Éducation Nationale Française · Terminale Maths Expertes
Nombres complexes : point de vue géométrique et applications
I
Représentation graphique et module
I.1
Plan complexe, point image et affixe
L'algèbre calcule avec les nombres complexes ; la géométrie les représente dans le plan. On représente chaque nombre complexe \(a+ib\) par le point de coordonnées \((a; b)\).
- Placer les points représentant \(z_0 = 1\), puis \(z_1 = i \times z_0\), puis \(z_2 = i \times z_1\), puis \(z_3 = i \times z_2\), puis \(z_4 = i \times z_3\). Que constate-t-on ?
- Repartir maintenant de \(w_0 = 2+i\) et recommencer : placer \(w_0\), \(iw_0\), \(i^2w_0\), \(i^3w_0\). Quelle transformation géométrique « multiplier par \(i\) » semble-t-elle réaliser ?
- Sachant que \(i^2 = -1\), expliquer pourquoi cette transformation, appliquée deux fois, doit envoyer chaque point sur son symétrique par rapport à l'origine.
On a vu qu'un nombre complexe peut s'écrire sous forme algébrique \(z = a+ib\) où \(a = \Re(z)\) et \(b = \Im(z)\) sont deux nombres réels.
Il existe une correspondance biunivoque entre tout nombre complexe \(a+ib\) et le point \((a ; b)\).
On peut donc représenter tout nombre complexe dans un plan en lui associant un point unique, ce qui donne une représentation géométrique à ce qui n'était jusqu'alors qu'un objet algébrique. Ce plan est appelé le plan complexe.
Il existe une correspondance biunivoque entre tout nombre complexe \(a+ib\) et le point \((a ; b)\).
On peut donc représenter tout nombre complexe dans un plan en lui associant un point unique, ce qui donne une représentation géométrique à ce qui n'était jusqu'alors qu'un objet algébrique. Ce plan est appelé le plan complexe.
Définition — Plan complexe
Le plan complexe est le plan rapporté à un repère orthonormé tel que : - l'axe horizontal, appelé l'axe des réels, est l'ensemble des nombres réels ;
- l'axe vertical, appelé l'axe des imaginaires purs, est l'ensemble des nombres imaginaires purs.

Définition — Correspondance entre représentations cartésienne et complexe
- Le point \(M(a; b)\) est le point image du nombre complexe \(z=a+ib\).
- Le vecteur \(\vec{v} = \begin{pmatrix} a \\ b \end{pmatrix}\) est le vecteur image du nombre complexe \(z=a+ib\).
- Le nombre complexe \(z=a+ib\) est l'affixe du point \(M(a; b)\) et du vecteur \(\vec{v} = \begin{pmatrix} a \\ b \end{pmatrix}\).

Compétences à pratiquer
- Lire l'affixe d'un point
- Conjecturer la nature d'une figure
I.2
Opérations et affixes de vecteurs
Proposition — Addition et soustraction
Additionner ou soustraire des nombres complexes est équivalent à l'addition ou la soustraction vectorielle de leurs vecteurs images, selon la règle du parallélogramme. - Addition (\(z_1+z_2\)) : le vecteur image de la somme est la diagonale principale du parallélogramme formé par les vecteurs images de \(z_1\) et \(z_2\).

- Soustraction (\(z_1-z_2\)) : le vecteur image de la différence est le vecteur reliant le point d'affixe \(z_2\) au point d'affixe \(z_1\).

Proposition — Affixe du milieu d'un segment
Soient \(A\) et \(B\) deux points du plan complexe d'affixes \(z_A\) et \(z_B\).Le milieu \(M\) du segment \(\SegmentFr{AB}\) a pour affixe $$ z_M = \frac{z_A + z_B}{2}. $$

Proposition — Transformations géométriques fondamentales
- Conjugué (\(z \to \conjugate{z}\)) : une symétrie par rapport à l'axe des réels.
- Opposé (\(z \to -z\)) : une rotation de \(180^\circ\) (ou \(\pi\) radians) autour de l'origine.
- Multiplication par \(i\) (\(z \to iz\)) : une rotation de \(90^\circ\) (ou \(\pi/2\) radians) dans le sens anti-horaire autour de l'origine.
- Ajout de \(b\) (\(z \to z + b\)) : la translation de vecteur d'affixe \(b\).
- Multiplication par un réel \(k\) non nul (\(z \to kz\)) : l'homothétie de centre \(O\) et de rapport \(k\).
Compétences à pratiquer
- Visualiser les transformations fondamentales
I.3
Module d'un nombre complexe
Géométriquement, un nombre complexe possède deux caractéristiques essentielles : sa distance à l'origine et, s'il est non nul, sa direction par rapport à l'axe des réels positifs.
Définition — Module
Le module d'un nombre complexe \(z = x+iy\), noté \(|z|\), est la distance de l'origine à son point image dans le plan complexe. D'après le théorème de Pythagore, il est défini par : $$|z| = \sqrt{x^2 + y^2}.$$ Le module est un nombre réel positif ou nul. 
Proposition — Affixe d'un vecteur et distance entre deux points
Soient \(A\) et \(B\) deux points du plan complexe d'affixes respectives \(z_A\) et \(z_B\). - Le vecteur \(\Vect{AB}\) a pour affixe \(z_{\Vect{AB}} = z_B - z_A\).
- La distance entre les points \(A\) et \(B\) est le module de cette affixe : $$ AB = |z_B - z_A|. $$

Proposition — Propriétés du module
- \(|\conjugate{z}| = |z|\)
- \(|z|^2 = z\conjugate{z}\)
- \(|z_1 z_2| = |z_1|\, |z_2|\)
- \(\left| \dfrac{z_1}{z_2} \right| = \dfrac{|z_1|}{|z_2|}\) pour \(z_2 \neq 0\)
- \(|z^n| = |z|^n\) pour tout entier \(n\) (avec \(z \neq 0\) si \(n < 0\)).
On démontre les deux propriétés centrales ; les autres se démontrent avec les mêmes outils (et en exercices). Soient \(z = a+ib\), \(z_1\) et \(z_2\) des nombres complexes.
- \(|z|^2 = z\conjugate{z}\) : $$\begin{aligned}[t] z\conjugate{z} &= (a+ib)(a-ib) && \\ &= a^2 - (ib)^2 && \text{(\((x+y)(x-y) = x^2 - y^2\))}\\ &= a^2 + b^2 = |z|^2. && \text{(\(i^2 = -1\))} \end{aligned}$$
- \(|z_1 z_2| = |z_1|\,|z_2|\) : les deux membres sont positifs, il suffit donc de comparer leurs carrés. $$\begin{aligned}[t] |z_1 z_2|^2 &= (z_1 z_2)\conjugate{(z_1 z_2)} && \text{(\(|z|^2 = z\conjugate{z}\))}\\ &= z_1 \conjugate{z_1}\, z_2 \conjugate{z_2} && \text{(\(\conjugate{z_1 z_2} = \conjugate{z_1}\,\conjugate{z_2}\))}\\ &= |z_1|^2\, |z_2|^2 = \left(|z_1|\,|z_2|\right)^2. && \end{aligned}$$ Comme \(|z_1z_2| \ge 0\) et \(|z_1|\,|z_2| \ge 0\), en prenant les racines carrées on obtient \(|z_1 z_2| = |z_1|\,|z_2|\).
On démontre maintenant les propriétés de la puissance, de l'inverse et du quotient, qui découlent du module d'un produit ; la propriété \(|\conjugate{z}| = |z|\) est démontrée en exercice.
- Puissance, pour \(n \in \mathbb{N}\). Soit \(z\) un nombre complexe, avec la convention \(z^0 = 1\) (y compris pour \(z = 0\)). Soit \(P(n)\) la propriété « \(|z^n| = |z|^n\) ».
- Initialisation : \(|z^0| = |1| = 1 = |z|^0\), donc \(P(0)\) est vraie.
- Hérédité : on suppose \(P(n)\) vraie pour un entier naturel \(n\). Alors $$\begin{aligned}[t] |z^{n+1}| &= |z^n \times z| &&\\ &= |z^n|\,|z| && \text{(module d'un produit)}\\ &= |z|^n\,|z| = |z|^{n+1}, && \text{(hypothèse de récurrence)} \end{aligned}$$ donc \(P(n+1)\) est vraie.
- Conclusion : \(|z^n| = |z|^n\) pour tout entier naturel \(n\).
- Inverse. Soit \(z \neq 0\). Comme \(z \times \dfrac{1}{z} = 1\), le module d'un produit donne \(|z| \times \left|\dfrac{1}{z}\right| = |1| = 1\). Comme \(|z| \neq 0\), \(\left|\dfrac{1}{z}\right| = \dfrac{1}{|z|}\).
- Quotient. Soit \(z_2 \neq 0\). Alors \(\left|\dfrac{z_1}{z_2}\right| = \left|z_1 \times \dfrac{1}{z_2}\right| = |z_1| \times \dfrac{1}{|z_2|} = \dfrac{|z_1|}{|z_2|}\).
- Puissance, pour \(n < 0\). Soient \(z \neq 0\) et \(n < 0\). L'entier \(-n\) est un entier naturel et \(z^n = \dfrac{1}{z^{-n}}\), donc $$|z^n| = \frac{1}{|z^{-n}|} = \frac{1}{|z|^{-n}} = |z|^n.$$
Compétences à pratiquer
- Calculer le module d'un nombre complexe
- Calculer des distances et des milieux
II
Argument et forme trigonométrique
II.1
Le cercle trigonométrique
Définition — Image d'un nombre réel
Le cercle de rayon \(1\) centré à l'origine, parcouru dans le sens inverse des aiguilles d'une montre — le sens direct — s'appelle le cercle trigonométrique (c'est le même cercle que le cercle unité, muni d'un sens de parcours). L'enroulement de la droite des réels autour de ce cercle associe à chaque nombre réel \(x\) un unique point du cercle, appelé image de \(x\) et noté \(M(x)\) : en partant du point de coordonnées \((1\,;\,0)\), on parcourt sur le cercle une distance \(|x|\), dans le sens direct si \(x > 0\), dans le sens indirect si \(x < 0\). Par définition même du radian, \(x\) est alors une mesure en radians de l'angle orienté entre le demi-axe des abscisses positives et la demi-droite \([OM)\), où \(M = M(x)\). Proposition — Réels ayant la même image
Pour tout réel \(x\) et tout entier relatif \(k\) :$$M(x + 2k\pi) = M(x).$$ Réciproquement, deux réels ont la même image sur le cercle trigonométrique si et seulement si leur différence est un multiple de \(2\pi\). Proposition — Relation entre angle et coordonnées
Pour un angle \(\theta\), mesuré dans le sens inverse des aiguilles d'une montre à partir du demi-axe des abscisses positives, \(M(x\,;\,y)\) est le point correspondant du cercle trigonométrique. - La coordonnée \(x\) est le cosinus de l'angle : \(\cos \theta = x\)
- La coordonnée \(y\) est le sinus de l'angle : \(\sin \theta = y\)

