Éducation Nationale Française · Terminale Maths Expertes
Divisibilité, division euclidienne, congruences
I
Divisibilité dans \(\mathbb{Z}\)
I.1
La relation de divisibilité
Un jardinier veut aménager un massif rectangulaire d'aire \(36\) mètres carrés, dont la longueur et la largeur, en mètres, sont des nombres entiers. Deux massifs qui ne diffèrent que par l'échange de la longueur et de la largeur comptent pour un seul. Combien de massifs différents sont possibles ? Et pour une aire de \(40\) mètres carrés ?
La longueur et la largeur forment une paire d'entiers dont le produit est l'aire. Pour \(36\) : $$36 = 1 \times 36 = 2 \times 18 = 3 \times 12 = 4 \times 9 = 6 \times 6.$$ Il y a \(5\) massifs possibles. Chaque paire donne deux diviseurs positifs de \(36\), sauf la paire \(6 \times 6\), qui n'en donne qu'un : \(36\) a \(9\) diviseurs positifs, \(1\), \(2\), \(3\), \(4\), \(6\), \(9\), \(12\), \(18\) et \(36\). Pour \(40\) : $$40 = 1 \times 40 = 2 \times 20 = 4 \times 10 = 5 \times 8.$$ Il y a \(4\) massifs possibles, et \(40\) a \(8\) diviseurs positifs.
Les diviseurs positifs d'un entier naturel non nul vont par paires. Leur nombre est impair exactement lorsqu'une paire a deux membres égaux, c'est-à-dire lorsque le nombre est un carré parfait, comme \(36 = 6^2\). Pour traiter ces questions pour tous les entiers, négatifs compris, on précise la notion de diviseur.
Les diviseurs positifs d'un entier naturel non nul vont par paires. Leur nombre est impair exactement lorsqu'une paire a deux membres égaux, c'est-à-dire lorsque le nombre est un carré parfait, comme \(36 = 6^2\). Pour traiter ces questions pour tous les entiers, négatifs compris, on précise la notion de diviseur.
Définition — Relations de divisibilité
On dit qu'un entier relatif \(b\) divise un entier relatif \(a\) s'il existe un entier relatif \(k\) tel que :$$a = kb.$$ On note \(b\mid a\).On peut également utiliser les formulations suivantes :
- \(b\) est un diviseur de \(a\),
- \(b\) est un facteur de \(a\),
- \(a\) est divisible par \(b\),
- \(a\) est un multiple de \(b\).
Exemple
On considère les nombres \(10\) et \(5\).Puisqu'on peut écrire \(\textcolor{olive}{10} = \textcolor{colorprop}{2}\times \textcolor{colordef}{5}\), on peut dire que :
- \(\textcolor{colordef}{5}\) divise \(\textcolor{olive}{10}\),
- \(\textcolor{colordef}{5}\) est un diviseur (ou facteur) de \(\textcolor{olive}{10}\),
- \(\textcolor{olive}{10}\) est divisible par \(\textcolor{colordef}{5}\),
- \(\textcolor{olive}{10}\) est un multiple de \(\textcolor{colordef}{5}\).
Remarques
Soient \(a\) et \(b\) deux entiers relatifs.
- \(0\) est un multiple de tout entier relatif \(a\) car \(0=0\times a\) (donc \(a\mid 0\)).
- \(0\) ne divise que \(0\) : si \(0\mid a\), il existe un entier relatif \(k\) tel que \(a=k\times 0=0\).
- \(1\) divise tout entier relatif \(a\) car \(a=1\times a\) (donc \(1\mid a\)).
- Si \(a\) est un multiple de \(b\) et si \(a\neq 0\), alors \(|a|\ge |b|\).
- Si \(a\) divise \(b\) et si \(b\) divise \(a\), avec \(a\neq 0\) et \(b\neq 0\), alors \(a=b\) ou \(a=-b\).
Proposition — Combinaisons linéaires
Soient \(a,b,c\) trois entiers relatifs.Si \(a\mid b\) et \(a\mid c\), alors pour tous entiers relatifs \(m\) et \(n\),$$a \mid (mb+nc).$$
On suppose que \(a \mid b\) et \(a \mid c\).
Par définition, il existe des entiers relatifs \(k\) et \(\ell\) tels que$$b = ka \quad \text{et} \quad c = \ell a.$$ Soient \(m\) et \(n\) deux entiers relatifs quelconques. On considère la combinaison linéaire \(mb+nc\) :$$\begin{aligned}mb + nc &= m(ka) + n(\ell a) \\ &= (mk + n\ell)a.\end{aligned}$$ Comme \(m,k,n,\ell\) sont des entiers, le terme \((mk+n\ell)\) est aussi un entier relatif.
Par conséquent, par définition, \(a\) divise \(mb+nc\).
Par définition, il existe des entiers relatifs \(k\) et \(\ell\) tels que$$b = ka \quad \text{et} \quad c = \ell a.$$ Soient \(m\) et \(n\) deux entiers relatifs quelconques. On considère la combinaison linéaire \(mb+nc\) :$$\begin{aligned}mb + nc &= m(ka) + n(\ell a) \\ &= (mk + n\ell)a.\end{aligned}$$ Comme \(m,k,n,\ell\) sont des entiers, le terme \((mk+n\ell)\) est aussi un entier relatif.
Par conséquent, par définition, \(a\) divise \(mb+nc\).
Exemple
Soient \(k\) un entier naturel, \(a = 3k + 1\) et \(b = 5k + 4\). Montrer qu'un diviseur commun positif de \(a\) et de \(b\) ne peut être que \(1\) ou \(7\), puis donner une valeur de \(k\) pour laquelle \(7\) est un diviseur commun de \(a\) et de \(b\).
Soit \(d\) un diviseur commun positif de \(a\) et de \(b\). On cherche une combinaison linéaire de \(a\) et de \(b\) dans laquelle \(k\) disparaît : \(15\) est un multiple commun de \(3\) et de \(5\), donc on combine \(5a\) et \(3b\). $$\begin{aligned}[t] 5a - 3b &= 5(3k + 1) - 3(5k + 4)\\
&= 15k + 5 - 15k - 12\\
&= -7. \end{aligned}$$ Comme \(d \mid a\) et \(d \mid b\), la propriété des combinaisons linéaires donne \(d \mid 5a - 3b\), c'est-à-dire \(d \mid -7\), donc \(d \mid 7\) : \(d = 1\) ou \(d = 7\).
Les deux cas se produisent. Pour \(k = 0\) : \(a = 1\) et \(b = 4\), dont le seul diviseur commun positif est \(1\). Pour \(k = 2\) : \(a = 7\) et \(b = 14\), et \(7\) divise les deux.
