Aller au contenu
\( \definecolor{colordef}{RGB}{249,49,84} \definecolor{colorprop}{RGB}{18,102,241} \)
Éducation Nationale Française · Terminale Maths Expertes

Nombres complexes : point de vue algébrique et polynômes

I L'ensemble des nombres complexes
I.1 Le nombre \(i\) et la forme algébrique

En 1572, l'ingénieur italien Rafael Bombelli étudie l'équation $$x^3 = 15x + 4.$$
  • Vérifier que \(x = 4\) est une solution.
  • La formule de Cardan, grande découverte de son siècle, donne une solution de cette équation sous la forme $$x = \sqrt[3]{2+\sqrt{-121}} + \sqrt[3]{2-\sqrt{-121}}.$$ Le symbole \(\sqrt{-121}\) (notation historique de Cardan, bientôt abandonnée) désigne un nombre impossible : aucun nombre réel n'a un carré négatif. Pourtant l'équation possède bien la solution réelle \(4\). L'idée de Bombelli : oser calculer avec un nombre « impossible » \(i\) vérifiant \(i^2 = -1\), en écrivant \(\sqrt{-121} = 11i\), et regarder si la formule dit secrètement \(4\).
  • En admettant les règles usuelles de l'algèbre ainsi que \(i^2=-1\), développer \((2+i)^3\). Que remarque-t-on ? Conclure sur la valeur produite par la formule lorsque ses deux racines cubiques sont choisies égales à \(2+i\) et \(2-i\), qui ne diffèrent que par le signe devant \(i\), comme la formule l'exige.
Le système de nombres dans lequel le calcul de Bombelli est légitime est celui des nombres complexes.

Définition — L'unité imaginaire \(i\)
L'unité imaginaire, notée \(i\), est définie comme un nombre tel que : $$\textcolor{colordef}{i^2 = -1}$$
Pourquoi on écrit \(i^2 \equal -1\) et jamais \(i \equal \sqrt{-1}\)
La tentation est grande d'écrire \(i = \sqrt{-1}\). La chaîne d'égalités suivante montre pourquoi ce chapitre n'emploie pas cette notation : $$1 = \sqrt{1} = \sqrt{(-1)\times(-1)} = \sqrt{-1}\times\sqrt{-1} = i \times i = i^2 = -1.$$ Chaque étape semble légale, et pourtant la conclusion \(1 = -1\) est absurde. L'étape fautive est la troisième : la règle \(\sqrt{a}\times\sqrt{b} = \sqrt{ab}\) n'est valable que pour \(a, b \ge 0\) — exactement l'hypothèse qui l'accompagne pour les racines carrées. Le symbole \(\sqrt{\ }\) ne garde son sens que pour les nombres réels positifs.
  • On définit \(i\) par la propriété \(\textcolor{colordef}{i^2 = -1}\), et on n'applique jamais les règles de \(\sqrt{\ }\) à des nombres négatifs.
  • De plus, \(-1\) possède deux racines carrées dans les nombres complexes, \(i\) et \(-i\), et rien ne distingue l'une de l'autre : un symbole \(\sqrt{-1}\) prétendrait choisir entre deux nombres indiscernables.
Signaler une erreur
Définition — Nombre complexe et forme algébrique
Un nombre complexe est un nombre de la forme \(z = a + ib\), où \(a\) et \(b\) sont des nombres réels et \(i\) est l'unité imaginaire. Cette écriture de \(z\) s'appelle sa forme algébrique. L'ensemble de tous les nombres complexes est noté \(\C\).
Remarques
  • \(i\) ne peut pas être un nombre réel, car aucun nombre réel au carré n'est égal à \(-1\).
  • Un nombre réel \(a\) est un nombre complexe pour lequel \(b=0\), écrit sous la forme \(a = a+0i\). Ainsi, on peut voir \(\R\) comme une partie de \(\C\).
  • Un nombre pour lequel \(a=0\), tel que \(ib\), est appelé un nombre imaginaire pur.
Signaler une erreur
Définition — Partie réelle et partie imaginaire
Pour un nombre complexe \(z = a + ib\) (avec \(a,b \in \R\)) :
  • \(a\) est la partie réelle de \(z\), notée \(\Re(z)\).
  • \(b\) est la partie imaginaire de \(z\), notée \(\Im(z)\).
Par définition, \(\Re(z)\) et \(\Im(z)\) sont des nombres réels.
Exemple
Pour \(z = 2+3i\) :
  • \(\Re(2+3i)=2\)
  • \(\Im(2+3i)=3\)
Compétences à pratiquer
  • Reconnaître la partie réelle et la partie imaginaire
  • Classer des nombres complexes
  • Identifier la partie réelle et la partie imaginaire
I.2 Opérations dans \(\mathbb{C}\)
L'arithmétique des nombres complexes suit les règles usuelles de l'algèbre, en utilisant la relation fondamentale \(i^2=-1\).
Signaler une erreur
Définition — Opérations algébriques
Soient \(z = a+ib\) et \(w = c+id\), où \(a,b,c,d \in \R\).
  • Addition : $$\begin{aligned}[t] z + w &= (a+ib) + (c+id) \\ &= (a+c)+i(b+d). \end{aligned}$$
  • Soustraction : $$\begin{aligned}[t] z - w &= (a+ib) - (c+id) \\ &= (a-c)+i(b-d). \end{aligned}$$
  • Multiplication : $$\begin{aligned}[t] z \times w &= (a+ib)(c+id) \\ &= ac+iad +ibc+i^2bd \\ &= ac+iad +ibc-bd && \text{(\(i^2=-1\))}\\ &= (ac-bd)+ i(ad+bc). \end{aligned}$$
  • Division (avec \(w \neq 0\), donc \(c^2+d^2 \neq 0\) car \(c\) et \(d\) ne sont pas tous deux nuls) : $$\begin{aligned}[t] \dfrac{z}{w} &= \frac{a+ib}{c+id} \\ &= \left(\frac{a+ib}{c+id}\right)\left(\frac{c-id}{c-id}\right) && \text{(multiplier par 1)}\\ &= \frac{(a+ib)(c-id)}{(c+id)(c-id)} \\ &= \frac{ac-iad+ibc-i^2bd}{c^2-(id)^2} && \text{(développement)}\\ &= \frac{ac-iad+ibc+bd}{c^2+d^2} && \text{(\(i^2 = -1\))}\\ &= \frac{(ac+bd) + i(bc-ad)}{c^2+d^2}. \end{aligned}$$
Exemple
Écrire \((2+3i)(4-i)\) sous la forme \(a+ib\).

$$\begin{aligned}[t] (2+3i)(4-i) &= 8 - 2i + 12i - 3i^2 && \text{(développement)}\\ &= 8 + 10i - 3i^2 && \text{(réduction)}\\ &= 8 + 10i - 3 \times (-1) && \text{(\(i^2 = -1\))}\\ &= 11 + 10i. \end{aligned}$$

Proposition — Inverse d'un nombre complexe non nul et produit nul
Soit \(z = a + ib\) avec \(a, b \in \R\) et \(z \neq 0\) (de sorte que \(a^2 + b^2 \neq 0\)). Alors \(z\) admet un inverse, le nombre complexe \(\dfrac{1}{z}\) tel que \(z \times \dfrac{1}{z} = 1\), et $$\textcolor{colorprop}{\frac{1}{z} = \frac{a - ib}{a^2 + b^2} = \frac{a}{a^2+b^2} - i\,\frac{b}{a^2+b^2}.}$$ Produit nul. Pour tous nombres complexes \(z\) et \(w\) : $$zw = 0 \;\Leftrightarrow\; z = 0 \text{ ou } w = 0.$$

L'inverse. Comme \(a\) et \(b\) ne sont pas tous deux nuls, \(a^2 + b^2 > 0\). De plus $$\begin{aligned}[t] (a + ib)(a - ib) &= a^2 - (ib)^2 && \text{(\((x+y)(x-y) = x^2 - y^2\))}\\ &= a^2 - i^2 b^2 && \text{(puissance d'un produit)}\\ &= a^2 + b^2. && \text{(\(i^2 = -1\))} \end{aligned}$$ En divisant par le réel non nul \(a^2 + b^2\), on obtient \(z \times \dfrac{a - ib}{a^2+b^2} = 1\) : le nombre \(\dfrac{a - ib}{a^2+b^2}\) est un inverse de \(z\). C'est le seul : si \(z z' = 1\) et \(z z'' = 1\), alors \(z' = z'(z z'') = (z' z) z'' = z''\).
Produit nul. Si \(z = 0\) ou \(w = 0\), alors \(zw = 0\), par les règles usuelles du calcul. Réciproquement, on suppose \(zw = 0\) et \(z \neq 0\). En multipliant les deux membres par \(\dfrac{1}{z}\) : $$\frac{1}{z}(zw) = \frac{1}{z} \times 0 = 0 \quad \text{et} \quad \frac{1}{z}(zw) = \left(\frac{1}{z} z\right) w = w,$$ donc \(w = 0\).

Exemple
Écrire \(\dfrac{1}{2+3i}\) et \(\dfrac{1}{2i}\) sous forme algébrique.

Pour \(z = 2 + 3i\), \(a = 2\) et \(b = 3\), donc \(a^2 + b^2 = 4 + 9 = 13\) : $$\begin{aligned}[t] \frac{1}{2+3i} &= \frac{2 - 3i}{13} && \text{(inverse de \(a + ib\))}\\ &= \frac{2}{13} - i\,\frac{3}{13}. \end{aligned}$$ Pour \(z = 2i = 0 + 2i\), \(a = 0\) et \(b = 2\), donc \(a^2 + b^2 = 4\) : $$\begin{aligned}[t] \frac{1}{2i} &= \frac{0 - 2i}{4} && \text{(inverse de \(a + ib\))}\\ &= -\frac{1}{2}\,i. \end{aligned}$$ Contrôle : \((2+3i)\left(\frac{2}{13} - i\frac{3}{13}\right) = \frac{4 + 9}{13} + i\,\frac{-6 + 6}{13} = 1\), et \(2i \times \left(-\frac{1}{2}i\right) = -i^2 = 1\).