Proposition — Identité pythagoricienne
Pour tout angle \(\theta\) : $$ \cos^2 \theta + \sin^2 \theta = 1 $$ Proposition — Demi-tour : \(\pi + \theta\)
Symétrie centrale de centre l’origine : $$\begin{aligned} \sin (\pi+\theta)&=-\sin \theta \\
\cos (\pi+\theta)&=-\cos \theta \end{aligned}$$ 
Proposition — Symétrie par rapport à l'axe des abscisses : \(-\theta\)
Symétrie axiale par rapport à l'axe des abscisses : $$\begin{aligned} \sin (-\theta)&=-\sin \theta \\
\cos (-\theta)&=\cos \theta \end{aligned}$$ 
Proposition — Symétrie par rapport à l'axe des ordonnées
Pour tout réel \(\theta\) :$$\cos(\pi - \theta) = -\cos\theta, \qquad \sin(\pi - \theta) = \sin\theta.$$ Les points d'angles \(\theta\) et \(\pi - \theta\) sont symétriques par rapport à l'axe des ordonnées : ils ont la même ordonnée, et leurs abscisses sont opposées. 
Proposition — Identités avec \(\frac{\pi}{2} - \theta\)
Symétrie par rapport à la droite \(y=x\) : $$\begin{aligned} \cos\left(\frac \pi 2 -\theta\right) &= \sin \theta \\
\sin\left(\frac \pi 2 -\theta\right) &= \cos \theta \\
\end{aligned}$$ 
Proposition — Tableau des valeurs remarquables
| \(\theta\) | \(0\) | \(\dfrac{\pi}{6}\) | \(\dfrac{\pi}{4}\) | \(\dfrac{\pi}{3}\) | \(\dfrac{\pi}{2}\) |
| \(\cos\theta\) | \(1\) | \(\dfrac{\sqrt3}{2}\) | \(\dfrac{\sqrt2}{2}\) | \(\dfrac{1}{2}\) | \(0\) |
| \(\sin\theta\) | \(0\) | \(\dfrac{1}{2}\) | \(\dfrac{\sqrt2}{2}\) | \(\dfrac{\sqrt3}{2}\) | \(1\) |
Compétences à pratiquer
- Exprimer des valeurs trigonométriques à l'aide de l'angle de référence \(\frac{\pi}{6}\)
- Lire les valeurs trigonométriques des multiples de \(\frac{\pi}{6}\)
II.2
Angle orienté et argument
Définition — Angle orienté de deux vecteurs
Soient \(\vec{w_1}\) et \(\vec{w_2}\) deux vecteurs non nuls, et \(M\) et \(N\) les points tels que \(\vec{w_1} = \Vect{OM}\) et \(\vec{w_2} = \Vect{ON}\), où \(O\) est l'origine du repère. La demi-droite \([OM)\) coupe le cercle trigonométrique en un point \(M'\), et la demi-droite \([ON)\) le coupe en un point \(N'\). Si \(M'\) est le point image d'un réel \(x\) sur le cercle trigonométrique (le point atteint à partir du point d'affixe \(1\) en parcourant sur le cercle une longueur \(|x|\), dans le sens direct si \(x \ge 0\) et dans le sens indirect si \(x < 0\)) et \(N'\) le point image d'un réel \(y\), alors le réel \(y - x\) est une mesure de l'angle orienté \((\vec{w_1}, \vec{w_2})\).Les mesures de \((\vec{w_1}, \vec{w_2})\) sont les réels \(y - x + 2k\pi\), \(k \in \mathbb{Z}\) : un angle orienté est défini à \(2\pi\) près, et l'on écrit \((\vec{w_1}, \vec{w_2}) \equiv y - x \pmod{2\pi}\).

