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CommeUnJeu · L2 MP

Équations différentielles linéaires

⌚ ~67 min ▢ 8 blocs ✓ 13 exercices Prérequis : Équations différentielles linéaires, Fonctions vectorielles d'une variable réelle
La MPSI a résolu deux équations différentielles linéaires : l'équation scalaire d'ordre un \(y' = a(t)\,y + b(t)\), par une formule explicite à base de primitives ; et l'équation à coefficients constants \(y'' + a\,y' + b\,y = c(t)\), en combinant l'équation caractéristique (pour la partie homogène) avec un ansatz polynôme-exponentielle qui traite les seconds membres standards. Ce chapitre passe à l'équation différentielle linéaire générale \(x' = a(t)\cdot x + b(t)\) où l'inconnue \(x\) est une fonction à valeurs dans un espace normé de dimension finie \(E\).
Le résultat phare de la \S1 est le théorème de Cauchy linéaire : par chaque condition initiale \((t_0 \,;\, x_0)\) passe exactement une solution, et cette solution est définie sur tout l'intervalle \(I\). Il en découle la structure de l'ensemble des solutions --- un espace affine dont la direction est de dimension \(\dim E\). Le chapitre se concentre ensuite, en \S2, sur le cas que le programme distingue : l'équation scalaire d'ordre deux à coefficients éventuellement non constants --- son plan de solutions, le wronskien qui détecte une base de solutions, et la méthode de variation des constantes qui produit une solution particulière.
Notations permanentes. Dans tout le chapitre, \(\mathbb{K}\) désigne \(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\), \(I\) est un intervalle de \(\mathbb{R}\) d'intérieur non vide (en un point extrémité de \(I\), « dérivable » signifie la dérivée latérale appropriée, suivant la convention de Fonctions vectorielles d'une variable réelle), et \(E\) est un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel normé de dimension finie. L'espace des applications \(\mathbb{K}\)-linéaires \(\mathcal{L}(E)\) est lui-même de dimension finie, et toutes les normes sur lui sont équivalentes (rappelé de Compacité, connexité, dimension finie), donc les notions topologiques sur \(\mathcal{L}(E)\) sont sans ambiguïté. \(\mathcal{C}^k(I,E)\) désigne l'espace des applications \(k\) fois continûment dérivables \(I \to E\). Pour alléger, lorsque \(u \in \mathcal{L}(E)\) et \(e \in E\) on note \(u \cdot e\) l'évaluation \(u(e)\). Une équation est notée \((E)\) et son équation homogène associée \((E_0)\).
I L'équation différentielle linéaire \(x' \equal a(t)\cdot x + b(t)\)
I.1 L'équation et le problème de Cauchy
L'équation scalaire de la MPSI \(y' = a(t)\,y + b(t)\) faisait intervenir un coefficient scalaire \(a(t) \in \mathbb{K}\) multipliant l'inconnue scalaire \(y\). Dans un espace de dimension finie \(E\), le coefficient devient une application linéaire \(a(t) \in \mathcal{L}(E)\) agissant sur l'inconnue vectorielle \(x \in E\). Le second membre \(b(t)\) est lui-même un vecteur. L'équation s'écrit alors \(x' = a(t) \cdot x + b(t)\), où le point désigne l'évaluation d'un endomorphisme en un vecteur. Tout le reste --- le cas homogène, le problème de Cauchy à condition initiale, la formulation intégrale équivalente --- transcrit mot pour mot la matière de la MPSI, avec des vecteurs au lieu de scalaires.
Définition — Équation différentielle linéaire
Soit \(I\) un intervalle de \(\mathbb{R}\) d'intérieur non vide, et \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel normé de dimension finie. Soit \(a \in \mathcal{C}(I, \mathcal{L}(E))\) et \(b \in \mathcal{C}(I, E)\). L'équation différentielle linéaire associée à \(a\) et \(b\) est $$ (E)\colon \quad x' = a(t) \cdot x + b(t). $$ Une solution de \((E)\) sur \(I\) est une application \(\varphi \colon I \to E\) de classe \(\mathcal{C}^1\) vérifiant \(\varphi'(t) = a(t) \cdot \varphi(t) + b(t)\) pour tout \(t \in I\). Lorsque \(b = 0\), l'équation est l'équation homogène associée $$ (E_0)\colon \quad x' = a(t) \cdot x. $$
Nous adoptons d'emblée la régularité \(\mathcal{C}^1\), selon la tradition prépa. Le choix est cohérent avec la structure de l'équation : si l'on demandait seulement à \(\varphi\) d'être dérivable, le second membre \(a(t) \cdot \varphi(t) + b(t)\) resterait continu --- \(a\) et \(b\) sont continues par hypothèse, l'évaluation \((u, e) \mapsto u \cdot e\) est continue sur \(\mathcal{L}(E) \times E\) (bilinéaire sur un espace de dimension finie, rappelée de Limites et continuité dans un espace normé), et \(\varphi\) dérivable est en particulier continue. Donc \(\varphi' = a \cdot \varphi + b\) est continue, et \(\varphi\) est automatiquement de classe \(\mathcal{C}^1\).
Exemple — Le cas scalaire retrouvé
Pour \(E = \mathbb{K}\), un élément de \(\mathcal{L}(\mathbb{K}) = \mathbb{K}\) est simplement un scalaire, et l'équation \(x' = a(t) \cdot x + b(t)\) redonne l'équation scalaire d'ordre un \(y' = a(t)\,y + b(t)\) de la MPSI, avec \(a, b \colon I \to \mathbb{K}\) continues. La formule explicite de la MPSI --- rappelée ici pour usage ultérieur dans le chapitre --- s'écrit \(y(t) = e^{A(t)}\bigl(y_0 + \int_{t_0}^{t} e^{-A(s)} b(s)\,ds\bigr)\) pour toute primitive \(A\) de \(a\), et fournit l'unique solution avec \(y(t_0) = y_0\).
Exemple — Un système plan homogène
Sur \(E = \mathbb{R}^2\), considérons le système plan homogène $$ x' = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix} \cdot x. $$ L'application \(a \colon \mathbb{R} \to \mathcal{L}(\mathbb{R}^2)\) est l'endomorphisme constant dont la matrice dans la base canonique est celle ci-dessus. On vérifie par dérivation directe que \(\varphi_1 \colon t \mapsto (\cos t \,;\, -\sin t)\) et \(\varphi_2 \colon t \mapsto (\sin t \,;\, \cos t)\) sont solutions, et l'on anticipe que la solution générale est la combinaison linéaire \(\lambda_1 \varphi_1 + \lambda_2 \varphi_2\) --- le théorème de la dimension du \S 1.3 le confirmera dans toute la généralité.
Définition — Problème de Cauchy
Soit \((t_0 \,;\, x_0) \in I \times E\). Le problème de Cauchy associé à \((E)\) et à la donnée \((t_0 \,;\, x_0)\) est l'équation différentielle \((E)\) munie de la condition initiale \(x(t_0) = x_0\) : $$ \begin{cases} x' = a(t) \cdot x + b(t), \\ x(t_0) = x_0. \end{cases} $$ Une solution du problème de Cauchy est une solution \(\varphi\) de \((E)\) sur \(I\) vérifiant \(\varphi(t_0) = x_0\).
Exemple — Un problème de Cauchy plan
Dans la continuité de l'exemple précédent, le problème de Cauchy $$ \begin{cases} x' = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix} \cdot x, \\ x(0) = (1 \,;\, 0) \end{cases} $$ admet \(\varphi \colon t \mapsto (\cos t \,;\, -\sin t)\) pour solution sur \(\mathbb{R}\) (dérivons : \(\varphi'(t) = (-\sin t \,;\, -\cos t)\) ; et \(a \cdot \varphi(t) = (-\sin t \,;\, -\cos t)\) également, puisque la matrice envoie \((\cos t \,;\, -\sin t)\) sur \((-\sin t \,;\, -\cos t)\)). En \(t = 0\), \(\varphi(0) = (1 \,;\, 0)\). L'unicité sur tout \(\mathbb{R}\) sera accordée par le théorème de Cauchy linéaire du \S 1.2.
Proposition — Formulation intégrale du problème de Cauchy
Soit \((t_0 \,;\, x_0) \in I \times E\) et \(\varphi \colon I \to E\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
  • [(i)] \(\varphi\) est une solution du problème de Cauchy sur \(I\) ;
  • [(ii)] \(\varphi\) est continue sur \(I\) et vérifie, pour tout \(t \in I\), $$ \varphi(t) = x_0 + \int_{t_0}^{t} \bigl(\,a(s) \cdot \varphi(s) + b(s)\,\bigr) \,\mathrm{d}s. $$

