Aller au contenu
\( \definecolor{colordef}{RGB}{249,49,84} \definecolor{colorprop}{RGB}{18,102,241} \)
Éducation Nationale Française · Terminale Complémentaire

Suites et modèles discrets

I Définition et représentation graphique d'une suite
I.1 Suites définies par une formule explicite
Définition — Formule explicite
Une formule explicite définit directement le \(n\)-ième terme d'une suite, \(u_n\), en fonction de sa position \(n\).$$u_n = f(n)$$
Compétences à pratiquer
  • Utiliser une formule explicite
I.2 Suites définies par récurrence
Définition — Définition par récurrence
Une définition par récurrence d'une suite comprend deux parties :
  • Le premier terme (ou terme initial), noté par exemple \(u_0\) ou \(u_1\). C'est le point de départ.
  • La règle de récurrence (ou relation de récurrence), qui est une formule exprimant le terme suivant, \(u_{n+1}\), en fonction du terme courant, \(u_n\), pour tout entier \(n\) concerné (par exemple \(n \ge 0\) ou \(n \ge 1\)).
Une fois ces deux éléments connus, on peut calculer tous les termes de la suite pas à pas.
Compétences à pratiquer
  • Utiliser une relation de récurrence
I.3 Suites croissantes et décroissantes
Définition — Suites croissantes et décroissantes
Soit \((u_n)\) une suite.
  • La suite \((u_n)\) est croissante à partir du rang \(n_0\) si, pour tout \(n \ge n_0\), on a \(\boldsymbol{u_{n+1} \ge u_n}\).
    Illustration
  • La suite \((u_n)\) est décroissante à partir du rang \(n_0\) si, pour tout \(n \ge n_0\), on a \(\boldsymbol{u_{n+1} \le u_n}\).
    Illustration
  • Une suite qui est soit croissante, soit décroissante est dite monotone.
Compétences à pratiquer
  • Lire le sens de variation sur un graphique
I.4 Étudier le sens de variation d'une suite
Méthode — Étude du signe de \(u_{n+1}-u_n\)
Pour étudier le sens de variation d'une suite \((u_n)\), on peut déterminer le signe de la différence entre deux termes consécutifs :
  • Si pour tout \(n\geq n_0\), \(\textcolor{colorprop}{u_{n+1}-u_n \ge 0}\), alors la suite est croissante à partir du rang \(n_0\).
  • Si pour tout \(n\geq n_0\), \(\textcolor{colorprop}{u_{n+1}-u_n \le 0}\), alors la suite est décroissante à partir du rang \(n_0\).
Exemple
Étudier le sens de variation de la suite \((u_n)\) définie par \(u_n = 2n - 3\).

Soit \(n \in \mathbb{N}\).$$\begin{aligned}u_{n+1}-u_n &= \bigl[2(n+1)-3\bigr]-\bigl[2n-3\bigr]\\ &= 2n+2-3-2n+3\\ &= 2.\end{aligned}$$ Comme \(2>0\), la suite \((u_n)\) est strictement croissante.

Méthode — Comparaison entre \(\frac{u_{n+1}}{u_n}\) et \(1\)
Pour une suite à termes strictement positifs (\(u_n>0\)) :
  • Si pour tout \(n\geq n_0\), \(\textcolor{colorprop}{\dfrac{u_{n+1}}{u_n} \geq 1}\), alors la suite est croissante à partir du rang \(n_0\).
  • Si pour tout \(n\geq n_0\), \(\textcolor{colorprop}{\dfrac{u_{n+1}}{u_n} \leq 1}\), alors la suite est décroissante à partir du rang \(n_0\).
Exemple
Étudier le sens de variation de la suite \((u_n)\) définie par \(u_n = 2^n\).

Soit \(n \in \mathbb{N}\).
Tous les termes sont positifs (\(2^n>0\)).$$\begin{aligned}\frac{u_{n+1}}{u_n}&= \frac{2^{n+1}}{2^n}\\ &= 2^{n+1-n}\\ &= 2.\end{aligned}$$ Comme \(2>1\), la suite \((u_n)\) est strictement croissante.

Compétences à pratiquer
  • Étudier le signe de la différence
  • Comparer le quotient à 1
I.5 Représentation graphique d'une suite récurrente
Lorsqu'une suite est définie par une relation \(u_{n+1} = f(u_n)\), ses termes se lisent sur un graphique sans être calculés : la courbe de la fonction \(f\) donne \(u_{n+1}\) à partir de \(u_n\), et la droite d'équation \(y = x\) ramène chaque valeur sur l'axe des abscisses pour que l'étape suivante puisse commencer. Le dessin obtenu — un escalier ou une spirale — permet de conjecturer le comportement de la suite : son sens de variation et sa limite. La fonction doit envoyer l'intervalle d'étude dans lui-même, pour que chaque terme reste là où la courbe est tracée.
Signaler une erreur
Méthode — Le tracé en escalier ou en toile d'araignée
Pour représenter les premiers termes de \((u_n)\), définie par \(u_0\) et \(u_{n+1} = f(u_n)\), sur l'axe des abscisses :
  1. Tracer la courbe \(\mathcal{C}_f\) de la fonction \(f\) et la droite \(\Delta\) d'équation \(y = x\), dans le même repère.
  2. Placer \(u_0\) sur l'axe des abscisses.
  3. Monter (ou descendre) verticalement depuis \(u_0\) jusqu'à la courbe \(\mathcal{C}_f\) : le point atteint a pour ordonnée \(f(u_0) = u_1\).
  4. Rejoindre horizontalement la droite \(\Delta\) : le point atteint a pour abscisse \(u_1\) — la valeur a été reportée sur l'axe des abscisses.
  5. Recommencer les étapes 3 et 4 depuis \(u_1\) pour obtenir \(u_2\), puis \(u_3\), et ainsi de suite.
Quand la courbe est au-dessus de \(\Delta\), les termes augmentent ; quand elle est en dessous, ils diminuent ; quand la courbe traverse \(\Delta\) en descendant, les termes voisins du point de croisement alternent de part et d'autre de celui-ci, et le tracé s'enroule en spirale.
Exemple
Soit \((u_n)\) la suite définie par \(u_0 = 0\) et, pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(u_{n+1} = 0{,}5\,u_n + 3\). La fonction \(f : x \mapsto 0{,}5x + 3\) envoie l'intervalle \([0\,;\,6]\) dans lui-même. Représenter \(u_0\), \(u_1\), \(u_2\), \(u_3\) sur l'axe des abscisses et conjecturer le sens de variation et la limite de \((u_n)\).

