Aller au contenu
\( \definecolor{colordef}{RGB}{249,49,84} \definecolor{colorprop}{RGB}{18,102,241} \)
Éducation Nationale Française · Première Enseignement scientifique

Probabilités conditionnelles et indépendance

I La probabilité conditionnelle
I.1 Du tableau à la probabilité conditionnelle
La probabilité conditionnelle met à jour une probabilité lorsqu’une information nouvelle est connue. Par exemple, la probabilité de pluie augmente dès que des nuages sombres apparaissent : l’information supplémentaire change la probabilité.
On considère un sac de \(5\) boules rouges, \(3\) bleues et \(2\) vertes (\(10\) en tout). La probabilité de tirer une boule rouge est \(\frac{5}{10} = \frac{1}{2}\). Si l'on apprend que la boule tirée n'est pas bleue, seules les \(5\) rouges et les \(2\) vertes (\(7\) en tout) restent possibles, donc la probabilité qu'elle soit rouge devient \(\frac{5}{7}\). C’est la probabilité conditionnelle : la probabilité d’un événement (tirer une rouge) sachant qu’un autre (la boule tirée n'est pas bleue) a eu lieu.
Formellement, la probabilité conditionnelle est la probabilité qu’un événement, par exemple \(F\), se produise sachant qu’un autre, \(E\), s’est déjà réalisé. On l’écrit \(\PCondFr{F}{E}\), et on dit « la probabilité de \(F\) sachant \(E\) ». C’est un moyen d’affiner les prédictions avec un nouveau contexte, et elle est utilisée partout — des prévisions météorologiques aux tests médicaux.
Signaler une erreur

On explore la probabilité conditionnelle avec un tableau croisé qui montre les préférences de 100 élèves pour les mathématiques, selon leur genre :
Aime les maths N’aime pas les maths Total
Filles 35 16 51
Garçons 30 19 49
Total 65 35 100
On choisit un élève au hasard, tous les élèves étant équiprobables. On calcule quelques probabilités :
  • Probabilité que l’élève soit une fille : $$\begin{aligned} P(\text{Fille}) &= \frac{\text{Nombre de filles}}{\text{Nombre d’élèves}} \\ &= \frac{51}{100}. \end{aligned}$$
  • Probabilité que l’élève aime les maths et soit une fille : $$\begin{aligned} P(\text{Aime les maths et Fille}) &= \frac{\text{Nombre de filles qui aiment les maths}}{\text{Nombre d’élèves}} \\ &= \frac{35}{100}. \end{aligned}$$
  • Probabilité que l’élève aime les maths, sachant que c’est une fille :
    Puisque l’on sait que l’élève est une fille, on se concentre sur les 51 filles : $$\begin{aligned} \PCondFr{\text{Aime les maths}}{\text{Fille}} &= \frac{\text{Nombre de filles qui aiment les maths}}{\text{Nombre de filles}} \\ &= \frac{35}{51}. \end{aligned}$$
  • Lien avec la formule :
    On remarque que : $$\begin{aligned} \PCondFr{\text{Aime les maths}}{\text{Fille}} &=\frac{35}{51}\\ &= \frac{35/100}{51/100}\\ &= \dfrac{P(\text{Aime les maths et Fille})}{P(\text{Fille})}. \end{aligned}$$ Ce schéma donne la règle générale de la probabilité conditionnelle.

Définition — Probabilité conditionnelle
La probabilité conditionnelle d’un événement \(F\) sachant un événement \(E\) est la probabilité que \(F\) se produise sachant que \(E\) est réalisé. On la note \(\PCondFr{F}{E}\) et on la calcule comme suit : $$\textcolor{colordef}{\PCondFr{F}{E} = \frac{P(E \cap F)}{P(E)}}, \quad \text{où } P(E) > 0.$$
Exemple
Un dé équilibré à six faces a les faces impaires (1, 3, 5) peintes en vert et les faces paires (2, 4, 6) peintes en bleu. On le lance et l’on observe que la face supérieure est bleue. Quelle est la probabilité que ce soit un 6 ?