Les deux cas se produisent. Pour \(k = 0\) : \(a = 1\) et \(b = 4\), dont le seul diviseur commun positif est \(1\). Pour \(k = 2\) : \(a = 7\) et \(b = 14\), et \(7\) divise les deux.
Compétences à pratiquer
- Analyser les propriétés de divisibilité
I.2
Parité et démonstrations
Définition — Nombres pairs et impairs
Soit \(n\) un entier relatif. - \(n\) est pair s'il existe un entier relatif \(k\) tel que \(n = 2k\).
- \(n\) est impair s'il existe un entier relatif \(k\) tel que \(n = 2k + 1\).
Méthode — Prouver des propriétés sur les entiers
Pour prouver des propriétés sur les nombres entiers, on utilise des définitions algébriques formelles. Par exemple, - Un entier est pair s'il peut s'écrire sous la forme \(2k\) (où \(k\) est un entier).
- Un entier est impair s'il peut s'écrire sous la forme \(2k+1\) (où \(k\) est un entier).
Proposition — Le carré d'un entier impair
Si \(n\) est un entier impair, alors \(n^2\) est impair. Compétences à pratiquer
- Écrire des démonstrations directes en arithmétique
- Démontrer par disjonction des cas, par contraposée ou par équivalence
I.3
Diviseurs d'un entier
Méthode — Déterminer tous les diviseurs par paires
- Chercher les diviseurs par paires : pour un nombre entier naturel \(n\) non nul, chaque diviseur \(d\) vient avec son partenaire \(n \div d\).
- Partir de \(1\) et tester \(2\,;\,3\,;\,4\,;\,\dots\) dans l'ordre, en écrivant chaque paire trouvée.
- S'arrêter quand les paires se croisent : dès que le candidat \(d\) vérifie \(d \times d > n\), tous les diviseurs positifs sont trouvés — au-delà, chaque diviseur a déjà été rencontré comme partenaire d'un plus petit. Si une paire a deux membres égaux (\(d \times d = n\)), ce diviseur ne compte qu'une fois.
Exemple
Déterminer les diviseurs positifs de \(45\), puis tous les diviseurs de \(-45\) dans \(\mathbb{Z}\), positifs et négatifs.
On cherche les diviseurs par paires, en testant \(1\), \(2\), \(3\), et ainsi de suite : $$45 = 1 \times 45 = 3 \times 15 = 5 \times 9.$$ Les nombres \(2\), \(4\) et \(6\) ne divisent pas \(45\). Tout candidat restant \(d \ge 7\) dépasse \(\sqrt{45} \approx 6{,}7\) : si \(d\) divise \(45\), son partenaire \(\dfrac{45}{d}\) est inférieur à \(\sqrt{45}\), donc cette paire a déjà été trouvée (c'est ainsi que \(9\) et \(15\) sont apparus, avec \(5\) et \(3\)). Les diviseurs positifs de \(45\) sont \(1\), \(3\), \(5\), \(9\), \(15\) et \(45\).
Comme \(-45 = (-1) \times 45\), un entier \(d\) divise \(-45\) exactement lorsqu'il divise \(45\) ; et \(d\) divise \(45\) exactement lorsque \(-d\) divise \(45\). Les diviseurs de \(-45\) dans \(\mathbb{Z}\) sont les six diviseurs positifs et leurs opposés : $$\{-45 ; -15 ; -9 ; -5 ; -3 ; -1 ; 1 ; 3 ; 5 ; 9 ; 15 ; 45\}.$$
Comme \(-45 = (-1) \times 45\), un entier \(d\) divise \(-45\) exactement lorsqu'il divise \(45\) ; et \(d\) divise \(45\) exactement lorsque \(-d\) divise \(45\). Les diviseurs de \(-45\) dans \(\mathbb{Z}\) sont les six diviseurs positifs et leurs opposés : $$\{-45 ; -15 ; -9 ; -5 ; -3 ; -1 ; 1 ; 3 ; 5 ; 9 ; 15 ; 45\}.$$
Compétences à pratiquer
- Lister les diviseurs d'un entier
I.4
Équations en nombres entiers
Méthode — Résoudre une équation en entiers par factorisation
Pour déterminer les solutions entières d'une équation : - factoriser : écrire l'équation sous la forme d'un produit d'expressions entières égal à un entier \(N\) non nul donné ;
- lister les diviseurs de \(N\) : chaque facteur est un diviseur de \(N\), et les facteurs forment une paire dont le produit vaut \(N\) ;
- trier les cas à l'aide des contraintes de l'énoncé (signes, ordre entre les facteurs, parité), puis résoudre chaque système restant et vérifier les solutions dans l'équation.
Exemple
Déterminer tous les couples \((x ; y)\) d'entiers naturels tels que \(x^2 = 2xy + 21\).
On factorise par \(x\) : $$\begin{aligned}[t] x^2 = 2xy + 21 &\iff x^2 - 2xy = 21\\
&\iff x(x - 2y) = 21. \end{aligned}$$ Le produit vaut \(21 \neq 0\), donc \(x \neq 0\) ; comme \(x \ge 0\), \(x > 0\), et \(x - 2y = \dfrac{21}{x} > 0\). Ainsi \(x\) et \(x - 2y\) sont deux diviseurs positifs de \(21\) dont le produit vaut \(21\). De plus \(y \ge 0\), donc \(x - 2y \le x\).
Les diviseurs positifs de \(21\) sont \(1\), \(3\), \(7\) et \(21\). Les couples \((x ; x - 2y)\) de produit \(21\) tels que \(x - 2y \le x\) sont \((21 ; 1)\) et \((7 ; 3)\) :
Les diviseurs positifs de \(21\) sont \(1\), \(3\), \(7\) et \(21\). Les couples \((x ; x - 2y)\) de produit \(21\) tels que \(x - 2y \le x\) sont \((21 ; 1)\) et \((7 ; 3)\) :
- \(x = 21\) et \(x - 2y = 1\) donnent \(2y = 20\), donc \(y = 10\) ;
- \(x = 7\) et \(x - 2y = 3\) donnent \(2y = 4\), donc \(y = 2\).