Illustration
La courbe est au-dessus de la droite \(y = x\) sur \([0\,;\,6[\) : depuis \(u_0 = 0\) l'escalier monte, \(u_1 = 3\), \(u_2 = 4{,}5\), \(u_3 = 5{,}25\), et les marches raccourcissent en approchant du point de croisement de la courbe et de la droite, dont l'abscisse vérifie \(0{,}5x + 3 = x\), soit \(x = 6\). Conjecture : \((u_n)\) est croissante et converge vers \(6\). Le dessin suggère ; il ne démontre pas.

Exemple
Soit \((u_n)\) la suite définie par \(u_0 = 0\) et, pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(u_{n+1} = \sqrt{u_n + 2}\). La fonction \(f : x \mapsto \sqrt{x + 2}\) envoie \([0\,;\,2]\) dans lui-même. Représenter les premiers termes et conjecturer le comportement de \((u_n)\).

Illustration
\(u_1 = \sqrt{2} \approx 1{,}41\), \(u_2 = \sqrt{u_1 + 2} \approx 1{,}85\), \(u_3 \approx 1{,}96\) : l'escalier monte vers le point où \(\sqrt{x + 2} = x\), c'est-à-dire \(x = 2\) (seule solution avec \(x \geqslant 0\), puisque \(x^2 - x - 2 = (x - 2)(x + 1)\)). Conjecture : \((u_n)\) est croissante et converge vers \(2\).

Lire un tracé : une conjecture, pas une preuve
Le tracé dit trois choses, et chacune est une conjecture à confirmer par un calcul ou un théorème :
  • un escalier qui avance toujours dans le même sens suggère une suite monotone — croissante quand la courbe est au-dessus de la droite, décroissante quand elle est en dessous ;
  • une spirale qui s'enroule autour d'un point de croisement suggère une suite non monotone, dont les termes alternent de part et d'autre d'une limite ;
  • des marches qui rétrécissent vers un point de croisement de \(\mathcal{C}_f\) et \(\Delta\) suggèrent la convergence vers l'abscisse \(\ell\) de ce point, qui vérifie \(f(\ell) = \ell\) ; des marches qui grandissent suggèrent la divergence.
Calculer quelques termes de plus — sur papier ou en Python — renforce une conjecture lue sur un tracé mais ne la démontre pas. Dans ce chapitre, le cas linéaire \(u_{n+1} = a\,u_n + b\) est tranché par la forme explicite trouvée à la section sur les suites arithmético-géométriques.
Signaler une erreur
Compétences à pratiquer
  • Lire un tracé en escalier
  • Construire le tracé et conjecturer
  • Calculer les termes d'une suite récurrente en Python
II Limite d'une suite
II.1 Approche intuitive de la limite
Une fois le sens de variation connu, une seconde question se pose : que deviennent les termes \(u_n\) quand \(n\) devient très grand — mille, un million, et au-delà ? Deviennent-ils de plus en plus grands, se rapprochent-ils d'un nombre fixe, ou continuent-ils d'osciller ? C'est la question de la limite d'une suite.
Signaler une erreur
Définition — Limite d'une suite
Soit \((u_n)\) une suite.
  • \((u_n)\) a pour limite \(+\infty\) (quand \(n\) tend vers \(+\infty\)) si les termes \(u_n\) deviennent aussi grands que l'on veut, pourvu que \(n\) soit assez grand. On note \(\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
  • \((u_n)\) a pour limite \(-\infty\) si les termes \(u_n\) deviennent aussi grands que l'on veut dans les négatifs, pourvu que \(n\) soit assez grand. On note \(\lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
  • \((u_n)\) a pour limite un réel \(\ell\) si les termes \(u_n\) deviennent aussi proches de \(\ell\) que l'on veut, pourvu que \(n\) soit assez grand : on dit que \((u_n)\) converge vers \(\ell\), et on note \(\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell\).
Une suite qui ne converge pas (limite infinie, ou pas de limite du tout) est dite divergente. Une suite peut en effet n'avoir aucune limite : par exemple \(u_n = (-1)^n\) alterne indéfiniment entre \(1\) et \(-1\).
Exemple
Conjecturer la limite éventuelle de chaque suite définie pour \(n \geq 1\) : $$u_n = \frac{1}{n} \qquad v_n = n^2 \qquad w_n = (-1)^n \qquad t_n = 0{,}5^n$$