Exemple
Écrire \(\dfrac{3+2i}{1-2i}\) sous la forme \(a+ib\).

$$\begin{aligned}[t] \frac{3+2i}{1-2i} &= \frac{(3+2i)}{(1-2i)} \times \frac{(1+2i)}{(1+2i)} && \text{(multiplier par 1)}\\ &= \frac{3 + 6i + 2i + 4i^2}{1^2 - (2i)^2} && \text{(développement ; \((x-y)(x+y) = x^2 - y^2\))}\\ &= \frac{-1 + 8i}{1 + 4} && \text{(\(i^2 = -1\))}\\ &= -\frac{1}{5} + \frac{8}{5}i. \end{aligned}$$

Proposition — Puissances de \(i\)
Les puissances de \(i\) se répètent selon un cycle de longueur \(4\) : $$\textcolor{colorprop}{i^0 = 1, \quad i^1 = i, \quad i^2 = -1, \quad i^3 = -i, \quad i^4 = 1, \;\dots}$$ Pour tout entier naturel \(n\), la valeur de \(i^n\) ne dépend que du reste de la division euclidienne de \(n\) par \(4\) : en écrivant \(n = 4q + r\) avec \(q\) le quotient et \(r \in \{0, 1, 2, 3\}\) le reste, $$i^n = i^{4q+r} = \left(i^4\right)^q \times i^r = 1^q \times i^r = i^r.$$
Exemple
Calculer \(i^{2026}\).

$$\begin{aligned}[t] i^{2026} &= i^{4 \times 506 + 2} && \text{(\(2026 = 4 \times 506 + 2\))}\\ &= \left(i^4\right)^{506} \times i^2 && \text{(\(x^{m+n} = x^m x^n\))}\\ &= 1^{506} \times (-1) && \text{(\(i^4 = 1\), \(i^2 = -1\))}\\ &= -1. \end{aligned}$$

Compétences à pratiquer
  • Calculer avec des nombres complexes
  • Évaluer des expressions polynomiales d'un nombre complexe
  • Calculer des puissances de \(i\)
  • Justifier une puissance de \(i\)
I.3 Égalité de deux nombres complexes
Proposition — Égalité des nombres complexes
Deux nombres complexes sont égaux si et seulement si leurs parties réelles sont égales et leurs parties imaginaires sont égales : pour \(a, b, c, d \in \R\), $$ a+ib=c+id \;\Leftrightarrow\; a=c \text{ et } b=d. $$

  • (\(\Rightarrow\)) On suppose que \(a+ib=c+id\). Alors $$(a-c) + i(b-d) = 0.$$ Cela implique \(a-c = i(d-b)\). Si \(d \neq b\), alors $$i = \frac{a-c}{d-b}.$$ Comme \(a,b,c,d\) sont des réels, le membre de droite est un nombre réel, alors que \(i\) n'est pas réel (car \(i^2=-1\) n'a pas de solution dans \(\R\)). C'est une contradiction. Par conséquent, l'hypothèse \(d \neq b\) doit être fausse, ce qui signifie que \(d=b\). En substituant cela dans \(a-c = i(d-b)\), on obtient \(a-c = 0\), donc \(a=c\).
  • (\(\Leftarrow\)) On suppose que \(a=c\) et \(b=d\). Alors \(ib=id\). En additionnant les égalités \(a=c\) et \(ib=id\), on obtient $$a+ib = c+id.$$

Compétences à pratiquer
  • Résoudre des équations en identifiant les parties réelle et imaginaire
I.4 Suites de nombres complexes
Une suite de nombres complexes peut être définie par son premier terme et une relation de récurrence, exactement comme une suite de nombres réels : \(z_0\) est donné et \(z_{n+1} = a z_n + b\), où \(a\) et \(b\) sont des nombres complexes. Calculer les premiers termes est une routine ; atteindre un terme comme \(z_{100}\) est bien plus facile avec une formule explicite. Lorsque \(a \neq 1\), l'équation \(z_A = a z_A + b\) a exactement une solution, \(z_A = \dfrac{b}{1-a}\), appelée point fixe de la récurrence, et la suite auxiliaire \(u_n = z_n - z_A\) vérifie \(u_{n+1} = a u_n\). La formule \(u_n = a^n u_0\) est connue pour une raison réelle ; pour une raison complexe \(a\), on l'établit à nouveau, par récurrence, et les puissances de \(a\) donnent alors chaque terme.
Signaler une erreur
Méthode — Étudier une suite définie par \(z_{n+1} \equal a z_n + b\)
  1. Calculer les premiers termes \(z_1\), \(z_2\) avec la relation de récurrence.
  2. Déterminer le point fixe : résoudre \(z_A = a z_A + b\), c'est-à-dire \(z_A = \dfrac{b}{1-a}\) (avec \(a \neq 1\)).
  3. Introduire la suite auxiliaire \(u_n = z_n - z_A\) et montrer que \(u_{n+1} = a u_n\).
  4. Démontrer par récurrence que \(u_n = a^n u_0\) pour tout entier naturel \(n\).
  5. Conclure : \(z_n = z_A + a^n (z_0 - z_A)\), et calculer le terme demandé avec les puissances de \(a\) (pour \(a = i\), le cycle \(i, -1, -i, 1\)).
Exemple
Soit \((z_n)\) la suite définie par \(z_0 = 0\) et, pour tout entier naturel \(n\), \(z_{n+1} = i z_n + 2\).
  1. Calculer \(z_1\) et \(z_2\) sous forme algébrique.
  2. On pose \(z_A = 1 + i\) et, pour tout entier naturel \(n\), \(u_n = z_n - z_A\).
    1. Montrer que \(u_{n+1} = i\,u_n\) pour tout entier naturel \(n\).
    2. Démontrer par récurrence que \(u_n = (-1-i)\,i^{\,n}\) pour tout entier naturel \(n\).
    3. En déduire l'expression de \(z_n\) en fonction de \(n\), puis calculer \(z_{100}\).

  1. \(z_1 = i z_0 + 2 = i \times 0 + 2 = 2\) et \(z_2 = i z_1 + 2 = 2i + 2 = 2 + 2i\).
    1. Pour tout entier naturel \(n\), \(z_n = u_n + z_A = u_n + 1 + i\), donc $$\begin{aligned}[t] u_{n+1} &= z_{n+1} - z_A && \text{(définition de \(u_{n+1}\))}\\ &= i z_n + 2 - (1 + i) && \text{(relation de récurrence)}\\ &= i (u_n + 1 + i) + 1 - i && \text{(\(z_n = u_n + 1 + i\))}\\ &= i\,u_n + i + i^2 + 1 - i && \text{(développement)}\\ &= i\,u_n. && \text{(\(i^2 = -1\))} \end{aligned}$$ Le point fixe \(z_A = 1 + i\) est bien la solution de \(z_A = i z_A + 2\) : \(i(1+i) + 2 = i - 1 + 2 = 1 + i\).
    2. Pour tout entier naturel \(n\), on considère la propriété \(P(n)\) : « \(u_n = (-1-i)\,i^{\,n}\) ».
      Initialisation : \(u_0 = z_0 - z_A = 0 - (1+i) = -1 - i\) et \((-1-i)\,i^{\,0} = -1 - i\), donc \(P(0)\) est vraie.
      Hérédité : on suppose \(P(n)\) vraie pour un certain entier naturel \(n\). Alors $$\begin{aligned}[t] u_{n+1} &= i\,u_n && \text{(question 2a)}\\ &= i \times (-1-i)\,i^{\,n} && \text{(hypothèse de récurrence)}\\ &= (-1-i)\,i^{\,n+1}, \end{aligned}$$ donc \(P(n+1)\) est vraie.
      Conclusion : par récurrence, \(u_n = (-1-i)\,i^{\,n}\) pour tout entier naturel \(n\).
    3. Pour tout entier naturel \(n\), \(z_n = u_n + z_A = (-1-i)\,i^{\,n} + 1 + i\). Comme \(100 = 4 \times 25\), \(i^{100} = \left(i^4\right)^{25} = 1\), donc $$z_{100} = (-1-i) \times 1 + 1 + i = 0.$$ Les premiers termes confirment le cycle de longueur \(4\) des puissances de \(i\) : la suite revient à \(0\) tous les quatre pas.
      \(n\) \(0\) \(1\) \(2\) \(3\) \(4\)
      \(z_n\) \(0\) \(2\) \(2 + 2i\) \(2i\) \(0\)

Compétences à pratiquer
  • Étudier une suite de nombres complexes
II Le conjugué d'un nombre complexe
II.1 Définition et propriétés
Définition — Conjugué d'un nombre complexe
Le conjugué d'un nombre complexe \(z = a + ib\) (avec \(a,b\in\R\)) est \(\conjugate{z} = a - ib\). Le conjugué de \(z\) est souvent noté \(\conjugate{z}\) ou \(z^{*}\).
Exemple
Le conjugué de \(2+3i\) est \(\conjugate{2+3i} = 2-3i\).
Proposition — Conjugué et parties réelle et imaginaire
Pour tout nombre complexe \(z = a+ib\) (avec \(a, b \in \R\)) : $$\begin{aligned}[t] z\conjugate{z} &= a^2 + b^2, \\ z + \conjugate{z} &= 2\,\Re(z), \\ z - \conjugate{z} &= 2i\,\Im(z). \end{aligned}$$ En particulier :
  • \(z\) est un nombre réel si et seulement si \(\conjugate{z} = z\) ;
  • \(z\) est imaginaire pur si et seulement si \(\conjugate{z} = -z\).

