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Éducation Nationale Française · Terminale Spécialité

Continuité

I Continuité d'une fonction
I.1 Continuité en un point et sur un intervalle
À quoi sert la continuité ?
Deux questions ouvrent l'étude de la continuité, et aucune ne se règle par une formule. L'équation \(x^3 + x - 1 = 0\) admet une solution : comment le démontrer, et comment situer cette solution, alors qu'aucune méthode connue jusqu'ici ne la résout ? Une suite définie par \(u_{n+1} = f(u_n)\) s'approche d'une valeur : laquelle, alors qu'aucune formule explicite ne donne \(u_n\) ? Les deux reposent sur une même propriété de \(f\), celle qu'on appelle la continuité : sur une fonction continue, passer à la limite et calculer une image sont la même opération. La continuité seule ne règle ni l'une ni l'autre — les variations de \(f\) décident du nombre de solutions, et le théorème de convergence monotone décide si la suite admet une limite — mais c'est l'hypothèse sans laquelle aucune des deux réponses n'est atteignable. La courbe se trace sans lever le crayon, donc elle ne peut pas sauter par-dessus une valeur ; et une limite calculée à l'intérieur de \(f\) peut en sortir.
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Définition — Continuité en un point
Soit \(f\) une fonction et soit \(a\) un nombre réel. La fonction \(f\) est continue en \(a\) lorsque $$\lim_{x \to a} f(x) = f(a).$$ Cette seule égalité porte trois exigences à la fois : que \(f(a)\) ait un sens, que la limite de \(f\) en \(a\) existe, et que les deux coïncident. Si l'une d'elles manque, \(f\) n'est pas continue en \(a\) — en particulier lorsque \(f\) n'est pas définie en \(a\). Intuitivement, la courbe d'une fonction continue se trace sans lever le crayon : la valeur dont la fonction s'approche au voisinage de \(a\) est la valeur qu'elle prend en \(a\). Une fonction est continue sur un intervalle lorsqu'elle est continue en chacun de ses points, la limite étant prise d'un seul côté à une borne.
Types de discontinuité
  • Discontinuité amovible (ou prolongeable par continuité) : Se produit lorsque la limite existe mais n'est pas égale à la valeur de la fonction, ou si la fonction n'est pas définie au point. Cela correspond à un « trou » dans la courbe.
  • Discontinuité non amovible (ou essentielle) : Se produit lorsque la limite n'existe pas. Cela correspond à un « saut » (où les limites à gauche et à droite diffèrent), à une asymptote verticale (une discontinuité infinie) ou encore à un comportement très oscillant.
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Prolongement par continuité
Une discontinuité prolongeable par continuité peut être réparée. Si \(f\) n'est pas définie en \(a\) mais que \(\displaystyle\lim_{x \to a} f(x) = L\) existe, la fonction \(\tilde{f}\) — définie sur le domaine de \(f\) auquel on adjoint \(a\), par \(\tilde{f}(x) = f(x)\) là où \(f\) est définie et \(\tilde{f}(a) = L\) — est continue en \(a\) : on l'appelle le prolongement par continuité de \(f\) en \(a\). Par exemple, \(f(x) = \frac{x^2-1}{x-1}\) (non définie en \(1\)) se prolonge en une fonction continue en posant \(\tilde{f}(1) = 2\), car pour \(x \neq 1\), \(\frac{x^2-1}{x-1} = x+1 \xrightarrow[x \to 1]{} 2\) — le trou est comblé.
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Proposition — Les fonctions continues de référence
Une courte liste de fonctions de référence porte l'essentiel du travail. Chacune des suivantes est continue en tout nombre de son ensemble de définition :
  • Les fonctions polynômes, dont les fonctions affines et \(x \mapsto x^n\) (ex. \(x \mapsto x^3 - 2x + 5\)), continues sur \(\mathbb{R}\) ;
  • Les fonctions rationnelles (ex. \(x \mapsto \dfrac{x+1}{x-2}\)), continues sur tout intervalle où le dénominateur ne s'annule pas ;
  • La fonction racine carrée \(x \mapsto \sqrt{x}\), continue sur \([0\,;\,+\infty[\) ;
  • Les fonctions sinus et cosinus, continues sur \(\mathbb{R}\) ;
  • La fonction exponentielle, continue sur \(\mathbb{R}\) ;
  • La fonction valeur absolue \(x \mapsto |x|\), continue sur \(\mathbb{R}\).
De plus, une somme, un produit, un quotient (là où le dénominateur ne s'annule pas) et une composée de fonctions continues sont continus sur leur ensemble de définition. Une fonction construite à partir de cette liste par ces quatre opérations a donc une continuité qui se lit, et ne se démontre pas à partir de la définition. Une fonction définie par morceaux échappe à cette règle : chaque morceau est continu par le catalogue, mais la continuité en chaque raccord est à vérifier à part.
Exemple
Soit \(f\) définie par $$f(x) = \begin{cases} x^2 + k & \text{si } x < 2, \\ 3x - 1 & \text{si } x \geq 2. \end{cases}$$ Déterminer la valeur de \(k\) pour laquelle \(f\) est continue en \(2\).