On calcule quelques termes pour de grandes valeurs de \(n\) :
\(n\) \(1\) \(10\) \(101\) \(1000\)
\(u_n = 1/n\) \(1\) \(0{,}1\) \(\approx 0{,}0099\) \(0{,}001\)
\(v_n = n^2\) \(1\) \(100\) \(10\,201\) \(1\,000\,000\)
\(w_n = (-1)^n\) \(-1\) \(1\) \(-1\) \(1\)
\(t_n = 0{,}5^n\) \(0{,}5\) \(\approx 0{,}001\) \(\approx 4 \times 10^{-31}\) \(\approx 0\)
  • Les termes \(u_n\) deviennent aussi proches de \(0\) que l'on veut : on conjecture \(\lim u_n = 0\).
  • Les termes \(v_n\) deviennent aussi grands que l'on veut : \(\lim v_n = +\infty\).
  • \(w_n\) prend alternativement les valeurs \(-1\) et \(1\) (\(w_{101} = -1\)) : pas de limite.
  • Les termes \(t_n\) deviennent aussi proches de \(0\) que l'on veut : \(\lim t_n = 0\).
Illustration

Compétences à pratiquer
  • Conjecturer la limite d'une suite
II.2 Limite infinie et seuil
Exemple
Les suites \((n)\), \((n^2)\), \((\sqrt{n})\) et \((n^3)\) ont pour limite \(+\infty\).
Exemple
Les suites \((-2n)\), \((-n^2)\) et \((-5\sqrt{n})\) ont pour limite \(-\infty\).
Méthode — Déterminer un seuil
Lorsque \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\), la définition dit que pour tout réel \(A\) les termes dépassent \(A\) à partir d'un certain rang. Pour une suite croissante, le seuil pour \(A\) est le plus petit rang \(n_0\) tel que \(u_{n_0} > A\) : à partir de ce rang, tous les termes dépassent \(A\). Deux techniques.
  1. Par une inéquation (formule explicite) : résoudre l'inéquation \(u_n > A\) d'inconnue l'entier \(n\). Lorsque la suite est croissante, la première solution entière est le seuil.
  2. En parcourant les termes (suite quelconque, typiquement définie par récurrence) : calculer \(u_0\), \(u_1\), \(u_2\), … jusqu'à dépasser \(A\), avec un tableau de valeurs à la calculatrice ou une boucle while en Python. Pour \(u_0 = 2\) et \(u_{n+1} = 1{,}5\,u_n\) :
    def threshold(A):
        n = 0
        u = 2              # u_0
        while u <= A:
            n = n + 1
            u = 1.5 * u    # u_n
        return n
    La boucle s'arrête : comme \(u_n \to +\infty\), la définition garantit qu'un terme dépasse \(A\). Elle renvoie le premier rang \(n\) tel que \(u_n > A\), qui est le seuil lorsque la suite est croissante. Pour une suite qui n'est pas croissante, ce premier rang n'est pas nécessairement un rang à partir duquel tous les termes dépassent \(A\).
Exemple
Soit \(u_n = n^2 - 3\) pour tout entier naturel \(n\). Déterminer le seuil pour \(A = 1000\).

La suite est croissante, car \(u_{n+1} - u_n = 2n + 1 > 0\).
  1. Par une inéquation. $$\begin{aligned} u_n > 1000 &\iff n^2 - 3 > 1000 \\ &\iff n^2 > 1003. && \text{(on ajoute 3)} \end{aligned}$$ Comme \(31^2 = 961 < 1003\) et \(32^2 = 1024 > 1003\), la première solution entière est \(n = 32\) : le seuil est \(n_0 = 32\).
  2. Par une boucle. La fonction de la méthode est adaptée à la suite : la valeur initiale devient \(u_0 = -3\) et la mise à jour devient \(u_n = n^2 - 3\).
    def threshold(A):
        n = 0
        u = -3               # u_0
        while u <= A:
            n = n + 1
            u = n * n - 3    # u_n
        return n
    threshold(1000) renvoie 32.