  • Univers : \(\{1, 2, 3, 4, 5, 6\}\), 6 issues équiprobables.
  • Événement \(E\) (la face est bleue) : \(\{2, 4, 6\}\), donc \(P(E) = \frac{3}{6} \).
  • Événement \(F\) (obtenir 6) : \(\{6\}\).
  • Intersection \(E \cap F\) : \(\{6\}\), donc \(P(E \cap F) = \frac{1}{6}\).
  • Probabilité conditionnelle : $$\begin{aligned} \PCondFr{F}{E} &= \frac{P(E \cap F)}{P(E)}\\ &= \frac{\frac{1}{6}}{\frac{3}{6}}\\ &= \frac{1}{6} \times \frac{6}{3}\\ &= \frac{1}{3}. \end{aligned}$$
  • La probabilité d'obtenir un 6, sachant que la face est bleue, est \(\frac{1}{3}\).

Proposition — Fréquences et probabilités
Quand on choisit un individu au hasard dans la population, tous les individus étant équiprobables, la fréquence marginale d'une modalité \(A\) est la probabilité de l'événement « l'individu a la modalité \(A\) », et, pour une modalité \(A\) observée au moins une fois (\(n(A) > 0\)), la fréquence conditionnelle de \(B\) sachant \(A\) est la probabilité conditionnelle de \(B\) sachant \(A\) : $$\textcolor{colorprop}{P(A) = f(A) = \frac{n(A)}{N}} \qquad \text{et} \qquad \textcolor{colorprop}{\PCondFr{B}{A} = f_A(B) = \frac{n(A \cap B)}{n(A)}}.$$ Le vocabulaire statistique (sous-population, proportion, fréquence conditionnelle) et le vocabulaire probabiliste (événement, probabilité, probabilité conditionnelle) décrivent le même tableau.
Proposition — Probabilité conditionnelle et effectifs
On choisit un individu au hasard, tous les individus étant équiprobables, dans une population \(\Omega\) de \(\Cardfr{\Omega}\) individus. Pour deux événements \(A\) et \(B\), où \(B\) contient au moins un individu : $$\textcolor{colorprop}{P(A) = \frac{\Cardfr{A}}{\Cardfr{\Omega}}} \qquad \text{et} \qquad \textcolor{colorprop}{\PCondFr{A}{B} = \frac{\Cardfr{A \cap B}}{\Cardfr{B}}}.$$ Ici \(\Cardfr{A}\) est le nombre d'éléments de \(A\), noté aussi \(n(A)\). La probabilité conditionnelle de \(A\) sachant \(B\) est la proportion des individus de \(B\) qui sont aussi dans \(A\) : l'événement connu \(B\) devient la nouvelle population.
Méthode — Lire une probabilité conditionnelle dans un tableau croisé
Pour lire \(\PCondFr{A}{B}\) dans un tableau croisé d'effectifs :
  1. Repérer l'événement connu \(B\) — celui qui suit « sachant que » — et sa ligne (ou sa colonne).
  2. Lire \(\Cardfr{B}\) dans la case Total de cette ligne (ou de cette colonne).
  3. Lire \(\Cardfr{A \cap B}\) dans la case où la ligne (ou la colonne) de \(B\) croise la colonne (ou la ligne) de \(A\).
  4. Diviser : \(\PCondFr{A}{B} = \dfrac{\Cardfr{A \cap B}}{\Cardfr{B}}\).
Le dénominateur est le total de l'événement connu, lu dans la marge — pas le total général du tableau.
Exemple
Les \(600\) élèves d'un lycée sont répartis selon l'âge et le régime :
Demi-pensionnaire Externe Total
Moins de 16 ans \(180\) \(60\) \(240\)
16 ans ou plus \(210\) \(150\) \(360\)
Total \(390\) \(210\) \(600\)
On choisit un élève au hasard. Soient \(S\) « l'élève a moins de 16 ans » et \(D\) « l'élève est demi-pensionnaire ». Calculer \(P(S)\), \(\PCondFr{D}{S}\) et \(\PCondFr{S}{D}\), puis dire en mots ce que signifient les deux dernières.

Les élèves sont équiprobables. D'après le tableau : $$\begin{aligned} P(S) &= \frac{\Cardfr{S}}{\Cardfr{\Omega}} = \frac{240}{600} = \frac{2}{5}, \\ \PCondFr{D}{S} &= \frac{\Cardfr{S \cap D}}{\Cardfr{S}} = \frac{180}{240} = \frac{3}{4}, \\ \PCondFr{S}{D} &= \frac{\Cardfr{S \cap D}}{\Cardfr{D}} = \frac{180}{390} = \frac{6}{13}. \end{aligned}$$ \(\PCondFr{D}{S} = \frac{3}{4}\) : parmi les élèves de moins de 16 ans, trois sur quatre sont demi-pensionnaires. \(\PCondFr{S}{D} = \frac{6}{13}\) : parmi les demi-pensionnaires, six sur treize ont moins de 16 ans. Les deux probabilités ont le même numérateur \(180\) mais pas le même dénominateur, et elles répondent à deux questions différentes.

