite est croissante et majorée, alors elle converge.
- Si une suite est décroissante et minorée, alors elle converge.
Attention !
Ce théorème permet de prouver l'existence d'une limite mais n'en donne pas explicitement la valeur.
Exemple
Soit \((u_n)\) la suite définie pour \(n \ge 0\) par \(u_{n}=\dfrac{n-1}{n+4}\). - Démontrer que \((u_n)\) est majorée par \(1\).
- Démontrer que \((u_n)\) est croissante.
- En déduire que \((u_n)\) converge.
- Majoration par \(1\) : $$\begin{aligned}1 - u_n &= 1 - \dfrac{n-1}{n+4}\\ 1 - u_n&= \dfrac{n+4}{n+4} - \dfrac{n-1}{n+4}\\ 1 - u_n&= \dfrac{n+4 - (n-1)}{n+4}\\ 1 - u_n&= \dfrac{5}{n+4}\\ 1 - u_n&>0\\ 1 &>u_n\\ \end{aligned}$$ Donc, la suite \((u_n)\) est majorée par \(1\).
- Croissance : $$ \begin{aligned} u_{n+1}-u_n &= \frac{(n+1)-1}{(n+1)+4}-\frac{n-1}{n+4}\\ &= \frac{n}{n+5}-\frac{n-1}{n+4}\\ &= \frac{n(n+4)-(n-1)(n+5)}{(n+5)(n+4)}\\ &= \frac{n^2+4n-\bigl(n^2+5n-n-5\bigr)}{(n+5)(n+4)}\\ &= \frac{n^2+4n-(n^2+4n-5)}{(n+5)(n+4)}\\ &= \frac{5}{(n+5)(n+4)}\\ &>0 \end{aligned} $$ Donc, \((u_n)\) est croissante.
- Conclusion :
La suite \((u_n)\) est croissante et majorée par \(1\) ; d’après le théorème de convergence des suites monotones, elle converge.

Exemple — Une suite définie par récurrence
Soit \((u_n)\) définie par \(u_0 = 1\) et \(u_{n+1} = \sqrt{u_n + 2}\). Montrer que \((u_n)\) est croissante et majorée par \(2\), en déduire qu'elle converge, puis déterminer sa limite. - Majorée par 2 (récurrence). \(P(n): 0 \le u_n \le 2\). Initialisation : \(u_0 = 1\), donc \(0 \le u_0 \le 2\). Hérédité : si \(0 \le u_n \le 2\), alors \(2 \le u_n + 2 \le 4\), donc \(\sqrt{2} \le u_{n+1} \le 2\) ; en particulier \(0 \le u_{n+1} \le 2\). Par récurrence, \(0 \le u_n \le 2\) pour tout \(n\).
- Croissante. \(u_{n+1}^2 - u_n^2 = (u_n + 2) - u_n^2 = -(u_n-2)(u_n+1)\). Comme \(0 \le u_n \le 2\), on a \(2 - u_n \ge 0\) et \(u_n + 1 > 0\), donc \(u_{n+1}^2 \ge u_n^2\) ; les deux termes étant positifs, \(u_{n+1} \ge u_n\). La suite est croissante.
- Convergence. \((u_n)\) est croissante et majorée par \(2\), donc d'après le théorème de convergence monotone elle converge vers une limite \(\ell \le 2\).
- Limite. Comme \((u_n)\) converge vers \(\ell\), \((u_{n+1})\) aussi (mêmes termes, indice décalé). En élevant la relation au carré, \(u_{n+1}^2 = u_n + 2\) ; par la règle du produit \(u_{n+1}^2 \to \ell^2\) et par la règle de la somme \(u_n + 2 \to \ell + 2\), donc \(\ell^2 = \ell + 2\), soit \(\ell^2 - \ell - 2 = 0\), soit \((\ell-2)(\ell+1) = 0\). Comme \(\ell \ge u_0 = 1 > 0\), on obtient \(\boldsymbol{\ell = 2}\).
Compétences à pratiquer
- Évaluer des propriétés à l'aide de contre-exemples
- Appliquer le théorème de convergence monotone
VII
Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
- Raisonner et résoudre des problèmes : limites
- Raisonner et résoudre des problèmes : suites monotones
- Problèmes
- Quiz
Contrôle du chapitre
4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.
À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.
Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.
Aucun exercice composé.
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