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Éducation Nationale Française · Terminale Complémentaire

Logarithme népérien

I Propriétés de la fonction exponentielle
Proposition — Relation fonctionnelle fondamentale
Pour tous réels \(x\) et \(y\) :$$\exp(x + y) = \exp(x) \times \exp(y)$$
Définition — La constante \(e\) et notation puissance
Le nombre \(\exp(1)\) est noté \(e\). Sa valeur approchée est \(e \approx 2{,}718\). Pour tout réel \(x\), on note désormais$$\exp(x) = e^x.$$Cette notation est cohérente avec les puissances : pour tout entier \(n\), \(\exp(n) = \exp(1 + \dots + 1) = e \times \dots \times e = e^n\), et les règles algébriques de \(\exp\) sont exactement les règles des exposants. Pour \(n = 0\) c'est \(\exp(0) = 1 = e^0\), et pour un entier négatif \(n = -m\) cela découle de \(\exp(-m) = \dfrac{1}{\exp(m)} = \dfrac{1}{e^m} = e^{-m}\).
Proposition — Règles de calcul
Pour tous réels \(x, y\) et tout entier relatif \(n\) :
  • \(e^0 = 1\) et \(e^1 = e\)
  • \(e^{x+y} = e^x \times e^y\)
  • \(e^{-x} = \dfrac{1}{e^x}\)
  • \(e^{x-y} = \dfrac{e^x}{e^y}\)
  • \((e^x)^n = e^{nx}\)
Proposition — Courbe représentative de la fonction exponentielle
La fonction exponentielle est strictement positive et strictement croissante sur \(\mathbb{R}\). Sa courbe passe par les points \((0\,;\,1)\) et \((1\,;\,e)\), avec \(e \approx 2{,}718\) ; la tangente au point \((0\,;\,1)\) a pour pente \(\exp'(0) = 1\) et pour équation \(y = x + 1\).
Illustration
Compétences à pratiquer
  • Simplifier en utilisant les lois des exposants
II Définition et réciprocité
Dans de nombreux domaines scientifiques, il faut résoudre des équations où l'inconnue est en exposant, comme \(e^x = a\). Pour ce faire, on utilise la fonction réciproque de l'exponentielle : le logarithme népérien. Alors que la fonction exponentielle croît extrêmement vite, le logarithme croît très lentement.
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La fonction exponentielle est continue et strictement croissante sur \(\mathbb{R}\), avec \(\displaystyle\lim_{x \to -\infty} e^x = 0\) et \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} e^x = +\infty\) : elle prend toutes les valeurs de \(]0 ; +\infty[\). Par le théorème de la bijection, pour tout réel \(x\) strictement positif, il existe un unique réel \(y\) tel que \(e^y = x\). Cette unique solution \(y\) est appelée logarithme népérien de \(x\) et est notée \(\ln(x)\).
Signaler une erreur
Définition — Logarithme népérien
La fonction logarithme népérien, notée \(\ln\), est la fonction définie sur \(]0 ; +\infty[\) qui, à tout réel \(x > 0\), associe l'unique solution de l'équation \(e^y = x\) d'inconnue \(y\). On note :$$ y = \ln(x) $$
Illustration
Proposition — Réciprocité
Pour tout \(x > 0\) et tout réel \(y\) :
  • \(e^y = x \iff y = \ln(x)\)
  • \(e^{\ln(x)} = x\)
  • \(\ln(e^y) = y\)
Valeurs particulières :
\(\ln(1) = 0\) (car \(e^0 = 1\)) et \(\ln(e) = 1\) (car \(e^1 = e\))
Exemple
Simplifier sans calculatrice, puis résoudre l'équation.
  1. \(\ln\left(e^4\right)\)  et  \(e^{\ln 7}\)
  2. \(\ln\left(\dfrac{1}{e}\right)\)
  3. Résoudre \(e^x = 5\), d'inconnue \(x\) réelle.

  1. Les deux règles se défont l'une l'autre, dans un sens comme dans l'autre : $$\ln\left(e^4\right) = 4 \qquad \text{et} \qquad e^{\ln 7} = 7.$$ La première n'exige rien de \(4\) ; la seconde exige \(7 > 0\), sans quoi \(\ln 7\) n'existerait pas.
  2. On écrit le quotient comme une puissance, puis on applique la même règle : $$\ln\left(\frac{1}{e}\right) = \ln\left(e^{-1}\right) = -1.$$
  3. \(5\) est strictement positif, donc l'équation a exactement une solution, et la réciprocité la nomme : $$e^x = 5 \iff x = \ln 5.$$ \(\ln 5\) est la réponse, et elle est exacte. Elle n'admet pas de forme plus simple — une calculatrice donne \(\ln 5 \approx 1{,}609\), mais cette valeur approchée répond à une autre question.