Compétences à pratiquer
  • Explorer des probabilités avec des tableaux croisés
  • Lire et inverser une probabilité conditionnelle
  • Calculer des probabilités conditionnelles
  • Dresser un tableau croisé à partir d'un texte
I.2 L'arbre pondéré
Du tableau à l'arbre
Le tableau croisé des \(100\) élèves se lit en deux temps : d'abord le genre, puis, dans le genre choisi, le goût pour les maths. Dessinés en branches, ces deux temps font un arbre : un premier niveau avec \(P(\text{Fille}) = \frac{51}{100}\) et \(P(\text{Garçon}) = \frac{49}{100}\), puis, le long de la branche « Fille », \(\PCondFr{\text{Aime les maths}}{\text{Fille}} = \frac{35}{51}\) et \(\PCondFr{\text{N'aime pas les maths}}{\text{Fille}} = \frac{16}{51}\). Les branches du second niveau portent des probabilités conditionnelles : c'est ce qui en fait un arbre de probabilités conditionnelles, et ce que fixe la Définition « Arbre pondéré ».
Signaler une erreur
Définition — Arbre pondéré
Un arbre pondéré (ou diagramme en arbre des probabilités conditionnelles) représente les probabilités d’une succession d’événements :
  • Chaque branche issue d’un nœud indique soit une probabilité non conditionnelle (par exemple, \(P(E)\)), soit une probabilité conditionnelle (par exemple, \(\PCondFr{F}{E}\)).
  • Les événements sont indiqués à la fin de chaque branche.
  • Les probabilités des branches issues d’un même nœud ont pour somme \(1\) (règle de la somme) : par exemple \(\PCondFr{\overline{F}}{E} = 1 - \PCondFr{F}{E}\).
  • La probabilité de l’intersection des événements rencontrés le long d’un chemin est le produit des probabilités le long de ce chemin (règle du produit).
Illustration
Exemple
La probabilité que Sam entraîne un match est de \(\frac{6}{10}\), et qu’Alex entraîne est de \(\frac{4}{10}\). Si Sam entraîne, la probabilité qu’un joueur soit gardien est de \(\frac{1}{2}\) ; si Alex entraîne, elle est de \(\frac{2}{3}\).
Dessiner le diagramme en arbre.

  • Définir les événements :
    • \(S\) : Sam entraîne.
    • \(G\) : Le joueur est gardien.
  • Définir les probabilités :
    • \(P(S) = \frac{6}{10}\) et \(P(\overline{S}) = 1 - P(S) = \frac{4}{10}\).
    • \(\PCondFr{G}{S} = \frac{1}{2}\) et \(\PCondFr{\overline{G}}{S} = 1 - \PCondFr{G}{S} = \frac{1}{2}\).
    • \(\PCondFr{G}{\overline{S}} = \frac{2}{3}\) et \(\PCondFr{\overline{G}}{\overline{S}} = 1 - \PCondFr{G}{\overline{S}} = \frac{1}{3}\).
  • Diagramme en arbre :
    Illustration

Compétences à pratiquer
  • Identifier des arbres pondérés
  • Construire des arbres pondérés
I.3 La probabilité conjointe
Parfois, on connaît \(P(E)\) et \(\PCondFr{F}{E}\), et l’on veut déterminer la probabilité que \(E\) et \(F\) se produisent ensemble — par exemple, la probabilité qu’un élève soit une fille qui aime les mathématiques. Cette probabilité s’appelle la probabilité conjointe \(P(E \cap F)\).
Signaler une erreur
Proposition — Formule de la probabilité conjointe
Pour \(P(E) > 0\) et \(P(F) > 0\) respectivement : $$P(E \cap F) = P(E) \times \PCondFr{F}{E}, \quad P(E \cap F) = P(F) \times \PCondFr{E}{F}.$$
Méthode — Calculer \(P(E \cap F)\) à l'aide d'un arbre pondéré
  1. Repérer le chemin qui réalise à la fois \(E\) et \(F\).
  2. Multiplier les probabilités le long de ce chemin.
$$P(E \cap F) = \textcolor{colorprop}{P(E) \PCondFr{F}{E}}.$$
Illustration
Exemple
Pour cet arbre de probabilité,
Illustration
calculer \(P(S \cap G)\).