Chaque branche est polynomiale, donc continue sur son intervalle : seul le raccord en \(x = 2\) est en jeu.
  • À gauche du raccord : pour \(x < 2\), \(f(x) = x^2 + k\), et \(x^2 + k \xrightarrow[x \to 2^-]{} 4 + k\).
  • Au raccord et à droite : \(f(2) = 3 \times 2 - 1 = 5\), et \(3x - 1 \xrightarrow[x \to 2^+]{} 5\).
La fonction est continue en \(2\) exactement lorsque la limite à gauche égale \(f(2)\) : $$4 + k = 5 \iff k = 1.$$ Vérification : avec \(k = 1\), les deux branches donnent la valeur \(5\) en \(x = 2\).

Compétences à pratiquer
  • Identifier la continuité graphiquement
  • Étudier la continuité d'une fonction
  • Rendre une fonction continue
  • Évaluer des limites par la continuité
I.2 Nombre dérivé
Définition — La dérivée en un point
Soit \(f\) une fonction définie sur un intervalle contenant \(a\). Lorsque la limite du taux de variation ci-dessous existe et est un nombre réel, on dit que \(f\) est dérivable en \(a\), et cette limite est appelée nombre dérivé de \(f\) en \(a\), notée \(f'(a)\) :$$ \textcolor{colordef}{f'(a) = \lim_{h \to 0} \dfrac{f(a+h)-f(a)}{h}} $$ Géométriquement, \(f'(a)\) est la pente de la tangente à la courbe de \(f\) au point \((a\,;\,f(a))\). C'est aussi le taux de variation instantané de \(f\) en \(a\).
Lorsque cette limite n'existe pas, ou est infinie, \(f\) n'est pas dérivable en \(a\) : la courbe n'admet pas en ce point de tangente de pente finie.
Illustration
Exemple
Déterminer le nombre dérivé en \(x=1\) de \(f(x)=x^2\).

On évalue la limite du taux de variation lorsque \(h \to 0\).$$\begin{aligned}\dfrac{f(1+h)-f(1)}{h} &= \dfrac{(1+h)^2 - 1^2}{h} \\ &= \dfrac{1+2h+h^2 - 1}{h} \\ &= \dfrac{2h+h^2}{h} \\ &= 2+h \quad (\text{pour } h \neq 0)\end{aligned}$$ On prend la limite :$$ f'(1) = \lim_{h \to 0} (2+h) = 2 $$ La dérivée en \(x=1\) est 2. Cela signifie que la pente de la tangente à la courbe de \(f(x)=x^2\) au point \((1 ; 1)\) est 2. La figure ci-dessous montre comment la pente de la droite sécante de \((1 ; 1)\) à \((1+h\,;\,f(1+h))\) s'approche de la pente de la tangente à mesure que \(h\) diminue.
Illustration

Compétences à pratiquer
  • Rédiger le calcul d'un nombre dérivé par la définition
I.3 Continuité et dérivabilité
Théorème — Continuité et dérivabilité
Si une fonction \(f\) est dérivable en un point \(a\), alors \(f\) est continue en \(a\).
Si une fonction \(f\) est dérivable sur un intervalle \(I\), alors \(f\) est continue sur \(I\).