Proposition — Symétrie
Les courbes représentatives des fonctions exponentielle et logarithme népérien sont symétriques par rapport à la droite d'équation \(y = x\).
Illustration
Compétences à pratiquer
  • S'entraîner sur la définition et la réciprocité
  • Déterminer les ensembles de définition
  • Résoudre des équations par la réciprocité
III La relation fonctionnelle
Proposition — Relation fonctionnelle
Pour tous réels \(a\) et \(b\) strictement positifs :$$\ln(a \times b) = \ln(a) + \ln(b)$$

Pour tous réels \(a\) et \(b\) strictement positifs :$$ \begin{aligned}e^{\ln(ab)} &= ab && \text{(par définition : } x = e^{\ln(x)}\text{)} \\ e^{\ln(ab)}&= e^{\ln(a)} \times e^{\ln(b)} && \text{(car } a = e^{\ln(a)} \text{ et } b = e^{\ln(b)}\text{)} \\ e^{\ln(ab)}&= e^{\ln(a) + \ln(b)} && \text{(propriété : } e^x \times e^y = e^{x+y}\text{)} \\ \ln(ab) &= \ln(a) + \ln(b) && \text{(propriété : } e^x =e^y \iff x=y\text{)} \\ \end{aligned} $$

Proposition — Autres règles de calcul
Pour tous \(a > 0\), \(b > 0\) et tout entier relatif \(n\) :
  • Inverse : \(\ln\left(\frac{1}{b}\right) = -\ln(b)\)
  • Quotient : \(\ln\left(\frac{a}{b}\right) = \ln(a) - \ln(b)\)
  • Puissance : \(\ln(a^n) = n\ln(a)\)
  • Racine carrée : \(\ln(\sqrt{a}) = \frac{1}{2}\ln(a)\)

  • Logarithme d'un inverse : Soit \(b > 0\). $$ \begin{aligned} e^{\ln(1/b)} &= \frac{1}{b} && \text{(par définition : } x = e^{\ln(x)}\text{)} \\ e^{\ln(1/b)} &= \frac{1}{e^{\ln(b)}} && \text{(car } b = e^{\ln(b)}\text{)} \\ e^{\ln(1/b)} &= e^{-\ln(b)} && \text{(propriété : } 1/e^x = e^{-x}\text{)} \\ \ln(1/b) &= -\ln(b) && \text{(propriété : } e^x = e^y \iff x=y\text{)} \end{aligned} $$
  • Logarithme d'un quotient : Soient \(a > 0\) et \(b > 0\). $$ \begin{aligned} e^{\ln(a/b)} &= \frac{a}{b} && \text{(par définition : } x = e^{\ln(x)}\text{)} \\ e^{\ln(a/b)} &= \frac{e^{\ln(a)}}{e^{\ln(b)}} && \text{(car } a = e^{\ln(a)} \text{ et } b = e^{\ln(b)}\text{)} \\ e^{\ln(a/b)} &= e^{\ln(a) - \ln(b)} && \text{(propriété : } e^x / e^y = e^{x-y}\text{)} \\ \ln(a/b) &= \ln(a) - \ln(b) && \text{(propriété : } e^x = e^y \iff x=y\text{)} \end{aligned} $$
  • Logarithme d'une puissance : Soient \(a > 0\) et \(n \in \mathbb{Z}\). $$ \begin{aligned} e^{\ln(a^n)} &= a^n && \text{(par définition : } x = e^{\ln(x)}\text{)} \\ e^{\ln(a^n)} &= (e^{\ln(a)})^n && \text{(car } a = e^{\ln(a)}\text{)} \\ e^{\ln(a^n)} &= e^{n\ln(a)} && \text{(propriété : } (e^x)^n = e^{nx}\text{)} \\ \ln(a^n) &= n\ln(a) && \text{(propriété : } e^x = e^y \iff x=y\text{)} \end{aligned} $$
  • Logarithme d'une racine carrée : Soit \(a > 0\). Alors \(\sqrt{a} > 0\) et \(\sqrt{a} \times \sqrt{a} = a\), donc : $$ \begin{aligned} \ln(a) &= \ln\left(\sqrt{a} \times \sqrt{a}\right) && \text{(car } a = \sqrt{a} \times \sqrt{a}\text{)} \\ \ln(a) &= \ln(\sqrt{a}) + \ln(\sqrt{a}) = 2\ln(\sqrt{a}) && \text{(relation fonctionnelle)} \\ \ln(\sqrt{a}) &= \frac{1}{2}\ln(a) && \text{(on divise par } 2\text{)} \end{aligned} $$ La règle de la puissance ne peut pas servir ici : elle n'a été démontrée que pour les exposants entiers, et \(\tfrac{1}{2}\) n'en est pas un.

