Éducation Nationale Française · Première Technologie
Épreuves indépendantes et variables aléatoires
I
Épreuves indépendantes
I.1
Deux épreuves indépendantes
Exemple
Une expérience consiste en les deux actions indépendantes suivantes : - Lancer une pièce de monnaie équilibrée.
- Lancer un dé équilibré à six faces.
Soit \(\text{Pile}\) l’événement « obtenir Pile » et \(N\) l’événement « obtenir un nombre strictement supérieur à 4 ».
- Les événements sont indépendants, on peut donc utiliser la règle de multiplication.
- La probabilité d’obtenir Pile est \(P(\text{Pile}) = \dfrac{1}{2}\).
- Les issues pour un nombre strictement supérieur à 4 sont \(\{5\,;\,6\}\). Il y a 2 issues favorables sur 6 issues au total. Donc, \(P(N) = \dfrac{2}{6} = \dfrac{1}{3}\).
- On multiplie les probabilités pour obtenir la probabilité que les deux événements se produisent : $$\begin{aligned} P(\text{Pile} \text{ et } N) &= P(\text{Pile}) \times P(N) \\ &= \dfrac{1}{2} \times \dfrac{1}{3} \\ &= \dfrac{1}{6} \end{aligned}$$
Méthode — Utiliser un arbre de probabilité
- Dessiner les branches pour chaque étape : Dessiner les branches pour le premier événement (lancer de pièce), puis, à l’extrémité de chacune de ces branches, dessiner les branches pour le second événement (lancer de dé).

- Inscrire les probabilités sur chaque branche : La somme des probabilités des branches partant d’un même point doit être égale à 1. Comme les événements sont indépendants, les probabilités des branches du lancer de dé sont les mêmes après « Face » et après « Pile ».

- Multiplier le long du chemin : Pour obtenir la probabilité d’une issue combinée, multiplier les probabilités le long du chemin, du début à la fin.
$$\textcolor{colorprop}{P(\text{« Pile » et « Nombre > 4 »})=\frac{1}{2}\times \frac{1}{3}}$$
Exemple
On lance une pièce équilibrée, puis un dé équilibré ; les deux épreuves sont indépendantes. Présenter l'expérience dans un tableau de probabilités et calculer la probabilité de « Pile et un nombre pair ».
Chaque ligne est un résultat de la pièce, chaque colonne un résultat du dé ; les marges portent \(P(\text{Pile}) = P(\text{Face}) = \frac{1}{2}\) et \(\frac{1}{6}\) pour chaque face. Par indépendance, la probabilité d'une case est le produit du total de sa ligne par le total de sa colonne : \(\frac{1}{2} \times \frac{1}{6} = \frac{1}{12}\) pour chaque case, et les douze cases ont pour somme \(1\).
« Pile et un nombre pair » est la réunion des trois cases (Pile, \(2\)), (Pile, \(4\)), (Pile, \(6\)), incompatibles, donc sa probabilité est \(3 \times \frac{1}{12} = \frac{1}{4}\). La règle de multiplication pour des événements indépendants donne la même valeur, \(P(\text{Pile}) \times P(\text{pair}) = \frac{1}{2} \times \frac{1}{2} = \frac{1}{4}\) : les événements « Pile » et « pair » sont eux aussi indépendants. Un tableau croise les deux épreuves ; un arbre les suit dans l'ordre. Les deux portent les mêmes probabilités.
| \(1\) | \(2\) | \(3\) | \(4\) | \(5\) | \(6\) | Total | |
| Pile | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{2}\) |
| Face | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{12}\) | \(\frac{1}{2}\) |
| Total | \(\frac{1}{6}\) | \(\frac{1}{6}\) | \(\frac{1}{6}\) | \(\frac{1}{6}\) | \(\frac{1}{6}\) | \(\frac{1}{6}\) | \(1\) |
Compétences à pratiquer
- Lire des probabilités sur un arbre donné
- Résoudre des problèmes concrets à l'aide d'un arbre
- Calculer la probabilité de deux événements indépendants
I.2
Répéter une épreuve de Bernoulli
Définition — Épreuve de Bernoulli
Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire à exactement deux issues, appelées succès (\(S\)) et échec (\(E\)). La probabilité du succès est un nombre \(p\) strictement compris entre \(0\) et \(1\) — un succès ni impossible ni certain ; celle de l'échec vaut alors \(1 - p\).