Compétences à pratiquer
  • Déterminer un seuil par une inéquation
  • Déterminer un seuil en Python
II.3 Limite finie et convergence
Rang d'approximation
Lorsque \((u_n)\) converge vers \(\ell\), la définition fournit, pour tout \(\varepsilon > 0\), un rang à partir duquel \(|u_n - \ell| < \varepsilon\). Pour déterminer un tel rang, les deux techniques du seuil (méthode « Déterminer un seuil ») s'appliquent à l'inéquation \(|u_n - \ell| < \varepsilon\) : la résoudre, ou parcourir les termes avec la boucle while abs(u - l) >= eps.
Attention : la boucle renvoie le premier rang où l'inégalité est vérifiée. Lorsque \(|u_n - \ell|\) décroît (par exemple \(|u_n - \ell| = \frac1n\)), ce premier rang est un rang à partir duquel l'inégalité reste vraie ; sinon, cela doit être vérifié à part.
Signaler une erreur
Exemple
La suite définie par \(u_n = (-1)^n\) n'admet aucune limite. Elle alterne entre \(-1\) et \(1\) sans se rapprocher d'une valeur fixe. C'est donc une suite divergente.
Illustration
Compétences à pratiquer
  • Déterminer un rang d'approximation
II.4 Opérations sur les limites
Proposition — Somme et produit
Soient \(\ell\) et \(\ell'\) deux nombres réels.
  • Somme
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n\) \(\ell\) \(\ell\) \(\ell\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n\) \(\ell'\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (u_n+v_n)\) \(\ell+\ell'\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) FI FI
  • Produit
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n\) \(\ell\) \(\ell \neq 0\) \(\pm\infty\) \(0\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n\) \(\ell'\) \(\pm\infty\) \(\pm\infty\) \(\pm\infty\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} (u_n \times v_n)\) \(\ell\ell'\) \(\pm\infty\) (règle des signes) \(\pm\infty\) (règle des signes) FI
FI signifie forme indéterminée : les seules limites de \((u_n)\) et \((v_n)\) ne permettent pas de conclure, une étude supplémentaire est nécessaire (transformation de l'expression, comparaison, encadrement).
Proposition — Quotient de deux suites
Soit \((u_n)\) et \((v_n)\) deux suites telles que pour tout entier naturel \(n\), \(v_n \neq 0\).
  • Cas où \(\lim v_n = \ell' \neq 0\) ou \(\pm\infty\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n \) \(\ell\) \(\ell\) \(+\infty\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(\pm\infty\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n \) \(\ell' \neq 0\) \(\pm\infty\) \(\ell'>0\) \(\ell'<0\) \(\ell'>0\) \(\ell'<0\) \(\pm\infty\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \frac{u_n}{v_n} \) \(\frac{\ell}{\ell'}\) \(0\) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) FI
  • Cas où \(\lim v_n = 0\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n \) \(\ell>0\) ou \(+\infty\) \(\ell<0\) ou \(-\infty\) \(\ell>0\) ou \(+\infty\) \(\ell<0\) ou \(-\infty\) \(0\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n \) \(0\) en restant \(+\) \(0\) en restant \(+\) \(0\) en restant \(-\) \(0\) en restant \(-\) \(0\)
    \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \frac{u_n}{v_n} \) \(+\infty\) \(-\infty\) \(-\infty\) \(+\infty\) FI
Méthode — Factoriser par le terme dominant
Lorsque les règles donnent une forme indéterminée (\(+\infty - \infty\), \(\frac{\infty}{\infty}\), \(\frac{0}{0}\)), la limite ne se lit pas directement : il faut d'abord transformer l'expression. Pour les expressions polynomiales et rationnelles en \(n\) :
  1. Dans chaque somme, factoriser par le terme dominant, celui qui croît le plus vite (pour une expression polynomiale en \(n\), la plus haute puissance de \(n\)) : par exemple \(n^2 - 3n = n^2\left(1 - \dfrac{3}{n}\right)\).
  2. Dans un quotient, factoriser par le terme dominant du numérateur et par celui du dénominateur, puis simplifier.
  3. Appliquer les règles à la nouvelle expression : le facteur entre parenthèses a une limite finie, obtenue à partir de \(\dfrac{1}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), \(\dfrac{1}{n^2} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), …
Exemple
Déterminer la limite de chaque suite.
  1. \(u_n = n^2 - 3n\) pour tout entier naturel \(n\).
  2. \(v_n = \dfrac{2n^2 + 1}{n^2 + n}\) pour tout entier \(n \ge 1\).

  1. \(n^2 \to +\infty\) (limite de référence) et \(3n \to +\infty\) (règle du produit) : la différence est une forme indéterminée \(+\infty - \infty\). Pour \(n \ge 1\), on factorise par le terme dominant \(n^2\) : $$\begin{aligned} u_n &= n^2 - 3n \\ &= n^2 \times 1 - n^2 \times \frac{3}{n} && \text{(on écrit } 3n = n^2 \times \tfrac{3}{n}\text{)} \\ &= n^2\left(1 - \frac{3}{n}\right). \end{aligned}$$ Or \(\dfrac{3}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), donc \(1 - \dfrac{3}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 1\), et \(n^2 \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\). Par la règle du produit, \(u_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\).
  2. Le numérateur et le dénominateur tendent tous deux vers \(+\infty\) : forme indéterminée \(\frac{\infty}{\infty}\). On factorise par le terme dominant \(n^2\) en haut et en bas : $$\begin{aligned} v_n &= \frac{2n^2 + 1}{n^2 + n} \\ &= \frac{n^2\left(2 + \frac{1}{n^2}\right)}{n^2\left(1 + \frac{1}{n}\right)} && \text{(on factorise par } n^2\text{)} \\ &= \frac{\cancel{n^2}\left(2 + \frac{1}{n^2}\right)}{\cancel{n^2}\left(1 + \frac{1}{n}\right)} && \text{(on simplifie)} \\ &= \frac{2 + \frac{1}{n^2}}{1 + \frac{1}{n}}. \end{aligned}$$ Comme \(\dfrac{1}{n^2} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\) et \(\dfrac{1}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0\), le numérateur tend vers \(2\) et le dénominateur vers \(1\) : par la règle du quotient, \(v_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} 2\).