Exemple
  1. Exprimer \(\ln 12\), \(\ln\dfrac{8}{9}\) et \(\ln\sqrt{6}\) en fonction de \(\ln 2\) et de \(\ln 3\).
  2. Écrire \(A = 3\ln 2 + \ln 5 - \ln 10\) sous la forme d'un seul logarithme.

  1. Dans chaque cas, on décompose d'abord le nombre, puis on lit la règle qui s'applique. $$\begin{aligned} \ln 12 &= \ln(4 \times 3) = \ln 4 + \ln 3 &&\color{gray}\text{(Relation fonctionnelle)} \\ &= 2\ln 2 + \ln 3 &&\color{gray}\text{(Puissance, sur \(4 = 2^2\))} \\ \ln\frac{8}{9} &= \ln 8 - \ln 9 &&\color{gray}\text{(Quotient)} \\ &= 3\ln 2 - 2\ln 3 &&\color{gray}\text{(Puissance, deux fois)} \\ \ln\sqrt{6} &= \frac{1}{2}\ln 6 = \frac{1}{2}\bigl(\ln 2 + \ln 3\bigr) &&\color{gray}\text{(Racine, puis relation fonctionnelle)}. \end{aligned}$$
  2. On transforme chaque coefficient en puissance, puis on rassemble : $$A = \ln 8 + \ln 5 - \ln 10 = \ln\frac{8 \times 5}{10} = \ln 4.$$ La vérification vaut le détour : \(8 \times 5 = 40\) et \(40/10 = 4\), donc \(A = \ln 4 = 2\ln 2\).

Compétences à pratiquer
  • Écrire sous la forme d'un seul logarithme népérien : niveau 1
  • Écrire sous la forme d'un seul logarithme népérien : niveau 2
  • Écrire sous la forme d'un seul logarithme népérien : niveau 3
IV Dérivée, limites et variations
Proposition — Dérivée et continuité
La fonction \(\ln\) est dérivable et continue sur \(]0 ; +\infty[\). Pour tout \(x > 0\) :$$\ln'(x) = \frac{1}{x}$$ Comme \(1/x > 0\) sur cet intervalle, le logarithme népérien est strictement croissant sur \(]0 ; +\infty[\).

On admet que la fonction \(\ln\) est dérivable sur \(]0 ; +\infty[\). On part de l'égalité :$$e^{\ln(x)} = x$$ On dérive les deux membres par rapport à \(x\) :
  • À droite : \((x)' = 1\).
  • À gauche, en utilisant la dérivée de \(e^{u}\), \((e^{u(x)})' = u'(x)e^{u(x)}\) : $$\left(e^{\ln(x)}\right)' = \ln'(x) \times e^{\ln(x)} = \ln'(x) \times x$$
En identifiant les deux résultats, on obtient :$$ \begin{aligned}\ln'(x) \times x &= 1 \\ \ln'(x) &= \frac{1}{x} && \text{(car } x > 0\text{)}\end{aligned} $$

Exemple
Dériver sur \(]0\,;\,+\infty[\) : $$f(x) = 3\ln x - 2x, \qquad g(x) = x\ln x, \qquad h(x) = \frac{\ln x}{x}.$$

Chacune repose sur \(\ln'(x) = \dfrac{1}{x}\) ; seule la règle qui l'entoure change. $$\begin{aligned} f'(x) &= 3 \times \frac{1}{x} - 2 = \frac{3}{x} - 2 &&\color{gray}\text{(Somme, et multiple d'une fonction)} \\ g'(x) &= 1 \times \ln x + x \times \frac{1}{x} = \ln x + 1 &&\color{gray}\text{(Produit)} \\ h'(x) &= \frac{\frac{1}{x} \times x - \ln x \times 1}{x^2} = \frac{1 - \ln x}{x^2} &&\color{gray}\text{(Quotient)}. \end{aligned}$$ La deuxième mérite d'être retenue : \(x\ln x\) a pour dérivée \(\ln x + 1\), qui s'annule lorsque \(\ln x \equal -1\), c'est-à-dire en \(x \equal e^{-1}\). Donc \(x\ln x\) décroît sur \(]0\,;\,e^{-1}]\) puis croît, avec son minimum en \(x \equal e^{-1}\).

Proposition — Limites et asymptote
Le logarithme népérien admet les limites suivantes :
  • \(\displaystyle\lim_{x \to +\infty} \ln(x) = +\infty\)
  • \(\displaystyle\lim_{x \to 0^+} \ln(x) = -\infty\)
La droite d'équation \(x = 0\) (axe des ordonnées) est asymptote verticale à la courbe de \(\ln\).
Exemple
Donner les limites de \(\ln\) aux deux bornes de son domaine, nommer l'asymptote, et dresser son tableau de variations. En déduire le signe de \(\ln x\) suivant \(x\).