  1. Chemin : de \(S\) à \(G\) (mis en évidence) :
    Illustration
  2. Calculer : $$\begin{aligned} P(S \cap G) &= P(S) \times \PCondFr{G}{S}\\ &= \frac{6}{10} \times \frac{1}{2}\\ &= \frac{3}{10}. \end{aligned}$$

Compétences à pratiquer
  • Calculer des probabilités conjointes avec un arbre
I.4 La probabilité totale
Deux chemins vers le même événement
Dans un arbre à deux étapes, l'événement \(F\) apparaît au bout de deux chemins : en passant par \(E\), et en passant par \(\overline{E}\). Chaque chemin a sa probabilité, le produit le long de ses branches. Les deux chemins ne peuvent pas se réaliser ensemble, puisque \(E\) et \(\overline{E}\) sont incompatibles, et à eux deux ils couvrent toutes les façons pour \(F\) de se réaliser, puisque \(E\) et \(\overline{E}\) sont contraires. La probabilité de \(F\) est donc la somme des probabilités des deux chemins. Écrite avec des probabilités conditionnelles, c'est la loi de la probabilité totale.
Signaler une erreur
Méthode — Calculer \(P(F)\) à l'aide d'un arbre
  1. Repérer tous les chemins qui mènent à \(F\).
  2. Calculer le produit des probabilités le long de chaque chemin, puis additionner ces produits.
$$P(F) = \textcolor{colordef}{P(E) \PCondFr{F}{E}} + \textcolor{colorprop}{P(\overline{E}) \PCondFr{F}{\overline{E}}}.$$
Illustration
Exemple
Pour cet arbre de probabilité,
Illustration
calculer \(P(G)\).

  1. Chemins vers \(G\) :
    Illustration
  2. Calculer : $$\begin{aligned} P(G) &= \textcolor{colordef}{\frac{6}{10} \times \frac{1}{2}} + \textcolor{colorprop}{\frac{4}{10} \times \frac{2}{3}} \\ &= \textcolor{colordef}{\frac{3}{10}} + \textcolor{colorprop}{\frac{8}{30}} \\ &= \textcolor{colordef}{\frac{9}{30}} + \textcolor{colorprop}{\frac{8}{30}} \\ &= \frac{17}{30}. \end{aligned}$$

Compétences à pratiquer
  • Calculer des probabilités avec un arbre
  • Calculer des probabilités dans des problèmes concrets
I.5 Inverser le conditionnement
Inverser le conditionnement
\(\PCondFr{A}{B}\) et \(\PCondFr{B}{A}\) ne sont pas égales en général : elles ont le même numérateur \(\Cardfr{A \cap B}\), mais l'une divise par \(\Cardfr{B}\) et l'autre par \(\Cardfr{A}\). Les phrases de tous les jours glissent souvent de l'une à l'autre. On considère les trajets à vélo faits dans une ville pendant une année, et soient \(J\) « le trajet est fait de jour » et \(V\) « le cycliste est victime d'une blessure pendant le trajet ». « La plupart des cyclistes blessés roulaient de jour » parle de \(\PCondFr{J}{V}\), qui serait grande même si le jour n'était pas plus dangereux que la nuit, simplement parce que la plupart des trajets se font de jour ; à elle seule, elle ne dit rien de \(\PCondFr{V}{J}\), le risque d'un trajet de jour. Un tableau croisé d'effectifs tient les deux séparées : l'événement connu choisit la ligne ou la colonne, donc le dénominateur.
Signaler une erreur
Exemple
Dans une population, \(1\pourcent\) des personnes ont une certaine maladie. Un test de dépistage est positif pour \(99\pourcent\) des malades (sa sensibilité) et négatif pour \(95\pourcent\) des personnes saines (sa spécificité). On choisit une personne au hasard ; soient \(M\) « la personne est malade » et \(T\) « le test est positif ».
  1. Compléter un tableau croisé d'effectifs pour une population de \(10\,000\) personnes.
  2. Calculer \(\PCondFr{T}{M}\) et \(\PCondFr{M}{T}\), puis les comparer.