Soit \(z = a+ib\) avec \(a, b \in \R\). $$\begin{aligned}[t] z\conjugate{z} &= (a+ib)(a-ib) && \\ &= a^2 - (ib)^2 && \text{(\((x+y)(x-y) = x^2 - y^2\))}\\ &= a^2 - i^2 b^2 && \text{(puissance d'un produit)}\\ &= a^2 + b^2. \end{aligned}$$ $$\begin{aligned}[t] z + \conjugate{z} &= (a+ib) + (a-ib) \\ &= 2a = 2\,\Re(z),\\ z - \conjugate{z} &= (a+ib) - (a-ib) \\ &= 2ib = 2i\,\Im(z). \end{aligned}$$ Alors \(\conjugate{z} = z\) équivaut à \(z - \conjugate{z} = 0\), c'est-à-dire \(2i\,\Im(z) = 0\), c'est-à-dire \(\Im(z) = 0\) : cela signifie exactement que \(z\) est réel. De même \(\conjugate{z} = -z\) équivaut à \(z + \conjugate{z} = 0\), c'est-à-dire \(\Re(z) = 0\) : cela signifie exactement que \(z\) est imaginaire pur.

Remarque
L'identité \(z\conjugate{z} = a^2+b^2\) est le moteur de la division complexe : multiplier un dénominateur par son conjugué produit toujours un nombre réel positif (nul seulement pour \(z=0\)). Le point de vue géométrique sur les nombres complexes appellera cette quantité le carré du module de \(z\).
Signaler une erreur
Méthode — Diviser par un nombre complexe
Pour écrire un quotient \(\dfrac{z}{w}\) (avec \(w \neq 0\)) sous forme algébrique, on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur (pour \(w = c + id\), le nombre \(c - id\)) : le dénominateur devient le nombre réel \(w\conjugate{w} = c^2 + d^2\). C'est la même technique que pour rationaliser un dénominateur binomial tel que \(3+\sqrt{5}\), et le même calcul que celui de l'inverse \(\dfrac{1}{w} = \dfrac{c - id}{c^2 + d^2}\), puisque \(\dfrac{z}{w} = z \times \dfrac{1}{w}\).
Compétences à pratiquer
  • Reconnaître les propriétés du conjugué
  • Déterminer le conjugué d'un nombre complexe
  • Diviser des nombres complexes
  • Simplifier des expressions pour trouver les parties réelle et imaginaire
  • Résoudre des équations linéaires
II.2 Opérations avec les conjugués
Proposition — Propriétés du conjugué
Pour tous nombres complexes \(z\) et \(w\) : $$\begin{aligned}[t] \conjugate{\conjugate{z}} &= z, \qquad \conjugate{-z} = -\conjugate{z},\\ \conjugate{z + w} &= \conjugate{z} + \conjugate{w}, \qquad \conjugate{z - w} = \conjugate{z} - \conjugate{w},\\ \conjugate{zw} &= \conjugate{z} \; \conjugate{w},\\ \conjugate{\left(\frac{1}{z}\right)} &= \frac{1}{\conjugate{z}} \quad \text{si } z \neq 0, \qquad \conjugate{\left(\frac{z}{w}\right)} = \frac{\conjugate{z}}{\conjugate{w}} \quad \text{si } w \neq 0,\\ \conjugate{z^{\,n}} &= \left(\conjugate{z}\right)^{n} \quad \text{pour tout entier naturel } n. \end{aligned}$$ Comme \(z^{-n} = \dfrac{1}{z^{n}}\) pour \(z \neq 0\), la dernière propriété s'étend à tout entier relatif \(n\) lorsque \(z \neq 0\).

Soient \(z = a + ib\) et \(w = c + id\) avec \(a, b, c, d \in \R\).
Conjugué du conjugué. \(\conjugate{\conjugate{z}} = \conjugate{a - ib} = a + ib = z\).
Somme. $$\begin{aligned}[t] \conjugate{z + w} &= \conjugate{(a+c)+i(b+d)} && \text{(addition)}\\ &= (a+c)-i(b+d) && \text{(définition du conjugué)}\\ &= (a-ib)+(c-id) && \text{(regroupement)}\\ &= \conjugate{z}+\conjugate{w}. \end{aligned}$$ Produit. D'une part, \(zw = (ac-bd)+i(ad+bc)\), donc \(\conjugate{zw} = (ac-bd)-i(ad+bc)\). D'autre part, $$\begin{aligned}[t] \conjugate{z}\;\conjugate{w} &= (a-ib)(c-id) && \\ &= ac - iad - ibc + i^2bd && \text{(développement)}\\ &= (ac - bd) - i(ad+bc). && \text{(\(i^2 = -1\))} \end{aligned}$$ Les deux résultats coïncident : \(\conjugate{zw} = \conjugate{z}\;\conjugate{w}\). Avec \(w = -1\), on obtient \(\conjugate{-z} = \conjugate{-1}\,\conjugate{z} = -\conjugate{z}\).
Inverse. Soit \(z \neq 0\) ; alors \(\conjugate{z} \neq 0\) aussi (ses parties réelle et imaginaire sont \(a\) et \(-b\), non toutes deux nulles). En prenant le conjugué des deux membres de \(z \times \dfrac{1}{z} = 1\) et en utilisant la propriété du produit : $$\conjugate{z} \times \conjugate{\left(\frac{1}{z}\right)} = \conjugate{1} = 1,$$ donc \(\conjugate{\left(\dfrac{1}{z}\right)}\) est l'inverse de \(\conjugate{z}\) : \(\conjugate{\left(\dfrac{1}{z}\right)} = \dfrac{1}{\conjugate{z}}\).
Puissance. Pour tout entier naturel \(n\), on considère la propriété \(P(n)\) : « \(\conjugate{z^{\,n}} = \left(\conjugate{z}\right)^n\) ».
  • Initialisation : avec la convention \(z^0 = 1\) pour tout nombre complexe \(z\), \(\conjugate{z^{\,0}} = \conjugate{1} = 1 = \left(\conjugate{z}\right)^0\), donc \(P(0)\) est vraie.
  • Hérédité : on suppose \(P(n)\) vraie pour un certain entier naturel \(n\). Alors $$\begin{aligned}[t] \conjugate{z^{\,n+1}} &= \conjugate{z^{\,n} \times z} && \text{(\(z^{n+1} = z^n \times z\))}\\ &= \conjugate{z^{\,n}} \; \conjugate{z} && \text{(conjugué d'un produit)}\\ &= \left(\conjugate{z}\right)^{n} \conjugate{z} && \text{(hypothèse de récurrence)}\\ &= \left(\conjugate{z}\right)^{n+1}, \end{aligned}$$ donc \(P(n+1)\) est vraie.
  • Conclusion : par récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout entier naturel \(n\).
Différence et quotient. Comme \(z - w = z + (-w)\), la somme et l'opposé donnent \(\conjugate{z - w} = \conjugate{z} + \conjugate{-w} = \conjugate{z} - \conjugate{w}\) ; comme \(\dfrac{z}{w} = z \times \dfrac{1}{w}\) pour \(w \neq 0\), le produit et l'inverse donnent \(\conjugate{\left(\dfrac{z}{w}\right)} = \conjugate{z} \times \conjugate{\left(\dfrac{1}{w}\right)} = \conjugate{z} \times \dfrac{1}{\conjugate{w}} = \dfrac{\conjugate{z}}{\conjugate{w}}\).

Méthode — Résoudre une équation faisant intervenir \(z\) et \(\conjugate{z}\)
  • Si seul \(\conjugate{z}\) apparaît (par exemple \(-\conjugate{z} = 5 - i\)) : isoler \(\conjugate{z}\), puis prendre le conjugué des deux membres, puisque \(\conjugate{\conjugate{z}} = z\).
  • Si \(z\) et \(\conjugate{z}\) apparaissent tous deux (par exemple \(2z + \conjugate{z} = 3 - 2i\)) : poser \(z = a + ib\) avec \(a, b\) réels, de sorte que \(\conjugate{z} = a - ib\) ; développer et regrouper les parties réelle et imaginaire ; identifier avec celles du membre de droite, ce qui donne un système de deux équations d'inconnues \(a\) et \(b\).
  • Contrôler la solution dans l'équation.
Compétences à pratiquer
  • Démontrer les propriétés du conjugué
  • Résoudre des équations faisant intervenir le conjugué
III Formule du binôme et équations du second degré
III.1 Les coefficients binomiaux
Définition — Factorielle
Pour tout entier naturel non nul \(n\), \(n!\) (lu « \(n\) factoriel ») est le produit des entiers de \(1\) à \(n\) : $$n! = n \times (n-1) \times \dots \times 2 \times 1.$$ Par convention, on définit \(0! = 1\).
Définition — Combinaison et coefficient binomial
Soit \(E\) un ensemble à \(n\) éléments et \(k\) un entier naturel avec \(0 \leq k \leq n\). Une combinaison de \(k\) éléments de \(E\) est une partie de \(E\) à \(k\) éléments : l'issue d'un tirage simultané de \(k\) boules, sans ordre et sans remise. Le nombre de parties à \(k\) éléments d'un ensemble à \(n\) éléments est le coefficient binomial \(\dbinom{n}{k}\), lu « \(k\) parmi \(n\) ».
Le coefficient binomial est d'abord un nombre de parties ; la formule qui le calcule se démontre dans la proposition suivante.
Proposition — Formule du coefficient binomial
Pour tous entiers naturels \(n\) et \(k\) avec \(0 \leq k \leq n\), $$\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!\,(n-k)!} = \frac{n(n-1)\cdots(n-k+1)}{k!}.$$
Définition — Triangle de Pascal
Le triangle de Pascal est le tableau triangulaire de nombres construit ligne après ligne à partir de la ligne \(0\), réduite à la seule valeur \(1\) ; la ligne \(n\) porte \(n + 1\) valeurs, et les lignes sont numérotées \(0, 1, 2, \dots\)
  • Les valeurs aux extrémités de chaque ligne sont toujours égales à \(1\).
  • Chaque valeur intérieure est obtenue en additionnant les deux valeurs situées en diagonale juste au-dessus d’elle.
Illustration
Proposition — Relation de Pascal
Pour tous entiers \(n\) et \(k\) avec \(0 \leq k < n\) : $$\binom{n}{k} + \binom{n}{k+1} = \binom{n+1}{k+1}.$$ Dans le triangle : la valeur de la ligne \(n + 1\), position \(k + 1\), est la somme des deux valeurs au-dessus d'elle, dans la ligne \(n\), positions \(k\) et \(k + 1\).
Illustration
Compétences à pratiquer
  • Évaluer des coefficients binomiaux par simplification
III.2 La formule du binôme dans \(\mathbb{C}\)
Proposition — Formule du binôme de Newton
Soient \(n\in\mathbb{N}\) et \(a,b\in\mathbb{C}\). Alors$$\begin{aligned}(a+b)^n&=\sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k}a^{\,k}b^{\,n-k}= \binom{n}{0}a^0 b^n + \binom{n}{1}a^1b^{n-1} + \binom{n}{2}a^2b^{n-2} + \dotsb + \binom{n}{n}a^n b^0\\ &= \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k}a^{\,n-k}b^{\,k}= \binom{n}{0}a^n b^0 + \binom{n}{1}a^{n-1}b^1 + \binom{n}{2}a^{n-2}b^2 + \dotsb + \binom{n}{n}a^0 b^n\end{aligned}$$

