Éducation Nationale Française · Terminale Spécialité
Calcul intégral
I
Intégrale d'une fonction continue positive
I.1
Définition de l'intégrale
La mesure des aires est un besoin fondamental pour la science et la société depuis l'Antiquité. Dans l'Égypte ancienne, les arpenteurs utilisaient des cordes à nœuds pour construire des angles droits, leur permettant de mesurer et de rétablir les limites des champs rectangulaires emportées par les crues annuelles du Nil. Si l'aire d'une figure aux côtés rectilignes se calcule simplement, le calcul intégral offre un outil révolutionnaire pour déterminer l'aire de domaines délimités par des courbes. 
On cherche une méthode pour calculer l'aire exacte \(\mathcal{A}\) du domaine délimité par la courbe d'une fonction positive \(y=f(x)\), l'axe des abscisses et les droites verticales \(x=a\) et \(x=b\). On note cette aire à l'aide d'une intégrale : 


Définition — Intégrale d'une fonction continue positive
Dans un repère orthogonal d'origine \(O\), on note \(I(1 ; 0)\) et \(J(0 ; 1)\). L'unité d'aire, notée u.a., est l'aire du rectangle de côtés \([OI]\) et \([OJ]\).Soit \(f\) une fonction continue et positive sur un intervalle \([a ; b]\) (c'est-à-dire \(f(x) \ge 0\) pour tout \(x\) de \([a ; b]\)), et \(\mathcal{C}_f\) sa courbe représentative. L'intégrale de \(a\) à \(b\) de \(f\) est l'aire, en unités d'aire, du domaine délimité par \(\mathcal{C}_f\), l'axe des abscisses et les droites d'équations \(x = a\) et \(x = b\). On la note $$ \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x. $$
Remarques
- \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x\) est un nombre réel positif, qui ne dépend que de \(f\), \(a\) et \(b\).
- La variable est muette : \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x = \int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t\).
- \(\displaystyle\int_a^a f(x)\,\mathrm{d}x = 0\) : le domaine se réduit à un segment.
- Pour une fonction constante \(x \mapsto k\) avec \(k \ge 0\), le domaine est un rectangle de largeur \(b - a\) et de hauteur \(k\) : \(\displaystyle\int_a^b k\,\mathrm{d}x = k(b - a)\).
Exemple
Déterminer l'intégrale \(\displaystyle\int_{-1}^{2} 1\,\mathrm{d}x\) en l'interprétant comme une aire.
L'intégrale représente l'aire sous la courbe de la fonction constante \(f(x)=1\) de \(x=-1\) à \(x=2\) : ce domaine est un rectangle de largeur \(2 - (-1) = 3\) et de hauteur \(1\).
Donc \(\displaystyle\int_{-1}^{2}1\,\mathrm{d}x= 3\).
Compétences à pratiquer
- Identifier l'intégrale d'une aire donnée
- Calculer des intégrales avec des formules d'aire
I.2
Estimer une intégrale avec des rectangles
Proposition — Encadrement par la méthode des rectangles
Soit \(a < b\) et \(f\) une fonction continue, positive et croissante sur \([a ; b]\), \(n\) un entier naturel non nul, \(h = \frac{b-a}{n}\) et \(x_k = a + kh\) pour \(0 \le k \le n\). On note $$ s_n = h\sum_{k=0}^{n-1} f(x_k) \qquad \text{et} \qquad S_n = h\sum_{k=1}^{n} f(x_k) $$ les sommes des aires des rectangles construits sur les extrémités gauches et droites. Alors $$ s_n \le \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x \le S_n \qquad \text{et} \qquad S_n - s_n = \frac{(b-a)\big(f(b) - f(a)\big)}{n}, $$ un écart qui tend vers \(0\) quand \(n\) tend vers \(+\infty\). Pour une fonction décroissante, les deux inégalités s'inversent.
Sur chaque intervalle \([x_k ; x_{k+1}]\), comme \(f\) est croissante, le domaine sous \(\mathcal{C}_f\) contient le rectangle de largeur \(h\) et de hauteur \(f(x_k)\), et il est contenu dans le rectangle de largeur \(h\) et de hauteur \(f(x_{k+1})\). Ces \(n\) bandes composent le domaine sous \(\mathcal{C}_f\) sur \([a ; b]\) ; en additionnant leurs aires, on obtient \(s_n \le \displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x \le S_n\). Les deux sommes ont les mêmes termes, sauf \(f(x_0) = f(a)\), seulement dans \(s_n\), et \(f(x_n) = f(b)\), seulement dans \(S_n\) ; d'où \(S_n - s_n = h\big(f(b) - f(a)\big) = \dfrac{(b-a)\big(f(b) - f(a)\big)}{n}\).
Compétences à pratiquer
- Encadrer avec des rectangles à gauche et à droite
II
Intégrale et primitive
II.1
La fonction aire
De l'aire à la primitive
Les rectangles donnent un encadrement d'une aire, de plus en plus fin quand \(n\) grandit, mais en général pas sa valeur exacte en un nombre fini d'étapes. Pour obtenir la valeur exacte, on regarde l'aire de \(a\) à \(x\) comme une fonction de \(x\), et l'on se demande à quelle vitesse elle croît quand \(x\) bouge un peu : pour une fonction continue et positive, le théorème sur la fonction aire répond qu'elle croît à la vitesse \(f(x)\) elle-même. Calculer une aire revient alors à chercher une primitive.