Proposition — Limites des suites arithmétiques
Soit \((u_n)\) une suite arithmétique de raison \(r\).
  • Si \(\boldsymbol{r > 0}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
  • Si \(\boldsymbol{r < 0}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
  • Si \(\boldsymbol{r = 0}\), la suite est constante et \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = u_0\).
Exemple
  • Soit \(u_n = 5 + 3n\). Comme \(r=3 > 0\), \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty\).
  • Soit \(v_n = 10 - 2n\). Comme \(r=-2 < 0\), \(\displaystyle\lim_{n \to +\infty} v_n = -\infty\).
Compétences à pratiquer
  • Appliquer les opérations sur les limites
  • Calculer des limites par opérations algébriques
  • Lever une indétermination par factorisation
III Limite et comparaison
III.1 Comparaison et passage à la limite
Théorème — Théorème de comparaison
Soient \((u_n)\) et \((v_n)\) deux suites numériques.
Si (1) à partir d'un certain rang \(n_0\), on a \(u_n \ge v_n\), et si (2) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = +\infty\),
alors :$$\lim_{n \to +\infty} u_n = +\infty$$ De même, si à partir d'un certain rang \(u_n \le v_n\) et \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = -\infty\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} u_n = -\infty\).
Illustration
Exemple
Soit \(u_n = 2n + (-1)^n\) pour tout entier naturel \(n\). Déterminer la limite de la suite \((u_n)\).

La suite \(((-1)^n)\) alterne entre \(-1\) et \(1\), donc la règle de la somme ne s'applique pas. On minore \(u_n\) : pour tout entier naturel \(n\), $$\begin{aligned} (-1)^n &\ge -1 \\ 2n + (-1)^n &\ge 2n - 1. && \text{(on ajoute } 2n\text{)} \end{aligned}$$ La suite \((2n - 1)\) est arithmétique de raison \(2 > 0\), donc \(2n - 1 \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\). Comme \(u_n \ge 2n - 1\) pour tout \(n\), le théorème de comparaison donne \(u_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} +\infty\).
Illustration

Compétences à pratiquer
  • Utiliser la comparaison pour déterminer une limite
III.2 Le théorème des gendarmes
Théorème — Théorème des gendarmes
Soient \((u_n)\), \((v_n)\) et \((w_n)\) trois suites numériques.
Si (1) à partir d'un certain rang, \(\textcolor{colordef}{v_n} \leq \textcolor{olive}{u_n} \leq \textcolor{colorprop}{w_n}\), et si (2) \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} v_n = \lim_{n \to +\infty} w_n = \ell\), où \(\ell\) est un réel,
alors la suite \((u_n)\) converge et sa limite est \(\ell\).
Illustration
Exemple
Calculer la limite de la suite \((u_n)\) définie pour \(n \ge 1\) par \(u_n = \dfrac{(-1)^n}{n}\).

Pour tout \(n \ge 1\), on a \(-1 \le (-1)^n \le 1\).
Comme \(n > 0\), on peut diviser les membres de l'inégalité par \(n\) :$$-\frac{1}{n} \le \frac{(-1)^n}{n} \le \frac{1}{n}$$ On a :
  • \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} -\frac{1}{n} = 0\)
  • \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \frac{1}{n} = 0\)
D'après le théorème des gendarmes, on en déduit :$$\lim_{n \to +\infty} \frac{(-1)^n}{n} = 0$$
Illustration

Compétences à pratiquer
  • Utiliser le théorème des gendarmes pour déterminer une limite finie
IV Cas particuliers
IV.1 Suites géométriques
Définition — Suite géométrique
Une suite géométrique est une suite dont chaque terme, à partir du deuxième, s'obtient en multipliant le précédent par un même nombre non nul. Ce nombre est appelé la raison de la suite, notée \(q\).
  • Définition par récurrence : Le terme suivant s'obtient à partir du précédent par :$$u_{n+1} = q \times u_n$$
  • Formule explicite : On peut aussi calculer directement n'importe quel terme à partir de son rang \(n\).
    • Si la suite commence par \(u_1\) : $$u_n = u_1 \times q^{n-1}$$
    • Si la suite commence par \(u_0\) : $$u_n = u_0 \times q^n$$
Proposition — Terme général d'une suite géométrique
Soit \((u_n)\) une suite géométrique de raison \(q\).
  • Pour tout entier naturel \(n\) : \(u_n = u_0 \times q^n\).
  • Si la suite commence à \(u_1\) : \(u_n = u_1 \times q^{n-1}\).
  • Plus généralement, pour tous entiers naturels \(n\) et \(p\) avec \(n \geq p\) : \(u_n = u_p \times q^{n-p}\).
Exemple
Soit \((u_n)\) la suite géométrique de premier terme \(u_0 = 3\) et de raison \(q = 2\).
  1. Calculer \(u_{10}\).
  2. Une autre suite géométrique \((v_n)\) a pour raison \(2\) et vérifie \(v_4 = 24\). Calculer \(v_7\).

  1. D'après la proposition, \(u_{10} = u_0 \times q^{10} = 3 \times 2^{10} = 3 \times 1024 = 3072\).
  2. En partant de \(v_4\) : \(v_7 = v_4 \times 2^{7-4} = 24 \times 8 = 192\).