  • Argument combinatoire :
    • Cas \(n=0\) : Par convention, \((a+b)^0 = 1\). La formule donne \(\binom{0}{0}a^0b^0 = 1\), la relation est donc vérifiée.
    • Cas \(n > 0\) : On considère le produit$$(a+b)^n = \underbrace{(a+b)(a+b)\dotsm(a+b)}_{\text{\(n\) facteurs}}.$$ Pour obtenir un terme du développement, on choisit soit \(a\) soit \(b\) dans chacun des \(n\) facteurs, puis on multiplie les \(n\) choix.
      Un terme de la forme \(a^{n-k}b^k\) apparaît lorsque l’on choisit \(b\) dans exactement \(k\) des \(n\) parenthèses (et \(a\) dans les \(n-k\) restantes).
      Le nombre de façons de choisir ces \(k\) positions est exactement \(\binom{n}{k}\).
      Donc le coefficient de \(a^{n-k}b^k\) est \(\binom{n}{k}\), et en sommant pour \(k\) allant de \(0\) à \(n\), on obtient$$(a+b)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k}a^{\,n-k}b^{\,k}.$$
  • Démonstration par récurrence :
    Soit \(P(n)\) la propriété : \((a+b)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k}\).
    • Initialisation : Pour \(n=0\), \((a+b)^0 = 1\).
      La formule donne \(\sum_{k=0}^{0} \binom{0}{k} a^{k} b^{0-k} = \binom{0}{0} a^0 b^0 = 1\).
      \(P(0)\) est donc vraie.
    • Hérédité : On suppose \(P(n)\) vraie pour un certain \(n \ge 0\). On calcule \((a+b)^{n+1}\) : $$\begin{aligned} (a+b)^{n+1} &= (a+b)^n \times (a+b) \\ &= \left( \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k} \right) \times (a+b) \\ &= a \times \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k} + b \times \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k} \\ &= \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{k+1} b^{n-k} + \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k+1} \\ &= \left( \binom{n}{n} a^{n+1} b^0 + \sum_{k=0}^{n-1} \binom{n}{k} a^{k+1} b^{n-k} \right) + \left( \binom{n}{0} b^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k+1} \right) \\ &= a^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n}{k-1} a^k b^{n-k+1} + b^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n}{k} a^k b^{n-k+1} \\ &= a^{n+1} + b^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \left[ \binom{n}{k-1} + \binom{n}{k} \right] a^k b^{n-k+1} \\ &= a^{n+1} + b^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n+1}{k} a^k b^{n-k+1} \quad \text{(par la relation de Pascal)} \\ &= \binom{n+1}{n+1} a^{n+1} b^0 + \binom{n+1}{0} a^0 b^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n+1}{k} a^k b^{n+1-k} \\ &= \sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} a^k b^{n+1-k} \end{aligned}$$ Donc \(P(n+1)\) est vraie.
    La propriété est donc héréditaire. Par le principe de récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout \(n \in \mathbb{N}\).

Exemple
À l'aide de la formule du binôme, écrire \((1 + i)^4\) et \((2 + i)^3\) sous forme algébrique.

Avec \(a = 2\), \(b = i\) et \(n = 3\), les coefficients \(\binom{3}{k}\) sont \(1, 3, 3, 1\) ; avec \(a = 1\), \(b = i\) et \(n = 4\), ils sont \(1, 4, 6, 4, 1\) (lignes 3 et 4 du triangle de Pascal) : $$\begin{aligned}[t] (1 + i)^4 &= 1 + 4i + 6i^2 + 4i^3 + i^4 && \text{(formule du binôme)}\\ &= 1 + 4i - 6 - 4i + 1 && \text{(\(i^2 = -1\), \(i^3 = -i\), \(i^4 = 1\))}\\ &= -4. \end{aligned}$$ $$\begin{aligned}[t] (2 + i)^3 &= 2^3 + 3 \times 2^2 \times i + 3 \times 2 \times i^2 + i^3 && \text{(formule du binôme)}\\ &= 8 + 12i - 6 - i && \text{(\(i^2 = -1\), \(i^3 = -i\))}\\ &= 2 + 11i, \end{aligned}$$ le nombre qui apparaît dans le calcul de Bombelli : \(2 + i\) est une racine cubique de \(2 + 11i\).

Compétences à pratiquer
  • Calculer des puissances complexes avec la formule du binôme
  • Calculer des sommes binomiales
III.3 Le second degré dans \(\mathbb{R}\)
Définition — Équation du second degré
Une équation du second degré, aussi appelée équation quadratique, est une équation qui peut être écrite sous la forme standard : $$ax^2 + bx + c = 0$$ où \(a, b,\) et \(c\) sont des coefficients connus, et \(a \neq 0\). La condition \(a \neq 0\) est ce qui en fait une équation du second degré.
Une solution ou racine de l'équation est une valeur de \(x\) qui rend l'égalité vraie.
Proposition — Complétion du carré
Toute expression du second degré de la forme \(x^2 + bx + c\) (coefficient dominant égal à \(1\)) peut être mise sous la forme \((x + p)^2 + q\) en complétant le carré : $$x^2 + bx + c = \left(x + \frac{b}{2}\right)^2 - \left(\frac{b}{2}\right)^2 + c.$$ Pour un trinôme général \(ax^2 + bx + c\) avec \(a\neq 0\), on commence par mettre \(a\) en facteur : $$ax^2 + bx + c = a\left(x^2 + \frac{b}{a}x + \frac{c}{a}\right)$$ puis on complète le carré à l'intérieur de la parenthèse.
Proposition — Formule des racines
Pour toute équation du second degré \(ax^2 + bx + c = 0\), le discriminant, noté \(\Delta\), est défini par $$\Delta = b^2 - 4ac.$$ Son signe détermine le nombre de solutions réelles :
  • Si \(\Delta > 0\), il y a deux racines réelles :$$x = \frac{-b - \sqrt{\Delta}}{2a}\text{ ou }x = \frac{-b + \sqrt{\Delta}}{2a}$$
  • Si \(\Delta = 0\), il y a une unique racine réelle (racine double) :$$x = \frac{-b}{2a}.$$
  • Si \(\Delta < 0\), il n'y a pas de racines réelles.
Méthode — Résoudre avec le discriminant
Pour résoudre \(ax^2 + bx + c = 0\) (avec \(a \neq 0\)) :
  1. Identifier les coefficients \(a\), \(b\) et \(c\) (écrire d'abord l'équation sous la forme \(ax^2 + bx + c = 0\)).
  2. Calculer le discriminant \(\Delta = b^2 - 4ac\).
  3. Conclure selon le signe de \(\Delta\) : si \(\Delta > 0\), deux racines \(x_1 = \dfrac{-b - \sqrt{\Delta}}{2a}\) et \(x_2 = \dfrac{-b + \sqrt{\Delta}}{2a}\) ; si \(\Delta = 0\), une racine double \(x_0 = -\dfrac{b}{2a}\) ; si \(\Delta < 0\), aucune racine réelle.
  4. Écrire l'ensemble des solutions \(S\), et vérifier une racine dans l'équation.
Compétences à pratiquer
  • Calculer un discriminant
  • Résoudre des équations du second degré
III.4 Équations du second degré à coefficients réels
Proposition — Résolution d'une équation de la forme \(z^2 \equal k\)
On considère l'équation \(z^2 = k\), où \(k\) est un nombre réel.
  • Si \(k > 0\), alors l'équation admet deux solutions réelles distinctes : $$ z_1 = \sqrt{k} \quad \text{et} \quad z_2 = -\sqrt{k} $$
  • Si \(k = 0\), alors l'équation admet une unique solution réelle : $$ z_0 = 0 $$
  • Si \(k < 0\), alors l'équation admet deux solutions complexes conjuguées (imaginaires pures) : $$ z_1 = i\sqrt{-k} \quad \text{et} \quad z_2 = -i\sqrt{-k} $$

Dans chaque cas, l'équation \(z^2 = k\) devient un produit nul, et un produit de nombres complexes est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul.
  • Si \(k > 0\) : \(z^2 - k = z^2 - \left(\sqrt{k}\right)^2 = \left(z - \sqrt{k}\right)\left(z + \sqrt{k}\right)\), donc \(z^2 = k\) si et seulement si \(z = \sqrt{k}\) ou \(z = -\sqrt{k}\).
  • Si \(k = 0\) : \(z^2 = z \times z = 0\) si et seulement si \(z = 0\).
  • Si \(k < 0\) : alors \(-k > 0\) et, comme \(i^2 = -1\), \(k = -(-k) = i^2 (-k) = \left(i\sqrt{-k}\right)^2\) ; donc \(z^2 - k = \left(z - i\sqrt{-k}\right)\left(z + i\sqrt{-k}\right)\), et \(z^2 = k\) si et seulement si \(z = i\sqrt{-k}\) ou \(z = -i\sqrt{-k}\).