Théorème — La fonction aire est une primitive
Soit \(a < b\) et \(f\) une fonction continue et positive sur \([a ; b]\). La fonction \(F_a\) définie sur \([a ; b]\) par $$ F_a(x) = \int_a^x f(t)\,\mathrm{d}t $$ est dérivable sur \([a ; b]\) (à droite en \(a\), à gauche en \(b\)) et \(F_a' = f\) : c'est la primitive de \(f\) sur \([a ; b]\) qui s'annule en \(a\).
On admet le théorème dans le cas général ; on le démontre lorsque \(f\) est de plus croissante sur \([a ; b]\).
Soit \(x_0 \in [a ; b]\) et \(h > 0\) tel que \(x_0 + h \le b\). Le nombre \(F_a(x_0 + h) - F_a(x_0)\) est l'aire du domaine sous \(\mathcal{C}_f\) entre \(x_0\) et \(x_0 + h\), car les aires s'ajoutent. Comme \(f\) est croissante, ce domaine contient le rectangle de largeur \(h\) et de hauteur \(f(x_0)\), et il est contenu dans le rectangle de largeur \(h\) et de hauteur \(f(x_0 + h)\). Ainsi $$\begin{aligned} h\,f(x_0) &\le F_a(x_0+h) - F_a(x_0) \le h\,f(x_0+h) &&\text{(comparaison des aires)}\\ f(x_0) &\le \frac{F_a(x_0+h) - F_a(x_0)}{h} \le f(x_0+h) &&\text{(division par } h > 0\text{)} \end{aligned}$$ Comme \(f\) est continue en \(x_0\), \(f(x_0 + h) \xrightarrow[h \to 0^+]{} f(x_0)\) ; par le théorème des gendarmes, le taux d'accroissement tend vers \(f(x_0)\). Pour \(h < 0\) tel que \(x_0 + h \ge a\), la même comparaison sur \([x_0 + h ; x_0]\) donne $$ f(x_0 + h) \le \frac{F_a(x_0+h) - F_a(x_0)}{h} \le f(x_0), $$ avec la même limite. Ainsi \(F_a\) est dérivable en \(x_0\) et \(F_a'(x_0) = f(x_0)\). En \(a\), seul \(h > 0\) est possible, et en \(b\), seul \(h < 0\) : en ces points, la dérivée est une dérivée à droite, respectivement à gauche. Enfin, \(F_a(a) = \displaystyle\int_a^a f(t)\,\mathrm{d}t = 0\).
Soit \(x_0 \in [a ; b]\) et \(h > 0\) tel que \(x_0 + h \le b\). Le nombre \(F_a(x_0 + h) - F_a(x_0)\) est l'aire du domaine sous \(\mathcal{C}_f\) entre \(x_0\) et \(x_0 + h\), car les aires s'ajoutent. Comme \(f\) est croissante, ce domaine contient le rectangle de largeur \(h\) et de hauteur \(f(x_0)\), et il est contenu dans le rectangle de largeur \(h\) et de hauteur \(f(x_0 + h)\). Ainsi $$\begin{aligned} h\,f(x_0) &\le F_a(x_0+h) - F_a(x_0) \le h\,f(x_0+h) &&\text{(comparaison des aires)}\\ f(x_0) &\le \frac{F_a(x_0+h) - F_a(x_0)}{h} \le f(x_0+h) &&\text{(division par } h > 0\text{)} \end{aligned}$$ Comme \(f\) est continue en \(x_0\), \(f(x_0 + h) \xrightarrow[h \to 0^+]{} f(x_0)\) ; par le théorème des gendarmes, le taux d'accroissement tend vers \(f(x_0)\). Pour \(h < 0\) tel que \(x_0 + h \ge a\), la même comparaison sur \([x_0 + h ; x_0]\) donne $$ f(x_0 + h) \le \frac{F_a(x_0+h) - F_a(x_0)}{h} \le f(x_0), $$ avec la même limite. Ainsi \(F_a\) est dérivable en \(x_0\) et \(F_a'(x_0) = f(x_0)\). En \(a\), seul \(h > 0\) est possible, et en \(b\), seul \(h < 0\) : en ces points, la dérivée est une dérivée à droite, respectivement à gauche. Enfin, \(F_a(a) = \displaystyle\int_a^a f(t)\,\mathrm{d}t = 0\).
Proposition — Calcul d'une intégrale à l'aide d'une primitive
Soit \(f\) une fonction continue et positive sur \([a ; b]\), et \(F\) une primitive quelconque de \(f\) sur \([a ; b]\). Alors $$ \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x = F(b) - F(a). $$ La différence \(F(b) - F(a)\) se note \(\left[F(x)\right]_a^b\).
D'après le théorème sur la fonction aire, \(F_a\) est une primitive de \(f\) sur \([a ; b]\). Deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante : il existe un réel \(C\) tel que \(F = F_a + C\) sur \([a ; b]\). Ainsi $$\begin{aligned} F(b) - F(a) &= \big(F_a(b) + C\big) - \big(F_a(a) + C\big) &&\text{(} F = F_a + C \text{)}\\
&= F_a(b) - F_a(a)\\
&= \int_a^b f(t)\,\mathrm{d}t &&\text{(définition de } F_a \text{, et } F_a(a) = 0\text{)}. \end{aligned}$$
Exemple
Calculer \(\displaystyle \int_0^2 x^2 \mathrm{d}x\). - Déterminer une primitive : Une primitive de \(f(x)=x^2\) est \(F(x) = \dfrac{x^3}{3}\).