Soit \(f\) dérivable en \(a\). Pour \(x \neq a\), on écrit la différence \(f(x) - f(a)\) à l'aide du taux de variation : $$\begin{aligned}[t] f(x) - f(a) &= \dfrac{f(x) - f(a)}{x - a} \times (x - a) &&\text{(pour } x \neq a\text{)} \\ &\xrightarrow[x \to a]{} f'(a) \times 0 = 0 \end{aligned}$$ car le taux de variation tend vers \(f'(a)\), ce qui est la définition de la dérivabilité en \(a\), et \(x - a\) tend vers \(0\). Donc \(f(x)\) tend vers \(f(a)\) lorsque \(x\) tend vers \(a\) : \(f\) est continue en \(a\). Comme la continuité sur un intervalle \(I\) est la continuité en chacun de ses points, la seconde assertion découle de la première.

Remarque
La réciproque de ce théorème est fausse. Une fonction peut être continue en un point sans y être dérivable.
L'exemple classique est la fonction valeur absolue \(x \mapsto |x|\) en 0 :
  • Elle est continue en 0 car \(\displaystyle\lim_{x \to 0} |x| = 0 = f(0)\).
  • Elle n'est pas dérivable en 0 car la pente à gauche est \(-1\) et la pente à droite est \(+1\).
Une fonction continue mais pas dérivable en \(a\) se traduit souvent par un point anguleux, comme ici ; elle peut aussi présenter une tangente verticale, comme la fonction racine carrée \(x \mapsto \sqrt{x}\) en \(0\), continue en \(0\) mais non dérivable en ce point.
Illustration
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Compétences à pratiquer
  • Analyser le lien entre continuité et dérivabilité
  • Comparer continuité et dérivabilité
II Continuité et suites
II.1 Image d'une suite convergente
De la suite à la fonction et retour
Une suite définie par \(u_{n+1} = f(u_n)\) construit chaque terme à partir du précédent par la même fonction : toute la suite tient dans \(f\) et dans le premier terme \(u_0\). En général rien ne donne \(u_n\) en fonction de \(n\), donc le calcul habituel d'une limite est hors d'atteinte. Mais supposons la suite convergente vers un réel \(\ell\) : alors les termes \(f(u_n)\) convergent vers \(f(\ell)\) — pourvu que \(f\) soit continue en \(\ell\). Les termes et leurs images étant les mêmes nombres à un rang près, la limite doit vérifier \(f(\ell) = \ell\). C'est ce qu'énonce le théorème du point fixe : la continuité transforme la recherche d'une limite en la résolution d'une équation.
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Proposition — Image d'une suite convergente
Soit \((u_n)\) une suite à valeurs dans le domaine de \(f\), convergeant vers \(\ell\), et soit \(f\) une fonction continue en \(\ell\). Alors la suite \(\left(f(u_n)\right)\) converge vers \(f(\ell)\) : $$u_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} \ell \quad \text{et} \quad f \text{ continue en } \ell \qquad \Longrightarrow \qquad f(u_n) \xrightarrow[n \to +\infty]{} f(\ell).$$ Cette proposition est admise.
Exemple
Soit \(u_n = 2 + \dfrac{1}{n}\) pour \(n \geq 1\), et \(f(x) = \sqrt{x + 7}\). Déterminer \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} f(u_n)\).

Comme \(\dfrac{1}{n} \to 0\), la suite \((u_n)\) converge vers \(\ell = 2\). La fonction \(f(x) = \sqrt{x+7}\) est continue en \(2\) (catalogue : racine carrée d'une fonction polynomiale, définie au voisinage de \(2\) car \(2 + 7 > 0\)). Par l'image d'une suite convergente, $$f(u_n) \xrightarrow[n \to +\infty]{} f(2) = \sqrt{9} = 3.$$