  • (i) \(\Rightarrow\) (ii). Si \(\varphi\) est une solution \(\mathcal{C}^1\) du problème de Cauchy, alors \(\varphi\) est en particulier continue. Le théorème fondamental du calcul intégral (rappelé de Fonctions vectorielles d'une variable réelle) donne, pour tout \(t \in I\), $$ \varphi(t) - \varphi(t_0) = \int_{t_0}^{t} \varphi'(s) \,\mathrm{d}s = \int_{t_0}^{t} \bigl(\,a(s) \cdot \varphi(s) + b(s)\,\bigr) \,\mathrm{d}s, $$ et \(\varphi(t_0) = x_0\), d'où l'identité intégrale.
  • (ii) \(\Rightarrow\) (i). Réciproquement, supposons \(\varphi\) continue sur \(I\) et vérifiant l'identité intégrale. L'intégrande \(s \mapsto a(s) \cdot \varphi(s) + b(s)\) est continue sur \(I\) (composition et somme d'applications continues), donc l'intégrale \(t \mapsto \int_{t_0}^{t}(a \cdot \varphi + b)\) est de classe \(\mathcal{C}^1\) sur \(I\) (théorème fondamental du calcul intégral). Donc \(\varphi\) est \(\mathcal{C}^1\), avec \(\varphi'(t) = a(t) \cdot \varphi(t) + b(t)\) pour tout \(t \in I\). En évaluant l'identité intégrale en \(t = t_0\), on obtient \(\varphi(t_0) = x_0\). Donc \(\varphi\) résout le problème de Cauchy.

Méthode — Mettre en équation une équation différentielle linéaire
Face à une inconnue vectorielle \(x(t)\) vérifiant une relation différentielle :
  • identifier l'intervalle de travail \(I\) sur lequel la relation doit être satisfaite ;
  • lire la partie linéaire \(a(t) \in \mathcal{L}(E)\) agissant sur \(x\) --- vérifier que \(a\) est continue sur \(I\) ;
  • lire le second membre \(b(t) \in E\) --- vérifier que \(b\) est continu sur \(I\) ;
  • écrire l'équation sous la forme standard \(x' = a(t) \cdot x + b(t)\), et l'équation homogène associée \((E_0)\colon x' = a(t) \cdot x\).
Un problème de Cauchy requiert en outre une donnée \((t_0 \,;\, x_0) \in I \times E\) pour la condition initiale \(x(t_0) = x_0\).
Compétences à pratiquer
  • Mettre en équation une équation différentielle linéaire
I.2 Le théorème de Cauchy linéaire
Le théorème phare d'existence et unicité. Géométriquement : par chaque condition initiale \((t_0 \,;\, x_0) \in I \times E\) passe exactement une solution, et cette solution est définie sur tout l'intervalle \(I\) --- aucun problème d'intervalle maximal, aucune possibilité d'« explosion ». C'est la structure linéaire de \((E)\) qui rend cela si propre.
Theorem — Théorème de Cauchy linéaire
Soit \(a \in \mathcal{C}(I, \mathcal{L}(E))\) et \(b \in \mathcal{C}(I, E)\). Pour tout \((t_0 \,;\, x_0) \in I \times E\), le problème de Cauchy $$ \begin{cases} x' = a(t) \cdot x + b(t), \\ x(t_0) = x_0 \end{cases} $$ admet une et une seule solution \(\varphi\), et \(\varphi\) est définie sur tout l'intervalle \(I\).
Démonstration non exigible
Le programme officiel indique « Cauchy linéaire » parmi les résultats dont la démonstration est non exigible. Le théorème est donc énoncé et admis dans ce chapitre. L'argument qui l'établit repose sur des outils analytiques hors programme --- ni la technique ni aucun lemme auxiliaire ne sont développés ici.
Exemple — Deux solutions ne se croisent jamais
Deux solutions distinctes \(\varphi_1, \varphi_2\) de \((E)\) sur \(I\) vérifient \(\varphi_1(t) \ne \varphi_2(t)\) pour tout \(t \in I\) : si elles coïncidaient en un point \(t_0\), elles seraient toutes deux solutions du même problème de Cauchy de donnée \((t_0, \varphi_1(t_0))\), et l'unicité du théorème de Cauchy linéaire forcerait \(\varphi_1 = \varphi_2\) sur \(I\). Géométriquement, les « courbes intégrales » \(\{(t, \varphi(t)) : t \in I\}\) de solutions distinctes sont disjointes --- elles feuillettent le bandeau \(I \times E\).
Exemple — Une solution homogène non nulle ne s'annule pas
Soit \(\varphi\) une solution de \((E_0)\colon x' = a(t) \cdot x\) sur \(I\). Si \(\varphi\) s'annule en un point \(t_0 \in I\), alors \(\varphi\) résout le même problème de Cauchy que la fonction nulle (donnée \((t_0 \,;\, 0)\)). Par unicité, \(\varphi\) est identiquement nulle sur \(I\). Par contraposée : une solution de \((E_0)\) qui ne s'annule pas en un point ne s'annule nulle part sur \(I\).
Méthode — Utiliser l'unicité sans résoudre
Pour identifier une fonction candidate \(\tilde\varphi\) (construite à partir d'une solution connue \(\varphi\) par un procédé --- un multiple scalaire \(\lambda \varphi\), un translaté \(t \mapsto \varphi(t+s)\), une réflexion \(t \mapsto \varphi(-t)\), \ldots) avec \(\varphi\) elle-même, vérifier trois choses dans l'ordre :
  • [(1)] \(\tilde\varphi\) est définie sur le même intervalle \(I\) que \(\varphi\) --- une translation ou une réflexion peut exiger une symétrie appropriée de \(I\) ou une restriction à un sous-intervalle ;
  • [(2)] \(\tilde\varphi\) vérifie la même équation différentielle que \(\varphi\) sur \(I\) --- ce qui requiert une invariance correspondante des coefficients \(a, b\) (par exemple, pour une translation de \(s\), les coefficients doivent eux-mêmes être \(s\)-périodiques) ;
  • [(3)] en un point \(t_0 \in I\), \(\tilde\varphi(t_0) = \varphi(t_0)\).
Le théorème de Cauchy linéaire force alors \(\tilde\varphi = \varphi\) sur tout \(I\). Les trois conditions sont nécessaires --- l'équation seule ne suffit pas.
Compétences à pratiquer
  • Exploiter le théorème de Cauchy linéaire
I.3 Structure de l'ensemble des solutions
L'ensemble des solutions de \((E)\) a une structure algébrique nette : un sous-espace affine de \(\mathcal{C}^1(I, E)\). Le plus propre est de l'aborder par un opérateur linéaire \(L\) dont le noyau est l'espace des solutions homogènes \(\mathcal{S}_0\), et dont la préimage de \(b\) est l'ensemble complet des solutions \(\mathcal{S}\).
Proposition — L'opérateur des solutions
L'application $$ L \colon \mathcal{C}^1(I, E) \to \mathcal{C}^0(I, E), \quad x \mapsto x' - a \cdot x $$ est bien définie et linéaire. L'équation \((E)\) s'écrit \(L(x) = b\), et l'équation homogène \((E_0)\) s'écrit \(L(x) = 0\).