Répéter l'épreuve. On répète maintenant \(n\) fois la même épreuve de Bernoulli, les répétitions étant identiques (la probabilité du succès est \(p\) à chaque épreuve) et indépendantes (quels que soient les résultats des épreuves précédentes, la probabilité de succès à la suivante reste \(p\)) — cette répétition est aussi appelée schéma de Bernoulli. Une issue de l'expérience entière est une liste de \(n\) lettres \(S\) ou \(E\), une par épreuve, et l'arbre de l'expérience a \(2^n\) chemins : \(4\) pour deux épreuves, \(8\) pour trois, \(16\) pour quatre. Par indépendance, la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités écrites sur ses branches : un chemin à \(k\) succès et \(n - k\) échecs, dans n'importe quel ordre, a pour probabilité \(p^k (1 - p)^{n - k}\).
Méthode — Calculer une probabilité avec l'arbre
Pour \(n \leq 4\) répétitions d'une épreuve de Bernoulli : - Dessiner l'arbre, un niveau par épreuve, avec \(p\) sur chaque branche de succès et \(1 - p\) sur chaque branche d'échec (les mêmes nombres à chaque niveau, puisque les épreuves sont identiques et indépendantes).
- Repérer les chemins qui composent l'événement : par exemple « exactement deux succès » retient les chemins qui contiennent exactement deux lettres \(S\).
- Multiplier le long de chaque chemin, puis additionner les chemins retenus : tous les chemins qui ont le même nombre de succès ont la même probabilité, il suffit donc de les compter.
Exemple
Une basketteuse réussit un lancer franc avec la probabilité \(0{,}7\). Elle tire trois lancers francs, de façon indépendante. - Dessiner l'arbre de l'expérience.
- Calculer la probabilité qu'elle en réussisse exactement deux sur les trois.
- Calculer la probabilité qu'elle en réussisse au moins un.
- Chaque lancer est une épreuve de Bernoulli de succès \(S\) (« réussi ») de probabilité \(0{,}7\) et d'échec \(E\) de probabilité \(0{,}3\) ; trois épreuves identiques et indépendantes donnent un arbre à \(8\) chemins.
- « Exactement deux réussis » est formé des trois chemins \(SSE\), \(SES\) et \(ESS\), chacun de probabilité \(0{,}7 \times 0{,}7 \times 0{,}3 = 0{,}147\) : \(P = 3 \times 0{,}147 = 0{,}441\).
- « Au moins un réussi » est le contraire de « aucun réussi », le seul chemin \(EEE\) de probabilité \(0{,}3^3 = 0{,}027\) : \(P = 1 - 0{,}027 = 0{,}973\).
Exemple
On lance quatre fois une pièce équilibrée, les lancers étant indépendants. Sans dessiner tout l'arbre, calculer la probabilité d'obtenir exactement deux fois pile.
Chaque lancer est une épreuve de Bernoulli de succès « pile » de probabilité \(\dfrac{1}{2}\) ; les quatre lancers sont identiques et indépendants, et l'arbre a \(2^4 = 16\) chemins, chacun de probabilité \(\left(\dfrac{1}{2}\right)^4 = \dfrac{1}{16}\). Les chemins à exactement deux piles sont ceux où les deux lettres \(S\) occupent deux des quatre positions : \(SSEE\), \(SESE\), \(SEES\), \(ESSE\), \(ESES\), \(EESS\) — six chemins. D'où \(P = \dfrac{6}{16} = \dfrac{3}{8} = 0{,}375\). Lister les chemins remplace le dessin : à quatre épreuves l'arbre est déjà large, et au-delà de quatre le décompte des chemins demande un outil à part.
Compétences à pratiquer
- Reconnaître une épreuve de Bernoulli
- Calculer avec l'arbre
- Résoudre des problèmes avec l'arbre
II
Variables aléatoires
II.1
La notion de variable aléatoire
Des événements aux nombres
Un événement est un ensemble d'issues et sa probabilité un nombre. Beaucoup de questions sur une expérience aléatoire portent sur un nombre attaché à chaque issue plutôt que sur un événement : le gain d'un jeu, le nombre de « face » en trois lancers, la somme de deux dés. Ce nombre n'est pas fixé d'avance, il dépend de l'issue que le hasard produit ; c'est ce que la définition suivante fixe sous le nom de variable aléatoire.
Définition — Variable aléatoire
Une variable aléatoire, notée \(X\), est une fonction qui associe une valeur numérique à chaque issue \(\omega\) de l'univers \(\Omega\). On note cette valeur \(X(\omega)\). 