Lire un angle orienté
La définition, avec les symétries du cercle trigonométrique, donne les propriétés suivantes, pour des vecteurs non nuls \(\vec{w_1}\), \(\vec{w_2}\), \(\vec{w_3}\) dont les demi-droites coupent le cercle trigonométrique aux points images des réels \(x_1\), \(x_2\), \(x_3\).
- Relation de Chasles : \((x_2 - x_1) + (x_3 - x_2) = x_3 - x_1\), donc \((\vec{w_1}, \vec{w_2}) + (\vec{w_2}, \vec{w_3}) \equiv (\vec{w_1}, \vec{w_3}) \pmod{2\pi}\).
- Ordre inversé : \(x_1 - x_2 = -(x_2 - x_1)\), donc \((\vec{w_2}, \vec{w_1}) \equiv -(\vec{w_1}, \vec{w_2}) \pmod{2\pi}\).
- Vecteurs colinéaires : \(\vec{w_1}\) et \(\vec{w_2}\) sont colinéaires lorsque les deux points du cercle trigonométrique sont confondus ou diamétralement opposés (le point image de \(x + \pi\) est diamétralement opposé à celui de \(x\)), c'est-à-dire lorsque \((\vec{w_1}, \vec{w_2}) \equiv 0 \pmod{\pi}\) : une mesure \(0\) pour le même sens, \(\pi\) pour des sens contraires.
- Vecteurs orthogonaux : \(\vec{w_1}\) et \(\vec{w_2}\) sont orthogonaux lorsque l'un des points s'obtient à partir de l'autre par un quart de tour (c'est le point image de \(x + \dfrac{\pi}{2}\) ou de \(x - \dfrac{\pi}{2}\) lorsque l'autre est celui de \(x\)), c'est-à-dire lorsque \((\vec{w_1}, \vec{w_2}) \equiv \dfrac{\pi}{2} \pmod{\pi}\).
Définition — Argument
On appelle argument d'un nombre complexe non nul \(z\), noté \(\arg(z)\), toute mesure \(\theta\) de l'angle orienté entre l'axe des réels positifs et le vecteur image de \(z\). 
Remarque
Un argument d'un nombre complexe n'est pas unique, car on peut ajouter n'importe quel multiple de \(2\pi\) à l'angle. Pour le rendre unique, on définit la valeur principale de l'argument, aussi appelée argument principal, comme l'unique argument \(\theta\) appartenant à l'intervalle \(]-\pi ; \pi]\).
L'argument du nombre complexe \(0\) n'est pas défini.
L'argument du nombre complexe \(0\) n'est pas défini.
Exemple
Un nombre imaginaire pur non nul \(ib\), avec \(b\) réel, a pour argument \(\dfrac{\pi}{2}\) si \(b > 0\), et \(-\dfrac{\pi}{2}\) si \(b < 0\). 
Méthode — Calculer l'argument
Pour déterminer un argument \(\theta\) d'un nombre complexe non nul \(z=a+ib\) : - Calculer le module \(|z| = \sqrt{a^2+b^2}\).
- Factoriser par le module pour identifier les coordonnées du point correspondant sur le cercle trigonométrique : $$ z = |z| \left( \frac{a}{|z|} + i \frac{b}{|z|} \right). $$
- Identifier l'angle. On cherche un angle \(\theta\) qui vérifie le système d'équations : $$ \begin{cases} \cos(\theta) = \dfrac{a}{|z|} \\ \sin(\theta) = \dfrac{b}{|z|} \end{cases} $$ Cette valeur de \(\theta\) est un argument de \(z\).
Exemple
Déterminer un argument du nombre complexe \(z = -1+i\sqrt{3}\). - On calcule d'abord le module de \(z\) : $$|z| = \sqrt{(-1)^2 + (\sqrt{3})^2} = 2.$$ On factorise le module : $$z = 2 \times \left(-\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2}\right).$$
- On cherche un réel \(\theta\) tel que : $$ \begin{cases} \cos(\theta) = -\dfrac{1}{2} \\
\sin(\theta) = \dfrac{\sqrt{3}}{2} \end{cases} $$ \(\theta = \dfrac{2\pi}{3}\) vérifie les deux équations.
Donc un argument de \(z\) est \(\dfrac{2\pi}{3}\).
Compétences à pratiquer
- Calculer l'argument d'un nombre complexe
II.3
Forme trigonométrique
Tout nombre complexe non nul peut être représenté en partant d'un nombre sur le cercle trigonométrique et en le dilatant par son module.
Définition — Forme trigonométrique
Un nombre complexe non nul \(z\) de module \(r = |z|\) et d'argument \(\theta\) peut s'écrire sous forme trigonométrique : $$ z = r(\cos\theta + i\sin\theta). $$ 
Proposition — Égalité sous forme trigonométrique
Soient \(r > 0\) et \(r' > 0\), et soient \(\theta\) et \(\theta'\) deux réels. Alors $$\textcolor{colorprop}{r(\cos\theta + i\sin\theta) = r'(\cos\theta' + i\sin\theta') \iff r = r' \text{ et } \theta \equiv \theta' \pmod{2\pi}.}$$ En particulier, si \(z = r(\cos\theta + i\sin\theta)\) avec \(r > 0\), alors \(r = |z|\) et \(\theta\) est un argument de \(z\).
Pour tout réel \(\theta\) et tout \(r > 0\), $$|r(\cos\theta + i\sin\theta)| = \sqrt{r^2\cos^2\theta + r^2\sin^2\theta} = r\sqrt{\cos^2\theta + \sin^2\theta} = r.$$
- Si \(r = r'\) et \(\theta' = \theta + 2k\pi\) avec \(k \in \mathbb{Z}\), alors \(\cos\theta' = \cos\theta\) et \(\sin\theta' = \sin\theta\) (le cosinus et le sinus sont \(2\pi\)-périodiques), donc les deux nombres sont égaux.
- Réciproquement, si les deux nombres sont égaux, ils ont le même module : \(r = r'\). En divisant par \(r > 0\), on obtient \(\cos\theta + i\sin\theta = \cos\theta' + i\sin\theta'\), et en identifiant les parties réelles et imaginaires, \(\cos\theta = \cos\theta'\) et \(\sin\theta = \sin\theta'\). Les points images de \(\theta\) et de \(\theta'\) sur le cercle trigonométrique sont donc confondus, donc \(\theta' - \theta\) est un multiple de \(2\pi\).
Compétences à pratiquer
- Déterminer l'affixe d'un point sur le cercle trigonométrique
- Convertir de la forme trigonométrique à la forme algébrique
- Convertir de la forme algébrique à la forme trigonométrique
III
Formules d'addition et de duplication
III.1
Le produit scalaire
Définition — Produit scalaire géométrique
Le produit scalaire de deux vecteurs non nuls \(\Vect{u}\) et \(\Vect{v}\) est défini par :$$\Vect{u} \cdot \Vect{v} = \|\Vect{u}\| \|\Vect{v}\| \cos \theta$$ où \(\|\Vect{u}\|\) est la norme de \(\Vect{u}\), \(\|\Vect{v}\|\) la norme de \(\Vect{v}\), et \(\theta\) l'angle entre les vecteurs. Si l'un des deux vecteurs est le vecteur nul, le produit scalaire vaut \(0\). 
Proposition — Expressions analytiques
Dans une base orthonormée, pour des vecteurs \(\Vect{u} \begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix}\) et \(\Vect{v} \begin{pmatrix} x' \\ y' \end{pmatrix}\) : - Produit scalaire : \(\Vect{u} \cdot \Vect{v} = xx' + yy'\).
- Norme : \(\|\Vect{u}\| = \sqrt{x^2 + y^2}\).
- Distance (dans un repère orthonormé) : \(AB = \sqrt{(x_B-x_A)^2 + (y_B-y_A)^2}\).
Compétences à pratiquer
- Calculer un produit scalaire à partir des normes et d'un angle
- Calculer un produit scalaire à partir des coordonnées
III.2
Formules d'addition
Multiplier deux nombres de module 1
Deux nombres complexes de module \(1\) s'écrivent \(\cos\theta + i\sin\theta\) et \(\cos\theta' + i\sin\theta'\). En développant leur produit avec \(i^2 = -1\) : $$\begin{aligned}[t] (\cos\theta + i\sin\theta)(\cos\theta' + i\sin\theta') &= \cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta' \\
&\quad + i\,(\sin\theta\cos\theta' + \cos\theta\sin\theta'). \end{aligned}$$ Le produit est encore de module \(1\) : il s'écrit donc \(\cos\varphi + i\sin\varphi\) pour un réel \(\varphi\). Lequel ? Les formules d'addition de la trigonométrie répondent à cette question : elles reconnaissent \(\cos(\theta + \theta')\) dans la partie réelle et \(\sin(\theta + \theta')\) dans la partie imaginaire. Multiplier des nombres de module \(1\) revient à additionner leurs angles.
Proposition — Cosinus de la différence
$$\cos (A - B) = \cos A \cos B + \sin A \sin B.$$
On considère deux vecteurs unitaires sur le cercle unité : $$\vec{u} = \begin{pmatrix}\cos A \\
\sin A \end{pmatrix} \quad\text{et}\quad \vec{v} = \begin{pmatrix}\cos B \\
\sin B \end{pmatrix}.$$ Les extrémités de \(\vec{u}\) et de \(\vec{v}\) sont les images de \(A\) et de \(B\) sur le cercle trigonométrique, donc l'angle géométrique \(\theta \in [0 ; \pi]\) entre \(\vec{u}\) et \(\vec{v}\) est égal à \(A - B\) ou à \(B - A\), à un multiple de \(2\pi\) près. Comme le cosinus est pair et \(2\pi\)-périodique, \(\cos\theta = \cos(A - B)\).
On peut exprimer le produit scalaire \(\vec{u} \cdot \vec{v}\) de deux manières :
On peut exprimer le produit scalaire \(\vec{u} \cdot \vec{v}\) de deux manières :
- En utilisant la définition géométrique : $$\vec{u} \cdot \vec{v} = \|\vec{u}\| \,\|\vec{v}\| \cos(A - B) = 1 \cdot 1 \cdot \cos(A - B) = \cos(A - B).$$
- En utilisant l'expression analytique : $$\vec{u} \cdot \vec{v} = \begin{pmatrix}\cos A \\ \sin A \end{pmatrix} \cdot \begin{pmatrix}\cos B \\ \sin B \end{pmatrix} = (\cos A)(\cos B) + (\sin A)(\sin B).$$
Compétences à pratiquer
- Simplifier des expressions trigonométriques
III.3
Formules de duplication
Proposition — Formules de duplication
Pour tout réel \(A\) : $$\cos 2A = \cos^2 A - \sin^2 A = 2\cos^2 A - 1 = 1 - 2\sin^2 A,$$ $$\sin 2A = 2\sin A\cos A.$$ Elles s'obtiennent en posant \(B = A\) dans les formules de \(\cos(A + B)\) et de \(\sin(A + B)\), ce qui donne \(\sin 2A\) et \(\cos^2 A - \sin^2 A\) (cette démonstration est proposée en exercice), puis en utilisant \(\cos^2 A + \sin^2 A = 1\) pour les deux autres écritures de \(\cos 2A\). Exemple
Calculer la valeur exacte de \(\cos\dfrac{\pi}{12}\) de deux façons : - avec une formule d'addition, en écrivant \(\dfrac{\pi}{12} = \dfrac{\pi}{3} - \dfrac{\pi}{4}\) ;
- avec une formule de duplication, puisque \(2 \times \dfrac{\pi}{12} = \dfrac{\pi}{6}\).
- Avec le cosinus d'une différence : $$\begin{aligned}[t] \cos\frac{\pi}{12} &= \cos\left(\frac{\pi}{3} - \frac{\pi}{4}\right) &&\\ &= \cos\frac{\pi}{3}\cos\frac{\pi}{4} + \sin\frac{\pi}{3}\sin\frac{\pi}{4} && \text{(cosinus d'une différence)}\\ &= \frac{1}{2} \times \frac{\sqrt{2}}{2} + \frac{\sqrt{3}}{2} \times \frac{\sqrt{2}}{2} && \text{(valeurs remarquables)}\\ &= \frac{\sqrt{2} + \sqrt{6}}{4}. \end{aligned}$$
- Avec \(A = \dfrac{\pi}{12}\), la formule \(\cos 2A = 2\cos^2 A - 1\) donne \(\cos\dfrac{\pi}{6} = 2\cos^2\dfrac{\pi}{12} - 1\), donc $$\begin{aligned}[t] \cos^2\frac{\pi}{12} &= \frac{1}{2}\left(1 + \cos\frac{\pi}{6}\right) &&\\ &= \frac{1}{2}\left(1 + \frac{\sqrt{3}}{2}\right) = \frac{2 + \sqrt{3}}{4}. \end{aligned}$$ Comme \(\dfrac{\pi}{12} \in \left[0 ; \dfrac{\pi}{2}\right]\), \(\cos\dfrac{\pi}{12} \ge 0\), d'où \(\cos\dfrac{\pi}{12} = \dfrac{\sqrt{2 + \sqrt{3}}}{2}\).