Compétences à pratiquer
  • Appliquer l'image d'une suite convergente
II.2 Suites définies par une relation de récurrence
Définition — Point fixe
Soit \(f\) une fonction et \(a\) un réel de son ensemble de définition. Le nombre \(a\) est un point fixe de \(f\) lorsque $$f(a) = a,$$ c'est-à-dire lorsque \(f\) le laisse là où il est. Sur un graphique, les points fixes de \(f\) sont les abscisses des points où la courbe \(\mathcal{C}_f\) rencontre la droite d'équation \(y = x\) : lire ces intersections montre d'un coup d'\oe il combien \(f\) semble avoir de points fixes et où ils se situent — une lecture qui suggère la réponse, et que la résolution de \(f(x) = x\) vient ensuite confirmer.
Théorème — Limite d'une suite définie par une relation de récurrence
Soit une suite \((u_n)\) définie par \(u_{n+1} = f(u_n)\) convergente vers \(\ell\).
Si la fonction associée \(f\) est continue en \(\ell\), alors la limite vérifie$$ f(\ell) = \ell, $$c'est-à-dire que \(\ell\) est solution de l'équation du point fixe \(f(x) = x\).
Remarques
  • La condition de continuité de \(f\) en \(\ell\) est indispensable.
  • La réciproque est fausse : l'existence d'une solution de \(f(x) = x\) n'entraîne pas la convergence de la suite. Ainsi \(f(x) = -x\) a pour point fixe \(0\), mais \(u_0 = 1\) donne la suite \(1\), \(-1\), \(1\), \(-1\), …qui ne converge pas.
  • En pratique, on résout l'équation \(f(x)=x\) pour déterminer les limites possibles, puis on utilise les caractéristiques de la suite pour choisir la bonne.
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Méthode — Étudier une suite définie par \(u_{n+1} \equal f(u_n)\)
La méthode s'applique à une fonction \(f\) continue sur un segment \(I = [\alpha\,;\,\beta]\), et lorsque la monotonie de la suite peut être établie : une fonction continue d'un segment dans lui-même peut très bien produire une suite non monotone, comme \(f(x) = 1 - x\) sur \([0\,;\,1]\) avec \(u_0 = 0\).
  1. Stabilité : déterminer un segment \(I\) contenant \(u_0\) tel que \(f(I) \subset I\), c'est-à-dire tel que \(x \in I\) entraîne \(f(x) \in I\). Démontrer par récurrence que tous les termes \(u_n\) appartiennent à \(I\). Sans cette étape, rien de ce qui suit n'est légitime, car \(u_{n+1}\) pourrait sortir de l'intervalle où \(f\) est étudiée.
  2. Monotonie : soit la lire sur le signe de \(f(x) - x\) sur \(I\), immédiat une fois la stabilité acquise, soit la démontrer par récurrence lorsque \(f\) est croissante, en comparant \(u_1\) et \(u_0\).
  3. Convergence : la suite est bornée, puisque tous ses termes appartiennent au segment \(I\). Le théorème de convergence monotone s'applique alors : toute suite croissante et majorée converge, et toute suite décroissante et minorée aussi. La suite admet donc une limite \(\ell\), et \(\ell\) appartient à \(I\) car \(I\) est fermé.
  4. Identification : le théorème du point fixe s'applique, puisque \(f\) est continue en \(\ell\) : la limite vérifie \(f(\ell) = \ell\). Résoudre cette équation sur \(I\), puis utiliser les propriétés de la suite pour trancher entre les solutions lorsqu'il y en a plusieurs.
Exemple
Soit \(f\) définie sur \([0\,;\,3]\) par \(f(x) = \sqrt{2x + 3}\), et soit \((u_n)\) la suite définie par \(u_0 = 0\) et \(u_{n+1} = f(u_n)\). Montrer que \((u_n)\) converge et déterminer sa limite.

  1. Stabilité. La fonction \(f\) est strictement croissante sur \([0\,;\,3]\), donc pour \(x \in [0\,;\,3]\) on a \(f(0) \leq f(x) \leq f(3)\), c'est-à-dire \(\sqrt{3} \leq f(x) \leq 3\), et \(f([0\,;\,3]) \subset [0\,;\,3]\). Soit \(P(n)\) la proposition « \(u_n \in [0\,;\,3]\) ». Initialisation : \(u_0 = 0\) appartient à \([0\,;\,3]\), donc \(P(0)\) est vraie. Hérédité : supposons \(P(n)\) vraie pour un entier \(n\) ; alors \(u_n \in [0\,;\,3]\), donc \(u_{n+1} = f(u_n) \in f([0\,;\,3]) \subset [0\,;\,3]\), et \(P(n+1)\) est vraie. D'après le principe de récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout entier \(n\).
  2. Monotonie. Pour \(x \in [0\,;\,3]\), les deux membres \(\sqrt{2x+3}\) et \(x\) étant positifs, le signe de \(f(x) - x\) est celui de \(2x + 3 - x^2 = -(x-3)(x+1)\), qui est strictement positif sur \([0\,;\,3[\). Comme tous les \(u_n\) appartiennent à \([0\,;\,3]\), on obtient \(u_{n+1} \geq u_n\) : la suite est croissante, et elle est majorée par \(3\).
  3. Convergence. Croissante et majorée, la suite \((u_n)\) converge d'après le théorème de convergence monotone, vers une limite \(\ell\) de \([0\,;\,3]\).
  4. Identification. La fonction \(f\) est continue sur \([0\,;\,3]\), donc le théorème du point fixe donne \(\sqrt{2\ell + 3} = \ell\). En élevant au carré, avec \(\ell \geq 0\) : \(\ell^2 - 2\ell - 3 = 0\), c'est-à-dire \((\ell - 3)(\ell + 1) = 0\). Seule \(3\) appartient à \([0\,;\,3]\), donc $$\lim_{n \to +\infty} u_n = 3.$$