Exemple
Soit \(X\) le nombre de « face » obtenu en lançant 2 pièces équilibrées :
(pièce rouge) et
(pièce bleue). Déterminer \(X(\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P})\).
L'issue \((\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P})\) signifie que la pièce rouge donne « face » (F) et la pièce bleue donne « pile » (P). Puisque \(X\) compte les « face », il y a 1 « face ». Donc, \(X(\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P}) = 1\).
Définition — Événements liés à une variable aléatoire
Pour une variable aléatoire \(X\) : - \((X = x)\) : l’ensemble des issues où \(X\) prend la valeur \(x\).
- \((X \leq x)\) : l’ensemble des issues où \(X\) est inférieur ou égal à \(x\).
- \((X \geq x)\) : l’ensemble des issues où \(X\) est supérieur ou égal à \(x\).
Exemple
Soit \(X\) le nombre de « face » obtenu en lançant 2 pièces :
et
. Lister les issues pour \((X = 0)\), \((X = 1)\), \((X = 2)\), \((X \leq 1)\), et \((X \geq 1)\). - \((X = 0) = \{(\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{P})\}\) (aucune « face »).
- \((X = 1) = \{(\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{F}), (\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P})\}\) (une « face »).
- \((X = 2) = \{(\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{F})\}\) (deux « face »).
- \((X \leq 1) = (X = 0) \cup (X = 1) = \{(\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{P}), (\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{F}), (\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P})\}\) (au plus une « face »).
- \((X \geq 1) = (X = 1) \cup (X = 2) = \{(\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{F}), (\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P}), (\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{F})\}\) (au moins une « face »).
Exemple
Un questionnaire comporte trois questions, chacune avec quatre propositions dont une seule est juste. Un élève répond au hasard à chaque question, indépendamment des autres. Définir une variable aléatoire qui modélise la situation, donner ses valeurs possibles et calculer la probabilité que l'élève se trompe à toutes les questions. - La variable : soit \(X\) le nombre de réponses justes parmi les trois. À chaque issue, une suite de trois propositions choisies, \(X\) attache le nombre de réponses justes.
- Ses valeurs possibles : \(0\), \(1\), \(2\) et \(3\).
- L'événement \((X = 0)\) est « les trois réponses sont fausses », et chaque réponse est fausse avec la probabilité \(\frac{3}{4}\) : $$\begin{aligned}[t] P(X = 0) &= \frac{3}{4} \times \frac{3}{4} \times \frac{3}{4} && \scriptscriptstyle\text{(réponses indépendantes)} \\ &= \frac{27}{64} \approx 0{,}42. \end{aligned}$$
Compétences à pratiquer
- Identifier les valeurs possibles
- Définir une variable aléatoire
- Trouver des événements liés à une variable aléatoire
- Définir une variable aléatoire pour modéliser une situation
- Trouver la valeur d’une variable aléatoire
II.2
La loi de probabilité
Oublier les issues et garder les valeurs
Une fois la variable définie, on met souvent les issues de côté pour ne garder que ce que \(X\) produit : ses valeurs, chacune avec la probabilité de l'événement « \(X\) prend cette valeur ». Consigner ces probabilités, dans un tableau ou par une formule, c'est ce que la définition suivante appelle la loi de probabilité de \(X\). Les issues reviennent chaque fois qu'une telle probabilité doit être calculée.
Définition — Loi de probabilité
La loi de probabilité d’une variable aléatoire \(X\) donne la probabilité \(P(X = x_i)\) pour chaque valeur possible \(x_1,x_2,\dots,x_n\). Ici, chaque \(x_i\) est une valeur possible de \(X\) — un nombre réel — pas une issue. Elle peut être représentée par un tableau ou une formule. Proposition — Caractéristique d'une loi de probabilité
Pour une variable aléatoire \(X\) prenant les valeurs \(x_1,x_2,\dots,x_n\), on a : - \(0 \leq P(X=x_i) \leq 1\) pour tout \(i=1,\dots,n\),
- \(\displaystyle\sum_{i=1}^n P(X=x_i) =P(X=x_1)+P(X=x_2)+\dots+P(X=x_n)= 1 \).
Exemple
Soit \(X\) le nombre de « face » obtenu en lançant, de façon indépendante, 2 pièces équilibrées :
et
. - Lister les valeurs possibles de \(X\).