Compétences à pratiquer
- Démontrer les formules de duplication
- Calculer une valeur exacte avec les formules d'addition et de duplication
IV
Forme exponentielle
IV.1
L'exponentielle imaginaire
Motivation pour la notation d'Euler
Soit \(f\) la fonction définie sur \(\mathbb{R}\) par $$f(\theta) = \cos(\theta) + i \sin(\theta).$$ En utilisant les formules d'addition du cosinus et du sinus, on montre que, pour tous réels \(\theta\) et \(\theta'\) : $$f(\theta + \theta') = f(\theta)\, f(\theta').$$ Par analogie avec la fonction exponentielle réelle (\(e^{x+y}=e^x e^y\)), on adopte la notation $$f(\theta) = e^{i\theta}.$$
Définition — Exponentielle imaginaire
Pour tout nombre réel \(\theta\), on définit l'exponentielle imaginaire, notée \(e^{i\theta}\), comme le nombre complexe $$e^{i\theta}= \cos \theta + i \sin \theta.$$ Proposition — Propriétés de l'exponentielle imaginaire
Pour tous nombres réels \(\theta\) et \(\theta'\), et pour tout entier \(n\), l'exponentielle imaginaire vérifie les propriétés fondamentales suivantes : - Module : \(|e^{i\theta}| = 1\)
- Argument : \(\arg(e^{i\theta}) \equiv \theta \pmod{2\pi}\)
- Conjugué : \(\conjugate{e^{i\theta}} = e^{-i\theta}\)
- Produit : \(e^{i(\theta+\theta')} = e^{i\theta}\, e^{i\theta'}\)
- Quotient : \(\dfrac{e^{i\theta}}{e^{i\theta'}} = e^{i(\theta-\theta')}\)
- Puissance : \((e^{i\theta})^n = e^{in\theta}\)
Soient \(\theta\) et \(\theta'\) deux réels.
- Module. \(|e^{i\theta}| = \sqrt{\cos^2\theta + \sin^2\theta} = \sqrt{1} = 1\).
- Argument. Le point d'affixe \(e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta\) est le point image de \(\theta\) sur le cercle trigonométrique. Par définition d'un angle orienté, \(\theta\) est une mesure de l'angle entre l'axe des réels positifs et son vecteur : \(\arg(e^{i\theta}) \equiv \theta \pmod{2\pi}\).
- Conjugué. Comme le cosinus est pair et le sinus impair : $$\conjugate{e^{i\theta}} = \cos\theta - i\sin\theta = \cos(-\theta) + i\sin(-\theta) = e^{-i\theta}.$$
- Produit. En développant avec \(i^2 = -1\), puis en appliquant les formules d'addition : $$\begin{aligned}[t] e^{i\theta}\,e^{i\theta'} &= (\cos\theta + i\sin\theta)(\cos\theta' + i\sin\theta')\\ &= \cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta' + i\,(\sin\theta\cos\theta' + \cos\theta\sin\theta')\\ &= \cos(\theta + \theta') + i\sin(\theta + \theta') && \text{(formules d'addition)}\\ &= e^{i(\theta + \theta')}. \end{aligned}$$
- Puissance, pour \(n \in \mathbb{N}\). Par récurrence sur \(n\). Initialisation : \((e^{i\theta})^0 = 1 = \cos 0 + i \sin 0 = e^{i \times 0}\). Hérédité : si \((e^{i\theta})^n = e^{in\theta}\), alors, par la propriété du produit, \((e^{i\theta})^{n+1} = e^{in\theta}\,e^{i\theta} = e^{i(n+1)\theta}\).
- Puissance, pour \(n < 0\). Par la propriété du produit, \(e^{i\varphi}\,e^{-i\varphi} = e^{i \times 0} = 1\) pour tout réel \(\varphi\), donc \(e^{i\varphi} \neq 0\) et \(\dfrac{1}{e^{i\varphi}} = e^{-i\varphi}\). Pour \(n < 0\), l'entier \(-n\) est un entier naturel, d'où $$(e^{i\theta})^n = \frac{1}{(e^{i\theta})^{-n}} = \frac{1}{e^{-in\theta}} = e^{in\theta}.$$
- Quotient. On a vu, pour les puissances négatives, que \(e^{i\varphi} \neq 0\) et \(\dfrac{1}{e^{i\varphi}} = e^{-i\varphi}\) pour tout réel \(\varphi\). Donc, par la propriété du produit, \(\dfrac{e^{i\theta}}{e^{i\theta'}} = e^{i\theta}\,e^{-i\theta'} = e^{i(\theta - \theta')}\).
Retrouver les formules d'addition
Lu à l'envers, le calcul du produit dans la démonstration ci-dessus permet de retrouver rapidement les formules d'addition. Pour tous réels \(\theta\) et \(\theta'\), la règle \(e^{i(\theta + \theta')} = e^{i\theta}\,e^{i\theta'}\) s'écrit $$\begin{aligned}[t] \cos(\theta + \theta') + i\sin(\theta + \theta') &= (\cos\theta + i\sin\theta)(\cos\theta' + i\sin\theta')\\
&= \cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta' + i\,(\sin\theta\cos\theta' + \cos\theta\sin\theta'). \end{aligned}$$ Deux nombres complexes sont égaux si et seulement s'ils ont la même partie réelle et la même partie imaginaire, donc $$\cos(\theta + \theta') = \cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta' \qquad\text{et}\qquad \sin(\theta + \theta') = \sin\theta\cos\theta' + \cos\theta\sin\theta'.$$ En remplaçant \(\theta'\) par \(-\theta'\) (le cosinus est pair, le sinus impair), on obtient \(\cos(\theta - \theta')\) et \(\sin(\theta - \theta')\) ; en prenant \(\theta' = \theta\), on obtient les formules de duplication.
C'est un moyen mnémotechnique, pas une démonstration : la règle \(e^{i\theta}\,e^{i\theta'} = e^{i(\theta + \theta')}\) a elle-même été démontrée à partir des formules d'addition.
C'est un moyen mnémotechnique, pas une démonstration : la règle \(e^{i\theta}\,e^{i\theta'} = e^{i(\theta + \theta')}\) a elle-même été démontrée à partir des formules d'addition.
Compétences à pratiquer
- Évaluer des exponentielles complexes
IV.2
Forme exponentielle et arguments
Définition — Forme exponentielle
En utilisant l'exponentielle imaginaire, un nombre complexe non nul \(z\) de module \(r = |z|\) et d'argument \(\theta\) peut s'écrire sous forme exponentielle : $$ z = re^{i\theta}. $$ 
Proposition — Propriétés des arguments
Pour tous nombres complexes non nuls \(z_1\) et \(z_2\), et pour tout entier \(n\) : - pour tout nombre complexe non nul \(z\), \(\arg(\conjugate{z}) \equiv -\arg(z) \pmod{2\pi}\)
- \(\arg(z_1 z_2) \equiv \arg(z_1) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}\)
- \(\arg\left(\dfrac{z_1}{z_2}\right) \equiv \arg(z_1) - \arg(z_2) \pmod{2\pi}\)
- pour tout nombre complexe non nul \(z\), \(\arg(z^n) \equiv n \arg(z) \pmod{2\pi}\).
On démontre la propriété du produit, puis on en déduit celles du quotient et de la puissance ; la propriété du conjugué est démontrée en exercice. On écrit \(z_1 = r_1 e^{i\theta_1}\) et \(z_2 = r_2 e^{i\theta_2}\) sous forme exponentielle, avec \(r_1, r_2 > 0\). $$\begin{aligned}[t] z_1 z_2 &= r_1 e^{i\theta_1} \, r_2 e^{i\theta_2} && \\
&= r_1 r_2 \, e^{i(\theta_1+\theta_2)}. && \text{(\(e^{i\alpha}e^{i\beta} = e^{i(\alpha+\beta)}\))} \end{aligned}$$ C'est une forme exponentielle de \(z_1z_2\) de module strictement positif \(r_1r_2\), donc \(\theta_1 + \theta_2\) est un argument de \(z_1 z_2\) : $$\arg(z_1 z_2) \equiv \arg(z_1) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}.$$ Quotient. Soient \(z_1\) et \(z_2\) deux nombres complexes non nuls. Le nombre \(\dfrac{z_1}{z_2}\) est non nul et \(z_1 = \dfrac{z_1}{z_2} \times z_2\), donc, par la propriété du produit, \(\arg(z_1) \equiv \arg\left(\dfrac{z_1}{z_2}\right) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}\), c'est-à-dire $$\arg\left(\frac{z_1}{z_2}\right) \equiv \arg(z_1) - \arg(z_2) \pmod{2\pi}.$$ Puissance, pour \(n \in \mathbb{N}\). Soit \(z\) un nombre complexe non nul, et soit \(P(n)\) la propriété « \(\arg(z^n) \equiv n\arg(z) \pmod{2\pi}\) ».
- Initialisation : \(z^0 = 1\) et \(0\) est un argument de \(1\), donc \(\arg(z^0) \equiv 0 = 0 \times \arg(z) \pmod{2\pi}\) : \(P(0)\) est vraie.
- Hérédité : on suppose \(P(n)\) vraie pour un entier naturel \(n\). Alors $$\begin{aligned}[t] \arg(z^{n+1}) &= \arg(z^n \times z) &&\\ &\equiv \arg(z^n) + \arg(z) && \text{(propriété du produit)}\\ &\equiv n\arg(z) + \arg(z) && \text{(hypothèse de récurrence)}\\ &= (n+1)\arg(z) \pmod{2\pi}, \end{aligned}$$ donc \(P(n+1)\) est vraie.
- Conclusion : comme \(P(0)\) est vraie et que \(P(n) \Rightarrow P(n+1)\), d'après le principe de récurrence, \(\arg(z^n) \equiv n\arg(z) \pmod{2\pi}\) pour tout entier naturel \(n\).
Proposition — Multiplication et division
Soient \(z_1\) et \(z_2\) deux nombres complexes non nuls. Les multiplier ou les diviser agit sur leurs modules et sur leurs arguments : - Multiplication (\(z_1 z_2\)) : on multiplie les modules et on additionne les arguments.
- Division (\(\dfrac{z_1}{z_2}\)) : on divise les modules et on soustrait les arguments.
Compétences à pratiquer
- Reconnaître une forme trigonométrique ou exponentielle
- Comprendre le module et l'argument
- Convertir de la forme trigonométrique à la forme exponentielle
- Appliquer les propriétés de l'exponentielle
- Démontrer les propriétés du module et des arguments
IV.3
Formule de Moivre
Proposition — Formule de Moivre
Pour tout nombre complexe non nul \(z = r(\cos\theta + i\sin\theta)\) (avec \(r > 0\)) et pour tout entier \(n\) : $$ [r(\cos\theta + i\sin\theta)]^n = r^n(\cos(n\theta) + i\sin(n\theta)). $$ Sous forme exponentielle, cela s'exprime de manière concise : $$ (re^{i\theta})^n = r^n e^{in\theta}. $$
La démonstration la plus directe utilise la forme exponentielle, qui étend les lois usuelles sur les puissances aux nombres complexes.
Soit \(z = re^{i\theta}\). En élevant à la puissance \(n\), on obtient $$\begin{aligned} z^n &= (re^{i\theta})^n \\ &= r^n \left(e^{i\theta}\right)^n &&\text{(puissance d'un produit)} \\ &= r^n e^{i(n\theta)} &&\text{(puissance de l'exponentielle imaginaire)}. \end{aligned}$$ En revenant à la forme trigonométrique, on obtient : $$ z^n = r^n (\cos(n\theta) + i\sin(n\theta)). $$ Comme \(z \neq 0\), ces règles valent aussi pour les entiers \(n\) négatifs : la formule est ainsi démontrée pour tout entier \(n\).
Soit \(z = re^{i\theta}\). En élevant à la puissance \(n\), on obtient $$\begin{aligned} z^n &= (re^{i\theta})^n \\ &= r^n \left(e^{i\theta}\right)^n &&\text{(puissance d'un produit)} \\ &= r^n e^{i(n\theta)} &&\text{(puissance de l'exponentielle imaginaire)}. \end{aligned}$$ En revenant à la forme trigonométrique, on obtient : $$ z^n = r^n (\cos(n\theta) + i\sin(n\theta)). $$ Comme \(z \neq 0\), ces règles valent aussi pour les entiers \(n\) négatifs : la formule est ainsi démontrée pour tout entier \(n\).
Exemple — Calcul d'une puissance avec la forme exponentielle
Calculer \((1+i\sqrt{3})^5\). - Étape 1 : Conversion en forme exponentielle.
\(\begin{aligned}[t] r &= |1+i\sqrt{3}| \\ &= \sqrt{1^2 + (\sqrt{3})^2} \\ &= \sqrt{4} \\ &= 2 \end{aligned} \qquad\text{et}\qquad \begin{aligned}[t] \cos\theta &= \frac{1}{2},\quad \sin\theta = \frac{\sqrt{3}}{2} \\ \theta &= \frac{\pi}{3}. \end{aligned}\)
Donc, \(1+i\sqrt{3} = 2e^{i\frac{\pi}{3}}\). - Étape 2 : Application de la formule de Moivre. $$\begin{aligned} (1+i\sqrt{3})^5 &= \left(2e^{i\frac{\pi}{3}}\right)^5\\ &= 2^5e^{i\frac{5\pi}{3}}\\ &= 32\left(\cos\left(\frac{5\pi}{3}\right) + i\sin\left(\frac{5\pi}{3}\right)\right) \\ &= 32\left(\frac{1}{2} - i\frac{\sqrt{3}}{2}\right) \\ &= 16 - 16i\sqrt{3}. \end{aligned}$$
Compétences à pratiquer
- Appliquer la formule de Moivre
IV.4
Formules d'Euler
Proposition — Formules d'Euler
Pour tout nombre réel \(\theta\) : $$\textcolor{colorprop}{\cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}, \qquad \sin\theta = \frac{e^{i\theta} - e^{-i\theta}}{2i}.}$$
Par définition, \(e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta\), et en remplaçant \(\theta\) par \(-\theta\) : \(e^{-i\theta} = \cos\theta - i\sin\theta\) (le cosinus est pair, le sinus est impair). $$\begin{aligned}[t] e^{i\theta} + e^{-i\theta} &= 2\cos\theta && \text{(les termes \(i\sin\theta\) s'éliminent)}\\
e^{i\theta} - e^{-i\theta} &= 2i\sin\theta. \end{aligned}$$ En divisant par \(2\) et par \(2i\), on obtient les deux formules.
Méthode — Linéariser une puissance de cosinus ou de sinus
Pour écrire \(\cos^n\theta\) (ou \(\sin^n\theta\)), pour un entier naturel \(n\), comme une somme de termes \(\cos(k\theta)\) et \(\sin(k\theta)\) — la linéarisation : - on remplace \(\cos\theta\) par \(\dfrac{e^{i\theta}+e^{-i\theta}}{2}\) (ou \(\sin\theta\) par \(\dfrac{e^{i\theta}-e^{-i\theta}}{2i}\) — formules d'Euler) ;
- on développe la puissance avec la formule du binôme ;
- on regroupe les exponentielles conjuguées, avec \(e^{ik\theta} + e^{-ik\theta} = 2\cos(k\theta)\) et \(e^{ik\theta} - e^{-ik\theta} = 2i\sin(k\theta)\).
Exemple
Linéariser \(\cos^3\theta\).
$$\begin{aligned}[t] \cos^3\theta &= \left(\frac{e^{i\theta}+e^{-i\theta}}{2}\right)^3 && \text{(formule d'Euler)}\\
&= \frac{e^{3i\theta} + 3e^{i\theta} + 3e^{-i\theta} + e^{-3i\theta}}{8} && \text{(\((x+y)^3 = x^3+3x^2y+3xy^2+y^3\))}\\
&= \frac{\left(e^{3i\theta} + e^{-3i\theta}\right) + 3\left(e^{i\theta} + e^{-i\theta}\right)}{8} && \text{(regroupement des termes conjugués)}\\
&= \frac{2\cos(3\theta) + 6\cos\theta}{8} && \text{(\(e^{ik\theta}+e^{-ik\theta} = 2\cos(k\theta)\))}\\
&= \frac{1}{4}\cos(3\theta) + \frac{3}{4}\cos\theta. \end{aligned}$$
Méthode — Exprimer \(\cos(n\theta)\) comme polynôme en \(\cos\theta\)
C'est le sens inverse de la linéarisation, pour un entier naturel \(n\) : - on écrit \(\cos(n\theta) + i\sin(n\theta) = \left(\cos\theta + i\sin\theta\right)^n\) (formule de Moivre) ;
- on développe le membre de droite avec la formule du binôme ;
- on identifie les parties réelles (et on utilise \(\sin^2\theta = 1 - \cos^2\theta\)).
Exemple
Exprimer \(\cos(3\theta)\) comme un polynôme en \(\cos\theta\).
On pose \(c = \cos\theta\) et \(s = \sin\theta\). Par la formule de Moivre, $$\begin{aligned}[t] \cos(3\theta) + i\sin(3\theta) &= (c + is)^3 && \text{(formule de Moivre)}\\
&= c^3 + 3ic^2s + 3i^2cs^2 + i^3s^3 && \text{(\((x+y)^3 = x^3+3x^2y+3xy^2+y^3\))}\\
&= \left(c^3 - 3cs^2\right) + i\left(3c^2s - s^3\right). && \text{(\(i^2=-1\), \(i^3=-i\))} \end{aligned}$$ En identifiant les parties réelles : $$\begin{aligned}[t] \cos(3\theta) &= c^3 - 3cs^2 && \\
&= c^3 - 3c\left(1 - c^2\right) && \text{(\(s^2 = 1 - c^2\))}\\
&= 4\cos^3\theta - 3\cos\theta. \end{aligned}$$
Compétences à pratiquer
- Linéariser les puissances de cosinus et de sinus
- Exprimer \(\cos(n\theta)\) et \(\sin(n\theta)\)
V
Nombres complexes et géométrie
V.1
L'ensemble \(\mathbb{U}\) et les racines \(n\)-ièmes
Définition — Cercle unité dans le plan complexe
On note \(\mathbb{U}\) l'ensemble des nombres complexes de module \(1\) : $$\mathbb{U}=\{z \in \mathbb{C} \mid |z |=1\}.$$ Les points images des éléments de \(\mathbb{U}\) forment le cercle unité, cercle de rayon \(1\) centré à l'origine ; parcouru dans le sens direct, c'est le cercle trigonométrique. 
Proposition — Forme trigonométrique des nombres de module 1
Si \(z\in \mathbb{U}\), alors il existe \(\theta\in \R\) tel que $$z=\cos \theta+i \sin \theta.$$ Ici, \(\theta\) est un argument de \(z\). 
Proposition — Produits et inverses des nombres de module 1
Pour tous nombres complexes \(z\) et \(z'\) de \(\mathbb{U}\) : - le produit \(zz'\) appartient à \(\mathbb{U}\) ;
- \(z \neq 0\), et son inverse est son conjugué : \(\dfrac{1}{z} = \conjugate{z}\), qui appartient à \(\mathbb{U}\) ;
- toute puissance \(z^n\), \(n \in \mathbb{Z}\), appartient à \(\mathbb{U}\).
Soient \(z, z' \in \mathbb{U}\), donc \(|z| = |z'| = 1\).
- \(|zz'| = |z|\,|z'| = 1 \times 1 = 1\), donc \(zz' \in \mathbb{U}\).
- \(|z| = 1 \neq 0\), donc \(z \neq 0\). De plus \(z\conjugate{z} = |z|^2 = 1\), donc \(\dfrac{1}{z} = \conjugate{z}\), et \(|\conjugate{z}| = |z| = 1\).
- Pour tout entier \(n\), \(|z^n| = |z|^n = 1^n = 1\) (module d'une puissance, valable pour \(n < 0\) puisque \(z \neq 0\)).
Tout comme la formule de Moivre fournit une méthode puissante pour élever des nombres complexes à une puissance, elle donne également un moyen systématique de trouver les racines \(n\)-ièmes de n'importe quel nombre complexe. On commence par le cas particulier des racines de \(1\).
Définition — Racines n-ièmes de l'unité
Pour tout entier \(n \ge 1\), on appelle racine \(n\)-ième de l'unité tout nombre complexe \(z\) tel que \(z^n = 1\). L'ensemble des racines \(n\)-ièmes de l'unité est noté \(\mathbb{U}_n\). Proposition — Structure de l'ensemble des racines n-ièmes de l'unité
Pour tout entier \(n \ge 1\), l'ensemble des racines \(n\)-ièmes de l'unité est : $$\mathbb{U}_n=\left\{e^{i\frac{2k\pi}{n}} \;|\; k=0,1,2,\dots,n-1\right\}.$$ Géométriquement, pour \(n \ge 3\), les points images des racines \(n\)-ièmes de l'unité forment les sommets d'un polygone régulier à \(n\) côtés inscrit dans le cercle unité, avec un sommet au point d'affixe \(1\). 