- Calculer l'intégrale à l'aide de la primitive : $$\begin{aligned}\displaystyle \int_0^2 x^2 \mathrm{d}x &= \left[ \frac{x^3}{3} \right]_0^2 = F(2) - F(0) \\ &=\frac{2^3}{3} -\frac{0^3}{3} = \frac{8}{3}\end{aligned}$$
Compétences à pratiquer
- Calculer une aire à l'aide d'une primitive
II.2
Intégrale d'une fonction de signe quelconque
Théorème — Primitives d'une fonction continue
Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives sur cet intervalle.
On démontre le théorème sur un segment \([a ; b]\) ; son extension à un intervalle quelconque est admise.
Soit \(f\) une fonction continue sur \([a ; b]\). On admet que \(f\) est minorée sur \([a ; b]\) : il existe un réel \(m\) tel que \(f(x) \ge m\) pour tout \(x\) de \([a ; b]\). La fonction \(g = f - m\) est alors continue et positive sur \([a ; b]\) ; d'après le théorème sur la fonction aire, elle admet une primitive \(G\) sur \([a ; b]\). Soit \(F\) la fonction définie sur \([a ; b]\) par \(F(x) = G(x) + mx\). Alors \(F\) est dérivable sur \([a ; b]\) et, pour tout \(x\) de \([a ; b]\), $$\begin{aligned} F'(x) &= G'(x) + m &&\text{(dérivée d'une somme)}\\ &= \big(f(x) - m\big) + m &&\text{(} G' = g = f - m \text{)}\\ &= f(x). \end{aligned}$$ Donc \(F\) est une primitive de \(f\) sur \([a ; b]\).
Soit \(f\) une fonction continue sur \([a ; b]\). On admet que \(f\) est minorée sur \([a ; b]\) : il existe un réel \(m\) tel que \(f(x) \ge m\) pour tout \(x\) de \([a ; b]\). La fonction \(g = f - m\) est alors continue et positive sur \([a ; b]\) ; d'après le théorème sur la fonction aire, elle admet une primitive \(G\) sur \([a ; b]\). Soit \(F\) la fonction définie sur \([a ; b]\) par \(F(x) = G(x) + mx\). Alors \(F\) est dérivable sur \([a ; b]\) et, pour tout \(x\) de \([a ; b]\), $$\begin{aligned} F'(x) &= G'(x) + m &&\text{(dérivée d'une somme)}\\ &= \big(f(x) - m\big) + m &&\text{(} G' = g = f - m \text{)}\\ &= f(x). \end{aligned}$$ Donc \(F\) est une primitive de \(f\) sur \([a ; b]\).
Définition — Intégrale d'une fonction continue
Soit \(f\) une fonction continue sur un intervalle \(I\), \(F\) une primitive de \(f\) sur \(I\), et \(a\), \(b\) deux réels de \(I\). L'intégrale de \(a\) à \(b\) de \(f\) est le nombre réel $$ \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x = F(b) - F(a) = \left[F(x)\right]_a^b. $$ Ce nombre ne dépend pas de la primitive choisie : deux primitives de \(f\) diffèrent d'une constante, qui disparaît dans la différence. Aucun ordre n'est exigé entre \(a\) et \(b\).
Remarques
- Lorsque \(f\) est positive et \(a \le b\), cette définition redonne l'aire, d'après le calcul d'une intégrale à l'aide d'une primitive.
- \(\displaystyle\int_a^a f(x)\,\mathrm{d}x = 0\) et \(\displaystyle\int_b^a f(x)\,\mathrm{d}x = -\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x\), car \(F(a) - F(b) = -\big(F(b) - F(a)\big)\).
Proposition — Intégrale d'une fonction négative
Soit \(f\) une fonction continue et négative sur \([a ; b]\), et \(\mathcal{A}\) l'aire, en unités d'aire, du domaine délimité par \(\mathcal{C}_f\), l'axe des abscisses et les droites d'équations \(x = a\) et \(x = b\). Alors $$ \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x = -\mathcal{A}. $$
La fonction \(-f\) est continue et positive sur \([a ; b]\), et sa courbe est la symétrique de \(\mathcal{C}_f\) par rapport à l'axe des abscisses : le domaine sous elle a la même aire \(\mathcal{A}\). Si \(F\) est une primitive de \(f\) sur \([a ; b]\), alors \(-F\) est une primitive de \(-f\). Ainsi $$\begin{aligned} \mathcal{A} &= \int_a^b \big(-f(x)\big)\,\mathrm{d}x &&\text{(} -f \text{ est continue et positive)}\\
&= \big(-F(b)\big) - \big(-F(a)\big) &&\text{(primitive } -F \text{ de } -f\text{)}\\
&= -\big(F(b) - F(a)\big)\\
&= -\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x &&\text{(définition par les primitives)}. \end{aligned}$$ Donc \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x = -\mathcal{A}\).
Compétences à pratiquer
- Calculer des intégrales
- Fonctions définies par une intégrale
III
Propriétés de l'intégrale
III.1
Linéarité et relation de Chasles
Des primitives aux propriétés
L'intégrale d'une fonction continue sur un intervalle se calcule à l'aide d'une primitive : $$ \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x = F(b) - F(a). $$ Les règles des primitives deviennent donc des règles pour les intégrales. Si \(F\) et \(G\) sont des primitives de \(f\) et \(g\), alors \(F + G\) est une primitive de \(f + g\) et \(kF\) une primitive de \(kf\) : c'est la linéarité de l'intégrale. Et la différence se découpe en tout point \(c\) : $$ F(b) - F(a) = \big(F(c) - F(a)\big) + \big(F(b) - F(c)\big), $$ c'est la relation de Chasles.