Compétences à pratiquer
  • Démontrer qu'une suite est géométrique
  • Écrire le terme général d'une suite géométrique
IV.2 Limite d'une suite géométrique
Proposition — Limites des suites géométriques
Soit \(q\) un nombre réel. La limite de la suite \((q^n)\) dépend de la valeur de \(q\) :
  • Si \(\boldsymbol{q > 1}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = +\infty\).
  • Si \(\boldsymbol{-1 < q < 1}\), alors \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = 0\).
  • Si \(\boldsymbol{q = 1}\), alors la suite est constante et \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} q^n = 1\).
  • Si \(\boldsymbol{q \le -1}\), alors la suite n'a pas de limite.
Pour \(q = 0\), on considère les termes à partir de \(n = 1\), de sorte que chaque terme soit défini.
Exemple
  • \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} 1{,}05^n = +\infty\) car \(1{,}05 > 1\).
  • \(\displaystyle \lim_{n \to +\infty} \left(\frac{1}{2}\right)^n = 0\) car \(-1 < 0{,}5 < 1\).
  • La suite \(((-2)^n)\) n'admet pas de limite car \(-2 \le -1\).
Compétences à pratiquer
  • Reconnaître la limite d'une suite géométrique
  • Déterminer et interpréter la limite d'une suite géométrique
IV.3 Somme des termes d'une suite géométrique

Comment calculer efficacement la somme des 10 premiers termes d'une suite géométrique commençant par \(u_0 = 3\) et de raison \(q=2\) ?$$S_9 = 3 + 6 + 12 + 24 + \ldots + 768 + 1536$$ L'astuce consiste à multiplier toute la somme par la raison \(q=2\), puis à soustraire la somme de départ de cette nouvelle somme.
On écrit la somme de départ :$$S_9 = 3 + 6 + 12 + \ldots + 768 + 1536$$ On multiplie ensuite chaque terme par la raison \(2\) :$$2S_9 = 6 + 12 + 24 + \ldots + 1536 + 3072$$ On remarque que la plupart des termes de \(S_9\) et de \(2S_9\) sont identiques. En soustrayant la première égalité de la deuxième, ces termes s'éliminent :$$\begin{array}{lrccccccccc} 2S_9 & = & & & 6 & + & 12 & + \ldots + & 1536 & + & 3072 \\ -\, S_9 & = & -(3 & + & 6 & +&12 & + \ldots + & 1536) \\ \hline(2-1)S_9 & = & -3 & + & 0 & + &0&+\ldots + & 0 & + & 3072 \\ \end{array}$$ Il reste une égalité beaucoup plus simple :$$S_9 = 3072 - 3 = 3069$$ Cette méthode donne la formule générale de la somme des termes d'une suite géométrique de raison \(q \neq 1\) (pour pouvoir diviser par \(1 - q\)) :$$\begin{aligned}S_n - qS_n &= u_0 - u_0 \times q^{n+1}\\ S_n(1-q) &= u_0(1-q^{n+1})\\ S_n &= u_0 \left( \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q}\right)\\ \end{aligned}$$

Proposition — Somme d'une suite géométrique
La somme des premiers termes d'une suite géométrique est donnée par la formule :$$S_n = \text{Premier terme} \times \frac{1 - (\text{raison})^{\text{Nombre de termes}}}{1 - \text{raison}}$$
  • Si une suite commence à \(u_0\) et a pour raison \(q\), la somme des \(\boldsymbol{n+1}\) premiers termes est :$$S_n = u_0 \left( \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q} \right)$$
  • Si une suite commence à \(u_1\) et a pour raison \(q\), la somme des \(\boldsymbol{n}\) premiers termes est :$$S_n = u_1 \left( \frac{1 - q^{n}}{1 - q} \right)$$
Ces formules sont valables pour toute raison \(q \neq 1\).
Exemple
La suite \((u_n)\) est géométrique de premier terme \(u_0 = 5\) et de raison \(q = 3\). Calculer la somme de ses \(6\) premiers termes.

La suite commence à \(u_0\), donc la somme des \(6\) premiers termes est \(S_5\), et \(q = 3 \neq 1\) : $$\begin{aligned}[t] S_5 &= u_0\left(\frac{1 - q^{5+1}}{1 - q}\right) && \text{(} S_n = u_0\,\tfrac{1-q^{n+1}}{1-q}\text{)} \\ &= 5 \times \frac{1 - 3^6}{1 - 3} && \\ &= 5 \times \frac{1 - 729}{-2} && \text{(} 3^6 = 729\text{)} \\ &= 5 \times \frac{-728}{-2} && \\ &= 5 \times 364 && \\ &= 1\,820. \end{aligned}$$

Compétences à pratiquer
  • Calculer une somme de termes d'une suite géométrique
IV.4 La série géométrique
On a vu comment calculer la somme d'un nombre fini de termes. Mais que se passe-t-il si l'on continue à additionner les termes d'une suite géométrique à l'infini ? Cette somme, appelée série infinie, n'est pas toujours finie. Sous une condition précise, elle peut cependant converger vers une valeur finie unique.
Signaler une erreur
Proposition — Convergence d'une série géométrique
Une série géométrique infinie (de premier terme non nul) converge vers une somme finie si et seulement si sa raison \(q\) est strictement comprise entre \(-1\) et \(1\), c'est-à-dire \(\boldsymbol{|q| < 1}\).
Si la série converge, sa somme à l'infini, notée \(S_\infty\), est donnée par la formule :$$\boldsymbol{S_\infty = \frac{u_1}{1-q}}$$ où \(u_1\) est le premier terme et \(|q|<1\). Si la suite commence à \(u_0\), la formule est :$$\boldsymbol{S_\infty = \frac{u_0}{1-q}}$$