Le domaine est \(]0\,;\,+\infty[\), donc il y a deux bornes, et elles ne sont pas de même nature : l'une est une borne finie que la fonction n'atteint jamais, l'autre est l'infini. $$\lim_{x \to 0^+} \ln x = -\infty \qquad \text{et} \qquad \lim_{x \to +\infty} \ln x = +\infty.$$ La première dit que la courbe plonge le long de l'axe des ordonnées : la droite \(x \equal 0\) est une asymptote verticale. La seconde dit qu'elle monte sans borne — lentement, mais sans borne. Comme \(\ln'(x) = \dfrac{1}{x} > 0\) sur tout le domaine, \(\ln\) y est strictement croissante.
Illustration
Une fonction strictement croissante ne traverse zéro qu'une fois au plus, et \(\ln 1 = 0\) : cette traversée est \(x \equal 1\). D'où $$\ln x < 0 \text{ sur } ]0\,;\,1[, \qquad \ln 1 = 0, \qquad \ln x > 0 \text{ sur } ]1\,;\,+\infty[.$$ Ce signe sert constamment, et il se lit sur le tableau, il ne se retient pas.

Compétences à pratiquer
  • Dériver des fonctions de la forme \(\ln x\)
  • Étudier une fonction logarithmique
V Dérivée et variations de \(\ln u\)
Proposition — Dérivée de \(\ln(u(x))\)
Soit \(u\) une fonction dérivable et strictement positive sur un intervalle \(I\). La fonction \(f(x) = \ln(u(x))\) est dérivable sur \(I\) et :$$\textcolor{colorprop}{(\ln(u(x)))' = \frac{u'(x)}{u(x)}}$$

On admet que \(f = \ln u\) est dérivable sur \(I\). Comme \(u(x) > 0\) pour tout \(x\) de \(I\), la réciprocité donne $$e^{\ln(u(x))} = u(x) \qquad \text{pour tout } x \in I.$$ On dérive les deux membres. À droite, la dérivée est \(u'(x)\). À gauche, la fonction est \(e^{v(x)}\) avec \(v = \ln u\), et \(\left(e^{v}\right)' = v'\,e^{v}\) donne $$\left(e^{\ln(u(x))}\right)' = (\ln u)'(x) \times e^{\ln(u(x))} = (\ln u)'(x) \times u(x).$$ En identifiant les deux dérivées : $$\begin{aligned} (\ln u)'(x) \times u(x) &= u'(x) \\ (\ln u)'(x) &= \frac{u'(x)}{u(x)} &&\text{(car } u(x) \neq 0\text{)}. \end{aligned}$$ Avec \(u(x) = x\) sur \(]0\,;\,+\infty[\) on retrouve \(\ln'(x) = \dfrac{1}{x}\).

Exemple
Dériver, chacune sur l'intervalle indiqué. $$f(x) = \ln(3x + 1) \text{ sur } \left]-\tfrac{1}{3}\,;\,+\infty\right[, \qquad g(x) = \ln\left(x^2 + 1\right) \text{ sur } \mathbb{R}, \qquad h(x) = \ln\left(x^2 - 4\right) \text{ sur } ]2\,;\,+\infty[.$$

La règle est toujours \(\dfrac{u'}{u}\) ; toute la difficulté est de contrôler que \(u\) est strictement positive là où l'on travaille. $$\begin{aligned} u(x) = 3x + 1 &> 0 \text{ sur } \left]-\tfrac{1}{3}\,;\,+\infty\right[ &&\Rightarrow\quad f'(x) = \frac{3}{3x+1} \\ u(x) = x^2 + 1 &> 0 \text{ sur } \mathbb{R} &&\Rightarrow\quad g'(x) = \frac{2x}{x^2+1} \\ u(x) = x^2 - 4 &> 0 \text{ sur } ]2\,;\,+\infty[ &&\Rightarrow\quad h'(x) = \frac{2x}{x^2-4}. \end{aligned}$$ La troisième montre pourquoi l'intervalle fait partie de l'énoncé. Le domaine naturel de \(\ln\left(x^2-4\right)\) est \(]-\infty\,;\,-2[ \,\cup\, ]2\,;\,+\infty[\) : deux intervalles séparés, puisque \(x^2 - 4\) s'annule en \(-2\) et en \(2\) et reste négatif entre les deux. L'énoncé en choisit un, et la dérivée s'y calcule ; sur l'autre la formule est la même, mais c'est une autre étude.