Méthode — Exploiter une condition de divisibilité
Soit \(a\) un entier relatif. Pour déterminer les entiers relatifs \(n\) tels que \(n - a\) divise un entier \(A\) qui dépend de \(n\) : - faire apparaître le diviseur : pour \(n \neq a\), écrire \(A = k(n - a) + c\), où \(k\) est un entier (qui peut dépendre de \(n\)) et \(c\) un entier fixé, ce qui est possible par exemple lorsque \(A\) est une expression polynomiale en \(n\) à coefficients entiers ; ainsi \(n + 7 = (n - 2) + 9\), \(2n + 5 = 2(n - 1) + 7\) ou \(n^2 + 4 = (n + 2)(n - 2) + 8\) ;
- utiliser les combinaisons linéaires : si \(n - a \mid A\), alors \(n - a\) divise \(A - k(n - a) = c\) ; réciproquement, si \(n - a \mid c\), alors \(n - a\) divise \(k(n - a) + c = A\). Ainsi \(n - a \mid A \iff n - a \mid c\) ;
- lister tous les diviseurs de \(c\) dans \(\mathbb{Z}\), négatifs compris, et en déduire la valeur de \(n\) pour chacun d'eux.
Exemple
Déterminer les entiers relatifs \(n\) tels que \(n - 2\) divise \(n + 7\).
Pour \(n = 2\), \(n - 2 = 0\) ne divise pas \(n + 7 = 9\), car \(0\) ne divise que \(0\) : \(n = 2\) ne convient pas.
Pour \(n \neq 2\), \(n + 7 = (n - 2) + 9\), donc, par la propriété des combinaisons linéaires, \(n - 2 \mid n + 7 \iff n - 2 \mid 9\). Les diviseurs de \(9\) dans \(\mathbb{Z}\) sont \(-9\), \(-3\), \(-1\), \(1\), \(3\) et \(9\) :
Les solutions sont \(-7\), \(-1\), \(1\), \(3\), \(5\) et \(11\). Vérification : pour \(n = 11\), \(9\) divise \(18\) ; pour \(n = -7\), \(n + 7 = 0\), qui est un multiple de \(-9\).
Pour \(n \neq 2\), \(n + 7 = (n - 2) + 9\), donc, par la propriété des combinaisons linéaires, \(n - 2 \mid n + 7 \iff n - 2 \mid 9\). Les diviseurs de \(9\) dans \(\mathbb{Z}\) sont \(-9\), \(-3\), \(-1\), \(1\), \(3\) et \(9\) :
| \(n - 2\) | \(-9\) | \(-3\) | \(-1\) | \(1\) | \(3\) | \(9\) |
| \(n\) | \(-7\) | \(-1\) | \(1\) | \(3\) | \(5\) | \(11\) |
Compétences à pratiquer
- Résoudre des équations en nombres entiers
- Exploiter une condition de divisibilité
II
Division euclidienne
II.1
Quotient et reste
Théorème — Division euclidienne
Soient \(\textcolor{olive}{a}\) un entier relatif et \(\textcolor{colordef}{b}\) un entier naturel non nul (donc \(\textcolor{colordef}{b}>0\)).Il existe un unique couple \((\textcolor{colorprop}{q} ; \textcolor{orange}{r})\) d'entiers relatifs tel que$$\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}\,\textcolor{colorprop}{q}+\textcolor{orange}{r}\quad\text{et}\quad0\le \textcolor{orange}{r}<\textcolor{colordef}{b}.$$
- \(\textcolor{olive}{a}\) est le \(\textcolor{olive}{\text{dividende}}\),
- \(\textcolor{colordef}{b}\) est le \(\textcolor{colordef}{\text{diviseur}}\),
- \(\textcolor{colorprop}{q}\) est le \(\textcolor{colorprop}{\text{quotient}}\),
- \(\textcolor{orange}{r}\) est le \(\textcolor{orange}{\text{reste}}\).
Cette preuve modélise le partage par soustractions successives.
On considère l'algorithme suivant pour \(\textcolor{olive}{a}\in\mathbb{N}\) et \(\textcolor{colordef}{b}\in\mathbb{N}^*\) :
Invariant : La relation \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}\textcolor{colorprop}{q}+\textcolor{orange}{r}\) est conservée à chaque itération. À l'arrêt, on a bien \(0\le \textcolor{orange}{r}<\textcolor{colordef}{b}\).
Dividende négatif : Si \(\textcolor{olive}{a}<0\), on applique ce qui précède à \(-\textcolor{olive}{a}\in\mathbb{N}\) : \(-\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}q_0+r_0\) avec \(0\le r_0<\textcolor{colordef}{b}\). Si \(r_0=0\), alors \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}(-q_0)+0\) ; sinon \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}(-q_0-1)+(\textcolor{colordef}{b}-r_0)\) avec \(0<\textcolor{colordef}{b}-r_0<\textcolor{colordef}{b}\). Dans les deux cas, l'existence s'étend à tout \(\mathbb{Z}\).
Unicité : Si \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}q+r=\textcolor{colordef}{b}q'+r'\) avec \(0\le r,r'<\textcolor{colordef}{b}\), alors \(\textcolor{colordef}{b}(q-q')=r'-r\). Or \(-(\textcolor{colordef}{b}-1)\le r'-r\le \textcolor{colordef}{b}-1\), donc le seul multiple de \(\textcolor{colordef}{b}\) dans cet intervalle est \(0\). Ainsi \(r=r'\) et \(q=q'\).
On considère l'algorithme suivant pour \(\textcolor{olive}{a}\in\mathbb{N}\) et \(\textcolor{colordef}{b}\in\mathbb{N}^*\) :
- Initialisation : Poser \(\textcolor{orange}{r}=\textcolor{olive}{a}\) et \(\textcolor{colorprop}{q}=0\).
- Boucle : Tant que \(\textcolor{orange}{r}\ge \textcolor{colordef}{b}\) faire : $$ \textcolor{orange}{r}\leftarrow \textcolor{orange}{r}-\textcolor{colordef}{b} \quad\text{et}\quad \textcolor{colorprop}{q}\leftarrow \textcolor{colorprop}{q}+1. $$
Invariant : La relation \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}\textcolor{colorprop}{q}+\textcolor{orange}{r}\) est conservée à chaque itération. À l'arrêt, on a bien \(0\le \textcolor{orange}{r}<\textcolor{colordef}{b}\).
Dividende négatif : Si \(\textcolor{olive}{a}<0\), on applique ce qui précède à \(-\textcolor{olive}{a}\in\mathbb{N}\) : \(-\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}q_0+r_0\) avec \(0\le r_0<\textcolor{colordef}{b}\). Si \(r_0=0\), alors \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}(-q_0)+0\) ; sinon \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}(-q_0-1)+(\textcolor{colordef}{b}-r_0)\) avec \(0<\textcolor{colordef}{b}-r_0<\textcolor{colordef}{b}\). Dans les deux cas, l'existence s'étend à tout \(\mathbb{Z}\).