La somme d'une série géométrique infinie est, par définition, la limite de la somme partielle \(S_n\) lorsque \(n\) tend vers l'infini. La somme partielle vaut, pour \(q \neq 1\) :$$S_n = u_1 \left( \frac{1 - q^n}{1 - q} \right)$$ Pour obtenir la somme à l'infini, on calcule la limite :$$S_\infty = \lim_{n \to \infty} u_1 \left( \frac{1 - q^n}{1 - q} \right)$$ Cette limite dépend uniquement du comportement du terme \(\boldsymbol{q^n}\) lorsque \(n \to \infty\).
  • Cas de convergence :
    Si \(\boldsymbol{|q| < 1}\), alors le terme \(q^n\) tend vers \(0\) lorsque \(n\) tend vers \(+\infty\) (résultat établi avec les limites de suites) : \(\lim_{n \to \infty} q^n = 0\). En reportant ce résultat dans l'expression de la limite, on obtient :$$S_\infty = u_1 \left( \frac{1 - 0}{1 - q} \right) = \frac{u_1}{1-q}$$
  • Cas de divergence :
    Si \(q = 1\), alors \(S_n = n\,u_1\), qui ne converge pas vers une limite finie. Si \(\boldsymbol{|q| \ge 1}\) et \(q \neq 1\), le terme \(q^n\) n'a pas de limite finie lorsque \(n \to \infty\) (il tend vers l'infini ou oscille). La somme partielle \(S_n\) n'a donc pas de limite finie : on dit que la série diverge.
Ainsi, la somme est finie si et seulement si \(|q| < 1\).

Exemple
Calculer la somme de la série géométrique infinie$$16 + 8 + 4 + 2 + 1 + \cdots$$

Le premier terme est \(u_1 = 16\) et la raison est \(q = \dfrac{8}{16} = \dfrac{1}{2}\).
Comme \(|q| = \dfrac{1}{2} < 1\), la série converge et la formule de la somme infinie s'applique :$$\begin{aligned}[t] S_\infty &= \frac{u_1}{1 - q} && {\scriptstyle(|q| < 1)} \\ &= \frac{16}{1 - \tfrac{1}{2}} = \frac{16}{\tfrac{1}{2}} \\ &= 32. \end{aligned}$$

Compétences à pratiquer
  • Déterminer la convergence des séries géométriques
  • Calculer la somme d'une série géométrique infinie
  • Raisonner et justifier
IV.5 Suites arithmético-géométriques
Définition — Suite arithmético-géométrique
Une suite \((u_n)\) est arithmético-géométrique lorsqu'il existe deux réels \(a\) et \(b\) tels que, pour tout \(n \in \mathbb{N}\), $$u_{n+1} = a\,u_n + b.$$ Chaque terme s'obtient du précédent par une multiplication suivie d'une addition : une évolution en pourcentage suivie d'un apport fixe, par exemple.
Deux cas particuliers connus
  • Si \(a = 1\), la relation s'écrit \(u_{n+1} = u_n + b\) : la suite est arithmétique de raison \(b\).
  • Si \(b = 0\) (et \(a \neq 0\)), la relation s'écrit \(u_{n+1} = a\,u_n\) : la suite est géométrique de raison \(a\).
  • Si \(a = 0\), tous les termes à partir de \(u_1\) valent \(b\) : la suite est constante à partir du rang \(1\).
Le cas intéressant est donc \(a \neq 1\) et \(b \neq 0\) : aucune des formules connues ne s'applique, et il faut une idée nouvelle.
Signaler une erreur
Méthode — Le point fixe et la suite auxiliaire
Pour exprimer \(u_n\) en fonction de \(n\) quand \(u_{n+1} = a\,u_n + b\) avec \(a \neq 1\) :
  1. Chercher la solution constante : résoudre l'équation \(\ell = a\,\ell + b\), soit \(\ell = \dfrac{b}{1 - a}\). La suite constante égale à \(\ell\) vérifie la même relation — \(\ell\) est le point fixe.
  2. Poser la suite auxiliaire \(v_n = u_n - \ell\), et montrer qu'elle est géométrique : \(v_{n+1} = u_{n+1} - \ell = a\,u_n + b - (a\,\ell + b) = a\,(u_n - \ell) = a\,v_n\).
  3. Écrire sa forme explicite : \(v_n = v_0 \times a^n\) avec \(v_0 = u_0 - \ell\).
  4. Revenir à \(u_n\) : \(u_n = v_n + \ell = (u_0 - \ell)\,a^n + \ell\).
Toute solution de la relation est de cette forme : la solution constante plus une suite géométrique de raison \(a\). Quand \(0 < a < 1\), la partie géométrique tend vers \(0\) et \((u_n)\) converge vers \(\ell\) ; quand \(a > 1\) et \(u_0 \neq \ell\), elle diverge.
Exemple
Soit \((u_n)\) la suite définie par \(u_0 = 3\) et, pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(u_{n+1} = 3u_n - 4\). Déterminer l'expression de \(u_n\) en fonction de \(n\).