Lire les termes sur un graphique : la construction en escalier
La courbe \(\mathcal{C}_f\) et la droite \(y = x\) suffisent à placer tous les termes sur l'axe des abscisses, sans un seul calcul. À partir de \(u_0\), monter verticalement jusqu'à \(\mathcal{C}_f\) : la hauteur atteinte vaut \(f(u_0) = u_1\). Se déplacer ensuite horizontalement jusqu'à la droite \(y = x\) : comme sur cette droite l'abscisse est égale à l'ordonnée, le point atteint a pour abscisse \(u_1\). Repartir de là donne \(u_2\), puis \(u_3\), et ainsi de suite. Ci-dessous, \(f(x) = \sqrt{2x+3}\) sur \([0\,;\,3]\) avec \(u_0 = 0{,}5\) : le trajet monte comme un escalier, et les termes s'accumulent à l'abscisse du point où \(\mathcal{C}_f\) rencontre la droite, c'est-à-dire au point fixe \(\ell = 3\). La figure montre ce que les quatre étapes de la méthode « Étudier une suite définie par \(u_{n+1} = f(u_n)\) » doivent démontrer ; elle ne les remplace jamais.
Illustration
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Compétences à pratiquer
  • Appliquer le théorème du point fixe
  • Déterminer des limites de suites graphiquement et algébriquement
  • Étudier complètement une suite définie par récurrence
III Continuité et équations
III.1 Le théorème des valeurs intermédiaires
Résoudre sans résoudre
Soit l'équation \(x^3 + x - 1 = 0\). Aucune factorisation, aucun discriminant, aucune formule connue jusqu'ici n'en produit la solution, et une calculatrice n'en rend jamais qu'une valeur approchée. Trois questions se traitent pourtant complètement : cette équation admet-elle une solution, combien en admet-elle, et entre quels deux décimaux se situe chacune ? Les trois réponses viennent de la même hypothèse sur la fonction \(x \mapsto x^3 + x - 1\), sa continuité, associée à ce que disent les variations. L'existence vient du théorème des valeurs intermédiaires, l'unicité de la stricte monotonie, et la localisation d'un algorithme qui coupe un intervalle en deux autant de fois que la précision demandée l'exige. Résoudre est remplacé par démontrer et situer, et cela suffit.
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Théorème — Théorème des valeurs intermédiaires
Soit \(f\) une fonction continue sur un intervalle \([a ; b]\).
Pour tout réel \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), l'équation \(f(x) = k\) admet au moins une solution \(c\) dans l'intervalle \([a ; b]\).
Illustration
Compétences à pratiquer
  • Appliquer le théorème des valeurs intermédiaires
III.2 Le cas strictement monotone
Théorème — Corollaire : Théorème de la bijection
Si \(f\) est continue et strictement monotone sur \([a\,;\,b]\), alors pour tout nombre réel \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), l'équation \(f(x) = k\) admet une unique solution \(c\) dans \([a\,;\,b]\). Le mot bijection est ici un nom d'usage des manuels. Le résultat s'étend à un intervalle ouvert ou semi-ouvert, borné ou non, les images des bornes étant alors remplacées par les limites de \(f\) en ces bornes, \(k\) étant alors strictement compris entre ces limites à une borne ouverte.
Illustration

L'existence vient du théorème des valeurs intermédiaires : \(f\) est continue sur \([a\,;\,b]\) et \(k\) est compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\). Supposons par l'absurde que l'équation admette deux solutions distinctes \(c_1\) et \(c_2\) de \([a\,;\,b]\), avec \(c_1 < c_2\). Alors \(f(c_1) = f(c_2) = k\). Or \(f\) est strictement monotone : si \(f\) est strictement croissante, \(c_1 < c_2\) donne \(f(c_1) < f(c_2)\), et si \(f\) est strictement décroissante, cela donne \(f(c_1) > f(c_2)\). Dans les deux cas \(f(c_1) \neq f(c_2)\). Ce qui est contradictoire : l'hypothèse de deux solutions distinctes est donc fausse : la solution est unique.