Proposition — Propriétés de l'intégration
Soient \(f\) et \(g\) deux fonctions continues sur un intervalle \(I\), \(a\), \(b\), \(c\) trois réels de \(I\), et \(k\) un réel. - Intervalle de longueur nulle : $$\displaystyle\int_a^a f(x) \;\mathrm{d}x= 0.$$
- Relation de Chasles (additivité) : Pour tout \(c\) entre \(a\) et \(b\) : $$\displaystyle\int_a^b f(x)\;\mathrm{d}x = \int_a^c f(x) \; \mathrm{d}x + \int_c^b f(x)\;\mathrm{d}x$$

- Linéarité : $$\displaystyle\int_a^b (f(x)+g(x)) \; \mathrm{d}x= \int_a^b f(x) \; \mathrm{d}x+ \int_a^b g(x) \; \mathrm{d}x$$ $$\displaystyle\int_a^b k f(x) \; \mathrm{d}x= k \int_a^b f(x) \; \mathrm{d}x.$$
Compétences à pratiquer
- Calculer des intégrales avec la linéarité
- Appliquer les propriétés
- Démontrer les propriétés
III.2
Intégrales et inégalités
Proposition — Propriété : positivité
Soit \(f\) une fonction continue sur \([a ; b]\) avec \(a \le b\). - Si pour tout réel \(x\) de \([a ; b]\), \(f(x) \ge 0\), alors \(\displaystyle \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \ge 0\).
- Si pour tout réel \(x\) de \([a ; b]\), \(f(x) \le 0\), alors \(\displaystyle \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \le 0\).
Proposition — Propriété : intégration des inégalités
Soient \(f\) et \(g\) deux fonctions continues sur \([a ; b]\) avec \(a \le b\).Si pour tout réel \(x\) de \([a ; b]\), \(f(x) \le g(x)\), alors :$$ \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \le \int_{a}^{b} g(x) \,\mathrm{d}x $$
Si \(f(x) \le g(x)\), alors \(g(x) - f(x) \ge 0\).
D'après la propriété de positivité, \(\displaystyle \int_{a}^{b} (g(x) - f(x)) \,\mathrm{d}x \ge 0\).
Par linéarité de l'intégrale, on en déduit que :$$ \int_{a}^{b} g(x) \,\mathrm{d}x - \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \ge 0 \implies \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \le \int_{a}^{b} g(x) \,\mathrm{d}x $$
D'après la propriété de positivité, \(\displaystyle \int_{a}^{b} (g(x) - f(x)) \,\mathrm{d}x \ge 0\).
Par linéarité de l'intégrale, on en déduit que :$$ \int_{a}^{b} g(x) \,\mathrm{d}x - \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \ge 0 \implies \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x \le \int_{a}^{b} g(x) \,\mathrm{d}x $$
Exemple — Encadrer une intégrale
Démontrer que \(\displaystyle 1 - \frac{1}{e} \le \int_0^1 e^{-x^2}\,\mathrm{d}x \le 1\).
Aucune primitive de \(x \mapsto e^{-x^2}\) ne s'écrit avec les fonctions usuelles (résultat admis ici) : on encadre cette fonction par deux fonctions dont on connaît des primitives.
- Encadrer la fonction. Pour tout \(x\) de \([0 ; 1]\) : $$\begin{aligned} 0 \le x^2 &\le x &&\text{(on multiplie } x \le 1 \text{ par } x \ge 0\text{)}\\ -x \le -x^2 &\le 0 &&\text{(on multiplie par } -1\text{)}\\ e^{-x} \le e^{-x^2} &\le 1 &&\text{(exp est croissante, et } e^0 = 1\text{)} \end{aligned}$$
- Intégrer les inégalités. Comme \(0 \le 1\), l'intégration des inégalités sur \([0 ; 1]\) donne $$ \int_0^1 e^{-x}\,\mathrm{d}x \le \int_0^1 e^{-x^2}\,\mathrm{d}x \le \int_0^1 1\,\mathrm{d}x. $$
- Calculer les bornes. Une primitive de \(x \mapsto e^{-x}\) est \(x \mapsto -e^{-x}\), donc $$\begin{aligned} \int_0^1 e^{-x}\,\mathrm{d}x &= \left[-e^{-x}\right]_0^1 &&\text{(primitive)}\\ &= -e^{-1} + e^{0}\\ &= 1 - \frac{1}{e}, \end{aligned}$$ et \(\displaystyle\int_0^1 1\,\mathrm{d}x = 1\).
Compétences à pratiquer
- Interpréter le signe d'une intégrale
- Signe d'une intégrale sans la calculer
- Encadrer une intégrale
IV
Intégration par parties
IV.1
Intégrer un produit
Intégrer un produit
L'intégrale d'une somme est la somme des intégrales, mais rien de tel pour un produit : \(\displaystyle\int_0^1 x e^x\,\mathrm{d}x\) ne se lit pas dans le tableau des primitives. En lisant à l'envers la dérivée d'un produit, on ramène une telle intégrale à une intégrale plus simple.