- Déterminer la loi de probabilité.
- Construire le tableau de probabilité.
- Dessiner le graphique de la loi.
- Valeurs possibles : \(0\) (aucune « face »), \(1\) (une « face »), \(2\) (deux « face »).
- Loi de probabilité :
- \(P(X = 0) = P(\{(\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{P})\}) =\frac{1}{4}\),
- \(P(X = 1) = P(\{(\textcolor{colordef}{P},\textcolor{colorprop}{F}), (\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{P})\}) = \frac{2}{4} = \frac{1}{2}\),
- \(P(X = 2) = P(\{(\textcolor{colordef}{F},\textcolor{colorprop}{F})\}) = \frac{1}{4}\).
- Tableau de probabilité :
\(x\) 0 1 2 \(P(X = x)\) \(\frac{1}{4}\) \(\frac{1}{2}\) \(\frac{1}{4}\) - Graphique :
Compétences à pratiquer
- Déterminer la loi de probabilité
- Lire les lois de probabilité à partir de graphiques
- Construire une loi de probabilité
II.3
Espérance
L'espérance d’une variable aléatoire \(X\) est la « moyenne des valeurs si l’on répète l’expérience de nombreuses fois ». Elle est calculée en prenant toutes les valeurs possibles, en multipliant chacune par sa probabilité, et en les additionnant — c'est-à-dire une moyenne pondérée où les probabilités servent de poids.
Définition — Espérance
Soit \(X\) une variable aléatoire prenant les valeurs \(x_1, x_2, \ldots, x_n\). L'espérance de \(X\), notée \(E(X)\) et aussi appelée moyenne, est :$$\begin{aligned}E(X) &= \sum_{i=1}^{n} x_i P(X = x_i)\\
&= x_1 P(X = x_1) + x_2 P(X = x_2) + \cdots + x_n P(X = x_n)\\
\end{aligned}$$ Exemple
On lance 2 pièces équilibrées, et \(X\) est le nombre de « face ». La loi de probabilité est : | \(x\) | 0 | 1 | 2 |
| \(P(X = x)\) | \(\frac{1}{4}\) | \(\frac{1}{2}\) | \(\frac{1}{4}\) |
On calcule \(E(X)\) avec la formule :$$\begin{aligned}E(X) &= 0 \times \frac{1}{4} + 1 \times \frac{1}{2} + 2 \times \frac{1}{4} \\
&= \frac{1}{2} + \frac{2}{4} \\
&= 1\end{aligned}$$ Donc, en moyenne, on s'attend à obtenir 1 « face » en lançant 2 pièces.
Jeu équitable
Quand \(X\) est le gain net d'un joueur, mise déduite, \(E(X)\) est le gain moyen par partie sur un grand nombre de parties. Un jeu est équitable quand \(E(X) = 0\) : en moyenne, le joueur ne gagne ni ne perd. Si \(E(X) > 0\), le jeu favorise le joueur ; si \(E(X) < 0\), il favorise l'organisateur. Avec \(G\) le gain brut et \(m\) la mise, \(X = G - m\) : \(G - m\) prend chaque valeur de \(G\) diminuée de \(m\), donc sa moyenne pondérée diminue de \(m\), et \(E(X) = E(G) - m\). Le jeu est équitable quand la mise est égale à l'espérance du gain brut.
Exemple
On lance un dé équilibré. Le joueur reçoit \(6\) euros pour un \(6\), \(3\) euros pour un \(5\) et rien sinon. Déterminer la mise \(m\) qui rend le jeu équitable.
Le gain brut \(G\) prend les valeurs \(6\), \(3\) et \(0\) avec les probabilités \(\frac{1}{6}\), \(\frac{1}{6}\) et \(\frac{4}{6}\). $$\begin{aligned}[t] E(G) &= 6 \times \frac{1}{6} + 3 \times \frac{1}{6} + 0 \times \frac{4}{6} = 1{,}5 && \scriptscriptstyle\text{(définition de l'espérance)} \\
E(X) &= E(G - m) = E(G) - m = 1{,}5 - m && \scriptscriptstyle\text{(chaque valeur de } G \text{ diminuée de } m\text{)} \end{aligned}$$ Le jeu est équitable quand \(E(X) = 0\), c'est-à-dire \(m = 1{,}5\) : une mise de \(1{,}50\) euro. Avec une mise de \(2\) euros, \(E(X) = -0{,}5\) : le joueur perd \(0{,}50\) euro par partie en moyenne.