Unicité : Si \(\textcolor{olive}{a}=\textcolor{colordef}{b}q+r=\textcolor{colordef}{b}q'+r'\) avec \(0\le r,r'<\textcolor{colordef}{b}\), alors \(\textcolor{colordef}{b}(q-q')=r'-r\). Or \(-(\textcolor{colordef}{b}-1)\le r'-r\le \textcolor{colordef}{b}-1\), donc le seul multiple de \(\textcolor{colordef}{b}\) dans cet intervalle est \(0\). Ainsi \(r=r'\) et \(q=q'\).
Exemple
Déterminer le quotient et le reste de la division euclidienne de \(-47\) par \(6\).
On part de la division euclidienne de \(47\) par \(6\), puis on passe à \(-47\) : $$\begin{aligned}[t] 47 &= 6 \times 7 + 5\\
-47 &= 6 \times (-7) - 5 && \text{(en multipliant par \(-1\))}\\
&= 6 \times (-7) - 6 + 1 && (-5 = -6 + 1)\\
&= 6 \times (-8) + 1. \end{aligned}$$ Comme \(0 \le 1 < 6\), \(\textcolor{olive}{-47} = \textcolor{colordef}{6} \times (\textcolor{colorprop}{-8}) + \textcolor{orange}{1}\) est la division euclidienne : le quotient est \(\textcolor{colorprop}{-8}\) et le reste est \(\textcolor{orange}{1}\).
L'égalité \(-47 = 6 \times (-7) - 5\) est vraie, mais ce n'est pas la division euclidienne de \(-47\) par \(6\) : le reste doit vérifier \(0 \le r < 6\), et \(-5 < 0\).
L'égalité \(-47 = 6 \times (-7) - 5\) est vraie, mais ce n'est pas la division euclidienne de \(-47\) par \(6\) : le reste doit vérifier \(0 \le r < 6\), et \(-5 < 0\).
Méthode — Vérifier la divisibilité
Pour vérifier si un entier \(a\) est divisible par un entier naturel non nul \(b\), on effectue la division euclidienne de \(a\) par \(b\). - Si le reste est nul, alors \(a\) est divisible par \(b\).
- Si le reste n'est pas nul, alors \(a\) n'est pas divisible par \(b\).
Compétences à pratiquer
- Analyser la division euclidienne
- Écrire la division euclidienne d'un entier négatif
II.2
Exploiter la condition sur le reste
Méthode — Exploiter la condition sur le reste
Dans un problème portant sur une division euclidienne \(a = bq + r\) par un entier \(b > 0\) : - écrire l'égalité \(a = bq + r\) avec la condition \(0 \le r < b\) : sans cette condition, l'égalité décrit une infinité de décompositions ;
- exprimer les inconnues à l'aide des données de l'énoncé, par exemple le quotient en fonction du reste ;
- utiliser la liste finie des restes possibles \(0\), \(1\), …, \(b - 1\) pour énumérer tous les cas, puis vérifier que chaque candidat convient.
Exemple
Déterminer les entiers naturels dont le quotient dans la division euclidienne par \(7\) est égal au double du reste.
Soit \(n\) un tel entier naturel, avec \(n = 7q + r\) et \(0 \le r < 7\). La condition s'écrit \(q = 2r\), donc $$\begin{aligned}[t] n &= 7q + r\\
&= 7 \times 2r + r && (q = 2r)\\
&= 15r. \end{aligned}$$ Le reste prend l'une des valeurs \(0\), \(1\), \(2\), \(3\), \(4\), \(5\), \(6\), ce qui donne \(n \in \{0 ; 15 ; 30 ; 45 ; 60 ; 75 ; 90\}\).
Réciproquement, pour \(n = 15r\) avec \(0 \le r \le 6\), l'égalité \(n = 7 \times 2r + r\) avec \(0 \le r < 7\) est la division euclidienne de \(n\) par \(7\), par unicité, et son quotient \(2r\) est le double de son reste \(r\). Vérification : \(90 = 7 \times 12 + 6\), et \(12 = 2 \times 6\).
Réciproquement, pour \(n = 15r\) avec \(0 \le r \le 6\), l'égalité \(n = 7 \times 2r + r\) avec \(0 \le r < 7\) est la division euclidienne de \(n\) par \(7\), par unicité, et son quotient \(2r\) est le double de son reste \(r\). Vérification : \(90 = 7 \times 12 + 6\), et \(12 = 2 \times 6\).
Compétences à pratiquer
- Appliquer et manipuler la division euclidienne
III
Congruences
III.1
Congruence modulo \(n\)
Une horloge qui affiche les heures de \(0\) h à \(23\) h indique \(21\) h. Quelle heure indiquera-t-elle \(100\) heures plus tard ? Et \(1\,000\) heures plus tard ?
Toutes les \(24\) heures, l'horloge indique de nouveau la même heure : seul compte le reste de la durée écoulée dans la division par \(24\).
- \(100 = 24 \times 4 + 4\) : après \(4\) jours complets, il reste \(4\) heures, et \(21 + 4 = 25 = 24 + 1\). L'horloge indique \(1\) h.
- \(1\,000 = 24 \times 41 + 16\) : après \(41\) jours complets, il reste \(16\) heures, et \(21 + 16 = 37 = 24 + 13\). L'horloge indique \(13\) h.
Définition — Entiers congrus modulo \(n\)
Soit \(n\) un entier naturel (\(n \ge 2\)).Deux entiers relatifs \(a\) et \(b\) sont dits congrus modulo \(n\) si leur différence \(a-b\) est divisible par \(n\).
On note alors : \(a \equiv b \pmod{n}\), ou parfois \(a \equiv b \ (n)\), ou \(a \equiv b \ [n]\).
Proposition — Propriété du même reste
Deux entiers relatifs \(a\) et \(b\) sont congrus modulo \(n\) si et seulement si \(a\) et \(b\) ont le même reste dans la division euclidienne par \(n\).
Soient$$a = nq_1 + r_1\quad\text{et}\quad b = nq_2 + r_2$$ les divisions euclidiennes de \(a\) et \(b\) par \(n\), avec \(0 \le r_1, r_2 < n\).
- Si \(r_1=r_2\), alors $$ a-b = (nq_1 + r_1) - (nq_2 + r_2)=n(q_1-q_2), $$ donc \(n\mid (a-b)\) et ainsi \(a \equiv b \pmod{n}\).
- Réciproquement, si \(a \equiv b \pmod{n}\), alors \(n\mid (a-b)\). Or $$ a-b = n(q_1-q_2) + (r_1-r_2), $$ donc \(n\mid (r_1-r_2)\). Comme \(-n < r_1-r_2 < n\), le seul multiple de \(n\) dans cet intervalle est \(0\). Ainsi \(r_1-r_2=0\), donc \(r_1=r_2\).