Pour \(x \in \mathcal{C}^1(I, E)\), la dérivée \(x'\) est continue, \(a\) est continue, et l'évaluation bilinéaire \((u, e) \mapsto u \cdot e\) est continue sur un espace de dimension finie, donc \(a \cdot x\) est continue et \(L(x) = x' - a \cdot x \in \mathcal{C}^0(I, E)\) : \(L\) est bien définie. La linéarité découle de la linéarité de la dérivation et de \(x \mapsto a \cdot x\) : pour \(x_1, x_2 \in \mathcal{C}^1(I, E)\) et \(\lambda, \mu \in \mathbb{K}\), $$ \begin{aligned} L(\lambda x_1 + \mu x_2) &= (\lambda x_1 + \mu x_2)' - a \cdot (\lambda x_1 + \mu x_2) && \\ &= \lambda x_1' + \mu x_2' - \lambda(a \cdot x_1) - \mu(a \cdot x_2) && \text{(linéarité de \('\) et de \(a \cdot\))} \\ &= \lambda L(x_1) + \mu L(x_2). && \end{aligned} $$

Theorem — Structure de l'ensemble des solutions
L'ensemble \(\mathcal{S}_0 = \ker L\) des solutions de \((E_0)\) est un sous-espace vectoriel de \(\mathcal{C}^1(I, E)\). Le théorème de Cauchy linéaire du \S 1.2 garantit que \((E)\) admet au moins une solution \(\varphi_p\), et l'ensemble \(\mathcal{S}\) des solutions de \((E)\) est alors le sous-espace affine $$ \mathcal{S} = \varphi_p + \mathcal{S}_0. $$

\(\mathcal{S}_0\) est le noyau de l'application linéaire \(L\), donc un sous-espace vectoriel de \(\mathcal{C}^1(I, E)\). L'existence d'une solution particulière \(\varphi_p\) est le théorème de Cauchy linéaire appliqué à une condition initiale quelconque (par exemple \((t_0 \,;\, 0)\) pour un \(t_0 \in I\) fixé). Pour la description affine : une fonction \(\varphi\) résout \((E)\) ssi \(L(\varphi) = b = L(\varphi_p)\), ssi \(L(\varphi - \varphi_p) = 0\), ssi \(\varphi - \varphi_p \in \mathcal{S}_0\), ssi \(\varphi \in \varphi_p + \mathcal{S}_0\).

Proposition — Principe de superposition
Soit \(b_1, b_2 \in \mathcal{C}(I, E)\) et \(\lambda_1, \lambda_2 \in \mathbb{K}\). Si \(\varphi_i\) est une solution de \(x' = a(t) \cdot x + b_i(t)\) pour \(i = 1, 2\), alors \(\lambda_1 \varphi_1 + \lambda_2 \varphi_2\) est une solution de \(x' = a(t) \cdot x + (\lambda_1 b_1 + \lambda_2 b_2)(t)\).

Linéarité de \(L\) : \(L(\lambda_1 \varphi_1 + \lambda_2 \varphi_2) = \lambda_1 L(\varphi_1) + \lambda_2 L(\varphi_2) = \lambda_1 b_1 + \lambda_2 b_2\).

Theorem — Dimension de l'espace des solutions
Fixons \(t_0 \in I\). L'application d'évaluation en \(t_0\), $$ \delta_{t_0} \colon \mathcal{S}_0 \to E, \quad \varphi \mapsto \varphi(t_0), $$ est un isomorphisme linéaire. En particulier, $$ \dim \mathcal{S}_0 = \dim E. $$

\(\delta_{t_0}\) est linéaire. Pour la bijectivité, appliquons le théorème de Cauchy linéaire du \S 1.2 avec \(b = 0\) (le cas homogène est un cas particulier de l'énoncé inhomogène) : pour tout \(x_0 \in E\), il existe une et une seule \(\varphi \in \mathcal{S}_0\) avec \(\varphi(t_0) = x_0\) --- l'existence donne la surjectivité, l'unicité l'injectivité. Donc \(\delta_{t_0}\) est un isomorphisme de \(\mathbb{K}\)-espaces vectoriels, et \(\dim \mathcal{S}_0 = \dim E\).

Définition — Système fondamental de solutions
Un système fondamental de solutions de \((E_0)\) est une base \((\varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) de l'espace des solutions \(\mathcal{S}_0\), où \(n = \dim E\).
Proposition — Caractérisation d'un système fondamental
Soit \((\varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) une famille d'éléments de \(\mathcal{S}_0\) avec \(n = \dim E\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
  • [(i)] \((\varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) est un système fondamental ;
  • [(ii)] il existe \(t_0 \in I\) tel que \(\bigl(\varphi_1(t_0) \,;\, \ldots \,;\, \varphi_n(t_0)\bigr)\) soit une base de \(E\) ;
  • [(iii)] pour tout \(t \in I\), \(\bigl(\varphi_1(t) \,;\, \ldots \,;\, \varphi_n(t)\bigr)\) est une base de \(E\).

Pour tout \(t \in I\), l'isomorphisme \(\delta_t \colon \mathcal{S}_0 \to E\) envoie base sur base (et réciproquement). Donc \((\varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) est une base de \(\mathcal{S}_0\) ssi \((\delta_t(\varphi_1) \,;\, \ldots \,;\, \delta_t(\varphi_n)) = (\varphi_1(t) \,;\, \ldots \,;\, \varphi_n(t))\) est une base de \(E\). Cela donne (i) \(\iff\) (ii) (pour un \(t\) donné) et (i) \(\iff\) (iii) (pour tout \(t\)), d'où l'équivalence à trois branches.