Compétences à pratiquer
- Calculer des espérances
- Explorer les espérances
- Déterminer la mise d'un jeu équitable
II.4
La loi de Bernoulli
Une épreuve de Bernoulli produit une variable aléatoire : \(X = 1\) si l'épreuve est un succès, \(X = 0\) si c'est un échec. Sa loi est la loi de Bernoulli de paramètre \(p\), la probabilité de succès.
Définition — Loi de Bernoulli
Une variable aléatoire \(X\) suit une loi de Bernoulli de paramètre \(p\) si : - Les valeurs possibles sont 0 et 1.
- \(P(X = 1) = p\) et \(P(X = 0) = 1 - p\).
Exemple
Un joueur de basketball a 80\(\pourcent\) de chances de réussir un lancer franc. Soit \(X = 1\) si le tir est réussi, et \(X = 0\) s'il est manqué. - \(X\) suit-elle une loi de Bernoulli ?
- Déterminer la probabilité de succès.
- Oui, les valeurs possibles de \(X\) sont 0 et 1. Donc elle suit une loi de Bernoulli.
- Probabilité de succès : \(P(X = 1) = 80\pourcent = 0{,}8\).
Exemple
Une machine remplit des bouteilles. Une bouteille est rejetée avec la probabilité \(0{,}05\). Soit \(X = 1\) si la bouteille est rejetée et \(X = 0\) sinon. - Donner la loi de probabilité de \(X\).
- Calculer \(E(X)\) et l'interpréter.
- Plus généralement, \(X\) suit une loi de Bernoulli de paramètre \(p\). Calculer \(E(X)\).
- \(X\) suit la loi de Bernoulli de paramètre \(p = 0{,}05\) :
\(x\) \(0\) \(1\) \(P(X = x)\) \(0{,}95\) \(0{,}05\) - \(\begin{aligned}[t]E(X) &= 0 \times 0{,}95 + 1 \times 0{,}05 \\ &= 0{,}05\end{aligned}\)
Sur un grand nombre de bouteilles remplies indépendamment, on s'attend à ce que la moyenne des valeurs de \(X\) — c'est-à-dire la fréquence des \(1\), la proportion de bouteilles rejetées — soit proche de \(0{,}05\). - \(\begin{aligned}[t]E(X) &= 0 \times (1 - p) + 1 \times p \\ &= p\end{aligned}\)
L'espérance d'une variable de Bernoulli est son paramètre : \(E(X) = p\).
Proposition — Espérance d'une loi de Bernoulli
Si \(X\) suit une loi de Bernoulli de paramètre \(p\), alors \(E(X) = p\) : l'espérance est la probabilité de l'issue codée \(1\). Sur un grand nombre d'épreuves indépendantes, on s'attend à ce que la fréquence des \(1\) soit proche de \(p\). Compétences à pratiquer
- Reconnaître une loi de Bernoulli
- Déterminer une probabilité de succès
- Identifier et définir une épreuve de Bernoulli
III
Échantillonnage
III.1
La notion d'échantillon
Définition — Échantillon aléatoire
Un échantillon aléatoire de taille \(n\) est constitué des résultats de \(n\) répétitions indépendantes de la même expérience aléatoire (par exemple, tirer un individu au hasard dans une grande population, le tirage étant répété dans des conditions identiques). Exemple
Un sac opaque contient des boules bleues ou rouges. On tire au hasard une boule du sac, on note sa couleur, puis on le replace dans le sac. En répétant ce procédé \(n\) fois, on constitue un échantillon de boules du sac. 