Exemple
Démontrer que \(57 \equiv 15 \pmod{7}\). - Méthode 1 (Restes) : \(57 = 7\times 8 + 1\) (reste \(1\)) et \(15 = 7\times 2 + 1\) (reste \(1\)). Comme ils ont le même reste, \(57 \equiv 15 \pmod{7}\).
- Méthode 2 (Différence) : \(57-15 = 42 = 7\times 6\). Comme la différence est un multiple de \(7\), \(57 \equiv 15 \pmod{7}\).
Proposition — Congruence au reste
Un entier est congru à son reste dans la division euclidienne par \(n\).
Soit \(a = nq + r\) la division euclidienne de \(a\) par \(n\).
Alors \(a-r = nq\). Comme \(nq\) est un multiple de \(n\), on a \(n\mid (a-r)\), donc \(a \equiv r \pmod{n}\).
Alors \(a-r = nq\). Comme \(nq\) est un multiple de \(n\), on a \(n\mid (a-r)\), donc \(a \equiv r \pmod{n}\).
Exemple
Comme \(2019 = 201\times 10 + 9\), on a \(2019 \equiv 9 \pmod{10}\). Proposition — Relation d'équivalence
La congruence modulo \(n\) est une relation d'équivalence, c'est-à-dire que pour tous entiers relatifs \(a, b, c\) : - \(a \equiv a \pmod{n}\) (réflexivité),
- \(a \equiv b \pmod{n} \Rightarrow b \equiv a \pmod{n}\) (symétrie),
- \(a \equiv b \pmod{n}\) et \(b \equiv c \pmod{n} \Rightarrow a \equiv c \pmod{n}\) (transitivité).
- \(a-a=0\), et \(0\) est divisible par tout \(n\ge 2\). Donc \(a \equiv a \pmod{n}\).
- Si \(a \equiv b \pmod{n}\), alors \(a-b=kn\) pour un certain entier relatif \(k\). Donc \(b-a=(-k)n\), et ainsi \(b \equiv a \pmod{n}\).
- Si \(a \equiv b \pmod{n}\) et \(b \equiv c \pmod{n}\), alors \(a-b=kn\) et \(b-c=mn\) pour certains entiers relatifs \(k,m\). En additionnant : $$ (a-b)+(b-c)=kn+mn \implies a-c=(k+m)n, $$ donc \(a \equiv c \pmod{n}\).
Exemple
Si \(x \equiv y \pmod{5}\) et \(y \equiv 12 \pmod{5}\), alors \(x \equiv 12 \pmod{5}\). Comme \(12 = 5\times 2 + 2\), on peut aussi dire que \(x \equiv 2 \pmod{5}\). Compétences à pratiquer
- Analyser les propriétés des congruences
III.2
Compatibilité avec les opérations
Proposition — Compatibilité avec les opérations
Soit \(n\) un entier naturel (\(n \ge 2\)), et soient \(a, b, c, d\) des entiers relatifs tels que \(a \equiv b \pmod{n}\) et \(c \equiv d \pmod{n}\). Alors : - \(a + c \equiv b + d \pmod{n}\) (compatibilité avec l'addition),
- \(a - c \equiv b - d \pmod{n}\) (compatibilité avec la soustraction),
- \(ac \equiv bd \pmod{n}\) (compatibilité avec la multiplication),
- \(a^k \equiv b^k \pmod{n}\) pour tout entier naturel \(k\) (compatibilité avec les puissances).
Puisque \(a \equiv b \pmod{n}\) et \(c \equiv d \pmod{n}\), il existe des entiers relatifs \(u\) et \(v\) tels que \(a - b = un\) et \(c - d = vn\).
- \((a+c)-(b+d) = (a-b)+(c-d) = un + vn = (u+v)n\), donc \(n \mid \bigl((a+c)-(b+d)\bigr)\), d'où \(a+c \equiv b+d \pmod{n}\).
- \((a-c)-(b-d) = (a-b)-(c-d) = un - vn = (u-v)n\), d'où \(a-c \equiv b-d \pmod{n}\).
- En écrivant \(ac - bd = ac - bc + bc - bd\) : $$ ac - bd = c(a-b) + b(c-d) = cun + bvn = (cu+bv)n, $$ donc \(n \mid (ac-bd)\), d'où \(ac \equiv bd \pmod{n}\).
- Par récurrence sur \(k\). Pour \(k=0\), \(a^0 = b^0 = 1\) (avec la convention \(0^0 = 1\)). Si \(a^k \equiv b^k \pmod{n}\) pour un entier naturel \(k\), alors en appliquant le point 3 aux congruences \(a^k \equiv b^k \pmod{n}\) et \(a \equiv b \pmod{n}\), on obtient \(a^k \cdot a \equiv b^k \cdot b \pmod{n}\), c'est-à-dire \(a^{k+1} \equiv b^{k+1} \pmod{n}\).
Exemple
Déterminer le reste de la division euclidienne de \(2026 \times 2029 + 2028^2\) par \(7\).
On commence par réduire chaque nombre modulo \(7\) : $$\begin{aligned} 2026 &= 7 \times 289 + 3 &&\implies 2026 \equiv 3 \pmod{7}\\
2029 &= 7 \times 289 + 6 &&\implies 2029 \equiv 6 \pmod{7}\\
2028 &= 7 \times 289 + 5 &&\implies 2028 \equiv 5 \pmod{7} \end{aligned}$$ Puis, par compatibilité des congruences avec les opérations : $$\begin{aligned} 2026 \times 2029 + 2028^2 &\equiv 3 \times 6 + 5^2 \pmod{7} &&\text{(produits, puissances et sommes)}\\
&\equiv 18 + 25 \pmod{7} &&\text{(calcul)}\\
&\equiv 4 + 4 \pmod{7} &&(18 = 7\times 2 + 4,\ 25 = 7\times 3 + 4)\\
&\equiv 8 \equiv 1 \pmod{7} &&(8 = 7\times 1 + 1) \end{aligned}$$ Comme \(0 \le 1 < 7\), le reste est \(\boxed{1}\).
Méthode — Démontrer une divisibilité avec les congruences
Pour démontrer qu'un entier \(n \ge 2\) divise une expression \(A\) : - réduire les bases et les coefficients qui apparaissent dans \(A\) modulo \(n\), en choisissant des représentants petits, éventuellement négatifs. Les exposants ne se réduisent pas modulo \(n\) : \(3 \equiv 0 \pmod{3}\), et pourtant \(2^3 = 8 \equiv 2\) et \(2^0 = 1 \pmod{3}\) ;
- utiliser la compatibilité avec les sommes, les produits et les puissances pour remplacer chaque terme par sa réduction. Lorsque \(A\) dépend d'un entier naturel \(k\), chercher des bases dont les puissances se réduisent à la même puissance modulo \(n\) ;
- conclure : \(A \equiv 0 \pmod{n}\) signifie que \(n\) divise \(A\).