Exemple — Un système homogène plan\(\virgule\) à nouveau
Pour le système plan \(x' = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -1 & 0 \end{pmatrix} \cdot x\) sur \(E = \mathbb{R}^2\), le théorème de la dimension donne \(\dim \mathcal{S}_0 = 2\). Les deux solutions \(\varphi_1 \colon t \mapsto (\cos t \,;\, -\sin t)\) et \(\varphi_2 \colon t \mapsto (\sin t \,;\, \cos t)\) prennent en \(t = 0\) les valeurs \(\varphi_1(0) = (1 \,;\, 0)\) et \(\varphi_2(0) = (0 \,;\, 1)\) --- la base canonique de \(\mathbb{R}^2\). Par la caractérisation ci-dessus, \((\varphi_1, \varphi_2)\) est un système fondamental, et la solution générale du système est la combinaison linéaire \(t \mapsto \lambda_1 \varphi_1(t) + \lambda_2 \varphi_2(t)\) avec \(\lambda_1, \lambda_2 \in \mathbb{R}\).
L'image géométrique du théorème de Cauchy linéaire est frappante : dans le bandeau \(I \times E\), les courbes intégrales de \((E)\) forment un feuilletage --- par chaque point passe exactement une courbe, et deux courbes distinctes ne se rencontrent jamais.
Par le point \((t_0 \,;\, x_0)\) passe exactement une courbe intégrale ; deux courbes distinctes ne se croisent jamais.
Méthode — Démontrer qu'une famille est un système fondamental
Pour démontrer que \((\varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) avec \(n = \dim E\) est un système fondamental de \((E_0)\) :
  • exhiber les \(n\) fonctions et vérifier que chacune résout \((E_0)\) ;
  • choisir un \(t_0 \in I\) commode et vérifier que \(\bigl(\varphi_1(t_0) \,;\, \ldots \,;\, \varphi_n(t_0)\bigr)\) est une base de \(E\) (par exemple en calculant un déterminant dans une base de \(E\)).
Comme \(\dim \mathcal{S}_0 = n\), une alternative est d'exhiber \(n\) solutions et de vérifier que la famille est libre de cardinal \(n\) dans \(\mathcal{S}_0\) : une famille libre du bon cardinal dans un espace de dimension \(n\) est une base.
Compétences à pratiquer
  • Utiliser la structure de l'ensemble des solutions
I.4 Systèmes matriciels et équation scalaire d'ordre deux comme système plan
Deux reformulations de \((E)\) sont utiles et concrètes. La première : une base de \(E\) transforme l'équation abstraite en un système matriciel \(X' = A(t)X + B(t)\). La seconde : une équation scalaire d'ordre deux devient un système plan d'ordre un, via sa matrice compagnon. Ce second cas est le pont vers \S 2.
Définition — Système différentiel linéaire
Soit \(n \ge 1\), \(A \in \mathcal{C}(I, \mathcal{M}_n(\mathbb{K}))\) et \(B \in \mathcal{C}(I, \mathbb{K}^n)\). Le système différentiel linéaire associé à \(A\) et \(B\) est $$ (\Sigma)\colon \quad X' = A(t)\,X + B(t), $$ où l'inconnue est une application \(\mathcal{C}^1\) à valeurs colonnes \(X \colon I \to \mathbb{K}^n\).
Exemple — Lire un système sur ses équations
Sur \(I = \mathbb{R}\) et \(n = 2\), le système $$ \begin{cases} x_1' = 2\,x_1 + t\,x_2 + 1, \\ x_2' = x_1 + \cos t \end{cases} $$ entre dans la définition avec $$ A(t) = \begin{pmatrix} 2 & t \\ 1 & 0 \end{pmatrix}, \qquad B(t) = \begin{pmatrix} 1 \\ \cos t \end{pmatrix}, $$ toutes deux continues sur \(\mathbb{R}\). L'inconnue colonne \(X = (x_1 \,;\, x_2)\) est à chercher dans \(\mathcal{C}^1(\mathbb{R}, \mathbb{R}^2)\). La matrice \(A\) est non constante (le coefficient \(a_{12}(t) = t\) dépend de \(t\)), donc c'est un véritable système à coefficients variables ; le théorème de Cauchy linéaire du \S 1.2, transporté par la proposition ci-dessous, produira une et une seule solution par condition initiale \(X(t_0) = X_0 \in \mathbb{R}^2\).
Proposition — Équation \(\Leftrightarrow\) système
Fixons une base \(\mathcal{B}\) de \(E\). Une application \(\varphi \colon I \to E\) résout \((E)\colon x' = a(t) \cdot x + b(t)\) si et seulement si sa colonne de coordonnées \(X \colon I \to \mathbb{K}^n\) dans \(\mathcal{B}\) résout $$ X' = A(t)\,X + B(t), $$ où \(A(t)\) est la matrice de \(a(t)\) dans \(\mathcal{B}\) et \(B(t)\) la colonne des coordonnées de \(b(t)\) dans \(\mathcal{B}\).

Lecture de \((E)\) coordonnée par coordonnée dans \(\mathcal{B}\) : pour \(\varphi(t) = \sum_j X_j(t)\,e_j\), la dérivée est \(\varphi'(t) = \sum_j X_j'(t)\,e_j\). Le second membre \(a(t) \cdot \varphi(t) + b(t)\) a pour colonne de coordonnées \(A(t)\,X(t) + B(t)\). L'équation \(\varphi'(t) = a(t) \cdot \varphi(t) + b(t)\) est satisfaite pour tout \(t\) ssi les colonnes de coordonnées coïncident pour tout \(t\), ssi \(X'(t) = A(t)\,X(t) + B(t)\).

Proposition — Équation scalaire d'ordre deux \(\Leftrightarrow\) système plan d'ordre un
Soit \(a_0, a_1, b \in \mathcal{C}(I, \mathbb{K})\). L'équation scalaire d'ordre deux $$ x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = b(t) $$ et le système plan d'ordre un $$ X' = A(t)\,X + B(t) \quad \text{avec} \quad A(t) = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -a_0(t) & -a_1(t) \end{pmatrix}, \quad B(t) = \begin{pmatrix} 0 \\ b(t) \end{pmatrix} $$ sont équivalents au sens suivant :
  • [(i)] si \(\varphi\) est une solution \(\mathcal{C}^2\) de l'équation scalaire, alors \(\Phi = (\varphi \,;\, \varphi')\) est une solution \(\mathcal{C}^1\) du système plan ;
  • [(ii)] réciproquement, toute solution \(\mathcal{C}^1\) \(X = (u \,;\, v)\) du système plan vérifie automatiquement \(v = u'\) (par la première ligne), donc \(u\) est \(\mathcal{C}^2\) et résout l'équation scalaire.
La correspondance \(\varphi \leftrightarrow (\varphi \,;\, \varphi')\) est une bijection entre les deux ensembles de solutions.

  • (i). Soit \(\varphi\) une solution \(\mathcal{C}^2\) de l'équation scalaire. Posons \(\Phi = (\varphi \,;\, \varphi')\). Alors \(\Phi\) est \(\mathcal{C}^1\) (ses deux composantes sont \(\mathcal{C}^2\) et \(\mathcal{C}^1\) respectivement, donc au moins \(\mathcal{C}^1\)). La première composante de \(\Phi'\) est \(\varphi'\), qui coïncide avec la première composante de \(A(t)\,\Phi(t) + B(t)\), à savoir \(0 \cdot \varphi + 1 \cdot \varphi' + 0 = \varphi'\). La seconde composante de \(\Phi'\) est \(\varphi''\), qui par l'équation scalaire vaut \(-a_0(t)\,\varphi - a_1(t)\,\varphi' + b(t)\) --- exactement la seconde composante de \(A(t)\,\Phi(t) + B(t)\).
  • (ii). Réciproquement, soit \(X = (u \,;\, v)\) une solution \(\mathcal{C}^1\) du système plan. La première ligne de \(X' = A(t)\,X + B(t)\) s'écrit \(u' = v\). Comme \(X\) est \(\mathcal{C}^1\), sa composante \(v\) est \(\mathcal{C}^1\) ; et \(u' = v\), donc \(u'\) est \(\mathcal{C}^1\), donc \(u\) est \(\mathcal{C}^2\). La seconde ligne donne \(v' = -a_0(t)\,u - a_1(t)\,v + b(t)\) ; en substituant \(v = u'\), on obtient \(u'' = -a_0(t)\,u - a_1(t)\,u' + b(t)\), soit \(u'' + a_1(t)\,u' + a_0(t)\,u = b(t)\) --- l'équation scalaire.