Proposition — Intégration par parties
Soient \(u\) et \(v\) deux fonctions dérivables sur \([a ; b]\), de dérivées \(u'\) et \(v'\) continues sur \([a ; b]\). Alors $$ \int_a^b u(x)v'(x) \, \mathrm{d}x = \left[u(x)v(x)\right]_a^b - \int_a^b u'(x)v(x) \, \mathrm{d}x. $$
Les fonctions \(u'v\) et \(uv'\) sont continues sur \([a ; b]\), comme produits de fonctions continues (\(u\) et \(v\), dérivables, sont continues) : les deux intégrales existent. Comme \(u'v\) est continue, elle admet une primitive \(G\) sur \([a ; b]\). Alors $$\begin{aligned} (uv - G)' &= u'v + uv' - G' &&\text{(dérivée d'un produit)}\\
&= u'v + uv' - u'v &&\text{(} G' = u'v \text{)}\\
&= uv'. \end{aligned}$$ Donc \(uv - G\) est une primitive de \(uv'\) sur \([a ; b]\), et, par définition de l'intégrale, $$\begin{aligned} \int_a^b u(x)v'(x)\,\mathrm{d}x &= \left[u(x)v(x) - G(x)\right]_a^b &&\text{(primitive } uv - G \text{ de } uv'\text{)}\\
&= \left[u(x)v(x)\right]_a^b - \left[G(x)\right]_a^b\\
&= \left[u(x)v(x)\right]_a^b - \int_a^b u'(x)v(x)\,\mathrm{d}x &&\text{(primitive } G \text{ de } u'v\text{)}. \end{aligned}$$
Exemple
Calculer \(\displaystyle\int_0^1 x e^x \; \mathrm{d}x\).
On a un produit de deux fonctions, \(x\) et \(e^x\). On choisit \(u\) et \(v'\) :
- On pose \(u(x)=x\) (car sa dérivée \(u'(x)=1\) est plus simple).
- On pose \(v'(x)=e^x\) (car sa primitive \(v(x)=e^x\) est facile à trouver).
Compétences à pratiquer
- Intégrer par parties
IV.2
Suites d'intégrales
Exemple — Étudier une suite d'intégrales
Pour tout entier naturel \(n\), on pose \(\displaystyle I_n = \int_0^1 x^n e^{-x}\,\mathrm{d}x\). - Calculer \(I_0\).
- Démontrer que la suite \((I_n)\) est décroissante et que \(I_n \ge 0\) pour tout \(n\). En déduire qu'elle converge.
- Démontrer que \(\displaystyle 0 \le I_n \le \frac{1}{n+1}\) pour tout \(n\), et déterminer la limite de \((I_n)\).
- À l'aide d'une intégration par parties, démontrer que \(\displaystyle I_{n+1} = (n+1)I_n - \frac{1}{e}\) pour tout \(n\).
- Une primitive de \(x \mapsto e^{-x}\) est \(x \mapsto -e^{-x}\) : $$\begin{aligned} I_0 &= \int_0^1 e^{-x}\,\mathrm{d}x\\ &= \left[-e^{-x}\right]_0^1 &&\text{(primitive)}\\ &= 1 - \frac{1}{e}. \end{aligned}$$
- Soit \(n \in \mathbb{N}\). Pour tout \(x\) de \([0 ; 1]\), \(0 \le x \le 1\) et \(x^n \ge 0\), donc \(0 \le x^{n+1} \le x^n\) ; en multipliant par \(e^{-x} > 0\) : $$ 0 \le x^{n+1}e^{-x} \le x^n e^{-x}. $$ Comme \(0 \le 1\), l'intégration des inégalités sur \([0 ; 1]\) donne \(I_{n+1} \le I_n\), et la positivité, appliquée à \(x \mapsto x^n e^{-x} \ge 0\), donne \(I_n \ge 0\). La suite \((I_n)\) est donc décroissante et minorée par \(0\) : elle converge, comme toute suite décroissante et minorée.
- Pour tout \(x\) de \([0 ; 1]\), \(0 < e^{-x} \le 1\), donc \(0 \le x^n e^{-x} \le x^n\). En intégrant sur \([0 ; 1]\) : $$\begin{aligned} 0 \le I_n &\le \int_0^1 x^n\,\mathrm{d}x &&\text{(intégration des inégalités)}\\ &= \left[\frac{x^{n+1}}{n+1}\right]_0^1 &&\text{(primitive)}\\ &= \frac{1}{n+1}. \end{aligned}$$ Comme \(\dfrac{1}{n+1} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), le théorème des gendarmes donne \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} I_n = 0\).
- Soit \(n \in \mathbb{N}\). On pose \(u(x) = x^{n+1}\) et \(v'(x) = e^{-x}\), d'où \(u'(x) = (n+1)x^n\) et \(v(x) = -e^{-x}\) ; \(u\) et \(v\) sont dérivables sur \([0 ; 1]\), de dérivées continues. Alors $$\begin{aligned} I_{n+1} &= \int_0^1 x^{n+1}e^{-x}\,\mathrm{d}x\\ &= \left[-x^{n+1}e^{-x}\right]_0^1 - \int_0^1 (n+1)x^n\left(-e^{-x}\right)\mathrm{d}x &&\text{(intégration par parties)}\\ &= -e^{-1} + (n+1)\int_0^1 x^n e^{-x}\,\mathrm{d}x &&\text{(linéarité)}\\ &= (n+1)I_n - \frac{1}{e}. \end{aligned}$$
Compétences à pratiquer
- Étudier une suite d'intégrales
V
Valeur moyenne d'une fonction
V.1
Définition et interprétation graphique
Définition — Valeur moyenne
La valeur moyenne d'une fonction \(f\) continue sur un intervalle \([a ; b]\) (avec \(a\neq b\)) est le nombre réel \(\mu\) défini par :$$ \mu = \frac{1}{b - a} \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x $$
Interprétation graphique
Dans le cas où \(f\) est positive sur \([a ; b]\), l'égalité \(\displaystyle \int_{a}^{b} f(x) \,\mathrm{d}x = \mu(b - a)\) signifie que l'aire du domaine situé sous la courbe représentative de \(f\) est égale à l'aire du rectangle de dimensions \(\mu\) et \(b - a\). 