Compétences à pratiquer
- Comprendre la notion d'échantillon
- Identifier les échantillons et les populations
III.2
La fluctuation d'échantillonnage
Définition — Fluctuation d'échantillonnage
Dans une population, on note \(p\) la proportion d'individus présentant un certain caractère. Lorsqu'on prélève un échantillon et qu'on observe la fréquence \(f\) d'apparition de ce caractère, on constate que \(f\) varie d'un échantillon à l'autre. Ce phénomène est appelé fluctuation d'échantillonnage. Exemple
Dans un lycée, il y a \(63\,\pourcent\) de filles (\(p=0{,}63\)). Dans 10 échantillons de taille 50, les fréquences observées de filles fluctuent autour de la proportion réelle : | Échantillon | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 |
| Pourcentage de filles | \(62\,\pourcent\) | \(68\,\pourcent\) | \(60\,\pourcent\) | \(68\,\pourcent\) | \(66\,\pourcent\) | \(68\,\pourcent\) | \(68\,\pourcent\) | \(54\,\pourcent\) | \(66\,\pourcent\) | \(70\,\pourcent\) |
Proposition — Intervalle de fluctuation
On suppose que la proportion réelle d'un caractère dans une population est \(p\), et que l'on prélève au hasard des échantillons de taille \(n\). Alors, dans environ \(95\,\pourcent\) de ces échantillons, la fréquence observée \(f\) appartient à l'intervalle de fluctuation $$ I_n = \left[\, p - \frac{1}{\sqrt{n}}\,;\; p + \frac{1}{\sqrt{n}} \,\right]. $$ On utilise ce résultat sous les conditions de validité usuelles \(n \ge 25\) et \(0{,}2 \le p \le 0{,}8\). L'intervalle est volontairement large : sa couverture dépend de \(p\) et de \(n\), et elle est la plus proche de \(95\,\pourcent\) quand \(p\) est voisin de \(0{,}5\). La demi-largeur \(\dfrac{1}{\sqrt{n}}\) diminue lorsque \(n\) augmente : l'intervalle est donc plus étroit pour les grands échantillons. Méthode — Lire l'intervalle à l'aide d'une simulation
L'intervalle de fluctuation décrit ce que révèle une simulation. Répéter un grand nombre de fois l'expérience « prélever un échantillon de taille \(n\) et relever la fréquence \(f\) ». Environ \(95\,\pourcent\) des fréquences relevées tombent dans \(I_n\), et environ \(5\,\pourcent\) tombent en dehors. Pour décider si une fréquence observée \(f\) est compatible avec un modèle de proportion \(p\) : - calculer l'intervalle \(I_n = \left[\, p - \dfrac{1}{\sqrt{n}}\,;\; p + \dfrac{1}{\sqrt{n}} \,\right]\) ;
- si \(f\) se situe à l'intérieur de \(I_n\), l'observation est compatible avec le modèle (elle fait partie des \(95\,\pourcent\) habituels) ;
- si \(f\) se situe à l'extérieur de \(I_n\), l'observation est un résultat surprenant : une telle valeur est rare sous le modèle, ce qui jette un doute sur la proportion supposée \(p\).
L'image de la fluctuation
Ici, \(25\) échantillons aléatoires de taille \(n = 100\) ont été prélevés dans une population où \(p = 0{,}5\). Chaque point est la fréquence observée dans un échantillon ; la bande est l'intervalle de fluctuation \(\left[\,p - \frac{1}{\sqrt{n}}\,;\; p + \frac{1}{\sqrt{n}}\,\right] = [\,0{,}4\,;\,0{,}6\,]\).
Environ \(95\pourcent\) des échantillons tombent dans la bande — ici \(24\) sur \(25\). Le point qui en sort n'est pas une anomalie : sur \(25\) échantillons, environ une sortie est attendue.
Exemple
On suppose qu'une pièce est équilibrée, donc la proportion de Pile est \(p = 0{,}5\). On la lance \(n = 100\) fois et on obtient Pile \(62\) fois, soit une fréquence observée \(f = 0{,}62\). Déterminer si cette observation est compatible avec l'hypothèse d'une pièce équilibrée.
Les conditions de validité sont vérifiées : \(n = 100 \ge 25\) et \(0{,}2 \le 0{,}5 \le 0{,}8\). L'intervalle de fluctuation est $$ \begin{aligned} I_n &= \left[\, p - \frac{1}{\sqrt{n}}\,;\; p + \frac{1}{\sqrt{n}} \,\right] &&\text{(intervalle de fluctuation)} \\
&= \left[\, 0{,}5 - \frac{1}{\sqrt{100}}\,;\; 0{,}5 + \frac{1}{\sqrt{100}} \,\right] &&\text{(remplacer \(p=0{,}5\), \(n=100\))} \\
&= \left[\, 0{,}5 - 0{,}1\,;\; 0{,}5 + 0{,}1 \,\right] &&\text{(\(\sqrt{100}=10\), donc \(\tfrac{1}{10}=0{,}1\))} \\
&= \left[\, 0{,}4\,;\; 0{,}6 \,\right]. &&\text{(calculer)} \end{aligned} $$ La fréquence observée \(f = 0{,}62\) est à l'extérieur de \(I_n = [0{,}4\,;\,0{,}6]\), car \(0{,}62 > 0{,}6\). C'est un résultat surprenant sous le modèle de la pièce équilibrée : une telle valeur ne se produirait que pour moins de \(5\,\pourcent\) des échantillons de taille \(100\). L'observation jette un doute sur l'hypothèse \(p = 0{,}5\).