Proposition — Résolution dans \(\mathbb{C}\) d'une équation du second degré à coefficients réels
On considère l'équation \(az^2 + bz + c = 0\), avec \(a, b\) et \(c\) trois réels (\(a \neq 0\)).
Soit \(\Delta = b^2 - 4ac\) le discriminant de cette équation.
  • Si \(\Delta > 0\), alors l'équation admet deux solutions réelles distinctes : $$ z_1 = \frac{-b - \sqrt{\Delta}}{2a} \quad \text{et} \quad z_2 = \frac{-b + \sqrt{\Delta}}{2a} $$
  • Si \(\Delta = 0\), alors l'équation admet une unique solution réelle : $$ z_0 = \frac{-b}{2a} $$
  • Si \(\Delta < 0\), alors l'équation admet deux solutions complexes conjuguées : $$ z_1 = \frac{-b - i\sqrt{-\Delta}}{2a} \quad \text{et} \quad z_2 = \frac{-b + i\sqrt{-\Delta}}{2a} $$
  • Si \(\Delta \neq 0\), alors \(az^2 + bz + c = a(z - z_1)(z - z_2)\).

Soient \(a, b, c\) des nombres réels avec \(a \neq 0\) et \(\Delta = b^2 - 4ac\). Pour tout nombre complexe \(z\), la forme canonique vaut dans \(\C\) exactement comme dans \(\R\), puisqu'elle n'utilise que les règles du calcul : $$\begin{aligned}[t] az^2 + bz + c &= a\left[z^2 + \frac{b}{a}z + \frac{c}{a}\right] && \text{(factorisation par \(a \neq 0\))}\\ &= a\left[\left(z + \frac{b}{2a}\right)^2 - \frac{b^2}{4a^2} + \frac{c}{a}\right] && \text{(début de carré)}\\ &= a\left[\left(z + \frac{b}{2a}\right)^2 - \frac{\Delta}{4a^2}\right]. && \text{(\(\frac{b^2 - 4ac}{4a^2} = \frac{\Delta}{4a^2}\))} \end{aligned}$$ Dans chaque cas, le crochet se factorise, et l'équation \(az^2 + bz + c = 0\) devient un produit nul.
  • \(\Delta > 0\) : \(\dfrac{\Delta}{4a^2} = \left(\dfrac{\sqrt{\Delta}}{2a}\right)^2\), donc, comme différence de deux carrés, $$az^2 + bz + c = a\left(z + \frac{b}{2a} - \frac{\sqrt{\Delta}}{2a}\right)\left(z + \frac{b}{2a} + \frac{\sqrt{\Delta}}{2a}\right) = a(z - z_2)(z - z_1).$$
  • \(\Delta = 0\) : \(az^2 + bz + c = a\left(z + \dfrac{b}{2a}\right)^2 = a(z - z_0)^2\), produit de deux facteurs égaux.
  • \(\Delta < 0\) : \(-\Delta > 0\) et \(\dfrac{\Delta}{4a^2} = -\dfrac{-\Delta}{4a^2} = i^2\,\dfrac{-\Delta}{4a^2} = \left(\dfrac{i\sqrt{-\Delta}}{2a}\right)^2\), donc, à nouveau comme différence de deux carrés, $$az^2 + bz + c = a\left(z + \frac{b}{2a} - \frac{i\sqrt{-\Delta}}{2a}\right)\left(z + \frac{b}{2a} + \frac{i\sqrt{-\Delta}}{2a}\right) = a(z - z_2)(z - z_1),$$ et \(z_1\), \(z_2\) sont conjugués, puisqu'ils ne diffèrent que par le signe de leur partie imaginaire.
Un produit de nombres complexes est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul (un nombre complexe non nul a un inverse). Donc les solutions de \(az^2 + bz + c = 0\) sont exactement \(z_1\) et \(z_2\) (ou \(z_0\) lorsque \(\Delta = 0\)), et aucun autre nombre complexe ; les factorisations obtenues en chemin sont celles de l'énoncé.

Exemple
Résoudre dans \(\R\), puis dans \(\C\), les équations \(z^2 + 10 = 0\) et \(z^2 - 4z + 5 = 0\).

  • \(z^2 + 10 = 0\) équivaut à \(z^2 = -10\), équation de la forme \(z^2 = k\) avec \(k = -10 < 0\). Dans \(\R\), elle n'a pas de solution. Dans \(\C\), ses solutions sont \(i\sqrt{10}\) et \(-i\sqrt{10}\) : \(S = \left\{-i\sqrt{10} ; i\sqrt{10}\right\}\).
  • Pour \(z^2 - 4z + 5 = 0\) : \(a = 1\), \(b = -4\), \(c = 5\) et $$\Delta = b^2 - 4ac = (-4)^2 - 4 \times 1 \times 5 = 16 - 20 = -4 < 0.$$ Dans \(\R\), il n'y a pas de solution. Dans \(\C\), il y a deux solutions conjuguées : $$\begin{aligned}[t] z_1 &= \frac{-b - i\sqrt{-\Delta}}{2a} = \frac{4 - i\sqrt{4}}{2} = \frac{4 - 2i}{2} = 2 - i, \\ z_2 &= \frac{-b + i\sqrt{-\Delta}}{2a} = \frac{4 + 2i}{2} = 2 + i, \end{aligned}$$ donc \(S = \{2 - i ; 2 + i\}\) et \(z^2 - 4z + 5 = (z - 2 + i)(z - 2 - i)\). Contrôle : \((2 + i)^2 - 4(2 + i) + 5 = 3 + 4i - 8 - 4i + 5 = 0\).

Coefficients complexes
La forme canonique n'utilise que les règles du calcul : elle vaut aussi pour des coefficients complexes \(a\), \(b\), \(c\) (\(a \neq 0\)). Dès qu'un nombre complexe \(\delta\) tel que \(\delta^2 = \Delta\) est connu, le même calcul donne les solutions \(\dfrac{-b - \delta}{2a}\) et \(\dfrac{-b + \delta}{2a}\), et la factorisation \(a(z - z_1)(z - z_2)\) ; trouver un tel \(\delta\) est l'objet de certains problèmes de fin de chapitre. Les solutions ne sont alors plus conjuguées en général.
Signaler une erreur
Compétences à pratiquer
  • Reconnaître les solutions d'une équation du second degré dans \(\mathbb{C}\)
  • Résoudre des équations du second degré dans \(\mathbb{C}\)
  • Factoriser des polynômes du second degré
IV Factorisation et racines d'un polynôme
IV.1 Polynôme, degré et égalité
Définition — Polynôme
  • Un polynôme en la variable \(x\) est une expression algébrique de la forme $$P(x)=a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1}+\dots+a_1 x+a_0,$$ où \(n\) est un entier naturel (éventuellement nul) et \(a_0, a_1, \dots, a_n\) sont des constantes appelées les coefficients.
  • Une équation polynomiale en \(x\) est une équation de la forme $$a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1}+\dots+a_1 x+a_0=0,$$ avec \(a_n\neq 0\) et \(n\ge 1\).
  • Une fonction polynomiale est une fonction définie pour tout réel \(x\) par $$P(x)=a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1}+\dots+a_1 x+a_0.$$
On exige que \(a_n \neq 0\) :
  • Le degré du polynôme est la plus grande puissance de la variable \(x\) dont le coefficient est non nul ; cet exposant est \(n\).
  • Le coefficient dominant est le coefficient du terme de plus haut degré, \(a_n\).
  • Le terme constant est le coefficient non associé à une variable, \(a_0\).
Un polynôme réel est un polynôme dont tous les coefficients \(a_i\) sont réels, c’est-à-dire \(a_i \in \mathbb{R}\). Le polynôme dont tous les coefficients sont nuls est le polynôme nul ; il n'a pas de degré. Un polynôme peut être évalué en tout nombre \(x\), réel ou complexe.
Exemple
Pour la fonction polynomiale \(P(x)=2x^4+3x^2+5x+4\), déterminer le degré, le coefficient dominant, le coefficient de \(x\) et le terme constant.

On peut imaginer le terme en \(x^3\) manquant comme \(0x^3\) et écrire$$P(x)=2x^4+0x^3+3x^2+5x+4.$$
  • Le degré est la plus grande puissance de la variable \(x\) dont le coefficient est non nul. Dans \(P(x)\), la plus grande puissance est 4.
  • Le coefficient dominant est le coefficient du terme de plus haut degré, ici \(2x^4\). Par conséquent, le coefficient dominant est 2.
  • Le coefficient de \(x\) est la constante qui multiplie le terme en \(x\) (ou \(x^1\)). Ici, le terme est \(5x\), donc le coefficient est 5.
  • Le terme constant est le terme sans variable. Ici, c'est 4.

Définition — Noms des polynômes de bas degré
Les polynômes de bas degré ont des noms spéciaux :
Fonction polynomiale Degré Nom
\(ax+b, \quad a \neq 0\) 1 linéaire
\(ax^2+bx+c, \quad a \neq 0\) 2 quadratique
\(ax^3+bx^2+cx+d, \quad a \neq 0\) 3 cubique
\(ax^4+bx^3+cx^2+dx+e, \quad a \neq 0\) 4 quartique
Définition — Égalité de polynômes
Deux polynômes sont égaux s'ils ont les mêmes coefficients pour chaque puissance correspondante de la variable (c’est-à-dire le même coefficient devant \(x^k\) pour tout \(k\)).
Ce principe est fondamental car il permet de déterminer des constantes inconnues en égalant les coefficients des termes de même puissance. Cette technique est appelée identification des coefficients.
Signaler une erreur
Exemple
Déterminer les coefficients \(a\) et \(b\) sachant que \(ax+b=2x-3\).

Par identification des coefficients des puissances de \(x\) correspondantes :
  • Les coefficients du terme en \(x\) doivent être égaux : \(a=2\).
  • Les termes constants doivent être égaux : \(b=-3\).