Exemple
Démontrer que, pour tout entier naturel \(k\), \(3^{2k+1} + 2^{k+2}\) est divisible par \(7\).
Soit \(k\) un entier naturel. On écrit les puissances de façon que l'exposant \(k\) apparaisse seul : $$3^{2k+1} = 3 \times \left(3^2\right)^k = 3 \times 9^k \qquad\text{et}\qquad 2^{k+2} = 4 \times 2^k.$$ Comme \(9 = 7 + 2\), \(9 \equiv 2 \pmod{7}\), et par compatibilité avec les puissances \(9^k \equiv 2^k \pmod{7}\). Alors $$\begin{aligned}[t] 3^{2k+1} + 2^{k+2} &= 3 \times 9^k + 4 \times 2^k\\
&\equiv 3 \times 2^k + 4 \times 2^k \pmod{7} && \text{(compatibilité)}\\
&\equiv 7 \times 2^k \pmod{7}\\
&\equiv 0 \pmod{7} && (7 \equiv 0). \end{aligned}$$ Ainsi \(7\) divise \(3^{2k+1} + 2^{k+2}\) pour tout entier naturel \(k\). Vérification : pour \(k = 0\), \(3 + 4 = 7\) ; pour \(k = 1\), \(27 + 8 = 35 = 7 \times 5\).
Compétences à pratiquer
- Calculer et démontrer avec les congruences
III.3
Tableaux de congruences et équations
Méthode — Raisonner par disjonction des cas avec un tableau de congruences
Pour étudier, modulo un entier \(n \ge 2\) et pour tous les entiers \(x\), une expression \(P(x)\) obtenue à partir de \(x\) et d'entiers fixés par sommes, différences, produits et puissances d'exposants naturels fixés, comme \(x^2 + x + 1\) : - séparer les cas : tout entier \(x\) est congru modulo \(n\) à exactement un des restes \(0\), \(1\), …, \(n - 1\) ;
- remplir un tableau de congruences : pour chaque reste \(r\), calculer le reste de \(P(r)\). Par compatibilité, si \(x \equiv r \pmod{n}\), alors \(P(x) \equiv P(r) \pmod{n}\) ;
- lire le tableau pour conclure pour tous les entiers : les entiers \(x\) qui vérifient une condition sont ceux dont le reste se trouve dans une colonne où la condition est vraie.
Exemple
Déterminer les entiers relatifs \(x\) tels que \(x^2 + x + 1\) soit divisible par \(7\).
Tout entier \(x\) est congru modulo \(7\) à l'un des entiers \(0\), \(1\), …, \(6\). Pour chacun d'eux, on calcule le reste de \(x^2 + x + 1\) ; par exemple, si \(x \equiv 3 \pmod{7}\), alors \(x^2 + x + 1 \equiv 9 + 3 + 1 = 13 \equiv 6 \pmod{7}\).
Ainsi \(7\) divise \(x^2 + x + 1\) si et seulement si \(x \equiv 2 \pmod{7}\) ou \(x \equiv 4 \pmod{7}\) : les solutions sont les entiers \(7m + 2\) et \(7m + 4\), avec \(m \in \mathbb{Z}\). Vérification : pour \(x = 4\), \(16 + 4 + 1 = 21 = 7 \times 3\) ; pour \(x = -3\), congru à \(4\), \(9 - 3 + 1 = 7\).
| \(x \equiv \dots \pmod{7}\) | \(0\) | \(1\) | \(2\) | \(3\) | \(4\) | \(5\) | \(6\) |
| \(x^2 + x + 1 \equiv \dots \pmod{7}\) | \(1\) | \(3\) | \(0\) | \(6\) | \(0\) | \(3\) | \(1\) |
Les congruences ne se divisent pas en général : \(2 \times 1 \equiv 2 \times 4 \pmod{6}\), et pourtant \(1 \not\equiv 4 \pmod{6}\). Simplifier par un facteur \(a\) modulo \(n\) est légitime lorsque \(a\) admet un inverse modulo \(n\) : multiplier par cet inverse remplace alors la division. Le théorème de Bézout montre que \(a\) admet un inverse modulo \(n\) exactement lorsque \(a\) et \(n\) sont premiers entre eux.
Définition — Inverse modulo \(n\)
Soient \(n \ge 2\) un entier naturel et \(a\) un entier relatif. Un entier relatif \(u\) est un inverse de \(a\) modulo \(n\) si $$au \equiv 1 \pmod{n}.$$ Méthode — Résoudre une congruence de la forme \(ax \equiv b\)
Pour résoudre \(ax \equiv b \pmod{n}\), où l'inconnue \(x\) est un entier relatif : - examiner toutes les classes : si \(x \equiv r \pmod{n}\), alors \(ax \equiv ar \pmod{n}\), donc il suffit de calculer le reste de \(ar\) pour \(r = 0\), \(1\), …, \(n - 1\), dans un tableau ;
- retenir toutes les classes qui conviennent : les solutions sont les entiers congrus modulo \(n\) à l'une des valeurs de \(r\) telles que \(ar \equiv b \pmod{n}\). Il peut y avoir une seule classe, plusieurs, ou aucune ;
- avec un inverse : si le tableau fait apparaître un inverse \(u\) de \(a\) modulo \(n\), alors \(ax \equiv b \pmod{n} \iff x \equiv ub \pmod{n}\) (multiplier par \(u\) dans un sens, par \(a\) dans l'autre, en utilisant \(au \equiv 1 \pmod{n}\)).