  1. Sur \(10\,000\) personnes, \(1\pourcent\) sont malades : \(100\) malades et \(9\,900\) personnes saines. Le test est positif pour \(99\pourcent\) des \(100\) malades, soit \(99\) vrais positifs, et négatif pour l'autre, un faux négatif. Il est négatif pour \(95\pourcent\) des \(9\,900\) personnes saines, soit \(9\,405\), et positif pour les \(495\) autres.
    Test positif \(T\) Test négatif \(\overline{T}\) Total
    Malade \(M\) \(99\) \(1\) \(100\)
    Sain \(\overline{M}\) \(495\) \(9\,405\) \(9\,900\)
    Total \(594\) \(9\,406\) \(10\,000\)
  2. L'événement connu choisit le dénominateur : $$\begin{aligned} \PCondFr{T}{M} &= \frac{\Cardfr{M \cap T}}{\Cardfr{M}} = \frac{99}{100}, \\ \PCondFr{M}{T} &= \frac{\Cardfr{M \cap T}}{\Cardfr{T}} = \frac{99}{594} = \frac{1}{6}. \end{aligned}$$ Parmi les \(100\) malades, \(99\) sont testés positifs ; mais parmi les \(594\) personnes testées positives, seules \(99\) sont malades, une sur six, parce que les \(495\) faux positifs sont plus nombreux que les \(99\) vrais positifs : la maladie est rare, donc les personnes saines, même avec un petit taux d'erreur, fournissent la plupart des résultats positifs.

Compétences à pratiquer
  • Passer des mots aux symboles
I.6 Les tests de dépistage
Définition — Test de dépistage : sensibilité, spécificité, valeurs prédictives
Un test de dépistage répond par oui ou non à une question sur un individu (la personne est-elle malade ? le bagage contient-il un objet interdit ?) par un résultat qui peut être faux. Soient \(M\) l'événement « l'individu a la caractéristique » et \(T\) l'événement « le test est positif ». Les quatre situations possibles sont nommées :
test positif \(T\) test négatif \(\overline{T}\)
\(M\) (l'a) vrai positif faux négatif
\(\overline{M}\) (ne l'a pas) faux positif vrai négatif
La qualité du test se mesure par deux probabilités conditionnelles, supposées connues (elles ont été estimées lors de la validation du test) ; tous les événements ci-dessous sont supposés de probabilité non nulle :
  • sa sensibilité \(\PCondFr{T}{M}\), probabilité d'un résultat positif pour un individu qui a la caractéristique ;
  • sa spécificité \(\PCondFr{\overline{T}}{\overline{M}}\), probabilité d'un résultat négatif pour un individu qui ne l'a pas.
Ce que l'individu testé veut savoir est le conditionnement inverse :
  • la valeur prédictive positive \(\PCondFr{M}{T}\), probabilité d'avoir la caractéristique quand le test est positif ;
  • la valeur prédictive négative \(\PCondFr{\overline{M}}{\overline{T}}\), probabilité de ne pas l'avoir quand le test est négatif.
Exemple
Dans une population, \(2\pourcent\) des personnes portent un virus. Un test de dépistage a une sensibilité de \(0{,}9\) et une spécificité de \(0{,}95\). Une personne est testée au hasard.
  1. Représenter la situation par un arbre pondéré.
  2. Calculer la valeur prédictive positive du test.
  3. Calculer sa valeur prédictive négative.
  4. Commenter.

  1. Premier niveau : \(M\) avec \(P(M) = 0{,}02\) et \(\overline{M}\) avec \(P(\overline{M}) = 0{,}98\). Second niveau : sous \(M\), \(T\) avec \(0{,}9\) et \(\overline{T}\) avec \(0{,}1\) ; sous \(\overline{M}\), \(\overline{T}\) avec \(0{,}95\) et \(T\) avec \(0{,}05\).
  2. Les vrais positifs ont la probabilité \(P(M \cap T) = 0{,}02 \times 0{,}9 = 0{,}018\), les faux positifs \(P(\overline{M} \cap T) = 0{,}98 \times 0{,}05 = 0{,}049\), donc \(P(T) = 0{,}067\) et $$\PCondFr{M}{T} = \frac{0{,}018}{0{,}067} \approx 0{,}269.$$
  3. Les vrais négatifs ont la probabilité \(P(\overline{M} \cap \overline{T}) = 0{,}98 \times 0{,}95 = 0{,}931\), les faux négatifs \(P(M \cap \overline{T}) = 0{,}02 \times 0{,}1 = 0{,}002\), donc \(P(\overline{T}) = 0{,}933\) et $$\PCondFr{\overline{M}}{\overline{T}} = \frac{0{,}931}{0{,}933} \approx 0{,}998.$$
  4. Un résultat négatif est très fiable. Un résultat positif ne l'est pas : environ \(27\pourcent\) seulement des personnes testées positives portent le virus, parce que les \(5\pourcent\) de faux positifs sont pris sur la grande majorité saine. Un résultat positif appelle un second test, pas un verdict.

