Éducation Nationale Française · PCSI
Relations binaires
Vue d'ensemble du chapitre
Une relation binaire sur un ensemble \(E\) décide, pour chaque couple \((x, y)\) d'éléments de \(E\), si \(x\) est en relation avec \(y\). La première idée du chapitre est qu'une telle règle est un objet : la partie de \(E \times E\) formée des couples en relation, comme une application du chapitre Applications est connue par son graphe. Quatre propriétés — réflexivité, symétrie, antisymétrie, transitivité — sont distinctes, une relation pouvant en avoir certaines et pas les autres, et deux de leurs combinaisons donnent les deux grandes familles de relations. La première famille identifie. Une relation d'équivalence dit que deux éléments sont les mêmes à un critère près : la parité d'un entier, le signe d'un réel, un angle à des tours complets près. Son fil est une phrase : une relation d'équivalence est toujours « avoir la même image par une application », ce que le chapitre démontre dans les deux sens. Les classes d'équivalence découpent l'ensemble en morceaux, et relations d'équivalence et partitions sont deux descriptions des mêmes objets. Les congruences, modulo un entier et modulo un réel, en sont le modèle, et chacune de leurs classes a un représentant que la partie entière trouve. La seconde famille compare. Une relation d'ordre peut être totale, comme \(\le\) sur les réels, ou partielle, comme l'inclusion des ensembles ou la divisibilité des entiers ; elle donne un sens au plus grand élément d'une partie, à ses majorants, à sa borne supérieure, et aux applications qui respectent l'ordre.
Notations. Une relation s'écrit \(\mathcal{R}\), et \(x \, \mathcal{R} \, y\) signifie \((x, y) \in \mathcal{R}\) ; la diagonale de \(E \times E\) est \(\Delta_E = \{(x, x) \mid x \in E\}\). Une relation d'équivalence s'écrit \(\sim\), la classe de \(x\) est \(\mathrm{cl}(x)\), aussi notée \(\bar{x}\), et l'ensemble des classes est \(\{\mathrm{cl}(x) \mid x \in E\}\). La congruence de deux entiers \(a\) et \(b\) modulo \(n\) s'écrit \(a \equiv b \ [n]\), et la même notation sert modulo un réel strictement positif \(\alpha\) ; la classe de \(x\) est \(x + n\mathbb{Z}\), ou \(x + \alpha\mathbb{Z}\). Une relation d'ordre quelconque s'écrit \(\preccurlyeq\), le symbole \(\le\) restant réservé aux nombres, et sa version stricte \(\prec\) ; \(\max A\), \(\min A\), \(\sup A\) et \(\inf A\) désignent le plus grand élément, le plus petit élément, la borne supérieure et la borne inférieure d'une partie \(A\). Un ordre qui n'est pas total est dit partiel. Comme dans le chapitre Ensembles, les éléments d'une partition sont ses morceaux, \(\llbracket a, b \rrbracket\) est l'ensemble des entiers de \(a\) à \(b\), et \(\emptyset\) est l'ensemble vide ; \(\lfloor x \rfloor\) est la partie entière d'un réel \(x\) ; \(\mathbb{R}_+^*\) et \(\mathbb{R}_-^*\) sont les ensembles des réels strictement positifs et des réels strictement négatifs, et \(\mathbb{R}^* = \mathbb{R} \setminus \{0\}\). En français, « supérieur à » est large, et l'inégalité stricte s'écrit « strictement supérieur à ». Dans un ensemble listé, un \(n\)-uplet ou un intervalle, le séparateur est la virgule.
Notations. Une relation s'écrit \(\mathcal{R}\), et \(x \, \mathcal{R} \, y\) signifie \((x, y) \in \mathcal{R}\) ; la diagonale de \(E \times E\) est \(\Delta_E = \{(x, x) \mid x \in E\}\). Une relation d'équivalence s'écrit \(\sim\), la classe de \(x\) est \(\mathrm{cl}(x)\), aussi notée \(\bar{x}\), et l'ensemble des classes est \(\{\mathrm{cl}(x) \mid x \in E\}\). La congruence de deux entiers \(a\) et \(b\) modulo \(n\) s'écrit \(a \equiv b \ [n]\), et la même notation sert modulo un réel strictement positif \(\alpha\) ; la classe de \(x\) est \(x + n\mathbb{Z}\), ou \(x + \alpha\mathbb{Z}\). Une relation d'ordre quelconque s'écrit \(\preccurlyeq\), le symbole \(\le\) restant réservé aux nombres, et sa version stricte \(\prec\) ; \(\max A\), \(\min A\), \(\sup A\) et \(\inf A\) désignent le plus grand élément, le plus petit élément, la borne supérieure et la borne inférieure d'une partie \(A\). Un ordre qui n'est pas total est dit partiel. Comme dans le chapitre Ensembles, les éléments d'une partition sont ses morceaux, \(\llbracket a, b \rrbracket\) est l'ensemble des entiers de \(a\) à \(b\), et \(\emptyset\) est l'ensemble vide ; \(\lfloor x \rfloor\) est la partie entière d'un réel \(x\) ; \(\mathbb{R}_+^*\) et \(\mathbb{R}_-^*\) sont les ensembles des réels strictement positifs et des réels strictement négatifs, et \(\mathbb{R}^* = \mathbb{R} \setminus \{0\}\). En français, « supérieur à » est large, et l'inégalité stricte s'écrit « strictement supérieur à ». Dans un ensemble listé, un \(n\)-uplet ou un intervalle, le séparateur est la virgule.
Prérequis
Ce chapitre suppose connu le chapitre Ensembles : ensembles, inclusion et ses propriétés (la réflexivité de l'inclusion, les Propositions « Égalité par double inclusion » et « Transitivité de l'inclusion »), réunion, intersection et complémentaire (la Proposition « Propriétés du complémentaire »), la Proposition « Réunion et intersection comme bornes », la Proposition « Lois de la réunion et de l'intersection », la Proposition « L'ensemble vide est inclus dans tout ensemble », la Proposition « Inclusion caractérisée par réunion ou intersection », la Méthode « Lister les parties d'un ensemble fini », familles de parties, partitions (la Définition « Recouvrement disjoint, partition », la Proposition « Partitions élément par élément » et la Méthode « Démontrer qu'un ensemble de parties est une partition »), produit cartésien \(E \times F\), ensemble \(E^2\) et parties d'un produit, ensemble \(\mathcal{P}(E)\), intervalles d'entiers, et description d'un ensemble par un paramètre. Il suppose connu le chapitre Applications : application, graphe, ensemble \(F^E\) des applications de \(E\) dans \(F\) (en particulier \(\mathbb{R}^{\mathbb{R}}\)), restriction, image directe et image réciproque, fibres (la Proposition « Fibres d'une application »), composition, injection, surjection, bijection, la croissance de \(A \mapsto f(A)\) et de \(B \mapsto f^{-1}(B)\) pour l'inclusion (les Propositions « Image directe et opérations ensemblistes » et « Image réciproque et opérations ensemblistes »), et la Proposition « La stricte monotonie implique l'injectivité ». Des chapitres Raisonner et rédiger et Logique : les schémas de démonstration d'un énoncé universel ou existentiel, de l'unicité, par disjonction des cas, par contraposée, par l'absurde, par contre-exemple et par récurrence, les lois des connecteurs et des quantificateurs et leurs négations, et l'irrationalité de \(\sqrt{2}\). Du chapitre Propriétés sur les nombres entiers : divisibilité, division euclidienne dans \(\mathbb{Z}\), nombres premiers, décomposition en facteurs premiers, PGCD et PPCM. Du chapitre Radians et cercle unité : la Proposition « Réels ayant la même image » — deux réels ont la même image sur le cercle trigonométrique si et seulement si leur différence est un multiple de \(2\pi\) — et les valeurs de \(\cos\) et \(\sin\) en \(x + 2k\pi\). Du chapitre Dénombrement : les coefficients binomiaux. Les exemples et les exercices utilisent aussi : le calcul sur les réels (identités, inégalités, valeur absolue, racine carrée) ; les intervalles ; la partie entière \(\lfloor x \rfloor\), l'entier \(k\) tel que \(k \le x < k + 1\), et le fait qu'un entier dépasse tout réel donné ; les fonctions usuelles (puissances, exponentielle, logarithme, cosinus, sinus) et le sens de variation d'une fonction lu sur le signe de sa dérivée ; les nombres complexes sous forme algébrique.