Soit \(n \ge 1\) un entier.
- Une racine \(n\)-ième de l'unité est de module \(1\). Si \(z^n = 1\), alors \(|z|^n = |z^n| = 1\) (module d'une puissance). Le réel \(|z| \ge 0\) vérifie donc \(|z|^n = 1\). Si \(0 \le |z| < 1\), alors \(|z|^n < 1\) ; si \(|z| > 1\), alors \(|z|^n > 1\). Donc \(|z| = 1\).
- Résolution sur le cercle trigonométrique. Ainsi \(z \in \mathbb{U}\), et \(z = e^{i\theta}\) pour un réel \(\theta\). Alors \(z^n = e^{in\theta}\), et \(1 = e^{i \times 0}\). Par l'égalité sous forme trigonométrique (les deux modules valent \(1\)) : $$z^n = 1 \iff n\theta \equiv 0 \pmod{2\pi} \iff \theta = \frac{2k\pi}{n} \text{ pour un entier } k.$$ Réciproquement, pour tout entier \(k\), \(\left(e^{i\frac{2k\pi}{n}}\right)^n = e^{i2k\pi} = 1\). Donc \(\mathbb{U}_n = \left\{e^{i\frac{2k\pi}{n}} \;|\; k \in \mathbb{Z}\right\}\).
- Exactement \(n\) racines distinctes. Pour \(0 \le k' < k \le n-1\), la différence \(\dfrac{2k\pi}{n} - \dfrac{2k'\pi}{n} = \dfrac{2(k-k')\pi}{n}\) est strictement comprise entre \(0\) et \(2\pi\), donc ce n'est pas un multiple de \(2\pi\) : les nombres \(e^{i\frac{2k\pi}{n}}\), \(k = 0, \dots, n-1\), sont distincts. Tout autre entier \(k\) s'écrit \(k = qn + j\) avec \(q \in \mathbb{Z}\) et \(0 \le j \le n-1\) (division euclidienne), et $$e^{i\frac{2k\pi}{n}} = e^{i\left(\frac{2j\pi}{n} + 2q\pi\right)} = e^{i\frac{2j\pi}{n}},$$ qui est l'un de ces \(n\) nombres.
- Le polygone régulier. Avec \(\omega = e^{i\frac{2\pi}{n}}\), les racines sont \(1, \omega, \dots, \omega^{n-1}\), et \(\omega^n = 1\). Multiplier par un nombre complexe de module \(r\) et d'argument \(\varphi\) dilate d'un facteur \(r\) et fait tourner d'un angle \(\varphi\) ; multiplier par \(\omega\), de module \(1\) et d'argument \(\dfrac{2\pi}{n}\), est donc la rotation de centre \(O\) et d'angle \(\dfrac{2\pi}{n}\). Elle envoie chaque racine \(\omega^k\) sur la suivante \(\omega^{k+1}\), et \(\omega^{n-1}\) sur \(\omega^n = 1\). Pour \(n \ge 3\), cette rotation envoie donc le polygone de sommets consécutifs \(1, \omega, \dots, \omega^{n-1}\) sur lui-même, chaque côté sur le côté suivant et chaque angle sur l'angle suivant : tous ses côtés sont égaux, de longueur \(|\omega - 1|\), et tous ses angles sont égaux. Le polygone est régulier.
Proposition — Somme des racines de l'unité
Pour tout entier \(n \ge 2\), la somme des racines \(n\)-ièmes de l'unité est nulle : $$\textcolor{colorprop}{1 + \omega + \omega^2 + \dots + \omega^{n-1} = 0, \qquad \text{où } \omega = e^{i\frac{2\pi}{n}}.}$$
On pose \(S = 1 + \omega + \omega^2 + \dots + \omega^{n-1}\). Multiplier par \(\omega\) décale chaque terme d'un cran : $$\begin{aligned}[t] \omega S &= \omega + \omega^2 + \dots + \omega^{n-1} + \omega^n && \\
&= \omega + \omega^2 + \dots + \omega^{n-1} + 1 && \text{(\(\omega^n = 1\))}\\
&= S. \end{aligned}$$ Donc \((\omega - 1)S = 0\). Comme \(n \ge 2\), \(\omega = e^{i2\pi/n} \neq 1\), d'où \(S = 0\). Géométriquement : le centre de gravité des \(n\) racines, sommets d'un polygone régulier lorsque \(n \ge 3\), est l'origine.
Méthode — Étudier un polygone régulier avec les racines de l'unité
Pour étudier un polygone régulier à \(n\) côtés (\(n \ge 3\)) inscrit dans le cercle trigonométrique, avec un sommet au point d'affixe \(1\) : - Placer les sommets aux racines \(n\)-ièmes de l'unité \(1, \omega, \omega^2, \dots, \omega^{n-1}\), où \(\omega = e^{i\frac{2\pi}{n}}\).
- Calculer un côté comme un module : \(\omega^{k+1} - \omega^k = \omega^k(\omega - 1)\) et \(|\omega^k| = 1\), donc chaque côté mesure \(|\omega - 1|\).
- Calculer \(|\omega - 1|\) à partir de la forme algébrique, avec \(\alpha = \dfrac{2\pi}{n}\) : $$\begin{aligned}[t] |e^{i\alpha} - 1|^2 &= (\cos\alpha - 1)^2 + \sin^2\alpha &&\\ &= 2 - 2\cos\alpha && \text{(\(\cos^2\alpha + \sin^2\alpha = 1\))}\\ &= 4\sin^2\frac{\alpha}{2}, && \text{(formule de duplication)} \end{aligned}$$ donc le côté mesure \(2\sin\dfrac{\pi}{n}\), puisque \(\sin\dfrac{\pi}{n} > 0\).
- Pour un polygone régulier inscrit dans le cercle de rayon \(R\) centré à l'origine, avec un sommet au point d'affixe \(R\), les sommets sont les \(R\,\omega^k\) : toutes les longueurs sont multipliées par \(R\).
Exemple
Un octogone régulier est inscrit dans le cercle trigonométrique, avec un sommet au point d'affixe \(1\). Donner les affixes de ses sommets sous forme algébrique, puis la longueur exacte de son côté.
Les sommets sont les racines huitièmes de l'unité \(\omega^k = e^{i\frac{k\pi}{4}}\), \(k = 0, \dots, 7\), avec \(\omega = e^{i\frac{\pi}{4}} = \dfrac{\sqrt{2}}{2} + i\dfrac{\sqrt{2}}{2}\) : $$1,\quad \frac{\sqrt{2}}{2} + i\frac{\sqrt{2}}{2},\quad i,\quad -\frac{\sqrt{2}}{2} + i\frac{\sqrt{2}}{2},\quad -1,\quad -\frac{\sqrt{2}}{2} - i\frac{\sqrt{2}}{2},\quad -i,\quad \frac{\sqrt{2}}{2} - i\frac{\sqrt{2}}{2}.$$ Chaque côté mesure \(|\omega - 1|\) : $$\begin{aligned}[t] |\omega - 1|^2 &= \left(\frac{\sqrt{2}}{2} - 1\right)^2 + \left(\frac{\sqrt{2}}{2}\right)^2 &&\\
&= \frac{1}{2} - \sqrt{2} + 1 + \frac{1}{2} && \text{(\((x-y)^2 = x^2 - 2xy + y^2\))}\\
&= 2 - \sqrt{2}. \end{aligned}$$ Le côté mesure \(\sqrt{2 - \sqrt{2}}\), c'est-à-dire \(2\sin\dfrac{\pi}{8}\) d'après la méthode (environ \(0{,}77\), et le périmètre \(8\sqrt{2-\sqrt{2}}\) vaut environ \(6{,}12\), un peu moins que la longueur du cercle \(2\pi\)). 