Exemple — L'oscillateur harmonique comme système plan
L'équation scalaire \(x'' + \omega^2 x = 0\) (avec \(\omega \in \mathbb{R}^*\) constant) est le cas d'ordre deux de la proposition, avec \(a_1 = 0\), \(a_0 = \omega^2\), \(b = 0\). Son système compagnon s'écrit $$ X' = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -\omega^2 & 0 \end{pmatrix} \cdot X. $$ Les théorèmes de structure du \S 1.3 appliqués à ce système plan donnent \(\dim \mathcal{S}_0 = 2\), et la résolution à coefficients constants (MPSI) fournit la base \((\cos(\omega t) \,;\, \sin(\omega t))\) des solutions scalaires, autrement dit \(((\cos(\omega t) \,;\, -\omega \sin(\omega t)) \,;\, (\sin(\omega t) \,;\, \omega \cos(\omega t)))\) sous forme plane.
Méthode — Ramener une équation d'ordre deux à un système plan
Étant donnée une équation scalaire d'ordre deux \(x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = b(t)\), posons \(X = (x, x')\). La proposition ci-dessus transforme le problème d'ordre deux en le système plan d'ordre un $$ X' = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ -a_0(t) & -a_1(t) \end{pmatrix}\,X + \begin{pmatrix} 0 \\ b(t) \end{pmatrix}, $$ auquel s'applique la théorie générale du \S 1.2--1.3 avec \(\dim E = 2\). L'étape de remontée en régularité (ii) de la proposition est le pont qui transforme une solution plane \(\mathcal{C}^1\) en une solution scalaire \(\mathcal{C}^2\).
Compétences à pratiquer
  • Ramener une équation d'ordre deux à un système plan
II Équations différentielles linéaires scalaires d'ordre deux
II.1 L'équation d'ordre deux et son espace de solutions
Le cas que le programme distingue. Les coefficients sont désormais autorisés à varier avec \(t\) --- une généralisation stricte du cas à coefficients constants traité en MPSI. L'espace des solutions de l'équation homogène est un plan dans \(\mathcal{C}^2(I, \mathbb{K})\), et l'ensemble complet des solutions de l'équation inhomogène est un plan translaté par une solution particulière.
Définition — Équation différentielle linéaire scalaire d'ordre deux
Soit \(a_0, a_1, b \in \mathcal{C}(I, \mathbb{K})\). L'équation différentielle linéaire scalaire d'ordre deux normalisée est $$ (E)\colon \quad x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = b(t). $$ Une solution de \((E)\) sur \(I\) est une application \(x \colon I \to \mathbb{K}\) de classe \(\mathcal{C}^2\) vérifiant \((E)\). L'équation homogène associée est $$ (E_0)\colon \quad x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = 0. $$
Theorem — Théorème de Cauchy et structure\(\virgule\) ordre deux
Pour tout \((t_0 \,;\, x_0 \,;\, x_1) \in I \times \mathbb{K} \times \mathbb{K}\), le problème de Cauchy $$ \begin{cases} x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = b(t), \\ x(t_0) = x_0, \quad x'(t_0) = x_1 \end{cases} $$ admet une et une seule solution, définie sur tout \(I\). L'espace des solutions \(\mathcal{S}_0\) de \((E_0)\) est de dimension \(2\) sur \(\mathbb{K}\) (un \(\mathbb{K}\)-plan), et l'ensemble des solutions de \((E)\) est le plan affine \(\mathcal{S} = \varphi_p + \mathcal{S}_0\) pour toute solution particulière \(\varphi_p\).

La proposition du \S 1.4 transforme le problème de Cauchy d'ordre deux en le problème de Cauchy plan $$ \begin{cases} X' = A(t)\,X + B(t), \\ X(t_0) = (x_0 \,;\, x_1) \end{cases} $$ de matrice compagnon. Par le théorème de Cauchy linéaire du \S 1.2 (appliqué au système plan sur \(E = \mathbb{K}^2\)), ce problème plan a une unique solution \(\mathcal{C}^1\) \(X = (u \,;\, v)\) sur \(I\). Par l'étape de remontée en régularité (ii) de la proposition du \S 1.4, \(u\) est automatiquement \(\mathcal{C}^2\) et résout l'équation scalaire avec \(u(t_0) = x_0\), \(u'(t_0) = v(t_0) = x_1\) --- existence et unicité du problème scalaire s'ensuivent. Pour la structure, la bijection \(\varphi \leftrightarrow (\varphi \,;\, \varphi')\) identifie le \(\mathcal{S}_0\) scalaire au \(\mathcal{S}_0\) plan, et le plan a pour dimension \(\dim \mathbb{K}^2 = 2\) par le théorème de la dimension du \S 1.3. La description affine \(\mathcal{S} = \varphi_p + \mathcal{S}_0\) est le théorème de structure du \S 1.3.

Proposition — Isomorphisme d'évaluation scalaire d'ordre deux
Fixons \(t_0 \in I\). L'application d'évaluation $$ \delta_{t_0} \colon \mathcal{S}_0 \to \mathbb{K}^2, \quad \varphi \mapsto \bigl(\varphi(t_0) \,;\, \varphi'(t_0)\bigr) $$ est un isomorphisme linéaire de \(\mathbb{K}\)-espaces vectoriels. En particulier \(\dim \mathcal{S}_0 = 2\).

La linéarité de \(\delta_{t_0}\) est directe. La bijectivité est le théorème de Cauchy établi à l'instant : pour tout couple \((x_0 \,;\, x_1) \in \mathbb{K}^2\), il existe une et une seule \(\varphi \in \mathcal{S}_0\) avec \(\varphi(t_0) = x_0\), \(\varphi'(t_0) = x_1\).

Exemple — Le cas à coefficients constants retrouvé
Pour \(a_1 = 0\) et \(a_0 = 1\) constants, l'équation homogène est \(x'' + x = 0\). La résolution de la MPSI donne \(\mathcal{S}_0 = \mathrm{Vect}(\cos, \sin)\). En effet \(\cos\) et \(\sin\) sont \(\mathcal{C}^2\) et résolvent l'équation ; le couple \((\cos, \sin)\) prend en \(t = 0\) les valeurs \((\cos 0 \,;\, \cos'(0)) = (1 \,;\, 0)\) et \((\sin 0 \,;\, \sin'(0)) = (0 \,;\, 1)\) --- la base canonique de \(\mathbb{K}^2\). Par la caractérisation du \S 1.3 (transportée par l'isomorphisme d'évaluation d'ordre deux), \((\cos, \sin)\) est un système fondamental de \((E_0)\).
Proposition — Zéros isolés
Soit \(\varphi\) une solution non nulle de \((E_0)\) sur \(I\). Les zéros de \(\varphi\) sont isolés : pour tout \(t_0 \in I\) avec \(\varphi(t_0) = 0\), il existe un voisinage de \(t_0\) dans \(I\) (bilatéral si \(t_0\) est intérieur à \(I\), unilatéral si \(t_0\) est extrémité) sur lequel \(\varphi\) ne s'annule qu'en \(t_0\).