I
Relations binaires
I.1
Relations sur un ensemble
Répondre pour chaque couple
Comparer deux objets, les identifier ou les ordonner, c'est toujours répondre à une question sur un couple : \(x\) est-il plus petit que \(y\), \(x\) divise-t-il \(y\), \(x\) et \(y\) ont-ils la même parité ? Une relation binaire est une famille de telles réponses, une pour chaque couple d'éléments d'un ensemble. On étudie deux grandes familles de relations : celles qui identifient deux éléments, les relations d'équivalence, et celles qui les comparent, les relations d'ordre. Toutes deux se décrivent par les mêmes quatre propriétés, que chaque relation peut avoir ou non.
Le graphe d'une relation
Quel objet mathématique est la relation \(<\) sur l'ensemble \(\llbracket 1, 3 \rrbracket\) ? Son contenu est entièrement donné par les couples \((x, y)\) pour lesquels \(x < y\) : \((1, 2)\), \((1, 3)\) et \((2, 3)\). La relation est l'ensemble \(\{(1, 2), (1, 3), (2, 3)\}\), une partie du produit \(\llbracket 1, 3 \rrbracket^2\) du chapitre Ensembles. C'est le point de vue adopté : une relation est une partie d'un produit, de sorte que le vocabulaire des parties d'un produit — appartenance, inclusion, régions du plan lorsque l'ensemble est un ensemble de nombres — s'applique aux relations.
Définition — Relation binaire
Soit \(E\) un ensemble. Une relation binaire sur \(E\) est une partie \(\mathcal{R}\) du produit \(E \times E\), noté aussi \(E^2\). Pour \(x, y \in E\), on écrit \(x \, \mathcal{R} \, y\) pour \((x, y) \in \mathcal{R}\), lu « \(x\) est en relation avec \(y\) ». Une relation répond donc, pour chaque couple \((x, y)\), à la question « \(x\) est-il en relation avec \(y\) ? » : oui lorsque \((x, y) \in \mathcal{R}\), non sinon. La partie \(\mathcal{R}\) de \(E \times E\) est le graphe de la relation, comme le graphe \(\Gamma_f\) d'une application \(f\) est une partie de \(E \times F\). Deux relations \(\mathcal{R}\) et \(\mathcal{S}\) sur \(E\) sont égales si et seulement si elles ont les mêmes couples : \(\forall (x, y) \in E^2, \ x \, \mathcal{R} \, y \iff x \, \mathcal{S} \, y\). Une relation est souvent donnée par un symbole placé entre les deux éléments, comme \(=\), \(\le\), \(\mid\) ou \(\sim\), et le couple n'est pas écrit. Exemple — Les graphes de quatre relations
Quatre relations, dessinées par leurs graphes ; sur chaque dessin la diagonale, formée des couples \((x, x)\), est en pointillés. La première est la divisibilité \(x \mid y\) sur \(E = \llbracket 1, 4 \rrbracket\) : son graphe est un ensemble fini de points de la grille, les huit couples \((1, 1)\), \((1, 2)\), \((1, 3)\), \((1, 4)\), \((2, 2)\), \((2, 4)\), \((3, 3)\) et \((4, 4)\). Les trois autres sont des relations sur \(E = \mathbb{R}\), dont les graphes sont des régions ou des courbes du plan \(\mathbb{R}^2\) : le graphe de \(x \le y\) est le demi-plan au-dessus de la diagonale, celui de \(\lvert x - y \rvert \le 1\) est la bande comprise entre les droites d'équations \(y = x - 1\) et \(y = x + 1\), et celui de \(x^2 = y^2\) est la réunion des droites d'équations \(y = x\) et \(y = -x\).
Compétences à pratiquer
- Lire une relation sur son graphe ★
- Compter les couples d'une relation ★
I.2
Propriétés d'une relation
Quatre questions sur une relation
Une relation, comme simple partie de \(E \times E\), dit peu de chose. Ce qui la rend utile, ce sont les questions que l'on peut se poser à son sujet, et quatre comptent : chaque élément est-il en relation avec lui-même, la relation est-elle la même lue de gauche à droite et de droite à gauche, deux éléments distincts peuvent-ils être en relation dans les deux sens, une chaîne de deux relations en donne-t-elle toujours une troisième ? Chaque question est un énoncé sur tous les éléments, ou tous les couples, ou tous les triplets de \(E\). Aucun des quatre énoncés ne découle d'un seul autre, comme le montrent l'Exemple « Sept relations et leurs propriétés » et le Piège « antisymétrique ne veut pas dire non symétrique ». Deux d'entre eux ensemble peuvent cependant imposer le troisième : une relation à la fois symétrique et antisymétrique est contenue dans la diagonale, et elle est donc transitive, comme le démontre ce même Piège.
Définition — Réflexive, symétrique, antisymétrique, transitive
Soit \(\mathcal{R}\) une relation binaire sur un ensemble \(E\). La relation \(\mathcal{R}\) est : - réflexive si \(\forall x \in E, \ x \, \mathcal{R} \, x\) ;
- symétrique si \(\forall (x, y) \in E^2, \ x \, \mathcal{R} \, y \Rightarrow y \, \mathcal{R} \, x\) ;
- antisymétrique si \(\forall (x, y) \in E^2, \ (x \, \mathcal{R} \, y \text{ et } y \, \mathcal{R} \, x) \Rightarrow x = y\) ;
- transitive si \(\forall (x, y, z) \in E^3, \ (x \, \mathcal{R} \, y \text{ et } y \, \mathcal{R} \, z) \Rightarrow x \, \mathcal{R} \, z\).
Exemple — Sept relations et leurs propriétés
Les propriétés de sept relations sont résumées dans un tableau ; R, S, A et T désignent réflexive, symétrique, antisymétrique et transitive. « Même parité » signifie « tous deux pairs ou tous deux impairs ». | relation | R | S | A | T |
| \(=\) sur un ensemble \(E\) | oui | oui | oui | oui |
| \(\le\) sur \(\mathbb{R}\) | oui | non | oui | oui |
| \(<\) sur \(\mathbb{R}\) | non | non | oui | oui |
| \(\mid\) sur \(\mathbb{N}\) | oui | non | oui | oui |
| \(\mid\) sur \(\mathbb{Z}\) | oui | non | non | oui |
| même parité sur \(\mathbb{Z}\) | oui | oui | non | oui |
| \(\ne\) sur \(\mathbb{R}\) | non | oui | non | non |
- \(\le\) n'est pas symétrique : \(1 \le 2\), mais \(2 \le 1\) est faux.
- \(<\) n'est pas réflexive, puisque \(1 < 1\) est faux, ni symétrique : \(1 < 2\), mais \(2 < 1\) est faux. Elle est antisymétrique à vide : aucun couple \((x, y)\) ne vérifie à la fois \(x < y\) et \(y < x\), donc l'implication « \((x < y \text{ et } y < x) \Rightarrow x = y\) » est vraie pour tout couple.
- \(\mid\) sur \(\mathbb{N}\) n'est pas symétrique : \(1 \mid 2\), mais \(2 \nmid 1\).
- \(\mid\) sur \(\mathbb{Z}\) n'est pas symétrique, pour la même raison, ni antisymétrique : \(2 \mid -2\) et \(-2 \mid 2\), mais \(2 \ne -2\).
- « Même parité » n'est pas antisymétrique : \(2\) et \(4\) ont la même parité, et \(2 \ne 4\).
- \(\ne\) n'est pas réflexive, puisque \(1 \ne 1\) est faux, ni antisymétrique : \(1 \ne 2\) et \(2 \ne 1\), mais \(1 = 2\) est faux, ni transitive : \(1 \ne 2\) et \(2 \ne 1\), mais \(1 \ne 1\) est faux.
- Réflexivité. Soit \(a \in \mathbb{N}\). Alors \(a = 1 \times a\), donc \(a \mid a\).
- Transitivité. Soient \(a, b, c \in \mathbb{N}\) tels que \(a \mid b\) et \(b \mid c\) : \(b = ka\) et \(c = \ell b\) avec \(k, \ell \in \mathbb{N}\). Alors $$ \begin{aligned} c &= \ell b && \text{(hypothèse \(b \mid c\))} \\ &= \ell(ka) && \text{(hypothèse \(b = ka\))} \\ &= (\ell k)a, \end{aligned} $$ la dernière égalité par l'associativité du produit, avec \(\ell k \in \mathbb{N}\), donc \(a \mid c\).