Exemple
L'équation \(x^3 = 2\) admet une unique solution sur \(]-\infty ; +\infty[\) car la fonction cube \(x \mapsto x^3\) est strictement croissante et continue sur \(\mathbb{R}\), et 2 est compris entre \(\displaystyle\lim_{x \to -\infty} x^3 = -\infty\) et \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} x^3 = +\infty\).
Illustration
Méthode — Étudier les solutions de \(f(x) \equal k\)
Pour déterminer le nombre de solutions de l'équation \(f(x) = k\) sur un intervalle \(J\), et situer chacune d'elles :
  1. Continuité : préciser l'intervalle d'étude et justifier que \(f\) y est continue, en nommant les fonctions du catalogue et les opérations qui construisent \(f\). C'est ce sur quoi repose l'existence d'une solution ; sans elle ni le théorème des valeurs intermédiaires ni son corollaire ne peuvent être invoqués.
  2. Variations : sur chaque intervalle où \(f\) est dérivable, calculer \(f'\) et déterminer son signe — ou utiliser les variations des fonctions de référence lorsque \(f\) n'est pas dérivable partout, comme \(x \mapsto |x|\) en \(0\). Dresser le tableau de variations sur \(J\), en portant à chaque borne la valeur de \(f\) en cette borne, ou sa limite lorsque la borne est ouverte ou infinie.
  3. Dénombrement : sur chaque ligne du tableau où \(f\) est strictement monotone, le corollaire s'applique. Comparer \(k\) aux deux extrémités de cette ligne : l'équation y admet exactement une solution lorsque \(k\) est compris entre elles — au sens large à une borne où \(f\) prend sa valeur, mais au sens strict à une borne qui ne porte qu'une limite, puisqu'une limite n'est pas atteinte ; sinon la ligne ne donne aucune solution. Additionner les lignes, en prenant garde de ne compter qu'une fois une solution située à une borne partagée par deux lignes, ce qui se produit lorsque \(k\) est la valeur de \(f\) en cette borne.
  4. Localisation : pour chaque solution \(\alpha\), calculer les images de valeurs qui l'encadrent de plus en plus finement, ou dérouler l'algorithme exposé par la méthode « Méthode de dichotomie », jusqu'à la précision demandée. Conclure par un encadrement \(a \le \alpha \le b\).
Lorsque l'équation compare deux expressions, \(g(x) = h(x)\), tout ramener d'abord dans un membre : la fonction auxiliaire \(f = g - h\) change la question en \(f(x) = 0\), et les quatre étapes s'appliquent à \(f\).
Exemple
Déterminer le nombre de solutions de l'équation \(x^3 - 12x = 4\) sur \(\mathbb{R}\), puis donner une valeur approchée à \(0{,}1\) près de la plus grande d'entre elles.