Proposition — Variations de \(\ln u\)
Soit \(u\) une fonction dérivable et strictement positive sur un intervalle \(I\). Les fonctions \(u\) et \(\ln u\) ont le même sens de variation sur \(I\) : \(\ln u\) est croissante exactement là où \(u\) est croissante, et décroissante exactement là où \(u\) est décroissante. En effet \((\ln u)' = \dfrac{u'}{u}\) et \(u > 0\), donc \((\ln u)'\) a le signe de \(u'\). Le résultat vaut même sans dérivabilité, parce que \(\ln\) est strictement croissante : si \(a < b\) et \(u(a) \le u(b)\), alors \(\ln(u(a)) \le \ln(u(b))\).
Exemple
Soit \(g\) la fonction définie par \(g(x) = \ln\left(-x^2 + 2x + 15\right)\).
  1. Déterminer le plus grand ensemble sur lequel \(g\) est définie.
  2. Déterminer les variations de \(g\) sur cet ensemble, son maximum, et ses limites aux bornes de l'ensemble.

  1. \(g(x)\) existe exactement lorsque \(u(x) = -x^2 + 2x + 15 > 0\). Le trinôme \(-x^2 + 2x + 15\) a pour discriminant \(\Delta = 4 + 60 = 64\) et pour racines \(\dfrac{-2 \pm 8}{-2}\), c'est-à-dire \(5\) et \(-3\) ; son coefficient dominant étant négatif, il est positif entre ses racines. Donc \(g\) est définie sur \(]-3\,;\,5[\).
  2. Variations. \(u\) est un trinôme de dérivée \(u'(x) = -2x + 2\), positive pour \(x < 1\) et négative pour \(x > 1\) : \(u\) croît sur \(]-3\,;\,1]\) et décroît sur \([1\,;\,5[\), avec pour maximum \(u(1) = -1 + 2 + 15 = 16\). D'après la proposition « Variations de \(\ln u\) », \(g\) a les mêmes variations : elle croît sur \(]-3\,;\,1]\) et décroît sur \([1\,;\,5[\), et son maximum est $$g(1) = \ln 16 = 4\ln 2 \approx 2{,}77.$$ Limites. Quand \(x \to -3^+\) ou \(x \to 5^-\), \(u(x) \to 0^+\) (le trinôme s'annule en \(-3\) et en \(5\) et reste positif entre les deux) ; comme \(\lim_{X \to 0^+} \ln X = -\infty\), $$\lim_{x \to -3^+} g(x) = -\infty \qquad \text{et} \qquad \lim_{x \to 5^-} g(x) = -\infty.$$ Les droites \(x = -3\) et \(x = 5\) sont asymptotes verticales. Aucune dérivée de \(g\) n'a été nécessaire : les variations de \(u\) portent celles de \(\ln u\).
    Illustration

Compétences à pratiquer
  • Dériver des fonctions de la forme \(\ln u\)
  • Étudier une fonction de la forme \(\ln u\)
VI Résoudre avec \(\ln\) et \(\exp\)
Exemple
Résoudre chaque équation ou inéquation, en précisant d'abord le domaine.
  1. \(\ln x = 5\)
  2. \(2\ln x + 1 = -3\)
  3. \(e^{2x-3} = 4\)
  4. \(\ln(1 - x) \le -1\)
  5. \(e^{x+1} \ge 2\)

Deux outils font tout le travail : la réciprocité, \(\ln x = y \iff x = e^{y}\) pour \(x > 0\), et le fait que \(\ln\) et \(\exp\) sont strictement croissantes, donc conservent le sens d'une inégalité.
  1. Domaine \(]0\,;\,+\infty[\). Par réciprocité, \(\ln x = 5 \iff x = e^{5}\), et \(e^{5} > 0\) est dans le domaine : \(S = \{e^{5}\}\).
  2. Domaine \(]0\,;\,+\infty[\). On isole d'abord le logarithme : $$2\ln x + 1 = -3 \iff \ln x = -2 \iff x = e^{-2}.$$ \(S = \{e^{-2}\}\), et \(e^{-2} \approx 0{,}14\) est bien positif.
  3. Domaine \(\mathbb{R}\), puisque \(e^{2x-3}\) existe toujours. On applique \(\ln\) aux deux membres (tous deux strictement positifs) : $$e^{2x-3} = 4 \iff 2x - 3 = \ln 4 \iff x = \frac{3 + \ln 4}{2}.$$ \(S = \left\{\dfrac{3 + \ln 4}{2}\right\}\), soit environ \(2{,}19\). On peut aussi écrire \(\ln 4 = 2\ln 2\), d'où \(x = \dfrac{3}{2} + \ln 2\).
  4. Domaine : \(1 - x > 0\), c'est-à-dire \(x < 1\). En écrivant \(-1 = \ln\left(e^{-1}\right)\), l'inéquation devient \(\ln(1-x) \le \ln\left(e^{-1}\right)\) ; comme \(\ln\) est strictement croissante, elle équivaut, pour \(1 - x > 0\), à $$1 - x \le e^{-1} \iff x \ge 1 - e^{-1}.$$ En croisant avec le domaine : \(S = \left[1 - e^{-1}\,;\,1\right[\), soit environ \([0{,}63\,;\,1[\).
  5. Domaine \(\mathbb{R}\). Comme \(\exp\) est strictement croissante, \(e^{x+1} \ge 2 = e^{\ln 2}\) équivaut à \(x + 1 \ge \ln 2\), c'est-à-dire \(x \ge \ln 2 - 1\). \(S = [\ln 2 - 1\,;\,+\infty[\), soit environ \([-0{,}31\,;\,+\infty[\).