- Antisymétrie. Soient \(a, b \in \mathbb{N}\) tels que \(a \mid b\) et \(b \mid a\) : \(b = ka\) et \(a = \ell b\) avec \(k, \ell \in \mathbb{N}\). Alors $$ \begin{aligned} b &= ka && \text{(hypothèse \(a \mid b\))} \\ &= k(\ell b) && \text{(hypothèse \(b \mid a\), c'est-à-dire \(a = \ell b\))} \\ &= (k\ell)b, \end{aligned} $$ la dernière égalité par l'associativité du produit. Si \(b = 0\), alors $$ \begin{aligned} a &= \ell b && \text{(hypothèse \(a = \ell b\))} \\ &= 0 && \text{(car \(b = 0\))} \\ &= b. \end{aligned} $$ Si \(b \ne 0\), alors \(b = (k\ell)b\) donne \(k\ell = 1\) après division par \(b\), donc \(k = \ell = 1\), deux entiers naturels de produit \(1\) étant tous deux égaux à \(1\), et $$ \begin{aligned} a &= \ell b && \text{(hypothèse \(a = \ell b\))} \\ &= 1 \times b && \text{(car \(\ell = 1\))} \\ &= b. \end{aligned} $$ Dans les deux cas \(a = b\).
Méthode — Démontrer ou réfuter une propriété d'une relation
Pour décider si une relation \(\mathcal{R}\) sur un ensemble \(E\) a l'une des quatre propriétés, la démontrer ou la réfuter : - Pour démontrer une propriété, qui est un énoncé universel, introduire des éléments génériques, par la Méthode « Démontrer une proposition universelle » : \(x \in E\) pour la réflexivité ; \(x, y \in E\) avec l'hypothèse \(x \, \mathcal{R} \, y\) pour la symétrie ; \(x, y \in E\) avec les hypothèses \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, x\) pour l'antisymétrie, où la conclusion est l'égalité \(x = y\) ; \(x, y, z \in E\) avec les hypothèses \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, z\) pour la transitivité. Traduire chaque hypothèse par la définition de la relation et mener le calcul jusqu'à la conclusion.
- Pour réfuter une propriété, donner un contre-exemple, la négation d'un énoncé universel étant un énoncé existentiel (la Proposition « Négation des quantificateurs ») : un élément \(x\) tel que \(x \, \mathcal{R} \, x\) soit faux, pour la réflexivité ; un couple avec \(x \, \mathcal{R} \, y\) et non \(y \, \mathcal{R} \, x\), pour la symétrie ; un couple d'éléments distincts avec \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, x\), pour l'antisymétrie ; un triplet avec \(x \, \mathcal{R} \, y\), \(y \, \mathcal{R} \, z\) et non \(x \, \mathcal{R} \, z\), pour la transitivité. Les éléments choisis sont donnés et les deux membres sont vérifiés, comme dans la Méthode « Réfuter une implication ».
- Pour deviner la réponse, lire le graphe : la diagonale pour la réflexivité, la symétrie par rapport à la diagonale pour la symétrie et l'antisymétrie.
Piège — antisymétrique ne veut pas dire non symétrique
« Antisymétrique » n'est pas le contraire de « symétrique ». Les deux propriétés ne sont pas complémentaires : une relation peut avoir les deux, ou aucune. L'égalité est à la fois symétrique et antisymétrique. La relation \(\{(1, 2), (2, 1), (1, 3)\}\) sur \(\{1, 2, 3\}\) n'est ni l'une ni l'autre : elle n'est pas symétrique, puisque \((1, 3)\) en fait partie et pas \((3, 1)\), et elle n'est pas antisymétrique, puisque \((1, 2)\) et \((2, 1)\) en font partie et que \(1 \ne 2\). Une relation n'est pas antisymétrique parce qu'elle n'est pas symétrique : il faut vérifier la définition.
Une relation à la fois symétrique et antisymétrique est contenue dans la diagonale, et elle est donc transitive. Soit \(\mathcal{R}\) une telle relation sur \(E\). Pour \((x, y) \in \mathcal{R}\), la symétrie donne \(y \, \mathcal{R} \, x\), donc \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, x\) sont vraies ensemble et l'antisymétrie donne \(x = y\) : le couple \((x, y)\) est le couple \((x, x)\) de la diagonale \(\Delta_E\), d'où \(\mathcal{R} \subset \Delta_E\). Pour la transitivité, soient \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, z\). La première relation donne \(x = y\), donc la seconde s'écrit \(x \, \mathcal{R} \, z\). Ainsi la transitivité découle de la symétrie et de l'antisymétrie prises ensemble. Elle ne découle d'aucune des trois autres propriétés prise seule. La relation \(\ne\) sur \(\mathbb{R}\) de l'Exemple « Sept relations et leurs propriétés » est symétrique et n'est pas transitive. La relation \(\mathcal{S}\) sur \(\{1, 2, 3\}\) dont le graphe est \(\Delta_{\{1, 2, 3\}} \cup \{(1, 2), (2, 3)\}\) est réflexive, et antisymétrique puisque les images miroirs \((2, 1)\) et \((3, 2)\) de ses couples \((1, 2)\) et \((2, 3)\) n'en font pas partie, mais elle n'est pas transitive : \(1 \, \mathcal{S} \, 2\) et \(2 \, \mathcal{S} \, 3\), alors que \(1 \, \mathcal{S} \, 3\) est faux.
Une relation à la fois symétrique et antisymétrique est contenue dans la diagonale, et elle est donc transitive. Soit \(\mathcal{R}\) une telle relation sur \(E\). Pour \((x, y) \in \mathcal{R}\), la symétrie donne \(y \, \mathcal{R} \, x\), donc \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, x\) sont vraies ensemble et l'antisymétrie donne \(x = y\) : le couple \((x, y)\) est le couple \((x, x)\) de la diagonale \(\Delta_E\), d'où \(\mathcal{R} \subset \Delta_E\). Pour la transitivité, soient \(x \, \mathcal{R} \, y\) et \(y \, \mathcal{R} \, z\). La première relation donne \(x = y\), donc la seconde s'écrit \(x \, \mathcal{R} \, z\). Ainsi la transitivité découle de la symétrie et de l'antisymétrie prises ensemble. Elle ne découle d'aucune des trois autres propriétés prise seule. La relation \(\ne\) sur \(\mathbb{R}\) de l'Exemple « Sept relations et leurs propriétés » est symétrique et n'est pas transitive. La relation \(\mathcal{S}\) sur \(\{1, 2, 3\}\) dont le graphe est \(\Delta_{\{1, 2, 3\}} \cup \{(1, 2), (2, 3)\}\) est réflexive, et antisymétrique puisque les images miroirs \((2, 1)\) et \((3, 2)\) de ses couples \((1, 2)\) et \((2, 3)\) n'en font pas partie, mais elle n'est pas transitive : \(1 \, \mathcal{S} \, 2\) et \(2 \, \mathcal{S} \, 3\), alors que \(1 \, \mathcal{S} \, 3\) est faux.
Compétences à pratiquer
- Reconnaître les propriétés d'une relation ★
- Décider les propriétés d'une relation ★
- Démontrer ou réfuter une propriété d'une relation ★★
- Combiner les propriétés des relations ★★★
II
Relations d'équivalence
II.1
Relations d'équivalence et applications
Identifier à un critère près
Les relations d'équivalence sont la plus faible identification raisonnable : elles permettent de dire que \(x\) et \(y\) sont les mêmes à un critère choisi près, sans imposer aucune autre structure. Les trois axiomes — réflexivité, symétrie, transitivité — expriment exactement ce que l'on attend d'une identification : tout \(x\) est identifié à lui-même, l'identification est à double sens, et les chaînes d'identifications se contractent. Trois faits sont établis à leur sujet. Les éléments identifiés à un élément donné forment sa classe. Les classes découpent l'ensemble en morceaux disjoints : elles forment une partition, et toute partition s'obtient ainsi. Et une relation d'équivalence est toujours « avoir la même image par une application », ce qui est aussi le moyen le plus rapide de démontrer qu'une relation est une relation d'équivalence.
Un raccourci pour les trois axiomes
Pour montrer qu'une relation est une relation d'équivalence, on vérifie les trois axiomes un par un, sur des éléments génériques. Il existe souvent un raccourci : lorsque deux éléments sont en relation exactement quand ils ont la même image par une certaine application, les trois axiomes sont la réflexivité, la symétrie et la transitivité de l'égalité, et ils sont vrais sans autre vérification. La Proposition « La relation d'équivalence d'une application » le dit, et la Méthode « Démontrer une équivalence par une application » en fait une procédure.
Définition — Relation d'équivalence
Une relation binaire \(\mathcal{R}\) sur \(E\) est une relation d'équivalence si elle est réflexive, symétrique et transitive. On note souvent les relations d'équivalence par des symboles comme \(\sim\), \(\equiv\), \(\approx\). Méthode — Démontrer qu'une relation est une relation d'équivalence
Pour démontrer qu'une relation \(\sim\) sur un ensemble \(E\) est une relation d'équivalence, deux voies : - Les trois axiomes, chacun sur des éléments génériques, par la Méthode « Démontrer une proposition universelle » : réflexivité, pour tout \(x \in E\), \(x \sim x\) ; symétrie, pour tous \(x, y \in E\), si \(x \sim y\) alors \(y \sim x\) ; transitivité, pour tous \(x, y, z \in E\), si \(x \sim y\) et \(y \sim z\) alors \(x \sim z\).