En un zéro \(t_0\) de \(\varphi\), \(\varphi'(t_0) \ne 0\) --- sinon la donnée de Cauchy \((\varphi(t_0) \,;\, \varphi'(t_0)) = (0 \,;\, 0)\) forcerait (par unicité) \(\varphi \equiv 0\) sur \(I\), contredisant l'hypothèse. Le développement de Taylor-Young de \(\varphi\) en \(t_0\) comme fonction de la variable réelle \(t\) à valeurs \(\mathbb{K}\) s'écrit \(\varphi(t) = \varphi'(t_0)\,(t - t_0) + (t - t_0)\,\varepsilon(t)\) avec \(\varepsilon(t) \to 0\) quand \(t \to t_0\). Pour \(|t - t_0|\) assez petit, \(|\varepsilon(t)| < |\varphi'(t_0)|/2\), d'où $$ \left| \frac{\varphi(t)}{t - t_0} \right| \ge |\varphi'(t_0)| - |\varepsilon(t)| > \frac{|\varphi'(t_0)|}{2} > 0, $$ donc \(\varphi(t) \ne 0\) sur un voisinage épointé de \(t_0\) dans \(I\). L'argument est valable dans \(\mathbb{K} = \mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\).

Méthode — Cadrer un problème d'ordre deux
Face à une équation scalaire d'ordre deux \(x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = b(t)\) :
  • identifier \(a_0, a_1, b\) et l'intervalle de travail \(I\) sur lequel elles sont continues ;
  • par le théorème ci-dessus, l'espace des solutions homogènes \(\mathcal{S}_0\) est un \(\mathbb{K}\)-plan, et l'ensemble complet \(\mathcal{S}\) est un plan translaté par une solution particulière \(\varphi_p\) ;
  • la recherche d'un système fondamental de \((E_0)\) et d'une solution particulière de \((E)\) est alors tout le travail --- c'est ce que \S 2.2--2.4 rend opérationnel.
Compétences à pratiquer
  • Caractériser l'espace des solutions d'une équation d'ordre deux
II.2 Le wronskien
Un déterminant deux par deux qui détecte si deux solutions de \((E_0)\) forment une base du plan des solutions. Sa propriété clé : comme fonction de \(t\), le wronskien résout une équation scalaire d'ordre un, donc il est soit identiquement nul soit jamais nul sur \(I\).
Définition — Wronskien
Soit \(\varphi_1, \varphi_2 \colon I \to \mathbb{K}\) dérivables. Le wronskien du couple \((\varphi_1, \varphi_2)\) est la fonction $$ W_{\varphi_1, \varphi_2} \colon I \to \mathbb{K}, \quad t \mapsto \det \begin{pmatrix} \varphi_1(t) & \varphi_2(t) \\ \varphi_1'(t) & \varphi_2'(t) \end{pmatrix} = \varphi_1(t)\,\varphi_2'(t) - \varphi_1'(t)\,\varphi_2(t). $$
Proposition — Équation différentielle du wronskien
Soit \((\varphi_1, \varphi_2) \in \mathcal{S}_0^2\) un couple de solutions de \((E_0)\). Le wronskien \(W = W_{\varphi_1, \varphi_2}\) vérifie $$ W'(t) = -a_1(t)\,W(t) \quad \text{sur } I. $$ Donc \(W = \lambda \exp(-A_1)\) pour une constante \(\lambda \in \mathbb{K}\), où \(A_1\) est une primitive de \(a_1\). En particulier \(W\) est soit identiquement nul soit jamais nul sur \(I\).

Dérivons \(W = \varphi_1 \varphi_2' - \varphi_1' \varphi_2\). Les deux \(\varphi_i\) sont \(\mathcal{C}^2\), donc \(W\) est dérivable : $$ \begin{aligned} W'(t) &= \varphi_1'\varphi_2' + \varphi_1\varphi_2'' - \varphi_1''\varphi_2 - \varphi_1'\varphi_2' && \\ &= \varphi_1\varphi_2'' - \varphi_1''\varphi_2. && \end{aligned} $$ Substituons \(\varphi_i'' = -a_1\,\varphi_i' - a_0\,\varphi_i\) (puisque \(\varphi_i \in \mathcal{S}_0\)) : $$ \begin{aligned} W'(t) &= \varphi_1\bigl(-a_1\varphi_2' - a_0\varphi_2\bigr) - \bigl(-a_1\varphi_1' - a_0\varphi_1\bigr)\varphi_2 && \\ &= -a_1\bigl(\varphi_1\varphi_2' - \varphi_1'\varphi_2\bigr) - a_0\bigl(\varphi_1\varphi_2 - \varphi_1\varphi_2\bigr) && \\ &= -a_1\,W. && \end{aligned} $$ L'équation \(W' = -a_1 W\) est une équation scalaire d'ordre un linéaire homogène ; par la formule explicite de la MPSI, sa solution générale est \(W(t) = \lambda \exp\!\bigl(-A_1(t)\bigr)\) avec \(\lambda \in \mathbb{K}\) et \(A_1\) une primitive de \(a_1\). Comme \(\exp \ne 0\), \(W\) est soit identiquement nul (\(\lambda = 0\)) soit jamais nul (\(\lambda \ne 0\)).

Proposition — Le wronskien détecte un système fondamental
Soit \((\varphi_1, \varphi_2) \in \mathcal{S}_0^2\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
  • [(i)] \((\varphi_1, \varphi_2)\) est un système fondamental de \((E_0)\) ;
  • [(ii)] il existe \(t_0 \in I\) avec \(W(t_0) \ne 0\) ;
  • [(iii)] pour tout \(t \in I\), \(W(t) \ne 0\).

  • (ii) \(\iff\) (iii). C'est la dichotomie de la proposition précédente : le wronskien \(W\) est soit identiquement nul soit jamais nul sur \(I\), donc une non-annulation en un point \(t_0\) se propage à tout point, et réciproquement.
  • (i) \(\iff\) (ii). Fixons \(t_0 \in I\). Par l'isomorphisme d'évaluation d'ordre deux \(\delta_{t_0} \colon \mathcal{S}_0 \to \mathbb{K}^2\), \(\varphi \mapsto (\varphi(t_0) \,;\, \varphi'(t_0))\), le couple \((\varphi_1, \varphi_2)\) est une base de \(\mathcal{S}_0\) ssi \((\delta_{t_0}(\varphi_1) \,;\, \delta_{t_0}(\varphi_2)) = ((\varphi_1(t_0) \,;\, \varphi_1'(t_0)) \,;\, (\varphi_2(t_0) \,;\, \varphi_2'(t_0)))\) est une base de \(\mathbb{K}^2\), ssi le déterminant $$ \det \begin{pmatrix} \varphi_1(t_0) & \varphi_2(t_0) \\ \varphi_1'(t_0) & \varphi_2'(t_0) \end{pmatrix} = W(t_0) $$ est non nul.