Méthode — Résoudre \(\ln A \equal \ln B\) et \(\ln A \le \ln B\)
Cette méthode vaut pour un énoncé dont les deux membres se ramènent chacun à un seul logarithme. Elle ne couvre pas les énoncés comme \((\ln x)^2 + \ln x = 0\), où \(\ln x\) apparaît au carré : ceux-là appellent le changement de variable \(X = \ln x\), qui les ramène à une équation ordinaire en \(X\).
  1. Le domaine d'abord. Chaque \(\ln\) de l'énoncé exige son argument strictement positif. On résout ces conditions ensemble et on garde leur intersection : en dehors, l'énoncé n'a pas de sens, et aucune solution ne peut en venir.
  2. Un seul logarithme de chaque côté. À l'aide des règles de calcul, on réécrit l'énoncé sous la forme \(\ln A \equal \ln B\), ou \(\ln A \le \ln B\).
  3. Enlever les logarithmes. \(\ln\) est strictement croissante sur \(]0\,;\,+\infty[\), donc elle conserve l'égalité comme l'ordre. Pour \(A > 0\) et \(B > 0\) — ce que l'étape 1 a garanti : $$\ln A = \ln B \iff A = B \qquad \text{et} \qquad \ln A \le \ln B \iff A \le B.$$
  4. Croiser avec le domaine. Une valeur trouvée à l'étape 3 n'est solution que si elle appartient au domaine de l'étape 1.
L'étape 4 n'est pas une formalité, et il vaut la peine d'être exact sur la raison. Enlever les logarithmes est une vraie équivalence sur le domaine — on n'y perd rien et on n'y gagne rien. Ce qui élargit la recherche, c'est le geste suivant : l'équation obtenue est ensuite résolue sur \(\mathbb{R}\) tout entier, où elle peut fort bien avoir des racines que l'énoncé de départ n'avait pas. Ces candidats ne sont pas des fautes de la méthode ; ce sont des valeurs que le domaine doit rejeter.
Exemple
  1. Résoudre \(\ln(x-1) + \ln(x+2) = \ln 4\).
  2. Résoudre \(\ln(2x-1) \le \ln(x+3)\).

  1. Domaine. Il faut \(x - 1 > 0\) et \(x + 2 > 0\), c'est-à-dire \(x > 1\) et \(x > -2\) : le domaine est \(]1\,;\,+\infty[\). Un logarithme de chaque côté, par la relation fonctionnelle : $$\ln\bigl((x-1)(x+2)\bigr) = \ln 4.$$ On les enlève, puisque \(\ln\) est strictement croissante : $$\begin{aligned} (x-1)(x+2) &= 4 &&\color{gray}\text{(Stricte croissance)} \\ x^2 + x - 2 &= 4 &&\color{gray}\text{(Développement)} \\ x^2 + x - 6 &= 0 &&\color{gray}\text{(Mise à zéro)} \\ (x - 2)(x + 3) &= 0. &&\color{gray}\text{(Factorisation : } (x-2)(x+3) = x^2 + x - 6\text{)} \end{aligned}$$ Un produit est nul lorsque l'un de ses facteurs est nul : \(x \equal 2\) ou \(x \equal -3\). On croise avec le domaine. \(2 > 1\), donc \(2\) est gardé. \(-3\) n'est pas dans \(]1\,;\,+\infty[\), et dans l'énoncé de départ \(\ln(-4)\) n'existe pas. Il faut voir d'où vient \(-3\) : non pas de la suppression des logarithmes, qui était une équivalence sur \(]1\,;\,+\infty[\), mais de la résolution de \(x^2 + x - 6 \equal 0\) sur \(\mathbb{R}\) tout entier. D'où \(S = \{2\}\). Vérification : \(\ln 1 + \ln 4 = 0 + \ln 4 = \ln 4\). \checkmark
  2. Domaine. \(2x - 1 > 0\) et \(x + 3 > 0\) donnent \(x > \frac{1}{2}\) et \(x > -3\) : le domaine est \(\left]\frac{1}{2}\,;\,+\infty\right[\). \(\ln\) est strictement croissante, donc elle conserve l'ordre : $$\ln(2x-1) \le \ln(x+3) \iff 2x - 1 \le x + 3 \iff x \le 4.$$ On croise : \(S = \left]\frac{1}{2}\,;\,4\right]\), ouvert à gauche parce que \(\frac{1}{2}\) est exclu par le domaine, fermé à droite parce que l'inégalité est large.