Proposition — Racines n-ièmes d'un nombre complexe
Soit \(n \ge 1\) un entier. Un nombre complexe non nul \(c = \rho e^{i\alpha}\), avec \(\rho > 0\), a exactement \(n\) racines \(n\)-ièmes distinctes, données par la formule $$ z_k = r e^{i\left(\frac{\alpha + 2k\pi}{n}\right)} \quad \text{pour } k = 0, 1, 2, \dots, n-1, $$ où \(r\) est l'unique réel \(r > 0\) tel que \(r^n = \rho\). Géométriquement, pour \(n \ge 3\), les racines forment les sommets d'un polygone régulier à \(n\) côtés inscrit dans un cercle de rayon \(r\).
On cherche à résoudre l'équation \(z^n=c\) d'inconnue \(z\). On pose \(z = re^{i\theta}\) et \(c=\rho e^{i\alpha}\).$$\begin{aligned} (re^{i\theta})^n &= \rho e^{i\alpha} \\
r^n e^{in\theta} &= \rho e^{i\alpha}\end{aligned}$$ Pour que deux nombres complexes soient égaux, leurs modules doivent être égaux et leurs arguments doivent être égaux à un multiple de \(2\pi\) près.
- Égalité des modules : \(r^n = \rho\) avec \(r > 0\), donc \(r\) est l'unique réel \(r > 0\) tel que \(r^n = \rho\).
- Égalité des arguments : \(n\theta = \alpha + 2k\pi \implies \theta = \frac{\alpha + 2k\pi}{n}\) pour \(k \in \mathbb{Z}\).
Exemple
Déterminer les trois racines cubiques de \(c = 8i\). - Étape 1 : Conversion en forme exponentielle.
\(\rho = |8i| = 8\). \(\alpha = \arg(8i) = \frac{\pi}{2}\). Donc, \(c = 8e^{i\frac{\pi}{2}}\). - Étape 2 : Application de la formule des racines.
Le module des racines est le réel \(r > 0\) tel que \(r^3 = 8\), c'est-à-dire \(r = 2\).
Les arguments sont \(\phi_k = \frac{\pi/2 + 2k\pi}{3}\) pour \(k=0,1,2\). - Étape 3 : Calcul de chaque racine.
\(k=0: z_0 = 2e^{i\frac{\pi}{6}} = 2(\cos\frac{\pi}{6}+i\sin\frac{\pi}{6}) = \sqrt{3}+i\).
\(k=1: z_1 = 2e^{i\frac{5\pi}{6}} = 2(\cos\frac{5\pi}{6}+i\sin\frac{5\pi}{6}) = -\sqrt{3}+i\).
\(k=2: z_2 = 2e^{i\frac{3\pi}{2}} = 2(\cos\frac{3\pi}{2}+i\sin\frac{3\pi}{2}) = -2i\).