- Le raccourci par une application : mettre la relation sous la forme \(f(x) = f(y)\) pour une application \(f\) définie sur \(E\), et conclure par la Proposition « La relation d'équivalence d'une application » ; la Méthode « Démontrer une équivalence par une application » le décrit.
Exemple — Signe, parité et diviseurs communs
Trois relations, les deux premières étant des relations d'équivalence et la troisième non. - Même signe sur \(\mathbb{R}^*\). Deux réels non nuls \(x\) et \(y\) sont en relation, \(x \sim y\), lorsqu'ils sont tous deux strictement positifs ou tous deux strictement négatifs. Réflexivité : \(x\) et \(x\) sont tous deux strictement positifs ou tous deux strictement négatifs. Symétrie : la condition « tous deux strictement positifs ou tous deux strictement négatifs » ne dépend pas de l'ordre de \(x\) et \(y\). Transitivité : soient \(x \sim y\) et \(y \sim z\). Si \(y > 0\), alors \(x > 0\) et \(z > 0\) ; si \(y < 0\), alors \(x < 0\) et \(z < 0\). Comme \(y \ne 0\), ces deux cas couvrent toutes les possibilités, et dans les deux \(x \sim z\).
- Même parité sur \(\mathbb{Z}\). Deux entiers \(x\) et \(y\) sont en relation, \(x \sim y\), lorsqu'ils sont tous deux pairs ou tous deux impairs. La réflexivité et la symétrie se vérifient comme ci-dessus. Transitivité : soient \(x \sim y\) et \(y \sim z\). Si \(y\) est pair, alors \(x\) et \(z\) sont pairs ; si \(y\) est impair, alors \(x\) et \(z\) sont impairs. Dans les deux cas \(x \sim z\).
- Diviseurs communs sur les entiers \(x \ge 2\). Deux entiers \(x, y \ge 2\) sont en relation, \(x \, \mathcal{R} \, y\), lorsqu'ils ont un diviseur commun strictement supérieur à \(1\). La relation est réflexive, puisque \(x\) divise \(x\) et que \(x \ge 2\), et symétrique, puisque la condition est la même pour \(x\) et \(y\) dans un ordre ou dans l'autre. Elle n'est pas transitive : \(2 \, \mathcal{R} \, 6\), puisque \(2\) divise les deux ; \(6 \, \mathcal{R} \, 3\), puisque \(3\) divise les deux ; mais \(2 \, \mathcal{R} \, 3\) est faux, puisque les diviseurs de \(2\) sont \(1\) et \(2\), et que \(2\) ne divise pas \(3\), de sorte que le seul diviseur commun de \(2\) et \(3\) est \(1\). Ce n'est pas une relation d'équivalence.
Proposition — La relation d'équivalence d'une application
Soit \(f \colon E \to F\) une application. La relation \(\sim_f\) sur \(E\) définie par $$ x \sim_f y \iff f(x) = f(y) $$ est une relation d'équivalence. Deux éléments sont en relation exactement lorsqu'ils ont la même image par \(f\).
On applique la Méthode « Démontrer qu'une relation est une relation d'équivalence » : les trois axiomes sont ceux de l'égalité dans \(F\), transportés par \(f\).
- Réflexivité. Soit \(x \in E\). Alors \(f(x) = f(x)\), donc \(x \sim_f x\).
- Symétrie. Soient \(x, y \in E\) tels que \(x \sim_f y\). Alors \(f(x) = f(y)\), donc \(f(y) = f(x)\), c'est-à-dire \(y \sim_f x\).
- Transitivité. Soient \(x, y, z \in E\) tels que \(x \sim_f y\) et \(y \sim_f z\). Alors $$ \begin{aligned} f(x) &= f(y) && \text{(hypothèse \(x \sim_f y\))} \\ &= f(z), \end{aligned} $$ la dernière égalité par l'hypothèse \(y \sim_f z\). Donc \(x \sim_f z\).
Méthode — Démontrer une équivalence par une application
Pour démontrer qu'une relation \(\sim\) sur un ensemble \(E\) est une relation d'équivalence par une application : - Transformer la relation \(x \sim y\), par équivalences, jusqu'à la forme \(f(x) = f(y)\), avec \(x\) seul d'un côté et \(y\) seul de l'autre.
- Nommer l'application : sa règle \(x \mapsto f(x)\), son ensemble de départ \(E\) et son ensemble d'arrivée ; \(f\) doit être définie en tout élément de \(E\).
- Conclure par la Proposition « La relation d'équivalence d'une application » : \(\sim\) est la relation de \(f\), donc une relation d'équivalence, et ses classes seront les fibres de \(f\). Aucun axiome n'est plus à vérifier.
Par exemple, sur \(E = \mathbb{R}^2\), soit \((x, y) \sim (x', y') \iff x^2 - x'^2 = y'^2 - y^2\). En ajoutant \(x'^2 + y^2\) aux deux membres, cela s'écrit \(x^2 + y^2 = x'^2 + y'^2\), c'est-à-dire \(f(x, y) = f(x', y')\) pour l'application \(f \colon \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}\), \((x, y) \mapsto x^2 + y^2\), définie sur tout \(\mathbb{R}^2\). Donc \(\sim\) est la relation de \(f\) : une relation d'équivalence, sans aucun axiome à vérifier.
Compétences à pratiquer
- Reconnaître une relation d'équivalence ★
- Décider si une relation est une relation d'équivalence ★
- Démontrer une équivalence par une application ★★
- Construire des relations d'équivalence ★★★
III
Congruences
III.1
Congruence modulo \(n\) et modulo \(\alpha\)
Égaux à un pas près
Les congruences sont les relations d'équivalence les plus familières. Deux entiers sont congrus modulo \(n\) lorsque leur différence est un multiple de \(n\), ce qui signifie qu'ils ont le même reste dans la division euclidienne par \(n\) ; c'est la base de l'arithmétique modulaire, des critères de divisibilité à la cryptographie. Deux réels sont congrus modulo \(\alpha\) lorsque leur différence est un multiple entier de \(\alpha\), et pour \(\alpha = 2\pi\) c'est la formalisation des « angles modulo un tour ». Calculer avec des congruences — les additionner, les multiplier — relève de l'arithmétique des entiers et de la trigonométrie. Ce qu'il faut d'abord, c'est la relation elle-même : c'est une relation d'équivalence, ses classes se décrivent facilement, et chaque classe a un représentant canonique.
Une différence qui est un multiple
Pour décider si deux nombres sont congrus, on regarde leur différence et l'on se demande si c'est un multiple du pas, \(n\) ou \(\alpha\). La définition dit exactement cela, les multiples du pas étant l'ensemble des différences permises. Cette observation rend la démonstration de l'équivalence courte et générale : la relation est « \(x - y\) appartient à un ensemble \(M\) », et trois propriétés de \(M\) suffisent.
Définition — Congruence modulo
- Soit \(n \in \mathbb{N}^*\). Deux entiers \(x\) et \(y\) sont congrus modulo \(n\), ce que l'on note \(x \equiv y \ [n]\), lorsque \(x - y\) est un multiple de \(n\) : $$ x \equiv y \ [n] \iff \exists k \in \mathbb{Z}, \ x - y = kn \iff x - y \in n\mathbb{Z}, $$ où \(n\mathbb{Z} = \{kn \mid k \in \mathbb{Z}\}\) est l'ensemble des multiples de \(n\). Cette relation sur \(\mathbb{Z}\) est la congruence modulo \(n\).
- Soit \(\alpha \in \mathbb{R}_+^*\). Deux réels \(x\) et \(y\) sont congrus modulo \(\alpha\), ce que l'on note \(x \equiv y \ [\alpha]\), lorsque \(x - y\) est un multiple entier de \(\alpha\) : $$ x \equiv y \ [\alpha] \iff \exists k \in \mathbb{Z}, \ x - y = k\alpha \iff x - y \in \alpha\mathbb{Z}, $$ où \(\alpha\mathbb{Z} = \{k\alpha \mid k \in \mathbb{Z}\}\). Cette relation sur \(\mathbb{R}\) est la congruence modulo \(\alpha\).
Proposition — Les congruences sont des relations d'équivalence
Soit \(X\) égal à \(\mathbb{Z}\) ou à \(\mathbb{R}\), et \(M\) une partie de \(X\) telle que - \(0 \in M\) ;
- pour tout \(m \in M\), \(-m \in M\) ;
- pour tous \(m, m' \in M\), \(m + m' \in M\).