Exemple
Déterminer les entiers naturels \(n\) tels que :
  1. \(1{,}05^{\,n} \ge 1000\)
  2. \(0{,}9^{\,n} < 0{,}01\)

L'inconnue est en exposant : on applique \(\ln\) aux deux membres, ce qui est permis parce qu'ils sont strictement positifs et que \(\ln\) est strictement croissante, donc l'inégalité garde son sens. La règle \(\ln q^n = n\ln q\) fait alors descendre l'exposant. Le seul piège est la dernière étape, la division par \(\ln q\) : son signe dépend de la position de \(q\) par rapport à \(1\).
  1. \(q = 1{,}05 > 1\), donc \(\ln 1{,}05 > 0\) : $$\begin{aligned} 1{,}05^{\,n} \ge 1000 &\iff n\ln 1{,}05 \ge \ln 1000 &&\text{(\(\ln\) strictement croissante, puis \(\ln q^n = n\ln q\))} \\ &\iff n \ge \frac{\ln 1000}{\ln 1{,}05} &&\text{(division par \(\ln 1{,}05 > 0\) : sens conservé)}. \end{aligned}$$ La calculatrice donne \(\dfrac{\ln 1000}{\ln 1{,}05} \approx 141{,}58\), donc les solutions sont les entiers \(n \ge 142\). Vérification : \(1{,}05^{141} \approx 972 < 1000\) et \(1{,}05^{142} \approx 1020 \ge 1000\).
  2. \(q = 0{,}9 < 1\), donc \(\ln 0{,}9 < 0\) : $$\begin{aligned} 0{,}9^{\,n} < 0{,}01 &\iff n\ln 0{,}9 < \ln 0{,}01 &&\text{(\(\ln\) strictement croissante, puis \(\ln q^n = n\ln q\))} \\ &\iff n > \frac{\ln 0{,}01}{\ln 0{,}9} &&\text{(division par \(\ln 0{,}9 < 0\) : sens renversé)}. \end{aligned}$$ La calculatrice donne \(\dfrac{\ln 0{,}01}{\ln 0{,}9} \approx 43{,}71\), donc les solutions sont les entiers \(n \ge 44\). Vérification : \(0{,}9^{43} \approx 0{,}0108 > 0{,}01\) et \(0{,}9^{44} \approx 0{,}0097 < 0{,}01\).
Dans les deux cas la réponse est un seuil : à partir de \(n = 142\), à partir de \(n = 44\). Appliquer \(\ln\) ne renverse jamais rien ; la division par un \(\ln q\) négatif, si, et c'est le signe à contrôler avant d'écrire la dernière ligne.