D'un échantillon à de nombreux échantillons
L'intervalle de fluctuation \(\left[p - \dfrac{1}{\sqrt{n}}\,;\,p + \dfrac{1}{\sqrt{n}}\right]\) donne une première règle pour juger une fréquence observée, la même pour tout \(p\). Une simulation en donne une plus fine, mesurée sur le modèle lui-même : un ordinateur tire des centaines d'échantillons en une seconde. Les fréquences observées forment alors une série statistique, qui a une moyenne, proche de \(p\), et un écart-type comme n'importe quelle autre série. L'écart-type mesure à quelle distance de leur moyenne, donc de \(p\), les fréquences tombent d'ordinaire : il devient l'unité dans laquelle on juge l'écart entre une fréquence observée et \(p\).
Méthode — Simuler de nombreux échantillons au tableur
Une épreuve à deux issues, codées \(1\) (de probabilité \(p\)) et \(0\), suit une loi de Bernoulli de paramètre \(p\) ; un échantillon de taille \(n\) est formé des résultats de \(n\) telles épreuves indépendantes, et sa fréquence observée est la proportion de \(1\) parmi eux. Un tableur simule de nombreux échantillons sans aucun programme : une ligne par échantillon. Les formules ci-dessous sont écrites pour des échantillons de taille \(n = 100\), avec \(p = 0{,}4\) et \(N = 200\) échantillons. | A | B | \(\dots\) | CV | CW | |
| 1 | épreuve 1 | épreuve 2 | \(\dots\) | épreuve 100 | fréquence |
| 2 | 1 | 0 | \(\dots\) | 0 | 0,41 |
| 3 | 0 | 0 | \(\dots\) | 1 | 0,37 |
| \(\vdots\) | \(\vdots\) | \(\vdots\) | \(\vdots\) | \(\vdots\) | |
| 201 | 0 | 1 | \(\dots\) | 1 | 0,44 |
- Simuler une épreuve : dans la cellule
A2, la formule=SI(ALEA()<0,4;1;0)affiche \(1\) avec la probabilité \(0{,}4\) et \(0\) sinon —ALEA()renvoie un nombre tiré au hasard entre \(0\) et \(1\), toutes les valeurs étant également probables, et un tel nombre est inférieur à \(p\) avec la probabilité \(p\). - Simuler un échantillon de taille \(n\) : recopier cette formule dans les \(100\) cellules
A2àCV2, puis calculer la fréquence observée dans la celluleCW2avec=MOYENNE(A2:CV2): la moyenne des \(0\) et des \(1\) est la proportion de \(1\). - Répéter \(N\) fois : recopier la ligne \(2\) vers le bas jusqu'à la ligne \(201\). Chaque ligne est un nouvel échantillon, et les cellules
CW2àCW201contiennent les \(200\) fréquences observées ; les représenter par un histogramme ou un nuage de points. - Mesurer la dispersion :
=ECARTYPEP(CW2:CW201)calcule l'écart-type \(s\) de la série des \(N\) fréquences observées \(f_1, \ldots, f_N\), comme pour n'importe quelle série statistique : $$s = \sqrt{\dfrac{(f_1 - \bar{f})^2 + \cdots + (f_N - \bar{f})^2}{N}} \quad \text{où } \bar{f} \text{ est leur moyenne.}$$ Il ne faut pas confondre les deux nombres : \(n\) est la taille d'un échantillon, le nombre de colonnes d'épreuves, et \(N\) le nombre d'échantillons, le nombre de lignes. - Compter : calculer les bornes de \([p - ks\,;\,p + ks]\) et les saisir dans
NB.SI.ENS. Par exemple, si la feuille affiche \(s = 0{,}049\), alors \([p - s\,;\,p + s] = [0{,}351\,;\,0{,}449]\) et la formule donne la proportion d'échantillons dont la fréquence appartient à cet intervalle ; faire de même pour \(k = 2\) et \(k = 3\).=NB.SI.ENS(CW2:CW201;">=0,351";CW2:CW201;"<=0,449")/200
F9) tire \(N\) nouveaux échantillons : les fréquences changent, mais les proportions trouvées restent proches des mêmes valeurs. Dans de telles simulations, environ \(70\pourcent\) des fréquences appartiennent à \([p - s\,;\,p + s]\), environ \(95\pourcent\) à \([p - 2s\,;\,p + 2s]\) et presque toutes à \([p - 3s\,;\,p + 3s]\). Une fréquence de \([p - s\,;\,p + s]\) est ordinaire ; une fréquence hors de \([p - 2s\,;\,p + 2s]\) est rare sous le modèle. Exemple
Une machine produit des pièces dont \(40\pourcent\) demandent une retouche : \(p = 0{,}4\). Une simulation de \(N = 200\) échantillons de taille \(n = 100\) donne des fréquences observées comprises entre \(0{,}27\) et \(0{,}55\), d'écart-type \(s \approx 0{,}053\). L'histogramme les représente, par classes d'amplitude \(0{,}04\).