Première démonstration : l'énoncé général. On applique la Méthode « Démontrer qu'une relation est une relation d'équivalence ». Soient \(x, y, z \in X\).
Seconde démonstration : directement, sur l'entier \(k\). Prenons la congruence modulo \(\alpha\) ; pour la congruence modulo \(n\), remplacer \(\alpha\) par \(n\) et les réels par des entiers. Réflexivité : \(x - x = 0 \cdot \alpha\), avec \(0 \in \mathbb{Z}\). Symétrie : si \(x - y = k\alpha\) avec \(k \in \mathbb{Z}\), alors \(y - x = (-k)\alpha\), avec \(-k \in \mathbb{Z}\). Transitivité : si \(x - y = k\alpha\) et \(y - z = l\alpha\) avec \(k, l \in \mathbb{Z}\), alors $$ \begin{aligned} x - z &= (x - y) + (y - z) && \text{(simplification de \(y\))} \\ &= k\alpha + l\alpha && \text{(hypothèses)} \\ &= (k + l)\alpha, \end{aligned} $$ avec \(k + l \in \mathbb{Z}\).
- Réflexivité. \(x - x = 0 \in M\), donc \(x \sim x\).
- Symétrie. Supposons \(x \sim y\), c'est-à-dire \(x - y \in M\). Alors \(y - x = -(x - y) \in M\) par la deuxième propriété, donc \(y \sim x\).
- Transitivité. Supposons \(x \sim y\) et \(y \sim z\), c'est-à-dire \(x - y \in M\) et \(y - z \in M\). Alors $$ \begin{aligned} x - z &= (x - y) + (y - z) && \text{(simplification de \(y\))} \\ &\in M, \end{aligned} $$ la dernière étape par la troisième propriété, appliquée à \(x - y\) et \(y - z\). Donc \(x \sim z\).
Seconde démonstration : directement, sur l'entier \(k\). Prenons la congruence modulo \(\alpha\) ; pour la congruence modulo \(n\), remplacer \(\alpha\) par \(n\) et les réels par des entiers. Réflexivité : \(x - x = 0 \cdot \alpha\), avec \(0 \in \mathbb{Z}\). Symétrie : si \(x - y = k\alpha\) avec \(k \in \mathbb{Z}\), alors \(y - x = (-k)\alpha\), avec \(-k \in \mathbb{Z}\). Transitivité : si \(x - y = k\alpha\) et \(y - z = l\alpha\) avec \(k, l \in \mathbb{Z}\), alors $$ \begin{aligned} x - z &= (x - y) + (y - z) && \text{(simplification de \(y\))} \\ &= k\alpha + l\alpha && \text{(hypothèses)} \\ &= (k + l)\alpha, \end{aligned} $$ avec \(k + l \in \mathbb{Z}\).
Exemple — Des congruences sur les entiers et sur les réels
- Modulo \(5\) dans \(\mathbb{Z}\). \(17 \equiv 2 \ [5]\), car $$ \begin{aligned} 17 - 2 &= 15 && \text{(soustraction)} \\ &= 3 \times 5, \end{aligned} $$ et \(-3 \equiv 2 \ [5]\), car $$ \begin{aligned} -3 - 2 &= -5 && \text{(soustraction)} \\ &= (-1) \times 5. \end{aligned} $$ Aussi \(0 \equiv 5 \equiv 10 \ [5]\), car les différences \(0 - 5 = -5\), \(5 - 10 = -5\) et \(0 - 10 = -10\) sont des multiples de \(5\). En revanche \(7 \not\equiv 3 \ [5]\), car \(7 - 3 = 4\) n'est pas un multiple de \(5\).
- Modulo \(2\pi\) dans \(\mathbb{R}\). \(\frac{\pi}{3} \equiv \frac{7\pi}{3} \ [2\pi]\), car \(\frac{7\pi}{3} - \frac{\pi}{3} = 2\pi\). Par la Proposition « Réels ayant la même image » du chapitre Radians et cercle unité, \(x \equiv y \ [2\pi]\) si et seulement si \(x\) et \(y\) ont la même image sur le cercle trigonométrique : la congruence modulo \(2\pi\) est la relation de l'application \(x \mapsto M(x)\), où \(M(x)\) est le point du cercle associé à \(x\). C'est la formalisation de « même angle à un tour près », et une relation d'équivalence aussi par la Proposition « La relation d'équivalence d'une application ».
- Modulo \(1\) dans \(\mathbb{R}\). \(x \equiv y \ [1]\) signifie \(x - y \in \mathbb{Z}\), et c'est « avoir la même partie fractionnaire » : \(x \equiv y \ [1] \iff x - \lfloor x \rfloor = y - \lfloor y \rfloor\). En effet, si les parties fractionnaires sont égales, alors \(x - y = \lfloor x \rfloor - \lfloor y \rfloor \in \mathbb{Z}\). Réciproquement, si \(x - y = k \in \mathbb{Z}\), alors \(\lfloor y \rfloor + k \le y + k = x < \lfloor y \rfloor + k + 1\), donc \(\lfloor x \rfloor = \lfloor y \rfloor + k\) et $$ \begin{aligned} x - \lfloor x \rfloor &= (y + k) - \lfloor x \rfloor && \text{(car \(x = y + k\))} \\ &= (y + k) - (\lfloor y \rfloor + k) && \text{(car \(\lfloor x \rfloor = \lfloor y \rfloor + k\))} \\ &= y - \lfloor y \rfloor, \end{aligned} $$ la dernière égalité en simplifiant par \(k\). La congruence modulo \(1\) est la relation de l'application \(x \mapsto x - \lfloor x \rfloor\).
Méthode — Décider une congruence
Pour décider si \(x \equiv y \ [\alpha]\), avec \(\alpha > 0\) (un entier \(n\) lorsque \(x\) et \(y\) sont entiers) : - Calculer le quotient \(q = \frac{x - y}{\alpha}\). Comme \(\alpha \ne 0\), \(x - y = k\alpha \iff q = k\), donc \(x \equiv y \ [\alpha]\) si et seulement si \(q\) est un entier.
- Pour démontrer la congruence, montrer que \(q\) est un entier, et dire lequel : c'est le témoin \(k\) de la définition.
- Pour la réfuter, encadrer \(q\) strictement entre deux entiers consécutifs, \(k < q < k + 1\) : aucun entier n'est dans cet intervalle, donc \(q \notin \mathbb{Z}\).
Compétences à pratiquer
- Reconnaître une congruence ★
- Décider une congruence ★
- Démontrer une équivalence de la forme \(x - y \in M\) ★★
- Comparer deux congruences ★★★
IV
Relations d'ordre
IV.1
Ordres totaux et partiels
Une hiérarchie
L'autre grande famille est celle des relations d'ordre. Là où une relation d'équivalence identifie, une relation d'ordre exprime une hiérarchie : plus petit, plus grand, avant, après. Les trois axiomes — réflexivité, antisymétrie, transitivité — sont la bonne combinaison : tout \(x\) est comparable à lui-même ; si \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq x\), alors \(x = y\), de sorte qu'il n'y a pas d'ex æquo entre éléments distincts ; et les chaînes de comparaisons se composent. Deux sortes d'ordres existent : les ordres totaux, où deux éléments quelconques se comparent, comme \(\le\) sur \(\mathbb{R}\), et les ordres partiels, où certains éléments ne se comparent pas, comme l'inclusion des ensembles ou la divisibilité des entiers. Dans un ensemble ordonné on cherche le plus grand élément d'une partie, ses majorants, le plus petit d'entre eux, qui est sa borne supérieure, et les applications qui respectent l'ordre. Les diagrammes de Hasse sont la façon canonique de dessiner un ordre partiel fini.
Comparables ou non
Deux éléments d'un ensemble ordonné peuvent ne pas être comparables, et cela sépare les ordres partiels de l'ordre total des réels. Raisonner dans un ordre partiel demande de l'attention : la négation de \(x \preccurlyeq y\) n'est pas toujours \(y \prec x\), où \(\prec\) est la version stricte de l'ordre, \(x \prec y\) signifiant \(x \preccurlyeq y\) et \(x \ne y\). Les Propositions « Ordre strict associé à un ordre » et « Nier une inégalité » donnent les règles, et la Méthode « Démontrer qu'une relation est un ordre » la démonstration des trois axiomes.