  1. Point fixe : \(\ell = 3\ell - 4\) donne \(-2\ell = -4\), donc \(\ell = 2\).
  2. Suite auxiliaire : on pose \(v_n = u_n - 2\). Pour tout \(n \in \mathbb{N}\), $$\begin{aligned} v_{n+1} &= u_{n+1} - 2 \\ &= 3u_n - 4 - 2 &&\text{(relation)}\\ &= 3u_n - 6 \\ &= 3\,(u_n - 2) &&\text{(factorisation)}\\ &= 3\,v_n. \end{aligned}$$ Donc \((v_n)\) est géométrique de raison \(3\) et de premier terme \(v_0 = u_0 - 2 = 1\).
  3. D'où \(v_n = 1 \times 3^n = 3^n\).
  4. Retour à \(u_n\) : \(u_n = v_n + 2\), donc \(u_n = 3^n + 2\) pour tout \(n \in \mathbb{N}\). Vérification : \(u_1 = 3 \times 3 - 4 = 5 = 3^1 + 2\).

Exemple
Soit \((u_n)\) la suite définie par \(u_0 = 200\) et, pour tout \(n \in \mathbb{N}\), \(u_{n+1} = 0{,}8\,u_n + 200\). Exprimer \(u_n\) en fonction de \(n\), puis déterminer la limite de \((u_n)\).

Point fixe : \(\ell = 0{,}8\ell + 200\) donne \(0{,}2\ell = 200\), donc \(\ell = 1000\). On pose \(v_n = u_n - 1000\) : alors \(v_{n+1} = 0{,}8\,u_n + 200 - 1000 = 0{,}8\,(u_n - 1000) = 0{,}8\,v_n\), donc \((v_n)\) est géométrique de raison \(0{,}8\) et \(v_0 = 200 - 1000 = -800\). D'où \(v_n = -800 \times 0{,}8^n\) et $$u_n = 1000 - 800 \times 0{,}8^n.$$ Comme \(0 < 0{,}8 < 1\), \(0{,}8^n\) tend vers \(0\), donc \(800 \times 0{,}8^n\) tend vers \(0\) et \((u_n)\) converge vers \(1000\). Les termes croissent vers le point fixe : \(u_1 = 360\), \(u_2 = 488\), \(u_3 = 590{,}4\), …

Méthode — Modéliser une évolution par une suite
De nombreuses situations combinent une valeur de départ et une évolution régulière. Pour traduire un texte en suite :
  1. Nommer la variable : ce que compte \(n\) (années, mois, étapes) et ce que mesure \(u_n\) (un prix, une population, une dette).
  2. Lire l'état initial : la valeur de \(u_0\), à l'étape zéro.
  3. Lire l'évolution d'une étape à la suivante, et écrire \(u_{n+1}\) en fonction de \(u_n\) :
    • une quantité fixe ajoutée ou retirée — modèle arithmétique, \(u_{n+1} = u_n + b\) ;
    • une hausse ou une baisse en pourcentage — modèle géométrique, \(u_{n+1} = a\,u_n\) avec \(a = 1 + \frac{t}{100}\) ou \(a = 1 - \frac{t}{100}\) ;
    • les deux à la fois — modèle arithmético-géométrique, \(u_{n+1} = a\,u_n + b\). L'ordre compte : le pourcentage s'applique d'abord, l'apport fixe s'ajoute ensuite.
  4. Répondre à la question avec le modèle : un terme, la forme explicite, un seuil, la limite — et l'interpréter dans la situation.
Exemple
Un festival de musique a accueilli \(100\,000\) personnes en 2020. Ses organisateurs prévoient que, chaque année, \(80\,\pourcent\) du public de l'année précédente reviendra et que \(30\,000\) nouveaux festivaliers s'ajouteront. On note \(u_n\) le public prévu l'année \(2020 + n\). Exprimer \(u_{n+1}\) en fonction de \(u_n\), puis \(u_n\) en fonction de \(n\), et donner le public à long terme.

État initial \(u_0 = 100\,000\). « \(80\,\pourcent\) reviennent » multiplie par \(0{,}8\), « \(30\,000\) nouveaux » ajoute \(30\,000\) : \(u_{n+1} = 0{,}8\,u_n + 30\,000\), un modèle arithmético-géométrique. Point fixe : \(\ell = 0{,}8\ell + 30\,000\) donne \(0{,}2\ell = 30\,000\), donc \(\ell = 150\,000\). Avec \(v_n = u_n - 150\,000\), géométrique de raison \(0{,}8\) et \(v_0 = -50\,000\) : $$u_n = 150\,000 - 50\,000 \times 0{,}8^n.$$ Comme \(0 < 0{,}8 < 1\), \((u_n)\) converge vers \(150\,000\) : le public grandit — \(110\,000\) en 2021, \(118\,000\) en 2022 — et se stabilise en dessous de \(150\,000\) personnes, sans jamais les atteindre.

Compétences à pratiquer
  • Reconnaître une suite arithmético-géométrique
  • Déterminer la forme explicite
  • Modéliser une évolution
V Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
  • Problèmes : limites
  • Problèmes : suites et séries géométriques
  • Problèmes : modèles d'évolution
  • Type bac
  • Quiz

Contrôle du chapitre

4 exercices, sur 20 points. Durée indicative : 1 h 30.

À traiter sur papier, puis à photographier : la correction est automatique, par IA.

Ce contrôle ne modifie pas la maîtrise du chapitre, quelle que soit la note.

Aucun exercice composé.
Aller à la section