Compétences à pratiquer
  • Inverser le conditionnement : les faux positifs
II L'indépendance
II.1 Les événements indépendants
Définition — Événements indépendants
Deux événements \(A\) et \(B\) sont indépendants quand la probabilité que les deux se produisent (c’est-à-dire \(P(A\cap B)\) ou \(P(A \text{ et } B)\)) est le produit de leurs probabilités individuelles. On parle alors de règle de multiplication pour des événements indépendants : $$P(A \text{ et } B) = P(A) \times P(B)$$
Compétences à pratiquer
  • Décider si deux événements sont indépendants
II.2 Indépendance et probabilité conditionnelle
Deux événements sont indépendants quand la probabilité des deux est le produit de leurs probabilités. Les mots qui servent à l'expliquer, « savoir l'un ne change pas les chances de l'autre », peuvent maintenant devenir exacts : c'est une phrase sur une probabilité conditionnelle. L'indépendance ne doit pas être confondue avec l'incompatibilité : deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants, puisque \(E \cap F = \emptyset\) donne \(P(E \cap F) = P(\emptyset) = 0\), alors que \(P(E) \times P(F) \neq 0\).
Signaler une erreur
Proposition — Caractérisation conditionnelle de l'indépendance
Soit \(E\) et \(F\) deux événements avec \(P(E) > 0\) et \(P(F) > 0\). Alors $$E \text{ et } F \text{ sont indépendants} \iff \PCondFr{F}{E} = P(F) \iff \PCondFr{E}{F} = P(E).$$ Savoir que \(E\) est réalisé ne change pas la probabilité de \(F\), et savoir \(F\) ne change pas la probabilité de \(E\). La forme produit est la définition ; la forme conditionnelle en est le sens, et celle qui sert quand un événement est donné comme connu.
Exemple
Les \(400\) élèves d'un lycée sont répartis selon le régime et la pratique d'un instrument de musique.
Joue d'un instrument N'en joue pas Total
Demi-pensionnaires \(60\) \(180\) \(240\)
Externes \(40\) \(120\) \(160\)
Total \(100\) \(300\) \(400\)
On choisit un élève au hasard. Soit \(S\) « l'élève est demi-pensionnaire » et \(M\) « l'élève joue d'un instrument ». Les événements \(S\) et \(M\) sont-ils indépendants ?

Avec la forme conditionnelle : \(P(M) = \dfrac{100}{400} = \dfrac{1}{4}\) et, parmi les \(240\) demi-pensionnaires, \(60\) jouent, donc \(\PCondFr{M}{S} = \dfrac{60}{240} = \dfrac{1}{4}\). Comme \(\PCondFr{M}{S} = P(M)\), les événements sont indépendants : savoir que l'élève est demi-pensionnaire ne change pas la chance qu'il joue.
Avec le produit : \(P(S) \times P(M) = \dfrac{240}{400} \times \dfrac{100}{400} = \dfrac{3}{5} \times \dfrac{1}{4} = \dfrac{3}{20}\) et \(P(S \cap M) = \dfrac{60}{400} = \dfrac{3}{20}\). Même conclusion.

Proposition — Indépendance et événement contraire
Si \(E\) et \(F\) sont indépendants, alors \(E\) et \(\overline{F}\), \(\overline{E}\) et \(F\), \(\overline{E}\) et \(\overline{F}\) le sont aussi : chacun de ces couples vérifie la règle du produit.
Compétences à pratiquer
  • Calculer une probabilité conditionnelle pour tester l'indépendance
III Épreuves successives
III.1 Deux épreuves indépendantes
Exemple
Une expérience consiste en les deux actions indépendantes suivantes :
  1. Lancer une pièce de monnaie équilibrée.
  2. Lancer un dé équilibré à six faces.
Quelle est la probabilité d’obtenir Pile et un nombre strictement supérieur à 4 ?