Définition — Relation d'ordre
Une relation binaire \(\preccurlyeq\) sur \(E\) est une relation d'ordre (ou ordre) si elle est réflexive, antisymétrique et transitive. Le couple \((E, \preccurlyeq)\) est alors appelé ensemble ordonné. Les relations d'ordre sont notées typiquement \(\le\), \(\preccurlyeq\), \(\sqsubseteq\). Définition — Ordre total, ordre partiel
Soit \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné. Deux éléments \(x, y \in E\) sont comparables si \(x \preccurlyeq y\) ou \(y \preccurlyeq x\). L'ordre \(\preccurlyeq\) est : - total si deux éléments quelconques de \(E\) sont comparables : \(\forall (x, y) \in E^2, \ x \preccurlyeq y \text{ ou } y \preccurlyeq x\) ;
- partiel dans le cas contraire (il existe des éléments incomparables).
Exemple — Des ordres sur des nombres, des parties et des entiers
- \((\mathbb{R}, \le)\), \((\mathbb{Q}, \le)\), \((\mathbb{Z}, \le)\) et \((\mathbb{N}, \le)\) sont totalement ordonnés : deux réels quelconques sont comparables.
- \((\mathcal{P}(E), \subset)\) est un ensemble ordonné. Ses trois axiomes sont connus : la réflexivité, \(A \subset A\), par la Définition « Inclusion, sous-ensemble » ; l'antisymétrie, puisque \(A \subset B\) et \(B \subset A\) donnent \(A = B\), par la Proposition « Égalité par double inclusion » ; la transitivité, par la Proposition « Transitivité de l'inclusion ». L'ordre est partiel dès que \(E\) a deux éléments distincts \(a \ne b\) : les parties \(\{a\}\) et \(\{b\}\) ne sont pas comparables, aucune n'étant incluse dans l'autre.
- \((\mathbb{N}^*, \mid)\), la divisibilité, est un ensemble ordonné : la divisibilité est réflexive, antisymétrique et transitive sur \(\mathbb{N}\), comme le démontre l'Exemple « Sept relations et leurs propriétés », et ces trois propriétés, vraies pour tous les éléments de \(\mathbb{N}\), le sont pour ceux de \(\mathbb{N}^*\). L'ordre est partiel : \(2\) et \(3\) ne sont pas comparables, puisque \(2 \nmid 3\) et \(3 \nmid 2\).
Exemple — Diviseurs de 12
La divisibilité sur l'ensemble \(D_{12} = \{1, 2, 3, 4, 6, 12\}\) des diviseurs de \(12\) est un ordre partiel, dont le diagramme de Hasse est dessiné ci-dessous.
Exemple — Des fonctions comparées point par point
Sur l'ensemble \(\mathbb{R}^{\mathbb{R}}\) des applications de \(\mathbb{R}\) dans \(\mathbb{R}\), notons \(f \preccurlyeq g\) lorsque \(g\) est au-dessus de \(f\) en tout point : $$ f \preccurlyeq g \iff \forall x \in \mathbb{R}, \ f(x) \le g(x). $$ Cette relation est un ordre, chaque axiome étant l'axiome correspondant de \(\le\) appliqué en tout point. Réflexivité : \(f(x) \le f(x)\) pour tout \(x\). Antisymétrie : si \(f \preccurlyeq g\) et \(g \preccurlyeq f\), alors \(f(x) \le g(x)\) et \(g(x) \le f(x)\) pour tout \(x\), donc \(f(x) = g(x)\) pour tout \(x\), et \(f = g\) puisque les deux applications ont le même ensemble de départ et le même ensemble d'arrivée. Transitivité : si \(f \preccurlyeq g\) et \(g \preccurlyeq h\), alors \(f(x) \le g(x) \le h(x)\) pour tout \(x\), donc \(f \preccurlyeq h\). L'ordre est partiel : \(\sin\) et \(\cos\) ne sont pas comparables.
Proposition — Ordre strict associé à un ordre
Soit \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné. La relation \(\prec\) définie par $$ x \prec y \iff (x \preccurlyeq y \text{ et } x \ne y) $$ est l'ordre strict associé à \(\preccurlyeq\). Pour tous \(x, y, z \in E\) : - \(\prec\) est irréflexive et asymétrique : \(x \prec x\) est faux, et \(x \prec y\) et \(y \prec x\) ne sont jamais vrais tous les deux ;
- \(\prec\) est transitive, et même mixte : si \(x \prec y\) et \(y \preccurlyeq z\), ou si \(x \preccurlyeq y\) et \(y \prec z\), ou si \(x \prec y\) et \(y \prec z\), alors \(x \prec z\) ;
- \(x \preccurlyeq y \iff (x \prec y \text{ ou } x = y)\).
Irréflexivité et asymétrie. Par définition, \(x \prec x\) exigerait \(x \ne x\), ce qui est faux. Si \(x \prec y\) et \(y \prec x\), alors \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq x\), donc \(x = y\) par antisymétrie, ce qui contredit \(x \ne y\).
Transitivité. Soient \(x, y, z \in E\) tels que \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq z\), et tels que l'un des deux pas soit strict, \(x \ne y\) ou \(y \ne z\) : les trois cas de l'énoncé sont contenus dans ces hypothèses. Par la transitivité de \(\preccurlyeq\), \(x \preccurlyeq z\). Supposons par l'absurde que \(x = z\). Alors \(y \preccurlyeq z = x\) et \(x \preccurlyeq y\), donc \(x = y\) par antisymétrie, et ensuite \(y = x = z\) : ni \(x \ne y\) ni \(y \ne z\) ne vaut, contrairement à l'hypothèse. Contradiction ! Donc \(x \ne z\), et \(x \prec z\).
La dernière équivalence. Si \(x \preccurlyeq y\), alors ou bien \(x = y\), ou bien \(x \ne y\) et alors \(x \prec y\). Réciproquement, \(x \prec y\) implique \(x \preccurlyeq y\), et \(x = y\) implique \(x \preccurlyeq y\) par réflexivité.
Transitivité. Soient \(x, y, z \in E\) tels que \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq z\), et tels que l'un des deux pas soit strict, \(x \ne y\) ou \(y \ne z\) : les trois cas de l'énoncé sont contenus dans ces hypothèses. Par la transitivité de \(\preccurlyeq\), \(x \preccurlyeq z\). Supposons par l'absurde que \(x = z\). Alors \(y \preccurlyeq z = x\) et \(x \preccurlyeq y\), donc \(x = y\) par antisymétrie, et ensuite \(y = x = z\) : ni \(x \ne y\) ni \(y \ne z\) ne vaut, contrairement à l'hypothèse. Contradiction ! Donc \(x \ne z\), et \(x \prec z\).
La dernière équivalence. Si \(x \preccurlyeq y\), alors ou bien \(x = y\), ou bien \(x \ne y\) et alors \(x \prec y\). Réciproquement, \(x \prec y\) implique \(x \preccurlyeq y\), et \(x = y\) implique \(x \preccurlyeq y\) par réflexivité.
Proposition — Nier une inégalité
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(x, y \in E\). - Si \(y \prec x\), alors \(x \preccurlyeq y\) est faux.
- Si l'ordre est total, la réciproque est vraie : \(\neg(x \preccurlyeq y) \iff y \prec x\). Dans un ensemble totalement ordonné, la négation d'une inégalité est l'inégalité stricte dans l'autre sens.
- Dans un ordre partiel la réciproque est fausse en général : dans \((\mathcal{P}(\{1, 2\}), \subset)\), \(\{1\} \subset \{2\}\) est faux, mais \(\{2\} \prec \{1\}\) est faux aussi.
Premier point. Supposons \(y \prec x\) et \(x \preccurlyeq y\). De \(y \prec x\) on tire \(y \preccurlyeq x\), donc \(x = y\) par antisymétrie, ce qui contredit \(y \ne x\). Donc \(x \preccurlyeq y\) est faux.
Deuxième point. Supposons l'ordre total et \(x \preccurlyeq y\) faux. Par totalité, \(x \preccurlyeq y\) ou \(y \preccurlyeq x\) ; le premier est faux, donc \(y \preccurlyeq x\). De plus \(y \ne x\) : si \(y = x\), la réflexivité donnerait \(x \preccurlyeq y\). Donc \(y \prec x\). Avec le premier point, cela démontre l'équivalence.
Troisième point. Dans \(\mathcal{P}(\{1, 2\})\), \(\{1\} \subset \{2\}\) est faux, puisque \(1 \in \{1\}\) et \(1 \notin \{2\}\). Et \(\{2\} \prec \{1\}\) exigerait \(\{2\} \subset \{1\}\), ce qui est faux, puisque \(2 \in \{2\}\) et \(2 \notin \{1\}\).
Deuxième point. Supposons l'ordre total et \(x \preccurlyeq y\) faux. Par totalité, \(x \preccurlyeq y\) ou \(y \preccurlyeq x\) ; le premier est faux, donc \(y \preccurlyeq x\). De plus \(y \ne x\) : si \(y = x\), la réflexivité donnerait \(x \preccurlyeq y\). Donc \(y \prec x\). Avec le premier point, cela démontre l'équivalence.