Compétences à pratiquer
- Calculer une valeur moyenne
V.2
Encadrer et interpréter la valeur moyenne
Proposition — Encadrement de la valeur moyenne
Si \(f\) est continue sur \([a ; b]\) (avec \(a
Exemple — Valeur moyenne en contexte
Après une injection, la concentration d'un médicament dans le sang est modélisée, \(t\) heures après l'injection, par \(C(t) = 20e^{-0{,}5t}\), en mg/L, pour \(t \in [0 ; 4]\). Déterminer la concentration moyenne sur les quatre premières heures, et l'interpréter.
La concentration moyenne est la valeur moyenne de \(C\) sur \([0 ; 4]\). Une primitive de \(t \mapsto 20e^{-0{,}5t}\) est \(t \mapsto -40e^{-0{,}5t}\), car la dérivée de \(-40e^{-0{,}5t}\) est \(-40 \times (-0{,}5)e^{-0{,}5t} = 20e^{-0{,}5t}\). $$\begin{aligned} \mu &= \frac{1}{4 - 0}\int_0^4 20e^{-0{,}5t}\,\mathrm{d}t &&\text{(définition de la valeur moyenne)}\\
&= \frac{1}{4}\left[-40e^{-0{,}5t}\right]_0^4 &&\text{(primitive)}\\
&= \frac{1}{4}\left(-40e^{-2} + 40\right)\\
&= 10\left(1 - e^{-2}\right) \approx 8{,}65. \end{aligned}$$ La concentration moyenne sur les quatre premières heures vaut environ \(8{,}65\) mg/L.
Interprétation. Une concentration constante égale à \(\mu = 10\left(1 - e^{-2}\right)\) mg/L, soit environ \(8{,}65\) mg/L, pendant les quatre heures donnerait la même intégrale \(\displaystyle\int_0^4 C(t)\,\mathrm{d}t\) que la concentration réelle : graphiquement, le rectangle de largeur \(4\) et de hauteur \(\mu\) a la même aire que le domaine sous la courbe de \(C\). Comme \(C\) décroît de \(C(0) = 20\) à \(C(4) = 20e^{-2} \approx 2{,}71\), l'encadrement de la valeur moyenne donne \(20e^{-2} \le \mu \le 20\), ce que vérifie le résultat.
Interprétation. Une concentration constante égale à \(\mu = 10\left(1 - e^{-2}\right)\) mg/L, soit environ \(8{,}65\) mg/L, pendant les quatre heures donnerait la même intégrale \(\displaystyle\int_0^4 C(t)\,\mathrm{d}t\) que la concentration réelle : graphiquement, le rectangle de largeur \(4\) et de hauteur \(\mu\) a la même aire que le domaine sous la courbe de \(C\). Comme \(C\) décroît de \(C(0) = 20\) à \(C(4) = 20e^{-2} \approx 2{,}71\), l'encadrement de la valeur moyenne donne \(20e^{-2} \le \mu \le 20\), ce que vérifie le résultat.
Compétences à pratiquer
- L'intégrale en contexte
VI
Calculs d'aires
VI.1
Aire entre une courbe et l'axe des abscisses
Méthode — Calcul de l'aire géométrique délimitée par une courbe et l'axe des abscisses
Pour calculer l'aire géométrique totale \(\mathcal{A}\) délimitée par une courbe \(y=f(x)\) et l'axe des abscisses entre \(x=a\) et \(x=b\) (\(f\) continue sur \([a ; b]\) et ne s'annulant qu'un nombre fini de fois sur cet intervalle) : - Déterminer les points d'intersection avec l'axe des abscisses : Résoudre \(f(x)=0\) pour savoir où la courbe coupe l'axe des abscisses, et retenir les racines \(c_1, c_2, \dots\) situées dans l'intervalle \([a ; b]\).
- Découper l'intégrale : Découper, à chacune de ces racines, l'intégrale sur \([a ; b]\) en intégrales sur des intervalles plus petits : sur chaque sous-intervalle, \(f\) garde un signe constant (elle est continue et ne s'annule pas à l'intérieur de chaque sous-intervalle).
- Calculer chaque intégrale : Calculer l'intégrale sur chaque sous-intervalle. Certaines sont positives (là où \(f(x) \ge 0\)), d'autres négatives (là où \(f(x) \le 0\)).
- Additionner les valeurs absolues : L'aire géométrique totale est la somme des valeurs absolues de ces intégrales. Si l'intégrale sur un sous-intervalle est négative, on prend son opposé avant de l'ajouter au total.
Exemple
Calculer l'aire géométrique totale entre la courbe \(y=x^2-1\) et l'axe des abscisses de \(x=0\) à \(x=2\). - Déterminer les racines : On résout \(f(x)=x^2-1=0\) : \(x=1\) ou \(x=-1\). La seule racine dans l'intervalle \([0 ; 2]\) est \(x=1\).
- Découper l'intégrale : On découpe le calcul de l'aire en \(x=1\).
- Sur \([0 ; 1]\), la courbe est sous l'axe des abscisses (aire \(\mathcal{A}_1\)).
- Sur \([1 ; 2]\), la courbe est au-dessus de l'axe des abscisses (aire \(\mathcal{A}_2\)).