Exemple
Résoudre dans \(\mathbb{Z}\) les congruences suivantes. - \(5x \equiv 3 \pmod{7}\)
- \(4x \equiv 2 \pmod{6}\)
- \(2x \equiv 1 \pmod{4}\)
- On calcule les restes de \(5r\) modulo \(7\) :
Seul \(r = 2\) donne le reste \(3\) : \(5x \equiv 3 \pmod{7} \iff x \equiv 2 \pmod{7}\). Le tableau montre aussi \(5 \times 3 \equiv 1 \pmod{7}\) : \(3\) est un inverse de \(5\) modulo \(7\), et multiplier par \(3\) redonne \(x \equiv 3 \times 3 = 9 \equiv 2 \pmod{7}\).\(r\) \(0\) \(1\) \(2\) \(3\) \(4\) \(5\) \(6\) \(5r \equiv \dots \pmod{7}\) \(0\) \(5\) \(3\) \(1\) \(6\) \(4\) \(2\) - On calcule les restes de \(4r\) modulo \(6\) :
Deux classes donnent le reste \(2\) : \(4x \equiv 2 \pmod{6} \iff x \equiv 2 \pmod{6}\) ou \(x \equiv 5 \pmod{6}\). Le reste \(1\) n'apparaît jamais : \(4\) n'a pas d'inverse modulo \(6\).\(r\) \(0\) \(1\) \(2\) \(3\) \(4\) \(5\) \(4r \equiv \dots \pmod{6}\) \(0\) \(4\) \(2\) \(0\) \(4\) \(2\) - On calcule les restes de \(2r\) modulo \(4\) :
Le reste \(1\) n'apparaît jamais : la congruence \(2x \equiv 1 \pmod{4}\) n'a pas de solution (\(2x\) est pair, et tout entier congru à \(1\) modulo \(4\) est impair).\(r\) \(0\) \(1\) \(2\) \(3\) \(2r \equiv \dots \pmod{4}\) \(0\) \(2\) \(0\) \(2\)
Compétences à pratiquer
- Raisonner par disjonction des cas avec les congruences
- Résoudre une congruence à l'aide d'un tableau
III.4
Restes des puissances
Méthode — Déterminer les restes des puissances successives
Soient \(a\) un entier relatif non nul et \(n \ge 2\). Pour déterminer le reste de \(a^k\) modulo \(n\) pour tout entier naturel \(k\) : - calculer les restes successifs de \(a^0\), \(a^1\), \(a^2\), …, chacun à partir du précédent par compatibilité avec les produits, puisque \(a^{k+1} = a^k \times a\) ;
- s'arrêter à la première répétition : il n'y a que \(n\) restes possibles, donc deux des puissances \(a^0\), …, \(a^n\) ont le même reste (principe des tiroirs) ; si \(a^i \equiv a^j \pmod{n}\) avec \(i < j\), alors \(a^{i+m} \equiv a^{j+m} \pmod{n}\) pour tout entier naturel \(m\), et les restes se répètent périodiquement à partir de la puissance \(a^i\) ;
- lorsque le reste \(1\) revient, c'est-à-dire \(a^p \equiv 1 \pmod{n}\) avec \(p \ge 1\) : en divisant \(k\) par \(p\), \(k = pq + s\) avec \(0 \le s < p\), on obtient \(a^k = \left(a^p\right)^q \times a^s \equiv a^s \pmod{n}\).
Exemple
- Déterminer, suivant les valeurs de l'entier naturel \(k\), le reste de \(2^k\) dans la division euclidienne par \(7\).
- En déduire le reste de la division euclidienne de \(100^{2026}\) par \(7\).
- Déterminer les entiers naturels \(k\) tels que \(2^k - 1\) soit divisible par \(7\).
- \(2^0 = 1\), \(2^1 = 2\), \(2^2 = 4\) et \(2^3 = 8 \equiv 1 \pmod{7}\) : le reste \(1\) revient avec \(p = 3\). Pour \(k = 3q + s\) avec \(0 \le s < 3\) : $$\begin{aligned}[t] 2^k &= \left(2^3\right)^q \times 2^s\\
&\equiv 1^q \times 2^s \pmod{7} && \text{(compatibilité avec les puissances)}\\
&\equiv 2^s \pmod{7}. \end{aligned}$$
\(k \equiv \dots \pmod{3}\) \(0\) \(1\) \(2\) \(2^k \equiv \dots \pmod{7}\) \(1\) \(2\) \(4\) - \(100 = 7 \times 14 + 2\), donc \(100 \equiv 2 \pmod{7}\) et \(100^{2026} \equiv 2^{2026} \pmod{7}\). Comme \(2026 = 3 \times 675 + 1\), le tableau donne \(2^{2026} \equiv 2 \pmod{7}\). Comme \(0 \le 2 < 7\), le reste est \(2\).
- \(7 \mid 2^k - 1 \iff 2^k \equiv 1 \pmod{7}\), et d'après le tableau cela se produit exactement lorsque \(k \equiv 0 \pmod{3}\) : les solutions sont les multiples de \(3\). Vérification : \(2^6 - 1 = 63 = 7 \times 9\).
Compétences à pratiquer
- Déterminer des restes de puissances élevées
IV
Critères de divisibilité
IV.1
Les critères usuels
Proposition — Critères de divisibilité par 2 et 5
- Un nombre entier est divisible par \(2\) exactement lorsque son chiffre des unités est pair (\(0\,;\,2\,;\,4\,;\,6\) ou \(8\)).
- Un nombre entier est divisible par \(5\) exactement lorsque son chiffre des unités est \(0\) ou \(5\).
Proposition — Critère de divisibilité par 10
Un nombre entier est divisible par \(10\) exactement lorsque son chiffre des unités est \(0\). Proposition — Critères de divisibilité par 3 et 9
- Un nombre entier est divisible par \(3\) exactement lorsque la somme de ses chiffres est divisible par \(3\).
- Un nombre entier est divisible par \(9\) exactement lorsque la somme de ses chiffres est divisible par \(9\).
Proposition — Critère de divisibilité par 4
Un nombre entier naturel est divisible par \(4\) exactement lorsque le nombre formé par ses deux derniers chiffres est divisible par \(4\) (pour un nombre d'un seul chiffre, c'est le nombre lui-même). Compétences à pratiquer
- Déterminer la divisibilité par 3 et par 9
IV.2
Démontrer des critères de divisibilité
La somme des chiffres de \(1\,234\,567\) vaut \(28\). D'après les critères de divisibilité connus, \(1\,234\,567\) est-il divisible par \(9\) ? par \(3\) ? Le nombre \(28\) est un multiple de \(7\) : \(1\,234\,567\) est-il divisible par \(7\) ? Pourquoi la somme des chiffres décide-t-elle de la divisibilité par \(9\), mais pas de la divisibilité par \(7\) ?
La somme \(28\) n'est un multiple ni de \(9\) (\(28 = 9 \times 3 + 1\)) ni de \(3\) (\(28 = 3 \times 9 + 1\)) : d'après les critères, \(1\,234\,567\) n'est divisible ni par \(9\) ni par \(3\). La somme des chiffres ne donne en revanche aucun critère pour \(7\) : \(1\,234\,567 = 7 \times 176\,366 + 5\), donc \(1\,234\,567\) n'est pas divisible par \(7\), bien que \(28\) le soit.
La raison tient aux puissances de \(10\). Dans \(1\,234\,567 = 1 \times 10^6 + 2 \times 10^5 + \dots + 6 \times 10 + 7\), chaque puissance de \(10\) a pour reste \(1\) dans la division par \(9\) (\(10 = 9 + 1\), \(100 = 99 + 1\), et ainsi de suite) : remplacer chaque puissance de \(10\) par \(1\) ne change pas le reste modulo \(9\), et le nombre a le même reste que la somme de ses chiffres. Modulo \(7\), les puissances de \(10\) n'ont pas toutes le reste \(1\) (\(10 = 7 + 3\)), et le remplacement change le reste. Les congruences transforment cette observation en démonstration.