Soit \(\text{Pile}\) l’événement « obtenir Pile » et \(N\) l’événement « obtenir un nombre strictement supérieur à 4 ».
  • Les événements sont indépendants, on peut donc utiliser la règle de multiplication.
  • La probabilité d’obtenir Pile est \(P(\text{Pile}) = \dfrac{1}{2}\).
  • Les issues pour un nombre strictement supérieur à 4 sont \(\{5\,;\,6\}\). Il y a 2 issues favorables sur 6 issues au total. Donc, \(P(N) = \dfrac{2}{6} = \dfrac{1}{3}\).
  • On multiplie les probabilités pour obtenir la probabilité que les deux événements se produisent : $$\begin{aligned} P(\text{Pile} \text{ et } N) &= P(\text{Pile}) \times P(N) \\ &= \dfrac{1}{2} \times \dfrac{1}{3} \\ &= \dfrac{1}{6} \end{aligned}$$
La probabilité d’obtenir Pile et un nombre strictement supérieur à 4 est donc de \(\dfrac{1}{6}\).

Méthode — Utiliser un arbre de probabilité
  1. Dessiner les branches pour chaque étape : Dessiner les branches pour le premier événement (lancer de pièce), puis, à l’extrémité de chacune de ces branches, dessiner les branches pour le second événement (lancer de dé).
    Illustration
  2. Inscrire les probabilités sur chaque branche : La somme des probabilités des branches partant d’un même point doit être égale à 1. Comme les événements sont indépendants, les probabilités des branches du lancer de dé sont les mêmes après « Face » et après « Pile ».
    Illustration
  3. Multiplier le long du chemin : Pour obtenir la probabilité d’une issue combinée, multiplier les probabilités le long du chemin, du début à la fin.
    Illustration$$\textcolor{colorprop}{P(\text{« Pile » et « Nombre > 4 »})=\frac{1}{2}\times \frac{1}{3}}$$
Exemple
On lance une pièce équilibrée, puis un dé équilibré ; les deux épreuves sont indépendantes. Présenter l'expérience dans un tableau de probabilités et calculer la probabilité de « Pile et un nombre pair ».

Chaque ligne est un résultat de la pièce, chaque colonne un résultat du dé ; les marges portent \(P(\text{Pile}) = P(\text{Face}) = \frac{1}{2}\) et \(\frac{1}{6}\) pour chaque face. Par indépendance, la probabilité d'une case est le produit du total de sa ligne par le total de sa colonne : \(\frac{1}{2} \times \frac{1}{6} = \frac{1}{12}\) pour chaque case, et les douze cases ont pour somme \(1\).
\(1\) \(2\) \(3\) \(4\) \(5\) \(6\) Total
Pile \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{2}\)
Face \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{12}\) \(\frac{1}{2}\)
Total \(\frac{1}{6}\) \(\frac{1}{6}\) \(\frac{1}{6}\) \(\frac{1}{6}\) \(\frac{1}{6}\) \(\frac{1}{6}\) \(1\)
« Pile et un nombre pair » est la réunion des trois cases (Pile, \(2\)), (Pile, \(4\)), (Pile, \(6\)), incompatibles, donc sa probabilité est \(3 \times \frac{1}{12} = \frac{1}{4}\). La règle de multiplication pour des événements indépendants donne la même valeur, \(P(\text{Pile}) \times P(\text{pair}) = \frac{1}{2} \times \frac{1}{2} = \frac{1}{4}\) : les événements « Pile » et « pair » sont eux aussi indépendants. Un tableau croise les deux épreuves ; un arbre les suit dans l'ordre. Les deux portent les mêmes probabilités.