Compétences à pratiquer
  • Classer des polynômes selon leur degré
  • Identifier les caractéristiques d'un polynôme
  • Identifier des coefficients
IV.2 Division euclidienne des polynômes
Proposition — Division Euclidienne
Si un polynôme \(P\) est divisé par un polynôme non nul \(D\), alors il existe un unique couple de polynômes \((Q, R)\) tel que$$ P = DQ + R \quad \text{avec } R = 0 \text{ ou } \deg(R)<\deg(D). $$ On appelle \(P\) le dividende, \(D\) le diviseur, \(Q\) le quotient et \(R\) le reste. Le reste \(R\) peut éventuellement être le polynôme nul.
Méthode — Algorithme de division
La division d'un polynôme \(P\) par un polynôme non nul \(D\) peut s'effectuer à l'aide d'un algorithme de division posée, analogue à la méthode utilisée pour la division des nombres entiers :
  1. Diviser les termes dominants : le terme dominant du dividende divisé par le terme dominant de \(D\) donne le terme suivant du quotient.
  2. Multiplier ce terme par \(D\) et soustraire le résultat du dividende : le terme dominant disparaît.
  3. Recommencer avec le polynôme obtenu, tant que son degré est au moins \(\deg(D)\).
  4. S'arrêter lorsque le polynôme obtenu est nul ou de degré strictement inférieur à \(\deg(D)\) : c'est le reste \(R\), et les termes rassemblés forment le quotient \(Q\). Contrôler que \(P = DQ + R\).
Exemple
$$\begin{array}{ccccccccl} \textcolor{olive}{x^2+3x+5} &=& \textcolor{colordef}{(x+1)}& \times& \textcolor{colorprop}{(x+2)}&+&\textcolor{orange}{3} & \text{ avec }& \deg(\textcolor{orange}{3})\lt \deg(\textcolor{colordef}{x+1})\\ \textcolor{olive}{\text{Dividende}}&=& \textcolor{colordef}{\text{Diviseur}}&\times&\textcolor{colorprop}{\text{Quotient}}&+&\textcolor{orange}{\text{Reste}}& \text{ avec }& \deg(\textcolor{orange}{\text{Reste}})\lt \deg(\textcolor{colordef}{\text{Diviseur}}) \end{array} $$
Illustration
L'algorithme de la division décrit le résultat de n'importe quelle division de polynômes. Un cas particulier important est celui où la division est exacte, c'est-à-dire sans reste (\(R=0\)). Cela amène au concept de diviseur, ou facteur.
Signaler une erreur
Définition — Diviseur d'un polynôme
Soient \(P\) et \(D\) des polynômes. On dit que \(D\) divise \(P\) s'il existe un polynôme \(Q\) tel que$$ P(x) = D(x)Q(x). $$ Dans ce cas, \(D\) est appelé un diviseur ou un facteur de \(P\).
Proposition — Condition de divisibilité
Un polynôme non nul \(D\) est un diviseur d'un polynôme \(P\) si et seulement si le reste de la division euclidienne de \(P\) par \(D\) est le polynôme nul (\(R=0\)).

Il faut démontrer les deux sens de l'implication.
  • (\(\Rightarrow\)) : Si \(D\) est un diviseur de \(P\), alors le reste est nul.
    On suppose que \(D\) est un diviseur de \(P\).
    Par définition d'un diviseur, cela signifie qu'il existe un polynôme \(Q\) tel que$$ P(x) = D(x)Q(x). $$ On peut réécrire ceci comme \(P(x) = D(x)Q(x) + 0\).
    L'algorithme de la division euclidienne garantit l'unicité du quotient et du reste. En comparant cette expression avec la forme générale \(P(x) = D(x)Q(x) + R(x)\), on conclut par unicité que le reste \(R(x)\) doit être nul.
  • (\(\Leftarrow\)) : Si le reste est nul, alors \(D\) est un diviseur de \(P\).
    On suppose que le reste de la division de \(P\) par \(D\) est nul.
    D'après l'algorithme de la division, on peut écrire$$ P(x) = D(x)Q(x) + R(x). $$ En remplaçant \(R(x)\) par \(0\), on obtient$$ \begin{aligned} P(x) &= D(x)Q(x) + 0 \\ &= D(x)Q(x). \end{aligned} $$ Ceci est précisément la définition de \(D\) comme étant un diviseur de \(P\).

Compétences à pratiquer
  • Vérifier une divisibilité
  • Effectuer une division de polynômes
  • Déterminer les coefficients d'un facteur
IV.3 Factorisation de \(z^n - a^n\)
En complément du développement de \((a+b)^n\), il est essentiel de savoir factoriser la différence de deux puissances \(n\)-ièmes : \(a^n-b^n\).
Cette identité est une généralisation de la formule classique \(a^2-b^2 = (a-b)(a+b)\).
Signaler une erreur
Proposition — Formule de factorisation générale
Pour tout entier naturel \(n\) non nul et pour tous nombres complexes \(a\) et \(b\) :$$\begin{aligned} a^n - b^n &= (a - b) \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^k\\ &= (a - b)(a^{n-1} + a^{n-2}b + a^{n-3}b^2 + \dots + b^{n-1})\\ \end{aligned}$$

On développe le produit \((a-b) \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^k\) :$$\begin{aligned}(a-b) \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^k &= a \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^k - b \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^k \\ &= \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-k} b^k - \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^{k+1} \\ &= \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-k} b^k - \sum_{j=1}^{n} a^{n-j} b^j \quad (\text{changement d'indice en posant } j=k+1) \\ &= \left( a^n + \sum_{k=1}^{n-1} a^{n-k} b^k \right) - \left( \sum_{j=1}^{n-1} a^{n-j} b^j + b^n \right) \\ &\qquad \left( \text{en isolant le premier terme de } \textstyle \sum_k \text{ et le dernier de } \textstyle \sum_j \right) \\ &= a^n - b^n \quad (\text{les deux sommes sont identiques et s'annulent})\end{aligned}$$ Remarque : À la place de la translation d'indice ci-dessus, on peut utiliser une méthode par développement après la deuxième étape. En écrivant explicitement les termes des deux sommes, on observe une somme télescopique :$$\begin{aligned}\text{Somme 1 : } & a^n + a^{n-1}b + a^{n-2}b^2 + \dots + ab^{n-1} \\ \text{Somme 2 : } & \phantom{a^n + } a^{n-1}b + a^{n-2}b^2 + \dots + ab^{n-1} + b^n\end{aligned}$$ Par soustraction, tous les termes intermédiaires se simplifient, il ne reste que :$$ a^n - b^n $$

Exemple
Factoriser \(z^3 - 8\) pour \(z \in \mathbb{C}\).

On reconnaît \(8 = 2^3\). En utilisant la formule avec \(a=z\) et \(b=2\) :$$\begin{aligned}z^3 - 2^3 &= (z - 2)(z^2 + z^1 \times 2^1 + 2^2) \\ &= \mathbf{(z - 2)(z^2 + 2z + 4)}\end{aligned}$$

Compétences à pratiquer
  • Analyser la factorisation de \(a^n - b^n\)
  • Factoriser des sommes et des différences de puissances \(n\)-ièmes
IV.4 Théorèmes du reste et du facteur et nombre de racines
Bien que l'algorithme de la division s'applique à tout diviseur polynomial, deux théorèmes puissants émergent lorsqu'on considère le cas spécifique de la division par un polynôme linéaire de la forme \((x-k)\).
Signaler une erreur
Proposition — Théorème du reste
Lorsqu'un polynôme \(P\) est divisé par un polynôme linéaire de la forme \((x-k)\), le reste est la valeur constante \(P(k)\).

D'après l'algorithme de la division euclidienne, lorsqu'un polynôme \(P\) est divisé par le diviseur \(D(x) = x-k\), il existe un quotient unique \(Q\) et un reste \(R\) tels que$$ P(x) = (x-k)Q(x) + R(x). $$ On sait que le degré du reste doit être strictement inférieur au degré du diviseur. Comme le degré du diviseur \((x-k)\) est \(1\), le reste \(R(x)\) est soit le polynôme nul, soit un polynôme de degré \(0\) : dans les deux cas une constante, éventuellement nulle, que l'on note \(r\).
L'équation de la division peut donc s'écrire$$ P(x) = (x-k)Q(x) + r. $$ Cette identité est vraie pour toute valeur de \(x\). En substituant \(x=k\) dans l'équation, on obtient$$ \begin{aligned} P(k) &= (k-k)Q(k) + r \\ &= 0 \cdot Q(k) + r \\ &= r. \end{aligned} $$ Ainsi, le reste \(r\) est précisément la valeur du polynôme évalué en \(k\), c’est-à-dire \(P(k)\).

Définition — Racine
Soit \(P\) un polynôme.
Un nombre \(\alpha\) est une racine (ou un zéro) de \(P\) si \(P(\alpha)=0\).
Proposition — Théorème du facteur
Pour tout polynôme \(P\), \((x-\alpha)\) est un facteur de \(P\) si et seulement si \(P(\alpha)=0\).

Soit \(P(x)\) un polynôme et \(\alpha\) un nombre.$$\begin{array}{rll} & (x-\alpha) \text{ est un facteur de } P(x) & \\ \iff & \text{le reste de la division de } P(x) \text{ par } (x-\alpha) \text{ est } 0 & {\scriptstyle\text{(d'après la condition de divisibilité)}} \\ \iff & P(\alpha) = 0 & {\scriptstyle\text{(d'après le théorème du reste, car le reste est } P(\alpha))}\end{array}$$


Une autre démonstration, qui n'utilise ni l'algorithme de la division ni le théorème du reste. Soit \(P(x) = a_n x^n + a_{n-1} x^{n-1} + \dots + a_1 x + a_0\) un polynôme de degré \(n \geq 1\) (coefficients réels ou complexes, \(a_n \neq 0\)) et soit \(\alpha\) une racine de \(P\) : \(P(\alpha) = 0\). Alors $$\begin{aligned}[t] P(x) &= P(x) - P(\alpha) && \text{(\(P(\alpha) = 0\))}\\ &= \sum_{k=1}^{n} a_k \left(x^k - \alpha^k\right). && \text{(les termes constants \(a_0\) s'éliminent)} \end{aligned}$$ Pour tout entier \(k \geq 1\), la différence de deux puissances \(k\)-ièmes se factorise par \(x - \alpha\) : $$x^k - \alpha^k = (x - \alpha)\,S_k(x) \quad \text{avec} \quad S_k(x) = \sum_{j=0}^{k-1} x^{k-1-j}\alpha^{j} = x^{k-1} + x^{k-2}\alpha + \dots + \alpha^{k-1}$$ (ainsi \(S_1(x) = 1\) et \(S_2(x) = x + \alpha\)), comme le montre le développement du produit : \(x\,S_k(x) = x^k + x^{k-1}\alpha + \dots + x\,\alpha^{k-1}\) et \(\alpha\,S_k(x) = x^{k-1}\alpha + \dots + x\,\alpha^{k-1} + \alpha^k\) ont tous leurs termes en commun, sauf le premier du premier et le dernier du second. Donc $$P(x) = (x - \alpha)\,Q(x) \quad \text{avec} \quad Q(x) = \sum_{k=1}^{n} a_k\,S_k(x).$$ Le terme dominant de \(Q\) est \(a_n x^{n-1}\) avec \(a_n \neq 0\), donc \(Q\) est un polynôme de degré \(n - 1\) ; ses coefficients sont des nombres complexes en général, des nombres réels lorsque \(\alpha\) et les \(a_k\) sont réels. Ainsi \((x - \alpha)\) est un facteur de \(P\). Réciproquement, si \(P(x) = (x-\alpha)Q(x)\), alors \(P(\alpha) = (\alpha - \alpha)Q(\alpha) = 0\).