Compétences à pratiquer
  • Résoudre des inéquations par la monotonie
  • Résoudre équations et inéquations avec \(\ln\)
  • Déterminer un seuil avec \(\ln q^n \equal n \ln q\)
VII Le logarithme dans l'histoire
Neper, ou multiplier en additionnant
À la fin du seizième siècle, astronomes et navigateurs devaient multiplier et diviser à la main des nombres de huit ou dix chiffres, et en extraire les racines carrées : une erreur dans un long produit pouvait ruiner toute une table de positions. Le mathématicien écossais John Napier (1550-1617), que l'on appelle Neper en français, a cherché le moyen de remplacer les multiplications par des additions. Son idée part de deux suites écrites côte à côte : une suite géométrique \(1,\ q,\ q^2,\ q^3,\ \dots\) et la suite arithmétique de ses exposants \(0,\ 1,\ 2,\ 3,\ \dots\) Multiplier deux termes de la première, \(q^p \times q^r = q^{p+r}\), revient à additionner les termes correspondants de la seconde. En choisissant \(q\) extrêmement proche de \(1\) (Neper prend \(q = 1 - 10^{-7}\)), la suite géométrique prend des valeurs si serrées que tout nombre d'une table peut être apparié, approximativement, à un exposant, les trous étant comblés par interpolation. Neper publie en 1614 la première table de logarithmes ; ses logarithmes, construits avec une normalisation qui lui est propre, transforment déjà les produits en sommes, mais à une constante près. Quelques années plus tard, Henry Briggs recalcule une table par une méthode de racines carrées, dans laquelle la règle « produit de la colonne de gauche \(=\) somme de la colonne de droite » est exacte, et pendant trois siècles les tables, puis la règle à calcul, furent la calculatrice de tous les scientifiques. Aujourd'hui la colonne de droite est la fonction \(\ln\) : pour \(a > 0\) et \(b > 0\), la règle de la table est la relation fonctionnelle \(\ln(a \times b) = \ln a + \ln b\), un quotient se lit sur une différence, \(\ln\dfrac{a}{b} = \ln a - \ln b\), et une racine carrée sur une moitié, \(\ln\sqrt{a} = \dfrac{1}{2}\ln a\). La table utilisée ci-dessous est une table moderne, qui donne \(\ln n\) arrondi à quatre décimales. La même idée survit dans les échelles logarithmiques d'aujourd'hui : sur l'échelle des décibels pour le son ou celle des magnitudes pour les séismes, multiplier une grandeur par un facteur fixe ajoute un pas fixe, exactement comme dans une table.
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Exemple
Voici un extrait d'une table de logarithmes népériens, arrondis à quatre décimales.
\(n\) \(\ln n\) \(n\) \(\ln n\) \(n\) \(\ln n\)
\(2\) \(0{,}6931\) \(8\) \(2{,}0794\) \(27\) \(3{,}2958\)
\(3\) \(1{,}0986\) \(9\) \(2{,}1972\) \(81\) \(4{,}3944\)
\(4\) \(1{,}3863\) \(10\) \(2{,}3026\) \(91\) \(4{,}5109\)
\(5\) \(1{,}6094\) \(12\) \(2{,}4849\) \(2456\) \(7{,}8063\)
\(6\) \(1{,}7918\) \(16\) \(2{,}7726\) \(2457\) \(7{,}8067\)
\(7\) \(1{,}9459\) \(18\) \(2{,}8904\) \(2458\) \(7{,}8071\)
À l'aide de la table et de rien d'autre, vérifier que \(\ln 6 = \ln 2 + \ln 3\), puis calculer \(27 \times 91\), \(\dfrac{81}{3}\) et \(\sqrt{16}\).

Les valeurs de la table sont arrondies à \(10^{-4}\), donc toute somme de deux d'entre elles n'est connue qu'à \(2 \times 10^{-4}\) près : les égalités ci-dessous valent à cette précision, ce qui suffit parce que le résultat cherché est un entier et que la table sépare les entiers voisins. Vérification. \(\ln 2 + \ln 3 \approx 0{,}6931 + 1{,}0986 = 1{,}7917\), et la table donne \(\ln 6 \approx 1{,}7918\) : les deux concordent à l'arrondi de la table près, comme le prévoit l'identité exacte \(\ln 6 = \ln 2 + \ln 3\). Produit. \(\ln(27 \times 91) = \ln 27 + \ln 91 \approx 3{,}2958 + 4{,}5109 = 7{,}8067\). En lisant la colonne de droite à l'envers, \(7{,}8067\) est en face de \(2457\), tandis que ses voisins \(2456\) et \(2458\) sont en face de \(7{,}8063\) et \(7{,}8071\), plus loin que l'erreur d'arrondi : le produit étant un entier, \(27 \times 91 = 2457\). Une multiplication de nombres à deux chiffres a été remplacée par une addition et deux lectures, et \(27 \times 91 = 2457\) est bien exact. Quotient. \(\ln\dfrac{81}{3} = \ln 81 - \ln 3 \approx 4{,}3944 - 1{,}0986 = 3{,}2958\), en face de \(27\) : on lit \(\dfrac{81}{3} \approx 27\), et comme ce quotient est connu pour être un entier, \(\dfrac{81}{3} = 27\). Racine carrée. \(\ln\sqrt{16} = \dfrac{1}{2}\ln 16 \approx \dfrac{2{,}7726}{2} = 1{,}3863\), en face de \(4\) : \(\sqrt{16} \approx 4\), exact ici parce que \(16\) est un carré parfait. En général une table ne donne le résultat d'une division ou d'une racine qu'à sa propre précision ; l'extraction d'une racine n'en est pas moins devenue une division par \(2\). Les lignes \(2456\), \(2457\), \(2458\) montrent le prix de la méthode : la table doit être assez fine pour distinguer \(7{,}8063\), \(7{,}8067\) et \(7{,}8071\), et c'est pourquoi les tables historiques comptaient des centaines de pages.

Compétences à pratiquer
  • Problèmes historiques et échelles logarithmiques
VIII Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
  • Raisonner et résoudre des problèmes
  • Problèmes
  • Type bac
  • Quiz

Contrôle du chapitre

4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.

À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.

Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.

Aucun exercice composé.