Exemple — Le wronskien de \(\cos\) et \(\sin\)
Pour l'équation \(x'' + x = 0\), le couple \((\cos, \sin)\) a pour wronskien $$ W_{\cos, \sin}(t) = \cos t \cdot \cos t - (-\sin t) \cdot \sin t = \cos^2 t + \sin^2 t = 1. $$ Il est non nul (constant égal à \(1\)), donc \((\cos, \sin)\) est un système fondamental. La constance de \(W\) est cohérente avec la proposition : ici \(a_1 = 0\), donc \(W' = -a_1 W = 0\).
Exemple — Lorsque \(a_1 \equal 0\)\(\virgule\) le wronskien est constant
Pour une équation de la forme \(x'' + a_0(t)\,x = 0\) (sans terme en \(x'\), \(a_1 \equiv 0\)) : pour tout couple \((\varphi_1, \varphi_2) \in \mathcal{S}_0^2\), \(W' = -a_1 W = 0\), donc \(W\) est constant sur \(I\). Pour vérifier si \((\varphi_1, \varphi_2)\) est un système fondamental, évaluer \(W\) en un \(t_0\) commode --- la valeur en un point est la valeur en tout point.
Méthode — Tester un système fondamental par le wronskien
Étant données deux solutions connues \(\varphi_1, \varphi_2 \in \mathcal{S}_0\) de \((E_0)\), calculer le wronskien $$ W(t) = \varphi_1(t)\,\varphi_2'(t) - \varphi_1'(t)\,\varphi_2(t) $$ en un point commode \(t_0 \in I\). Si \(W(t_0) \ne 0\) : \((\varphi_1, \varphi_2)\) est un système fondamental de \((E_0)\), et la solution générale homogène est \(\lambda_1 \varphi_1 + \lambda_2 \varphi_2\) avec \(\lambda_1, \lambda_2 \in \mathbb{K}\). Si \(W(t_0) = 0\) : \(W\) est identiquement nul sur \(I\), et \((\varphi_1, \varphi_2)\) est liée.
Compétences à pratiquer
  • Calculer un wronskien
II.3 La méthode de variation des constantes
Un système fondamental de l'équation homogène \((E_0)\) étant connu, la méthode de variation des constantes produit une solution particulière de l'équation complète \((E)\). L'astuce de la méthode : remplacer les constantes \(\lambda_1, \lambda_2\) de la combinaison homogène par des fonctions de \(t\), et imposer une relation commode entre elles.
Theorem — Variation des constantes\(\virgule\) ordre deux
Soit \((\varphi_1, \varphi_2)\) un système fondamental de \((E_0)\) de wronskien \(W\) (non nul sur \(I\)). Le système de Cramer $$ \begin{cases} \lambda_1'\,\varphi_1 + \lambda_2'\,\varphi_2 = 0, \\ \lambda_1'\,\varphi_1' + \lambda_2'\,\varphi_2' = b \end{cases} $$ a pour déterminant \(W \ne 0\), et son unique solution est $$ \lambda_1' = -\frac{b\,\varphi_2}{W}, \quad \lambda_2' = \frac{b\,\varphi_1}{W}. $$ Les deux seconds membres sont continus sur \(I\) (quotients de fonctions continues à dénominateur non nul), donc tout couple \((\lambda_1, \lambda_2)\) de primitives est de classe \(\mathcal{C}^1\) sur \(I\) ; l'application $$ \varphi = \lambda_1\,\varphi_1 + \lambda_2\,\varphi_2 $$ est alors \(\mathcal{C}^2\) et est une solution particulière de \((E)\). Deux choix de primitives diffèrent par un élément de \(\mathcal{S}_0\), donc fournissent le même ensemble de solutions affine \(\mathcal{S} = \varphi + \mathcal{S}_0\).

Posons \(\varphi = \lambda_1\varphi_1 + \lambda_2\varphi_2\) avec \(\lambda_1, \lambda_2\) dérivables. Dérivons : $$ \varphi' = \lambda_1'\varphi_1 + \lambda_2'\varphi_2 + \lambda_1\varphi_1' + \lambda_2\varphi_2'. $$ Imposons la première relation de Cramer \(\lambda_1'\varphi_1 + \lambda_2'\varphi_2 = 0\). Alors \(\varphi' = \lambda_1\varphi_1' + \lambda_2\varphi_2'\). Dérivons à nouveau : $$ \varphi'' = \lambda_1'\varphi_1' + \lambda_2'\varphi_2' + \lambda_1\varphi_1'' + \lambda_2\varphi_2''. $$ Substituons dans \((E)\) : $$ \begin{aligned} \varphi'' + a_1\varphi' + a_0\varphi &= \lambda_1'\varphi_1' + \lambda_2'\varphi_2' + \lambda_1\bigl(\varphi_1'' + a_1\varphi_1' + a_0\varphi_1\bigr) + \lambda_2\bigl(\varphi_2'' + a_1\varphi_2' + a_0\varphi_2\bigr) && \\ &= \lambda_1'\varphi_1' + \lambda_2'\varphi_2', && \text{(les deux \(\varphi_i \in \mathcal{S}_0\))} \end{aligned} $$ ce qui vaut \(b\) ssi la seconde relation de Cramer \(\lambda_1'\varphi_1' + \lambda_2'\varphi_2' = b\) est satisfaite. Le système de Cramer a pour déterminant \(W \ne 0\) et solution \(\lambda_1' = -b\varphi_2/W\), \(\lambda_2' = b\varphi_1/W\). L'argument de continuité pour la régularité de \(\varphi\) est celui énoncé.