Proposition — Nombre de racines
Un polynôme \(P\) de degré \(n \ge 0\) admet au plus \(n\) racines distinctes.

On procède par récurrence sur le degré \(n\) du polynôme.
  • Initialisation (\(n=0\)): Un polynôme de degré \(0\) est une constante non nulle (\(P(x) = a_0\) avec \(a_0 \neq 0\)). Il n'a aucune racine. Comme \(0 \le 0\), la propriété est vraie.
  • Hérédité : On suppose que tout polynôme de degré \(n\) possède au plus \(n\) racines. Soit \(P\) un polynôme de degré \(n+1\).
    • Si \(P\) n'admet aucune racine, alors \(0 \le n+1\) et la propriété est vraie.
    • Si \(P\) admet au moins une racine \(\alpha\), alors d'après le théorème du facteur, on peut écrire : $$ P(x) = (x - \alpha)Q(x) $$ où \(Q\) est un polynôme de degré \(n\). Par hypothèse de récurrence, \(Q\) admet au plus \(n\) racines. Les racines de \(P\) sont \(\alpha\) ainsi que les racines de \(Q\). Par conséquent, \(P\) admet au plus \(n+1\) racines.
  • Conclusion : Par le principe de récurrence, un polynôme de degré \(n\) admet au plus \(n\) racines.

Une fonction polynôme qui s'annule partout
Soit \(P\) une fonction polynôme telle que \(P(x) = 0\) pour tout nombre réel \(x\). Si l'un de ses coefficients n'était pas nul, \(P\) aurait un degré \(n\) et, d'après la proposition précédente, au plus \(n\) racines ; or tout nombre réel est racine de \(P\), et il y en a une infinité. Donc tous les coefficients de \(P\) sont nuls. Par conséquent, deux fonctions polynômes qui prennent les mêmes valeurs pour tout \(x\) ont les mêmes coefficients, puisque leur différence s'annule partout. C'est ce qui légitime l'identification des coefficients : une identité comme \(x^3 - 2x^2 + x - 2 = (x - 2)(ax^2 + bx + c)\), valable pour tout \(x\), se lit coefficient par coefficient.
Signaler une erreur
Définition — Multiplicité d'une racine
Soient \(P\) un polynôme non nul, \(\alpha\) un nombre et \(m \geq 1\) un entier. Le nombre \(\alpha\) est une racine de multiplicité \(m\) de \(P\) si $$P(x) = (x - \alpha)^m\,Q(x) \quad \text{pour un polynôme } Q \text{ tel que } Q(\alpha) \neq 0.$$ D'après le théorème du facteur, \(Q(\alpha) \neq 0\) signifie que \((x - \alpha)\) n'est pas un facteur de \(Q\) : la multiplicité est le nombre de fois où le facteur \((x - \alpha)\) apparaît dans \(P\). Une racine de multiplicité \(1\) est une racine simple, une racine de multiplicité \(2\) une racine double, une racine de multiplicité \(3\) une racine triple. Compter les racines avec leur multiplicité, c'est compter chaque racine autant de fois que sa multiplicité.
Exemple
Soit \(P(x) = x^3 - x^2 - 8x + 12\). Montrer que \(2\) est une racine de \(P\), factoriser complètement \(P\) et donner la multiplicité de chaque racine.

$$\begin{aligned}[t] P(2) &= 2^3 - 2^2 - 8 \times 2 + 12 \\ &= 8 - 4 - 16 + 12 \\ &= 0, \end{aligned}$$ donc \(2\) est une racine de \(P\) et, d'après le théorème du facteur, \((x - 2)\) est un facteur de \(P\). On effectue la division posée de \(x^3 - x^2 - 8x + 12\) par \(x - 2\) :
Illustration
Le quotient est \(x^2 + x - 6 = (x - 2)(x + 3)\), donc $$\begin{aligned}[t] P(x) &= (x - 2)(x^2 + x - 6) && \text{(division posée)} \\ &= (x - 2)(x - 2)(x + 3) && \text{(factorisation du quotient)} \\ &= (x - 2)^2(x + 3). \end{aligned}$$ Avec \(m = 2\) et \(Q(x) = x + 3\), on a \(Q(2) = 5 \neq 0\) : \(2\) est une racine double de \(P\). Avec \(m = 1\) et \(Q(x) = (x - 2)^2\), on a \(Q(-3) = 25 \neq 0\) : \(-3\) est une racine simple. Comptées avec leur multiplicité, les racines de \(P\) sont au nombre de \(2 + 1 = 3\), le degré de \(P\).

Compétences à pratiquer
  • Vérifier une divisibilité avec le théorème du reste
  • Appliquer le théorème du reste
  • Déterminer des coefficients inconnus et factoriser
IV.5 Somme et produit des racines
Il existe une relation directe et puissante entre les racines d'une équation polynomiale et ses coefficients. On peut découvrir cette relation en comparant la forme standard d'un polynôme avec sa forme factorisée.
  • Cas 1 : Équation quadratique (\(n=2\))
    On considère une équation quadratique unitaire (\(a_2=1\)) avec les racines \(r_1\) et \(r_2\).$$ \begin{aligned} x^2 + a_1x + a_0 &= (x-r_1)(x-r_2) \\ &= x^2 - (r_1+r_2)x + (r_1r_2).\end{aligned} $$ Par identification des coefficients, on voit que :
    • La somme des racines est \(r_1+r_2 = -a_1\).
    • Le produit des racines est \(r_1r_2 = a_0\).
  • Cas 2 : Équation cubique (\(n=3\))
    On considère une équation cubique unitaire (\(a_3=1\)) avec les racines \(r_1, r_2, r_3\).$$ \begin{aligned} x^3 + a_2x^2 + a_1x + a_0 &= (x-r_1)(x-r_2)(x-r_3) \\ &= [x^2 - (r_1+r_2)x + r_1r_2](x-r_3) \\ &= x^3 - (r_1+r_2+r_3)x^2 + (r_1r_2+r_1r_3+r_2r_3)x - (r_1r_2r_3).\end{aligned} $$ Par identification des coefficients, on voit que :
    • La somme des racines est \(r_1+r_2+r_3 = -a_2\).
    • Le produit des racines est \(r_1r_2r_3 = -a_0\).
À partir de ces exemples, un modèle général se dégage. La somme des racines est toujours liée au coefficient de la deuxième plus grande puissance, tandis que le produit est lié au terme constant. Ces relations sont formalisées par les formules de Viète.
Signaler une erreur
Proposition — Formules de Viète
Pour une équation polynomiale$$P(x) = a_nx^n + a_{n-1}x^{n-1} + \dots + a_1x + a_0 = 0,$$ si \(P(x) = a_n(x - \alpha_1)(x - \alpha_2)\cdots(x - \alpha_n)\), les racines \(\alpha_1, \alpha_2, \dots, \alpha_n\) (dans \(\mathbb{C}\)) étant comptées avec leur multiplicité :
  • La somme des racines est $$\sum_{i=1}^n \alpha_i = -\frac{a_{n-1}}{a_n}.$$
  • Le produit des racines est $$\prod_{i=1}^n \alpha_i = (-1)^n \frac{a_0}{a_n}.$$

Par hypothèse, $$P(x) = a_n(x - \alpha_1)(x - \alpha_2)\cdots(x - \alpha_n),$$ où \(\alpha_1, \dots, \alpha_n\) sont les racines de \(P\), chacune écrite autant de fois que sa multiplicité. Pour \(n = 1\), \(P(x) = a_1 x + a_0\) a pour unique racine \(\alpha_1 = -\dfrac{a_0}{a_1}\), et les deux formules s'écrivent \(\alpha_1 = -\dfrac{a_0}{a_1}\). Soit maintenant \(n \geq 2\).
Développement. Développer le produit \((x - \alpha_1)(x - \alpha_2)\cdots(x - \alpha_n)\), c'est choisir, dans chacune des \(n\) parenthèses, soit \(x\), soit \(-\alpha_k\), multiplier les termes choisis, puis additionner tous les produits obtenus.
  • Choisir \(x\) dans toutes les parenthèses donne \(x^n\).
  • Un terme en \(x^{n-1}\) s'obtient en choisissant \(x\) dans toutes les parenthèses sauf une, et \(-\alpha_k\) dans la parenthèse restante : ces termes ont pour somme \(-(\alpha_1 + \alpha_2 + \dots + \alpha_n)\,x^{n-1}\).
  • Le terme constant s'obtient en choisissant \(-\alpha_k\) dans toutes les parenthèses : \((-\alpha_1)(-\alpha_2)\cdots(-\alpha_n) = (-1)^n\,\alpha_1\alpha_2\cdots\alpha_n\).
Donc, les points de suspension remplaçant les termes de degré \(1\) à \(n - 2\), s'il y en a, $$P(x) = a_n x^n - a_n\left(\sum_{i=1}^n \alpha_i\right) x^{n-1} + \dots + (-1)^n a_n \prod_{i=1}^n \alpha_i.$$ Identification. Deux polynômes égaux pour tout \(x\) ont les mêmes coefficients (identification des coefficients). Les coefficients de \(x^{n-1}\) et les termes constants donnent $$a_{n-1} = -a_n\sum_{i=1}^n \alpha_i \qquad \text{et} \qquad a_0 = (-1)^n a_n\prod_{i=1}^n \alpha_i.$$ Comme \(a_n \neq 0\), la division par \(a_n\) donne la somme ; la division par \((-1)^n a_n\), avec \(\dfrac{1}{(-1)^n} = (-1)^n\), donne le produit : $$\sum_{i=1}^n \alpha_i = -\frac{a_{n-1}}{a_n} \qquad \text{et} \qquad \prod_{i=1}^n \alpha_i = (-1)^n\frac{a_0}{a_n}.$$

Exemple
Trouver la somme et le produit des racines de \(2x^3 - 7x^2 + 8x - 1 = 0\).