Troisième point. Dans \(\mathcal{P}(\{1, 2\})\), \(\{1\} \subset \{2\}\) est faux, puisque \(1 \in \{1\}\) et \(1 \notin \{2\}\). Et \(\{2\} \prec \{1\}\) exigerait \(\{2\} \subset \{1\}\), ce qui est faux, puisque \(2 \in \{2\}\) et \(2 \notin \{1\}\).
Méthode — Démontrer qu'une relation est un ordre
Pour démontrer qu'une relation \(\preccurlyeq\) sur un ensemble \(E\) est une relation d'ordre : - Réflexivité : \(x \preccurlyeq x\) pour tout \(x \in E\).
- Antisymétrie : de \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq x\), déduire \(x = y\). Les deux inégalités se croisent, et se combinent souvent en une égalité : par l'antisymétrie d'un ordre déjà connu, comme \(\le\) sur \(\mathbb{R}\), ou en les additionnant.
- Transitivité : de \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq z\), déduire \(x \preccurlyeq z\), par disjonction des cas lorsque la relation est définie par cas.
Par exemple, sur \(\mathbb{R}\), soit \(x \preccurlyeq y \iff (x = y \text{ ou } y - x \ge 1)\) : « \(y\) est \(x\) lui-même ou le dépasse d'au moins \(1\) ». Réflexivité : \(x = x\). Antisymétrie : supposons \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq x\) avec \(x \ne y\) ; alors \(y - x \ge 1\) et \(x - y \ge 1\), et en les additionnant on obtient \(0 \ge 2\), ce qui est absurde ; donc \(x = y\). Transitivité : supposons \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq z\) ; si \(x = y\) ou \(y = z\), alors \(x \preccurlyeq z\) directement ; sinon \(y - x \ge 1\) et \(z - y \ge 1\), donc \(z - x \ge 2 \ge 1\) et \(x \preccurlyeq z\). L'ordre est partiel : \(0\) et \(\frac{1}{2}\) ne sont pas comparables, puisque \(\frac{1}{2} - 0 < 1\) et \(0 - \frac{1}{2} < 1\).
Piège — les mots des inégalités
Les mots des inégalités ne signifient pas la même chose en anglais et en français. En français, « supérieur à » et « plus grand que » sont larges, \(x \ge y\), et l'inégalité stricte se dit « strictement supérieur à ». En anglais, « greater than » est strict : « \(x\) is greater than \(y\) » signifie \(x > y\), et l'inégalité large se dit « greater than or equal to ». La même différence vaut pour « positif », qui signifie \(\ge 0\) en français, alors que « positive » signifie \(> 0\) en anglais, et pour « négatif » et « negative ». Pour les applications entre ensembles ordonnés, la Définition « Application croissante » prend « croissante », en français, et « increasing », en anglais, au sens large, et nomme le sens strict « strictement croissante » et « strictly increasing » ; certains ouvrages anglais disent « non-decreasing » pour le sens large. Ce texte écrit « greater than or equal to » en toutes lettres chaque fois qu'il veut dire \(\ge\) en anglais : avant d'employer un mot d'inégalité, vérifier dans quelle langue il est lu.
Compétences à pratiquer
- Reconnaître un ordre, total ou partiel ★
- Décider si un ordre est total ★
- Lire et tracer un diagramme de Hasse ★
- Démontrer qu'une relation est un ordre ★★
- Manipuler l'ordre strict et la négation d'une inégalité ★★
- Construire des ordres sur un produit ou sur des fonctions ★★★
IV.2
Plus grand élément, majorants, borne supérieure
Du plus grand élément à la borne supérieure
Dans un ensemble ordonné, une partie \(A\) peut avoir un plus grand élément, un élément de \(A\) au-dessus de tous les autres, mais elle n'en a souvent pas : l'intervalle \(]0, 1[\) de réels n'en a pas. On peut alors chercher les éléments de l'ensemble ambiant qui sont au-dessus de tout \(A\), ses majorants, et parmi eux le plus petit : la borne supérieure. Le plus grand élément appartient à \(A\), la borne supérieure n'y appartient pas forcément. Ces notions sont reliées par des règles simples, et chaque démonstration repose sur une idée : deux éléments, chacun au-dessous de l'autre, sont égaux.
Définition — Plus grand, plus petit élément
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(A\) une partie de \(E\). - Un élément \(a \in A\) est un plus grand élément de \(A\) si \(\forall x \in A, \ x \preccurlyeq a\).
- Un élément \(a \in A\) est un plus petit élément de \(A\) si \(\forall x \in A, \ a \preccurlyeq x\).
Proposition — Unicité du plus grand élément
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(A\) une partie de \(E\). \(A\) a au plus un plus grand élément et au plus un plus petit élément.
Soient \(a\) et \(b\) deux plus grands éléments de \(A\). Comme \(b\) est un plus grand élément et que \(a \in A\), \(a \preccurlyeq b\) ; comme \(a\) est un plus grand élément et que \(b \in A\), \(b \preccurlyeq a\). Par antisymétrie, \(a = b\). Pour les plus petits éléments, soient \(a\) et \(b\) deux plus petits éléments de \(A\) : \(a \preccurlyeq b\), puisque \(a\) est un plus petit élément et que \(b \in A\), et \(b \preccurlyeq a\), puisque \(b\) est un plus petit élément et que \(a \in A\) ; de nouveau \(a = b\).
Définition — Majorant, minorant
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(A\) une partie de \(E\). Un élément \(m \in E\) est : - un majorant de \(A\) si \(\forall x \in A, \ x \preccurlyeq m\) ;
- un minorant de \(A\) si \(\forall x \in A, \ m \preccurlyeq x\).
Exemple — Bornes dans les réels et dans les parties d'un ensemble
Dans \((\mathbb{R}, \le)\) : - \(A = [0, 1]\). Majorants : \([1, +\infty[\). Minorants : \(]-\infty, 0]\). Plus grand élément : \(1\). Plus petit élément : \(0\).
- \(A = \, ]0, 1[\). Majorants : \([1, +\infty[\). Tout \(m \ge 1\) en est un, puisque \(x < 1 \le m\) pour \(x \in A\) ; un réel \(m < 1\) n'en est pas un, puisque l'élément \(\frac{1 + \max(m, 0)}{2}\) de \(A\) est strictement supérieur à \(m\). Minorants : \(]-\infty, 0]\), de la même façon. Pas de plus grand élément : pour \(a \in A\), l'élément \(\frac{1 + a}{2}\) de \(A\) est strictement supérieur à \(a\), donc \(a\) n'est pas au-dessus de tout \(A\). Pas de plus petit élément non plus, avec \(\frac{a}{2}\). Les nombres \(0\) et \(1\) bornent \(A\) sans lui appartenir.
- \(A = \mathbb{N}\). Minorants : \(]-\infty, 0]\), et le plus petit élément est \(0\). Aucun majorant : pour un réel \(m\), l'entier naturel \(n = \lfloor \lvert m \rvert \rfloor + 1\) vérifie \(n > \lvert m \rvert \ge m\). Donc il n'y a pas de plus grand élément.
Définition — Borne supérieure, borne inférieure
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(A\) une partie de \(E\). - Si l'ensemble des majorants de \(A\) a un plus petit élément, cet élément est la borne supérieure de \(A\), notée \(\sup A\).
- Si l'ensemble des minorants de \(A\) a un plus grand élément, cet élément est la borne inférieure de \(A\), notée \(\inf A\).
Proposition — Plus grand élément et borne supérieure
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(A\) une partie de \(E\). - \(A\) a au plus une borne supérieure et au plus une borne inférieure.
- Si \(A\) a un plus grand élément \(a\), alors \(a\) est le seul majorant de \(A\) qui appartient à \(A\), et \(\sup A = a\). Autrement dit, \(\sup A = \max A\) lorsque \(\max A\) existe.
- Si \(\sup A\) existe et appartient à \(A\), alors c'est le plus grand élément de \(A\).
Unicité. La borne supérieure est le plus petit élément de l'ensemble des majorants, et par la Proposition « Unicité du plus grand élément » une partie a au plus un plus petit élément. Le même argument s'applique à la borne inférieure, plus grand élément de l'ensemble des minorants.
Une remarque. Un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\) est, mot pour mot, un plus grand élément de \(A\) : les deux signifient \(m \in A\) et \(x \preccurlyeq m\) pour tout \(x \in A\).