La raison tient aux puissances de \(10\). Dans \(1\,234\,567 = 1 \times 10^6 + 2 \times 10^5 + \dots + 6 \times 10 + 7\), chaque puissance de \(10\) a pour reste \(1\) dans la division par \(9\) (\(10 = 9 + 1\), \(100 = 99 + 1\), et ainsi de suite) : remplacer chaque puissance de \(10\) par \(1\) ne change pas le reste modulo \(9\), et le nombre a le même reste que la somme de ses chiffres. Modulo \(7\), les puissances de \(10\) n'ont pas toutes le reste \(1\) (\(10 = 7 + 3\)), et le remplacement change le reste. Les congruences transforment cette observation en démonstration.
Proposition — Critères de divisibilité
Soit \(N\) un entier naturel dont les chiffres en écriture décimale sont \(a_m a_{m-1} \dots a_1 a_0\), c'est-à-dire \(N = a_m \times 10^m + \dots + a_1 \times 10 + a_0\), avec \(a_1 = 0\) si \(N\) n'a qu'un chiffre. - \(N\) est divisible par \(2\) (respectivement \(5\), \(10\)) si et seulement si son chiffre des unités \(a_0\) est divisible par \(2\) (respectivement \(5\), \(10\), c'est-à-dire \(a_0 = 0\)).
- \(N\) est divisible par \(4\) (respectivement \(25\)) si et seulement si le nombre \(10a_1 + a_0\) formé par ses deux derniers chiffres est divisible par \(4\) (respectivement \(25\)).
- \(N\) est divisible par \(3\) (respectivement \(9\)) si et seulement si la somme de ses chiffres \(a_m + \dots + a_1 + a_0\) est divisible par \(3\) (respectivement \(9\)).
- \(N\) est divisible par \(11\) si et seulement si la somme alternée \(a_0 - a_1 + a_2 - \dots + (-1)^m a_m\) est divisible par \(11\).
On écrit \(N = 10q + a_0\), où l'entier naturel \(q\) est le nombre de dizaines de \(N\), et \(N = 100q' + (10a_1 + a_0)\), où l'entier naturel \(q'\) est le nombre de centaines de \(N\) (avec \(a_1 = 0\) si \(N\) n'a qu'un chiffre).
- Critères par \(2\), \(5\), \(10\). Comme \(10 \equiv 0\) modulo \(2\), modulo \(5\) et modulo \(10\), la compatibilité donne \(N = 10q + a_0 \equiv 0 \times q + a_0 = a_0\) modulo chacun de ces nombres. Ainsi \(N \equiv 0\) si et seulement si \(a_0 \equiv 0\).
- Critères par \(4\), \(25\). Comme \(100 = 4 \times 25\), \(100 \equiv 0\) modulo \(4\) et modulo \(25\), donc \(N = 100q' + (10a_1 + a_0) \equiv 10a_1 + a_0\) modulo chacun de ces nombres.
- Critère par \(9\). Comme \(10 = 9 + 1\), \(10 \equiv 1 \pmod{9}\), et par compatibilité avec les puissances \(10^j \equiv 1^j = 1 \pmod{9}\) pour tout entier naturel \(j\). Alors $$\begin{aligned}[t] N &= a_m \times 10^m + \dots + a_1 \times 10 + a_0\\ &\equiv a_m \times 1 + \dots + a_1 \times 1 + a_0 \pmod{9} && \text{(compatibilité)}\\ &\equiv a_m + \dots + a_1 + a_0 \pmod{9}. \end{aligned}$$ Ainsi \(N\) et la somme de ses chiffres ont le même reste modulo \(9\), et \(N\) est divisible par \(9\) si et seulement si la somme de ses chiffres l'est.
Méthode — Établir un critère de divisibilité
Soit \(d \ge 2\) un entier. Pour établir un critère de la forme « \(n = 10a + b\) est divisible par \(d\) si et seulement si \(a + cb\) est divisible par \(d\) », où \(b\) est le chiffre des unités de l'entier naturel \(n\) et \(a\) son nombre de dizaines : - trouver un multiplicateur \(c\) tel que \(10c \equiv 1 \pmod{d}\) ; alors \(cn = 10ca + cb \equiv a + cb \pmod{d}\). Un tel multiplicateur existe pour \(d = 7\) (\(c = 5\)), \(d = 13\) (\(c = 4\)) ou \(d = 17\) (\(c = -5\)), mais pas lorsque \(d\) est pair ou multiple de \(5\) : \(10c - 1\) serait alors un multiple de \(2\) ou de \(5\), alors qu'il est impair et n'est pas un multiple de \(5\) ;
- démontrer la première implication en multipliant par \(c\) : si \(d \mid n\), alors \(d \mid cn\), donc \(d \mid a + cb\) ;
- démontrer la réciproque en multipliant par \(10\) : \(10(a + cb) = 10a + 10cb \equiv 10a + b = n \pmod{d}\), donc si \(d \mid a + cb\), alors \(d \mid n\).
Exemple
Soient \(n\) un entier naturel, \(b\) son chiffre des unités et \(a\) son nombre de dizaines, de sorte que \(n = 10a + b\). Démontrer que \(n\) est divisible par \(13\) si et seulement si \(a + 4b\) est divisible par \(13\), puis déterminer si \(1\,183\) est divisible par \(13\).
Le multiplicateur est \(c = 4\), car \(40 = 3 \times 13 + 1\), donc \(40 \equiv 1 \pmod{13}\).
- Si \(13 \mid n\), alors \(13 \mid 4n\), et $$\begin{aligned}[t] 4n &= 40a + 4b\\ &\equiv a + 4b \pmod{13} && (40 \equiv 1), \end{aligned}$$ donc \(a + 4b \equiv 4n \equiv 0 \pmod{13}\).
- Réciproquement, si \(13 \mid a + 4b\), alors \(13 \mid 10(a + 4b)\), et $$\begin{aligned}[t] 10(a + 4b) &= 10a + 40b\\ &\equiv 10a + b \pmod{13} && (40 \equiv 1)\\ &= n, \end{aligned}$$ donc \(n \equiv 10(a + 4b) \equiv 0 \pmod{13}\).
Compétences à pratiquer
- Démontrer et appliquer des critères de divisibilité
V
Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
- Problèmes
- Type bac
- Quiz
Contrôle du chapitre
4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.
À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.
Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.
Aucun exercice composé.
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