Le polynôme est de degré \(n=3\). Les coefficients sont \(a_3=2, a_2=-7, a_1=8, a_0=-1\).
  • Somme des racines : $$ -\frac{a_{n-1}}{a_n} = -\frac{a_2}{a_3} = -\frac{-7}{2} = \frac{7}{2}. $$
  • Produit des racines : $$ (-1)^n \frac{a_0}{a_n} = (-1)^3 \frac{a_0}{a_3} = (-1)\frac{-1}{2} = \frac{1}{2}. $$

Compétences à pratiquer
  • Appliquer les formules de Viète
IV.6 Équations de degré 3 à coefficients réels
Le théorème du facteur transforme la résolution d'une équation en la factorisation d'un polynôme — à condition de trouver une première racine. Pour un polynôme à coefficients entiers, la chasse est courte : si un entier \(a\) est racine, l'égalité \(a_n a^n + \dots + a_1 a = -a_0\) montre que \(a\) divise le terme constant \(a_0\). Il suffit donc de tester les diviseurs de \(a_0\).
Signaler une erreur
Méthode — Résoudre une équation polynomiale
Pour résoudre \(P(x) = 0\) où \(P\) est à coefficients entiers et de degré au moins \(3\) :
  1. Chercher une racine : utiliser la racine donnée par l'énoncé, ou tester les diviseurs du terme constant (\(\pm 1\), \(\pm 2\), …) — une racine entière, s'il en existe une, est parmi eux — jusqu'à ce que le théorème du facteur donne \(P(a) = 0\).
  2. Factoriser : écrire \(P(x) = (x-a)\,Q(x)\), en déterminant le quotient \(Q\) par division posée (ou par identification).
  3. Résoudre le quotient : si \(Q\) est du second degré, utiliser le discriminant ; si \(\deg Q \geq 3\), recommencer l'étape 1 avec \(Q\).
  4. Conclure et vérifier : donner l'ensemble des solutions et le contrôler (développer la factorisation, ou vérifier somme et produit des racines).
Exemple
Résoudre l'équation \(2x^3 - 3x^2 - 11x + 6 = 0\).

Étape 1 — chercher une racine. Une racine entière doit diviser le terme constant \(6\) : on teste \(\pm 1\), \(\pm 2\), \(\pm 3\), \(\pm 6\). Soit \(P(x) = 2x^3 - 3x^2 - 11x + 6\) : $$P(1) = -6, \qquad P(-1) = 12, \qquad P(2) = -12, \qquad P(3) = 0.$$ D'après le théorème du facteur, \((x - 3)\) est un facteur de \(P(x)\).
Étape 2 — factoriser. On effectue la division posée de \(2x^3 - 3x^2 - 11x + 6\) par \(x - 3\) :
Illustration
Donc \(2x^3 - 3x^2 - 11x + 6 = (x-3)\times\textcolor{colordef}{(2x^2+3x-2)}+\textcolor{colorprop}{0}\).
Étape 3 — résoudre le quotient. Pour \(2x^2 + 3x - 2 = 0\) : $$\begin{aligned}[t] \Delta &= 3^2 - 4 \times 2 \times (-2) = 25 && {\scriptstyle(\text{discriminant})} \\ x &= \frac{-3 - 5}{4} = -2 \quad \text{ou} \quad x = \frac{-3 + 5}{4} = \frac{1}{2}. \end{aligned}$$ Étape 4 — conclure et vérifier. L'ensemble des solutions est \(\left\{-2 ; \frac{1}{2} ; 3\right\}\), et $$2x^3 - 3x^2 - 11x + 6 = 2(x-3)\left(x - \frac{1}{2}\right)(x+2).$$ Contrôle par la somme des racines : \(-2 + \frac{1}{2} + 3 = \frac{3}{2} = -\frac{-3}{2}\), conformément à Viète.

Exemple
On considère l'équation \(z^3 - 2z^2 + z - 2 = 0\).
  1. Vérifier que \(2\) est une solution.
  2. Déterminer toutes les solutions de l'équation dans \(\C\).

  1. \(2^3 - 2 \times 2^2 + 2 - 2 = 8 - 8 + 2 - 2 = 0\) : le nombre \(2\) est une solution.
  2. Soit \(P(z) = z^3 - 2z^2 + z - 2\), polynôme de degré \(3\) dont \(2\) est une racine. D'après le théorème du facteur, \(P(z) = (z - 2)\,Q(z)\) avec \(Q\) un polynôme de degré \(2\) : \(Q(z) = az^2 + bz + c\). On détermine \(a\), \(b\), \(c\) par identification des coefficients : $$\begin{aligned}[t] (z - 2)(az^2 + bz + c) &= az^3 + bz^2 + cz - 2az^2 - 2bz - 2c && \text{(développement)}\\ &= az^3 + (b - 2a)z^2 + (c - 2b)z - 2c. && \text{(réduction)} \end{aligned}$$ Cette expression doit être égale à \(z^3 - 2z^2 + z - 2\) pour tout \(z\), donc $$a = 1, \qquad b - 2a = -2, \qquad c - 2b = 1, \qquad -2c = -2,$$ c'est-à-dire \(a = 1\), \(b = 0\), \(c = 1\) — et la dernière équation, \(-2c = -2\), est vérifiée : l'identification est cohérente. Donc \(P(z) = (z - 2)(z^2 + 1)\) et $$\begin{aligned}[t] P(z) = 0 &\Leftrightarrow (z - 2)(z^2 + 1) = 0 && \\ &\Leftrightarrow z - 2 = 0 \text{ ou } z^2 + 1 = 0 && \text{(produit nul)}\\ &\Leftrightarrow z = 2 \text{ ou } z^2 = -1 && \\ &\Leftrightarrow z = 2 \text{ ou } z = i \text{ ou } z = -i. && \text{(solutions de \(z^2 = k\), \(k < 0\))} \end{aligned}$$ L'ensemble des solutions est \(S = \{2 ; i ; -i\}\).

Compétences à pratiquer
  • Factoriser et résoudre des équations de degré 3
IV.7 Racines conjuguées
Proposition — Théorème des racines conjuguées
Si un polynôme \(P(x)\) a des coefficients réels, et si \(z_0\) est une racine complexe de l'équation \(P(x)=0\), alors son conjugué, \(\conjugate{z_0}\), doit aussi être une racine.

Soit \(P(x) = a_n x^n + \dots + a_1 x + a_0\) où tous les coefficients \(a_k\) sont des nombres réels.
On suppose que \(z_0\) est une racine, donc \(P(z_0) = 0\). On veut montrer que \(P(\conjugate{z_0})=0\).$$\begin{aligned} P(\conjugate{z_0}) &= a_n(\conjugate{z_0})^n + \dots + a_1\conjugate{z_0} + a_0 \\ &= a_n\conjugate{z_0^n} + \dots + a_1\conjugate{z_0} + a_0 && \text{(conjugué d'une puissance)} \\ &= \conjugate{a_n}\conjugate{z_0^n} + \dots + \conjugate{a_1}\conjugate{z_0} + \conjugate{a_0} && \text{(coefficients \(a_k\) réels)} \\ &= \conjugate{a_n z_0^n} + \dots + \conjugate{a_1 z_0} + \conjugate{a_0} && \text{(conjugué d'un produit)} \\ &= \conjugate{a_n z_0^n + \dots + a_1 z_0 + a_0} && \text{(conjugué d'une somme)} \\ &= \conjugate{P(z_0)} \\ &= \conjugate{0} = 0.\end{aligned}$$ Ainsi, si \(z_0\) est une racine, alors \(\conjugate{z_0}\) doit aussi être une racine.

Exemple
Étant donné que \(x = 2+i\) est une racine de l'équation polynomiale \(P(x) = x^3 - 7x^2 + 17x - 15 = 0\), trouver toutes les racines.

Soient les racines \(r_1, r_2, r_3\). L'énoncé donne \(r_1 = 2+i\).
  • Étape 1 : Appliquer le théorème des racines conjuguées. Les coefficients de \(P(x)\) sont réels. Puisque \(r_1 = 2+i\) est une racine, son conjugué \(r_2 = 2-i\) doit aussi être une racine.
  • Étape 2 : Former un facteur quadratique réel. Le facteur quadratique correspondant à ces deux racines est \((x - r_1)(x - r_2)\). $$ \begin{aligned} (x - (2+i))(x - (2-i)) &= ((x-2) - i)((x-2) + i)\\ &= (x-2)^2 - i^2 \\ &= x^2 - 4x + 4 + 1 \\ &= x^2 - 4x + 5. \end{aligned} $$
  • Étape 3 : Trouver le facteur restant. Puisque \(P(x)\) est cubique, le facteur restant doit être linéaire. On peut écrire \(P(x) = (x^2 - 4x + 5)(x-k)\). En comparant les termes constants, on obtient $$5 \times (-k) = -15,$$ ce qui implique \(k=3\). La troisième racine est donc \(r_3=3\).
Les racines sont \(\{2+i, 2-i, 3\}\).

Compétences à pratiquer
  • Appliquer le théorème des racines conjuguées
  • Déterminer toutes les racines d'un polynôme
V Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
  • Diagnostiquer et corriger
  • Problèmes
  • Type bac
  • Quiz

Contrôle du chapitre

4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.

À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.

Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.

Aucun exercice composé.
Aller à la section