Compétences à pratiquer
- Déterminer des racines \(n\)-ièmes
- Étudier un polygone régulier avec les racines de l'unité
V.2
Angles, alignement et orthogonalité
Proposition — Angle
Soient \(A\), \(B\) et \(C\) trois points distincts du plan complexe d'affixes respectives \(z_A\), \(z_B\) et \(z_C\). L'angle orienté \(\left(\Vect{AB}, \Vect{AC}\right)\) est donné par $$ \left(\Vect{AB}, \Vect{AC}\right) \equiv \arg\left(\frac{z_C-z_A}{z_B-z_A}\right) \pmod{2\pi}. $$ 
Soit \(\vec{u}\) le vecteur d'affixe \(1\), qui dirige l'axe des réels positifs. D'après la relation de Chasles, \(\left(\Vect{AB}, \Vect{AC}\right) \equiv \left(\Vect{AB}, \vec{u}\right) + \left(\vec{u}, \Vect{AC}\right) \equiv \left(\vec{u}, \Vect{AC}\right) - \left(\vec{u}, \Vect{AB}\right) \pmod{2\pi}\) : l'angle orienté est la différence entre les angles des vecteurs \(\Vect{AC}\) et \(\Vect{AB}\), tous deux mesurés par rapport à l'axe des réels positifs. 
Soit \(\theta\) une mesure de \(\left(\vec{u}, \Vect{AC}\right)\) et \(\phi\) une mesure de \(\left(\vec{u}, \Vect{AB}\right)\). D'après la définition de l'argument de l'affixe d'un vecteur, on a :