- Calculer chaque intégrale : $$ \int_0^1 (x^2-1)\, \mathrm{d}x = \left[\frac{x^3}{3}-x\right]_0^1 = \left(\frac{1}{3}-1\right) - 0 = -\frac{2}{3} $$ $$ \int_1^2 (x^2-1)\, \mathrm{d}x = \left[\frac{x^3}{3}-x\right]_1^2 = \left(\frac{8}{3}-2\right) - \left(\frac{1}{3}-1\right) = \frac{2}{3} - \left(-\frac{2}{3}\right) = \frac{4}{3} $$
- Additionner les valeurs absolues : $$ \text{Aire totale} = \left|-\frac{2}{3}\right| + \left|\frac{4}{3}\right| = \frac{2}{3} + \frac{4}{3} = \frac{6}{3} = 2 $$
Compétences à pratiquer
- Aire totale à l'aide de primitives
VI.2
Aire entre deux courbes
Le calcul de l'aire sous une courbe s'étend à l'aire d'un domaine délimité par deux courbes. L'aire sous une courbe \(y=f(x)\) en est un cas particulier, où la deuxième courbe est l'axe des abscisses, \(y=0\).
L'idée est intuitive : lorsque \(0 \le g(x) \le f(x)\) sur \([a ; b]\), l'aire du domaine délimité par la courbe du dessus, celle de \(f\), et la courbe du dessous, celle de \(g\), est l'aire sous la courbe de \(f\) moins l'aire sous la courbe de \(g\). Par linéarité, cette différence est une seule intégrale, et la formule reste valable dès que \(g \le f\) sur \([a ; b]\), même si les courbes passent sous l'axe des abscisses, puisque c'est l'aire sous la courbe de la fonction positive \(f - g\) : $$\begin{aligned} \textcolor{olive}{\mathcal{A}} &= \textcolor{colordef}{ \int_a^b f(x)\; \mathrm{d}x} - \textcolor{colorprop}{ \int_a^b g(x)\; \mathrm{d}x} \\ &= \int_a^b (f(x)-g(x))\; \mathrm{d}x \end{aligned} $$
L'idée est intuitive : lorsque \(0 \le g(x) \le f(x)\) sur \([a ; b]\), l'aire du domaine délimité par la courbe du dessus, celle de \(f\), et la courbe du dessous, celle de \(g\), est l'aire sous la courbe de \(f\) moins l'aire sous la courbe de \(g\). Par linéarité, cette différence est une seule intégrale, et la formule reste valable dès que \(g \le f\) sur \([a ; b]\), même si les courbes passent sous l'axe des abscisses, puisque c'est l'aire sous la courbe de la fonction positive \(f - g\) : $$\begin{aligned} \textcolor{olive}{\mathcal{A}} &= \textcolor{colordef}{ \int_a^b f(x)\; \mathrm{d}x} - \textcolor{colorprop}{ \int_a^b g(x)\; \mathrm{d}x} \\ &= \int_a^b (f(x)-g(x))\; \mathrm{d}x \end{aligned} $$
Proposition — Aire entre deux courbes
Soient \(f\) et \(g\) deux fonctions continues sur \([a ; b]\). Si \(f(x) \geq g(x)\) pour tout \(x\) de \([a ; b]\), l'aire \(\mathcal{A}\) du domaine délimité par les courbes \(y=f(x)\) et \(y=g(x)\) et les droites d'équations \(x=a\) et \(x=b\) est donnée par : $$ \mathcal{A} = \int_a^b (f(x)-g(x))\; \mathrm{d}x $$
À retenir : l'intégrale de la fonction du dessus moins la fonction du dessous.
Méthode — Calculer l'aire entre deux courbes
Pour calculer l'aire géométrique totale délimitée par deux courbes \(y=f(x)\) et \(y=g(x)\) (\(f\) et \(g\) continues, avec un nombre fini de points d'intersection sur l'intervalle considéré) : - Déterminer les points d'intersection. Résoudre l'équation \(f(x)=g(x)\) pour savoir où les courbes se coupent : ces points donnent les bornes \(a\) et \(b\) lorsqu'elles ne sont pas données et, lorsqu'elles le sont, les points de \([a ; b]\) où la fonction du dessus et la fonction du dessous peuvent s'échanger. Retenir les points d'intersection consécutifs qui délimitent le domaine cherché.
- Identifier la fonction du dessus et la fonction du dessous. Sur chaque intervalle entre deux points d'intersection, déterminer quelle courbe est au-dessus de l'autre. Entre deux points d'intersection consécutifs, \(f - g\) est continue et ne s'annule pas : elle garde un signe constant, et le calcul en un point suffit (un croquis rapide aide).
- Poser et calculer la ou les intégrales. Sur chaque intervalle \([c ; d]\) entre deux points d'intersection ou bornes consécutifs, calculer \(\int_c^d (\text{fonction du dessus} - \text{fonction du dessous}) \, \mathrm{d}x\), qui est positive. L'aire totale est la somme de ces intégrales.
Exemple
Calculer l'aire du domaine délimité par les courbes \(y=x+1\) et \(y=x^2-1\). - Déterminer les points d'intersection : On écrit l'égalité des deux expressions : $$ x+1 = x^2-1 \iff x^2-x-2=0 \iff(x-2)(x+1)=0 $$ Les courbes se coupent en \(x=-1\) et \(x=2\). Ce sont les bornes d'intégration.
- Identifier la fonction du dessus : Les courbes ne se rencontrent pas entre \(x=-1\) et \(x=2\) : la différence \((x+1)-(x^2-1)\), continue, garde donc un signe constant sur \(]-1 ; 2[\), et le calcul en un point suffit. On compare les deux expressions en \(x=0\) : pour \(y=x+1\), \(y(0)=1\) ; pour \(y=x^2-1\), \(y(0)=-1\). Comme \(1 > -1\), la droite \(y=x+1\) est au-dessus de la parabole sur \([-1 ; 2]\) : \(x+1\) est la fonction du dessus.