Compétences à pratiquer
  • Lire des probabilités sur un arbre donné
  • Résoudre des problèmes concrets à l'aide d'un arbre
  • Calculer la probabilité de deux événements indépendants
III.2 Les épreuves de Bernoulli
Définition — Épreuve de Bernoulli
Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire à exactement deux issues, appelées succès (\(S\)) et échec (\(E\)). La probabilité du succès est un nombre \(p\) strictement compris entre \(0\) et \(1\) — un succès ni impossible ni certain ; celle de l'échec vaut alors \(1 - p\).
Illustration
Lancer une pièce (pile ou non), tirer sur une cible (touchée ou manquée), tirer une carte et regarder sa couleur, tester un composant (en état ou défectueux) : la même expérience se lit comme une épreuve de Bernoulli dès que l'on a décidé ce que « succès » veut dire.
Répéter l'épreuve. On répète maintenant \(n\) fois la même épreuve de Bernoulli, les répétitions étant identiques (la probabilité du succès est \(p\) à chaque épreuve) et indépendantes (quels que soient les résultats des épreuves précédentes, la probabilité de succès à la suivante reste \(p\)) — cette répétition est aussi appelée schéma de Bernoulli. Une issue de l'expérience entière est une liste de \(n\) lettres \(S\) ou \(E\), une par épreuve, et l'arbre de l'expérience a \(2^n\) chemins : \(4\) pour deux épreuves, \(8\) pour trois, \(16\) pour quatre. Par indépendance, la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités écrites sur ses branches : un chemin à \(k\) succès et \(n - k\) échecs, dans n'importe quel ordre, a pour probabilité \(p^k (1 - p)^{n - k}\).
Signaler une erreur
Méthode — Calculer une probabilité avec l'arbre
Pour \(n \leq 4\) répétitions d'une épreuve de Bernoulli :
  1. Dessiner l'arbre, un niveau par épreuve, avec \(p\) sur chaque branche de succès et \(1 - p\) sur chaque branche d'échec (les mêmes nombres à chaque niveau, puisque les épreuves sont identiques et indépendantes).
  2. Repérer les chemins qui composent l'événement : par exemple « exactement deux succès » retient les chemins qui contiennent exactement deux lettres \(S\).
  3. Multiplier le long de chaque chemin, puis additionner les chemins retenus : tous les chemins qui ont le même nombre de succès ont la même probabilité, il suffit donc de les compter.
Pour « au moins un succès », il est plus rapide de passer par l'événement contraire « aucun succès », qui est un seul chemin : \(P(\text{au moins un succès}) = 1 - (1 - p)^n\).
Exemple
Une basketteuse réussit un lancer franc avec la probabilité \(0{,}7\). Elle tire trois lancers francs, de façon indépendante.
  1. Dessiner l'arbre de l'expérience.
  2. Calculer la probabilité qu'elle en réussisse exactement deux sur les trois.
  3. Calculer la probabilité qu'elle en réussisse au moins un.

  1. Chaque lancer est une épreuve de Bernoulli de succès \(S\) (« réussi ») de probabilité \(0{,}7\) et d'échec \(E\) de probabilité \(0{,}3\) ; trois épreuves identiques et indépendantes donnent un arbre à \(8\) chemins.
    Illustration
  2. « Exactement deux réussis » est formé des trois chemins \(SSE\), \(SES\) et \(ESS\), chacun de probabilité \(0{,}7 \times 0{,}7 \times 0{,}3 = 0{,}147\) : \(P = 3 \times 0{,}147 = 0{,}441\).
  3. « Au moins un réussi » est le contraire de « aucun réussi », le seul chemin \(EEE\) de probabilité \(0{,}3^3 = 0{,}027\) : \(P = 1 - 0{,}027 = 0{,}973\).

Exemple
On lance quatre fois une pièce équilibrée, les lancers étant indépendants. Sans dessiner tout l'arbre, calculer la probabilité d'obtenir exactement deux fois pile.

Chaque lancer est une épreuve de Bernoulli de succès « pile » de probabilité \(\dfrac{1}{2}\) ; les quatre lancers sont identiques et indépendants, et l'arbre a \(2^4 = 16\) chemins, chacun de probabilité \(\left(\dfrac{1}{2}\right)^4 = \dfrac{1}{16}\). Les chemins à exactement deux piles sont ceux où les deux lettres \(S\) occupent deux des quatre positions : \(SSEE\), \(SESE\), \(SEES\), \(ESSE\), \(ESES\), \(EESS\) — six chemins. D'où \(P = \dfrac{6}{16} = \dfrac{3}{8} = 0{,}375\). Lister les chemins remplace le dessin : à quatre épreuves l'arbre est déjà large, et au-delà de quatre le décompte des chemins demande un outil à part.

Compétences à pratiquer
  • Reconnaître une épreuve de Bernoulli
  • Calculer avec l'arbre
  • Résoudre des problèmes avec l'arbre
IV Pour aller plus loin
Compétences à pratiquer
  • Problèmes
  • Quiz