Un plus grand élément. Soit \(a\) un plus grand élément de \(A\). Par la remarque, c'est un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\). Soit \(m\) un majorant de \(A\) : comme \(a \in A\), \(a \preccurlyeq m\). Donc \(a\) est au-dessous de tout majorant : c'est le plus petit élément de l'ensemble des majorants, c'est-à-dire \(a = \sup A\). Soit maintenant \(m\) un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\). Par la remarque, \(m\) est un plus grand élément de \(A\), donc \(m = a\) par la Proposition « Unicité du plus grand élément ».
Une borne supérieure dans \(A\). Supposons que \(M = \sup A\) existe et que \(M \in A\). Alors \(M\) est un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\) : par la remarque, c'est un plus grand élément de \(A\).
Dualité. La relation réciproque \(\succcurlyeq\), définie par \(x \succcurlyeq y \iff y \preccurlyeq x\), est un ordre sur \(E\), ses trois axiomes étant ceux de \(\preccurlyeq\) lus à l'envers. Pour cet ordre, les plus grands éléments, les majorants et les bornes supérieures sont les plus petits éléments, les minorants et les bornes inférieures de \(\preccurlyeq\). Les énoncés pour le plus petit élément et la borne inférieure en découlent.
Une remarque. Un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\) est, mot pour mot, un plus grand élément de \(A\) : les deux signifient \(m \in A\) et \(x \preccurlyeq m\) pour tout \(x \in A\).
Un plus grand élément. Soit \(a\) un plus grand élément de \(A\). Par la remarque, c'est un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\). Soit \(m\) un majorant de \(A\) : comme \(a \in A\), \(a \preccurlyeq m\). Donc \(a\) est au-dessous de tout majorant : c'est le plus petit élément de l'ensemble des majorants, c'est-à-dire \(a = \sup A\). Soit maintenant \(m\) un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\). Par la remarque, \(m\) est un plus grand élément de \(A\), donc \(m = a\) par la Proposition « Unicité du plus grand élément ».
Une borne supérieure dans \(A\). Supposons que \(M = \sup A\) existe et que \(M \in A\). Alors \(M\) est un majorant de \(A\) qui appartient à \(A\) : par la remarque, c'est un plus grand élément de \(A\).
Dualité. La relation réciproque \(\succcurlyeq\), définie par \(x \succcurlyeq y \iff y \preccurlyeq x\), est un ordre sur \(E\), ses trois axiomes étant ceux de \(\preccurlyeq\) lus à l'envers. Pour cet ordre, les plus grands éléments, les majorants et les bornes supérieures sont les plus petits éléments, les minorants et les bornes inférieures de \(\preccurlyeq\). Les énoncés pour le plus petit élément et la borne inférieure en découlent.
Exemple — Des bornes supérieures dans trois ensembles ordonnés
- Dans \((\mathcal{P}(E), \subset)\), pour des parties \(A\) et \(B\) de \(E\), \(\sup\{A, B\} = A \cup B\) et \(\inf\{A, B\} = A \cap B\). En effet \(A \cup B\) est un majorant de \(\{A, B\}\), puisque \(A \subset A \cup B\) et \(B \subset A \cup B\), par la Proposition « Lois de la réunion et de l'intersection » ; et pour tout majorant \(C\), c'est-à-dire toute partie \(C\) telle que \(A \subset C\) et \(B \subset C\), la Proposition « Réunion et intersection comme bornes » donne \(A \cup B \subset C\). Pour l'intersection, les inclusions sont renversées : \(A \cap B\) est un minorant, puisque \(A \cap B \subset A\) et \(A \cap B \subset B\), par la Proposition « Lois de la réunion et de l'intersection », et tout minorant \(C\), avec \(C \subset A\) et \(C \subset B\), vérifie \(C \subset A \cap B\). La Proposition « Réunion et intersection comme bornes » est relue : la réunion est la borne supérieure, l'intersection la borne inférieure.
- Dans \((D_{12}, \mid)\), la partie \(\{4, 6\}\) a pour seul majorant \(12\), le seul élément de \(D_{12}\) divisible par \(4\) et par \(6\), donc \(\sup\{4, 6\} = 12\). Ses minorants sont les diviseurs communs \(1\) et \(2\), et \(1 \mid 2\) fait de \(2\) le plus grand : \(\inf\{4, 6\} = 2\).
- Dans \((\mathbb{R}, \le)\), \(\sup\, [0, 1[ \, = 1\), bien que \([0, 1[\) n'ait pas de plus grand élément. Le réel \(1\) est un majorant. Soit \(m\) un majorant de \([0, 1[\) : puisque \(0 \in [0, 1[\), \(m \ge 0\) ; si \(m < 1\), le nombre \(\frac{1 + m}{2}\) est dans \([0, 1[\) et dépasse \(m\), ce qui est impossible ; donc \(m \ge 1\). Comme \(1 \notin [0, 1[\), la Proposition « Plus grand élément et borne supérieure » confirme qu'il n'y a pas de plus grand élément : ce serait \(\sup\, [0, 1[ \, = 1\), qui n'appartient pas à la partie.
Méthode — Déterminer une borne supérieure
Pour déterminer la borne supérieure \(M\) d'une partie \(A\) d'un ensemble ordonné \((E, \preccurlyeq)\), un candidat \(M\) ayant été deviné : - Vérifier que \(M\) est un majorant : \(x \preccurlyeq M\) pour tout \(x \in A\).
- Vérifier que c'est le plus petit : tout majorant \(m\) vérifie \(M \preccurlyeq m\). Dans un ensemble totalement ordonné, cela équivaut, par la Proposition « Nier une inégalité », à : pour tout \(m \prec M\), un élément \(a \in A\) vérifie \(m \prec a\), de sorte que \(m\) n'est pas un majorant.
- S'arrêter au plus grand élément : si \(M \in A\), alors \(M\) est le plus grand élément de \(A\) et \(\sup A = \max A\), par la Proposition « Plus grand élément et borne supérieure ».
Par exemple, soit \(A = \{x \in \mathbb{R} \mid x^2 < 4\}\). Comme \(x^2 < 4 \iff -2 < x < 2\), \(A = \, ]-2, 2[\). Le candidat est \(M = 2\). C'est un majorant : \(x < 2\) pour tout \(x \in A\). Soit \(m < 2\) un réel, et cherchons un élément de \(A\) au-dessus de \(m\) : si \(m < 0\), alors \(0 \in A\) et \(m < 0\) ; si \(0 \le m < 2\), alors \(\frac{m + 2}{2} \in A\) et \(\frac{m + 2}{2} > m\). Donc aucun \(m < 2\) n'est un majorant, et \(\sup A = 2\). Comme \(2 \notin A\), \(A\) n'a pas de plus grand élément.
Piège — une partie majorée peut n'avoir pas de borne supérieure
Une borne supérieure dépend de l'ensemble ordonné. Une partie majorée n'a pas forcément de borne supérieure, car le plus petit majorant peut manquer à l'ensemble ordonné. Dans \((\mathbb{Q}, \le)\), la partie \(A = \{x \in \mathbb{Q} \mid x^2 < 2\}\) est majorée, par \(2\). Soit \(m\) un majorant rationnel de \(A\) : \(m \ge 1\), puisque \(1 \in A\). Le rationnel \(m' = \frac{2m + 2}{m + 2}\) vérifie \(m' - m = \frac{2 - m^2}{m + 2}\) et \(m'^2 - 2 = \frac{2(m^2 - 2)}{(m + 2)^2}\). Si \(m^2 < 2\), alors \(m' \in A\) et \(m' > m\), ce qui est impossible puisque \(m\) majore \(A\) ; et \(m^2 \ne 2\) par l'irrationalité de \(\sqrt{2}\). Donc \(m^2 > 2\), et alors \(m' < m\) et \(m'^2 > 2\) : tout \(x \in A\) vérifie \(x^2 < 2 < m'^2\), donc \(x < m'\) puisque \(m' > 0\), et \(m'\) est un majorant strictement plus petit que \(m\). L'ensemble des majorants n'a pas de plus petit élément, et \(A\) n'a pas de borne supérieure dans \(\mathbb{Q}\). Dans \((\mathbb{R}, \le)\), au contraire, toute partie non vide majorée a une borne supérieure : c'est la propriété de la borne supérieure des réels, propriété de \(\mathbb{R}\) qui relève de l'étude des nombres réels et ne découle pas des trois axiomes d'un ordre.
Compétences à pratiquer
- Distinguer plus grand élément et majorant ★
- Déterminer majorants, minorants et éléments extrêmes ★
- Calculer une borne supérieure ou inférieure dans \(\mathbb{R}\) ★★
- Déterminer une borne supérieure ou inférieure ★★
- Démontrer qu'une borne supérieure n'existe pas ★★★
V
Révision & Quizz
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