- Poser et calculer : $$\begin{aligned} \mathcal{A} &= \int_{-1}^2 \left( (x+1) - (x^2-1) \right)\, \mathrm{d}x \\ &= \int_{-1}^2 (-x^2+x+2)\, \mathrm{d}x \\ &= \left[ -\frac{x^3}{3} + \frac{x^2}{2} + 2x \right]_{-1}^2 \\ &= \left(-\frac{8}{3} + \frac{4}{2} + 4\right) - \left(\frac{1}{3} + \frac{1}{2} - 2\right) \\ &= \left(-\frac{16}{6} + \frac{12}{6} + \frac{24}{6}\right) - \left(\frac{2}{6} + \frac{3}{6} - \frac{12}{6}\right) \\ &= \frac{20}{6} - \left(-\frac{7}{6}\right) \\ &= \frac{27}{6} \\ &= \frac{9}{2} \end{aligned}$$
Compétences à pratiquer
- Aire comprise entre deux courbes
VII
Approcher une intégrale
VII.1
Rectangles aux extrémités gauches
Quand aucune primitive ne s'écrit
Certaines fonctions, comme \(x \mapsto e^{-x^2}\), n'ont aucune primitive qui s'écrive avec les fonctions usuelles (résultat admis ici) : en général, on ne sait pas calculer exactement leurs intégrales avec les outils de ce chapitre, et on les approche. Les méthodes qui suivent remplacent la courbe par des formes simples dont les aires s'additionnent facilement ; chacune est un algorithme.
Méthode — Méthode des rectangles
On somme les aires de \(n\) rectangles de largeur \(h=\frac{b-a}{n}\) et de hauteur \(f(x_k)\) aux extrémités gauches \(x_k=a+kh\) : \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x \approx \sum_{k=0}^{n-1} f(x_k)\,h\). Ici \(f\) est continue sur \([a ; b]\), avec \(a < b\), et \(n\) est un entier naturel non nul. Là où \(f\) est positive, \(f(x_k)\,h\) est l'aire d'un rectangle ; là où \(f\) est négative, il compte négativement, comme dans l'intégrale. Quand \(n\) tend vers \(+\infty\), ces sommes tendent vers l'intégrale (admis) ; cela ne veut pas dire que chaque augmentation de \(n\) réduit l'erreur. h = (b - a) / n
S = 0
for k in range(n):
S = S + f(a + k*h) * h
Compétences à pratiquer
- Approcher avec des rectangles à gauche
VII.2
La méthode des milieux
Méthode — Méthode des milieux
On somme les \(n\) produits \(f(m_k)\,h\), où \(h=\frac{b-a}{n}\) et où \(f\) est évaluée aux milieux \(m_k = a + \left(k + \frac{1}{2}\right)h\) des subdivisions : \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x \approx \sum_{k=0}^{n-1} f(m_k)\,h\). Ici \(f\) est continue sur \([a ; b]\), avec \(a < b\), et \(n\) est un entier naturel non nul. Là où \(f\) est positive, \(f(m_k)\,h\) est l'aire d'un rectangle de largeur \(h\) ; là où \(f\) est négative, il compte négativement, comme dans l'intégrale. Quand \(n\) tend vers \(+\infty\), ces sommes tendent vers l'intégrale (admis) ; cela ne veut pas dire que chaque augmentation de \(n\) réduit l'erreur. h = (b - a) / n
S = 0
for k in range(n):
S = S + f(a + (k + 0.5)*h) * h
Compétences à pratiquer
- Approcher avec la méthode des milieux à la main et en Python
VII.3
La méthode des trapèzes
Méthode — Méthode des trapèzes
On remplace le sommet de chaque rectangle par la corde joignant \((x_k,f(x_k))\) et \((x_{k+1},f(x_{k+1}))\) : on obtient des trapèzes. \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x \approx \frac{h}{2}\Big(f(a)+2\!\sum_{k=1}^{n-1}\!f(x_k)+f(b)\Big)\). Ici \(f\) est continue sur \([a ; b]\), avec \(a < b\), et \(n\) est un entier naturel non nul. Là où \(f\) est positive, la contribution \(\frac{h}{2}\big(f(x_k)+f(x_{k+1})\big)\) de chaque subdivision est l'aire d'un trapèze ; sinon, c'est une quantité signée, comme dans l'intégrale. Quand \(n\) tend vers \(+\infty\), ces sommes tendent vers l'intégrale (admis) ; cela ne veut pas dire que chaque augmentation de \(n\) réduit l'erreur. h = (b - a) / n
T = f(a) + f(b)
for k in range(1, n):
T = T + 2 * f(a + k*h)
T = (h / 2) * T
Compétences à pratiquer
- Approcher avec la méthode des trapèzes
VII.4
La méthode de Monte-Carlo
Méthode — Méthode de Monte-Carlo
On tire \(N\) points au hasard dans un rectangle englobant \([a ; b]\times[0 ; M]\) (avec \(0\le f(x)\le M\) sur \([a ; b]\)). Si \(c\) tombent sous la courbe, alors \(\displaystyle\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x \approx (b-a)\,M\cdot\frac{c}{N}\). import random
c = 0
for i in range(N):
x = random.uniform(a, b)
y = random.uniform(0, M)
if y <= f(x):
c = c + 1
aire = (b - a) * M * c / N
Compétences à pratiquer
- Estimer une intégrale par Monte-Carlo
VIII
Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
- Problèmes
- Type bac
- Quiz
Contrôle du chapitre
4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.
À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.
Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.
Aucun exercice composé.
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