- Donner les trois intervalles.
- Donner les trois proportions d'échantillons, en pourcentage.
- Dans un échantillon réel de \(100\) pièces, \(49\) demandent une retouche. Une telle fréquence est-elle ordinaire ou rare sous le modèle \(p = 0{,}4\) ?
- \([0{,}4 - 0{,}053\,;\,0{,}4 + 0{,}053] = [0{,}347\,;\,0{,}453]\) ; \([0{,}4 - 0{,}106\,;\,0{,}4 + 0{,}106] = [0{,}294\,;\,0{,}506]\) ; \([0{,}4 - 0{,}159\,;\,0{,}4 + 0{,}159] = [0{,}241\,;\,0{,}559]\).
- \(\dfrac{141}{200} = 70{,}5\pourcent\), \(\dfrac{189}{200} = 94{,}5\pourcent\) et \(\dfrac{200}{200} = 100\pourcent\).
- La fréquence observée est \(0{,}49\). Son écart à \(p\) est \(0{,}09\), soit environ \(1{,}7s\) : elle est hors de \([p - s\,;\,p + s]\) mais dans \([p - 2s\,;\,p + 2s]\). Dans la simulation, \(189 - 141 = 48\) échantillons sur \(200\), soit \(24\pourcent\), tombent dans la même zone, et seulement \(200 - 189 = 11\) échantillons, soit \(5{,}5\pourcent\), tombent plus loin. Une fréquence de \(0{,}49\) est moins courante qu'une fréquence ordinaire, sans être rare : elle ne contredit pas, à elle seule, le modèle.
La dispersion et la taille de l'échantillon
La même simulation, menée avec \(p = 0{,}5\) pour plusieurs tailles \(n\), donne les écarts-types suivants.
Chaque fois que \(n\) est multiplié par \(4\), \(s\) est à peu près divisé par \(2\) : les points de coordonnées \(\left(\dfrac{1}{\sqrt{n}}\,;\,s\right)\) sont presque alignés avec l'origine. Une simulation donne des valeurs approchées, mais la régularité est nette : pour un \(p\) donné, la dispersion est de l'ordre de \(\dfrac{1}{\sqrt{n}}\). Pour diviser la dispersion par environ \(k\), il faut multiplier la taille de l'échantillon par \(k^2\) : un sondage dix fois plus précis coûte cent fois plus de réponses. Pour \(p = 0{,}5\), le tableau donne \(s \approx 0{,}5 \times \dfrac{1}{\sqrt{n}}\), donc \(2s \approx \dfrac{1}{\sqrt{n}}\) : l'intervalle \([p - 2s\,;\,p + 2s]\) est alors l'intervalle de fluctuation. La fluctuation ne disparaît jamais, si grand que soit l'échantillon ; mais la dispersion diminue, donc la fréquence observée reste de plus en plus proche de \(p\) — c'est ce qu'énonce la section suivante.
| \(n\) | \(25\) | \(100\) | \(400\) | \(1\,600\) |
| \(s\) | \(0{,}099\) | \(0{,}051\) | \(0{,}025\) | \(0{,}013\) |
| \(1/\sqrt{n}\) | \(0{,}2\) | \(0{,}1\) | \(0{,}05\) | \(0{,}025\) |
Compétences à pratiquer
- Comprendre la fluctuation d'échantillonnage
- Calculer l'intervalle de fluctuation
- Observer la fluctuation et juger avec l'intervalle
- Juger une fréquence observée avec l'écart-type
- Calculer les intervalles autour de \(p\)
- Simuler, juger et dimensionner
IV
Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
- Problèmes
- Quiz
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