  1. Continuité. Soit \(f(x) = x^3 - 12x\) sur \(\mathbb{R}\). La fonction \(f\) est polynomiale, donc continue sur \(\mathbb{R}\). L'équation à étudier est \(f(x) = 4\).
  2. Variations. Pour tout réel \(x\), \(f'(x) = 3x^2 - 12 = 3(x-2)(x+2)\), positif à l'extérieur de \([-2\,;\,2]\) et négatif à l'intérieur. De plus \(f(-2) = 16\), \(f(2) = -16\), et, le terme \(x^3\) imposant sa limite, \(f(x) \xrightarrow[x \to -\infty]{} -\infty\) et \(f(x) \xrightarrow[x \to +\infty]{} +\infty\).
    Illustration
  3. Dénombrement. Sur \(]-\infty\,;\,-2]\), \(f\) est continue et strictement croissante, de \(-\infty\) à \(16\), et \(4\) est compris entre ces deux extrémités : l'équation y admet exactement une solution \(\alpha_1\). Sur \([-2\,;\,2]\), \(f\) est continue et strictement décroissante, de \(16\) à \(-16\), et \(4\) est compris entre elles : une solution \(\alpha_2\). Sur \([2\,;\,+\infty[\), \(f\) est continue et strictement croissante, de \(-16\) à \(+\infty\), et \(4\) est compris entre elles : une solution \(\alpha_3\). Aucune solution ne se situe à une borne partagée, puisque \(4\) ne vaut ni \(16\) ni \(-16\). L'équation admet donc trois solutions sur \(\mathbb{R}\).
  4. Localisation. La plus grande est \(\alpha_3\), dans \([2\,;\,+\infty[\). Comme \(f(3) = 27 - 36 = -9 < 4\) et \(f(4) = 64 - 48 = 16 > 4\), on obtient \(3 < \alpha_3 < 4\). Puis \(f(3{,}6) = 46{,}656 - 43{,}2 = 3{,}456 < 4\) et \(f(3{,}7) = 50{,}653 - 44{,}4 = 6{,}253 > 4\), donc $$3{,}6 < \alpha_3 < 3{,}7.$$ Les deux bornes diffèrent de \(0{,}1\), donc \(3{,}6\) est une valeur approchée de \(\alpha_3\) à \(0{,}1\) près.

Compétences à pratiquer
  • Démontrer l'existence et l'unicité d'une solution
  • Compter les solutions à l'aide d'une fonction auxiliaire
III.3 Approcher une solution par dichotomie
Méthode — Méthode de dichotomie
Soit \(f\) continue sur \([a ; b]\) avec \(f(a)\) et \(f(b)\) de signes contraires (le TVI garantit donc une solution de \(f(x) = 0\) dans \([a ; b]\)). Pour l'approcher :
  1. Calculer le milieu \(m = \dfrac{a+b}{2}\) et le signe de \(f(m)\).
  2. Garder la moitié sur laquelle le signe change : si \(f(a) \cdot f(m) \leq 0\), remplacer \(b\) par \(m\) ; sinon remplacer \(a\) par \(m\).
  3. Recommencer. Après \(n\) étapes, l'intervalle a pour longueur \(\dfrac{b-a}{2^n}\) : quel que soit le point de l'intervalle pris comme valeur approchée, l'erreur est au plus \(\dfrac{b-a}{2^n}\).
En Python :
def dichotomie(f, a, b, n):
    for k in range(n):
        m = (a + b) / 2
        if f(a) * f(m) <= 0:
            b = m
        else:
            a = m
    return a, b
Exemple
Soit \(f(x) = x^3 + x - 3\). Montrer que l'équation \(f(x) = 0\) admet une unique solution \(c\) dans \([1 ; 2]\), puis effectuer trois étapes de la méthode de dichotomie et donner la majoration de l'erreur obtenue.

Existence et unicité. \(f\) est polynomiale, donc continue, et ici strictement croissante (somme des fonctions strictement croissantes \(x^3\) et \(x\), moins une constante). Comme \(f(1) = -1 < 0\) et \(f(2) = 7 > 0\), le corollaire du TVI (cas strictement monotone) donne une solution unique \(c \in\, ]1 ; 2[\).
Trois étapes de dichotomie.
  • \(m = 1{,}5\) : \(f(1{,}5) = 3{,}375 + 1{,}5 - 3 = 1{,}875 > 0\) ; le signe change sur \([1 ; 1{,}5]\).
  • \(m = 1{,}25\) : \(f(1{,}25) = 1{,}953125 + 1{,}25 - 3 = 0{,}203125 > 0\) ; le signe change sur \([1 ; 1{,}25]\).
  • \(m = 1{,}125\) : \(f(1{,}125) \approx 1{,}4238 + 1{,}125 - 3 = -0{,}4512 < 0\) ; le signe change sur \([1{,}125 ; 1{,}25]\).
Donc \(c \in [1{,}125 ; 1{,}25]\), avec une erreur d'au plus \(\dfrac{2-1}{2^3} = 0{,}125\). (L'appel dichotomie(f, 1, 2, 3) renvoie exactement cet intervalle.)

Compétences à pratiquer
  • Approcher des solutions par dichotomie
IV Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
  • Diagnostiquer et corriger
  • Problèmes
  • Quiz

Contrôle du chapitre

4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.

À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.

Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.

Aucun exercice composé.