- L'affixe de \(\Vect{AC}\) est \(z_C-z_A\), donc \(\theta = \arg(z_C-z_A)\).
- L'affixe de \(\Vect{AB}\) est \(z_B-z_A\), donc \(\phi = \arg(z_B-z_A)\).
Proposition — Critères d'alignement et d'orthogonalité
Soient \(A\), \(B\), \(C\) trois points distincts d'affixes \(a\), \(b\), \(c\). - \(A\), \(B\), \(C\) sont alignés si et seulement si \(\dfrac{c-a}{b-a}\) est un nombre réel.
- Les droites \((AB)\) et \((AC)\) sont perpendiculaires si et seulement si \(\dfrac{c-a}{b-a}\) est un nombre imaginaire pur.
L'angle orienté \(\left(\Vect{AB}, \Vect{AC}\right)\) est un argument de \(\dfrac{c-a}{b-a}\), et ce quotient est non nul (les points sont distincts).
- Les points sont alignés exactement lorsque cet angle vaut \(0\) ou \(\pi\) modulo \(2\pi\) — c'est-à-dire lorsque l'argument du quotient vaut \(0 \pmod{\pi}\) : les nombres complexes non nuls d'un tel argument sont exactement les réels.
- Les droites sont perpendiculaires exactement lorsque l'angle vaut \(\pm\dfrac{\pi}{2}\) modulo \(2\pi\) — les nombres complexes non nuls d'argument \(\dfrac{\pi}{2} \pmod{\pi}\) sont exactement les imaginaires purs.
Exemple
Soient \(A\), \(B\), \(C\) les points d'affixes \(a = 1+2i\), \(b = 3+3i\), \(c = 7+5i\). Montrer que \(A\), \(B\), \(C\) sont alignés.
$$\begin{aligned}[t] \frac{c-a}{b-a} &= \frac{6+3i}{2+i} && \\
&= \frac{3(2+i)}{2+i} && \text{(factorisation par 3)}\\
&= 3. \end{aligned}$$ Le quotient est un nombre réel, donc \(A\), \(B\), \(C\) sont alignés (et \(\Vect{AC} = 3\,\Vect{AB}\)).
Méthode — Étudier une configuration avec les affixes
Soient \(A\), \(B\), \(C\) des points d'affixes \(a\), \(b\), \(c\), avec \(B \neq A\) et \(C \neq A\). Pour étudier la configuration au sommet \(A\), on calcule le quotient \(q = \dfrac{c-a}{b-a}\) sous forme algébrique, puis on le lit : - longueurs : \(|q| = \dfrac{|c-a|}{|b-a|} = \dfrac{AC}{AB}\) ; en particulier, \(|q| = 1\) signifie \(AC = AB\) (si de plus \(A\), \(B\), \(C\) ne sont pas alignés, le triangle \(ABC\) est isocèle en \(A\)) ;
- angle : un argument de \(q\) est une mesure de l'angle orienté \(\left(\Vect{AB}, \Vect{AC}\right)\) ;
- alignement : \(q\) est réel exactement lorsque \(A\), \(B\), \(C\) sont alignés ;
- orthogonalité : \(q\) est imaginaire pur exactement lorsque \((AB) \perp (AC)\), c'est-à-dire lorsque le triangle \(ABC\) est rectangle en \(A\).
Exemple
Soient \(A\), \(B\), \(C\) les points d'affixes \(a = 2+2i\), \(b = 4+i\) et \(c = 4+6i\). Déterminer la nature du triangle \(ABC\).
On calcule le quotient au sommet \(A\), en multipliant par le conjugué du dénominateur : $$\begin{aligned}[t] \frac{c-a}{b-a} &= \frac{2+4i}{2-i} &&\\
&= \frac{(2+4i)(2+i)}{(2-i)(2+i)} && \text{(conjugué du dénominateur)}\\
&= \frac{4 + 2i + 8i + 4i^2}{4+1} && \text{(\(i^2 = -1\))}\\
&= \frac{10i}{5} = 2i. \end{aligned}$$ 
- \(|2i| = 2\), donc \(AC = 2\,AB\) : le triangle n'est pas isocèle en \(A\).
- \(2i\) est imaginaire pur, d'argument \(\dfrac{\pi}{2}\) : \(\left(\Vect{AB}, \Vect{AC}\right) \equiv \dfrac{\pi}{2} \pmod{2\pi}\).

Compétences à pratiquer
- Calculer des angles et démontrer la nature d'une figure
- Démontrer un alignement ou une orthogonalité
V.3
Ensembles de points
Les équations et inéquations impliquant des nombres complexes peuvent définir des formes ou des régions géométriques, appelées ensembles de points (ou lieux géométriques), dans le plan complexe. La compréhension de la signification géométrique du module et de l'argument est la clé pour interpréter ces lieux.
Proposition — Lieux géométriques fondamentaux
- Cercles : pour \(r > 0\), l'équation \(|z-c| = r\) décrit un cercle de centre d'affixe \(c\) et de rayon \(r\). C'est l'ensemble de tous les points d'affixe \(z\) qui sont à une distance fixe \(r\) du point d'affixe \(c\).
- Médiatrices : pour \(a \neq b\), l'équation \(|z-a| = |z-b|\) décrit la médiatrice du segment reliant les points d'affixes \(a\) et \(b\). C'est l'ensemble de tous les points d'affixe \(z\) qui sont équidistants des points d'affixes \(a\) et \(b\).
- Demi-droites : l'équation \(\arg(z-c) = \alpha \pmod{2\pi}\) décrit une demi-droite d'origine le point d'affixe \(c\) (exclu) et faisant un angle \(\alpha\) avec l'axe des réels positifs.
Exemple
Déterminer l'ensemble des points \(M\) d'affixe \(z\) tels que : - \(|z - 1 + 2i| = 2\) ;
- \(|z - 2 + i| = |z + 2 - 3i|\).
Dans chaque cas, on écrit chaque module sous la forme \(|z - \text{affixe}|\), qui est une distance.
- \(z - 1 + 2i = z - (1 - 2i)\). Soit \(\Omega\) le point d'affixe \(1 - 2i\) : alors \(|z - (1-2i)| = \Omega M\), et la condition s'écrit \(\Omega M = 2\). L'ensemble est le cercle de centre \(\Omega\) et de rayon \(2\).

- \(z - 2 + i = z - (2 - i)\) et \(z + 2 - 3i = z - (-2 + 3i)\). Soient \(A\) et \(B\) les points d'affixes \(2 - i\) et \(-2 + 3i\) : la condition s'écrit \(AM = BM\). L'ensemble est la médiatrice du segment \([AB]\) : la droite passant par le milieu \(I\) de \([AB]\), d'affixe \(\dfrac{(2-i) + (-2+3i)}{2} = i\), et perpendiculaire à \((AB)\).

Compétences à pratiquer
- Représenter des droites
- Représenter des demi-droites
- Identifier des ensembles de points à partir de modules
VI
Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
- Problèmes
- Type bac
- Quiz
Contrôle du chapitre
4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.
À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.
Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.
Aucun exercice composé.
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