Exemple — Le second membre tangente \(x'' + x \equal \tan t\)
Prenons \(a_1 = 0\), \(a_0 = 1\), \(b(t) = \tan t\) sur \(I = \,]{-}\pi/2 \,;\, \pi/2[\). L'équation homogène \(x'' + x = 0\) admet \((\cos, \sin)\) pour système fondamental (exemple ci-dessus), de wronskien \(W = 1\). Les formules de Cramer donnent $$ \lambda_1'(t) = -\frac{\tan t \cdot \sin t}{1} = -\frac{\sin^2 t}{\cos t}, \qquad \lambda_2'(t) = \frac{\tan t \cdot \cos t}{1} = \sin t. $$ Une primitive de \(\lambda_2'\) est \(\lambda_2(t) = -\cos t\). Pour \(\lambda_1'\), calculons \(\sin^2 t / \cos t = (1 - \cos^2 t)/\cos t = 1/\cos t - \cos t\). Une primitive de \(1/\cos t\) sur \(\,]{-}\pi/2 \,;\, \pi/2[\) est \(t \mapsto \ln\!\bigl((1+\sin t)/\cos t\bigr)\) (l'argument y est positif ; classique, rappelée de la MPSI), donc une primitive de \(\sin^2 t / \cos t\) est \(\ln\!\bigl((1+\sin t)/\cos t\bigr) - \sin t\), et par conséquent une primitive de \(\lambda_1'(t) = -\sin^2 t/\cos t\) est \(\lambda_1(t) = -\ln\!\bigl((1+\sin t)/\cos t\bigr) + \sin t\). Une solution particulière est donc $$ \varphi(t) = \lambda_1(t)\,\cos t + \lambda_2(t)\,\sin t = -\cos t \cdot \ln\!\left(\frac{1 + \sin t}{\cos t}\right) $$ sur \(\,]{-}\pi/2 \,;\, \pi/2[\) (les termes \(\sin t \cos t\) provenant de \(\lambda_1\) et \(\lambda_2\) se compensent).
Exemple — Une équation de Cauchy-Euler avec second membre
Prenons \(t^2 x'' - 2 t x' + 2 x = t^3\) sur \(I = \,]0 \,;\, +\infty[\). Divisons par \(t^2\) (légitime puisque \(t > 0\)) pour normaliser : \(x'' - (2/t)\,x' + (2/t^2)\,x = t\). Donc \(a_1 = -2/t\), \(a_0 = 2/t^2\), \(b = t\). L'équation homogène \(t^2 x'' - 2 t x' + 2 x = 0\) admet des solutions puissances \(x = t^a\) avec \(a(a-1) - 2a + 2 = 0\), soit \(a^2 - 3a + 2 = 0\), \(a \in \{1, 2\}\). Donc \(\varphi_1(t) = t\) et \(\varphi_2(t) = t^2\) sont solutions ; le wronskien est $$ W = \varphi_1 \varphi_2' - \varphi_1' \varphi_2 = t \cdot 2t - 1 \cdot t^2 = t^2 \ne 0 \quad \text{sur } I, $$ donc \((\varphi_1, \varphi_2)\) est un système fondamental. Avec \(b(t) = t\), les formules de Cramer donnent $$ \lambda_1'(t) = -\frac{t \cdot t^2}{t^2} = -t, \qquad \lambda_2'(t) = \frac{t \cdot t}{t^2} = 1. $$ Primitives : \(\lambda_1(t) = -t^2/2\), \(\lambda_2(t) = t\). Une solution particulière est donc $$ \varphi_p(t) = \lambda_1\,\varphi_1 + \lambda_2\,\varphi_2 = -\frac{t^2}{2} \cdot t + t \cdot t^2 = \frac{t^3}{2}, $$ et la solution générale de l'équation complète est \(t \mapsto t^3/2 + \alpha t + \beta t^2\) avec \(\alpha, \beta \in \mathbb{K}\).
Méthode — Appliquer la variation des constantes
Étant donnée \((E)\colon x'' + a_1(t)\,x' + a_0(t)\,x = b(t)\) sur \(I\) :
  • [(1)] trouver un système fondamental \((\varphi_1, \varphi_2)\) de \((E_0)\) (par inspection, par la résolution à coefficients constants de la MPSI, par une des techniques du \S 2.4, \ldots) ;
  • [(2)] calculer le wronskien \(W\) en un point pour confirmer qu'il est non nul --- la dichotomie assure alors \(W \ne 0\) sur tout \(I\) ;
  • [(3)] résoudre le système de Cramer : \(\lambda_1' = -b\,\varphi_2/W\), \(\lambda_2' = b\,\varphi_1/W\) ;
  • [(4)] primitiver \(\lambda_1'\) et \(\lambda_2'\) pour obtenir \(\lambda_1\) et \(\lambda_2\) (n'importe quel choix de primitives convient) ;
  • [(5)] la solution particulière est \(\varphi_p = \lambda_1 \varphi_1 + \lambda_2 \varphi_2\), et la solution générale de \((E)\) est \(\mathcal{S} = \varphi_p + \mathcal{S}_0\).
Compétences à pratiquer
  • Appliquer la variation des constantes
II.4 Techniques de résolution
Lorsque aucun système fondamental de \((E_0)\) n'est fourni, trois techniques d'exemples-types pour l'équation d'ordre deux --- appliquées pragmatiquement au cas par cas, non énoncées comme théorèmes généraux : la recherche d'une solution polynomiale (quand les coefficients sont polynomiaux), la réduction d'ordre à partir d'une solution non nulle connue, et un changement de variable qui ramène l'équation à coefficients constants.
Méthode — Chercher une solution polynomiale --- heuristique par l'exemple
Sur une équation d'ordre deux normalisée à coefficients polynomiaux, injecter un ansatz \(P(t) = \sum_{k=0}^{d} a_k\,t^k\) de degré provisoire \(d\), avec \(a_d \ne 0\). Développer et identifier les coefficients de \(t^k\) : un système linéaire fini sur \((a_k)\) en résulte. Deux issues :
  • le système fixe \(d\) par un argument de degré sur le terme dominant, et les coefficients restants sont déterminés par une récurrence finie --- les solutions polynomiales sont alors explicitement connues ;
  • ou bien la comparaison du terme dominant est incompatible avec \(a_d \ne 0\), et aucune solution polynomiale de ce degré n'existe --- l'analyse peut alors être relancée pour tout autre degré candidat.
La technique est une heuristique appliquée au cas par cas, non un théorème général.
Exemple — Une solution polynomiale de \(x'' - 2 t x' + 2 x \equal 0\)
Prenons l'équation normalisée \(x'' - 2 t x' + 2 x = 0\) sur \(\mathbb{R}\). Injectons un polynôme \(P(t) = \sum_{k=0}^{d} a_k t^k\) de degré \(d \ge 0\) avec \(a_d \ne 0\). La contribution de plus haut degré de \(P'' - 2 t P' + 2 P\) est le terme en \(t^d\) : \(P''\) contribue au degré \(d - 2\) (négligeable), \(-2 t P'\) contribue \(-2 d\,a_d\,t^d\), et \(2 P\) contribue \(2\,a_d\,t^d\). Le terme dominant est donc \(2(1 - d)\,a_d\,t^d\). Pour que \(P\) résolve l'équation, ce terme doit s'annuler ; avec \(a_d \ne 0\), la seule option est \(d = 1\).
Donc \(P(t) = a_0 + a_1 t\) avec \(a_1 \ne 0\). En substituant : $$ P'' - 2 t P' + 2 P = 0 - 2 t\,a_1 + 2(a_0 + a_1 t) = 2\,a_0, $$ qui s'annule ssi \(a_0 = 0\). Les solutions polynomiales sont exactement les multiples scalaires de \(\varphi(t) = t\). (C'est le cas \(n = 1\) de la famille d'Hermite \(x'' - 2 t x' + 2 n x = 0\) pour \(n \in \mathbb{N}\), dont les solutions polynomiales sont les polynômes d'Hermite de degré \(n\) --- un schéma classique.)
Méthode — Réduire l'ordre connaissant une solution
La route prépa-tradition par substitution et annulation. Étant donnée une solution connue \(\varphi_1 \in \mathcal{S}_0\) ne s'annulant pas sur un sous-intervalle \(J \subset I\), chercher une seconde solution sous la forme \(\varphi = \varphi_1 \cdot z\) avec \(z \colon J \to \mathbb{K}\) à déterminer. Calculons par Leibniz : $$ \varphi' = \varphi_1'\,z + \varphi_1\,z', \quad \varphi'' = \varphi_1''\,z + 2\,\varphi_1'\,z' + \varphi_1\,z''. $$ Substituons dans \((E_0)\) et collectons le coefficient de \(z\) : \(\varphi_1'' + a_1\,\varphi_1' + a_0\,\varphi_1 = 0\) puisque \(\varphi_1 \in \mathcal{S}_0\), donc le terme en \(z\) disparaît. Il reste $$ \varphi_1\,z'' + (2\,\varphi_1' + a_1\,\varphi_1)\,z' = 0, $$ une équation linéaire d'ordre un en l'inconnue \(w = z'\). La résoudre (par séparation des variables ou par facteur intégrant), puis primitiver \(w\) pour obtenir \(z\), et former \(\varphi_2 = \varphi_1 \cdot z\). Le piège classique est de s'arrêter à \(z\) --- \(z\) n'est pas la nouvelle solution ; la multiplication par \(\varphi_1\) est nécessaire.
Exemple — Réduction d'ordre sur \(x'' + x'/t - x/t^2 \equal 0\)
Sur \(I = \,]0 \,;\, +\infty[\), considérons \(x'' + x'/t - x/t^2 = 0\). La fonction \(\varphi_1(t) = t\) en est solution (vérification : \(0 + 1/t - 1/t = 0\)). Posons \(\varphi = t\,z\). Alors \(\varphi' = z + t\,z'\), \(\varphi'' = 2\,z' + t\,z''\). Substituons : $$ \begin{aligned} \varphi'' + \frac{\varphi'}{t} - \frac{\varphi}{t^2} &= 2\,z' + t\,z'' + \frac{z + t\,z'}{t} - \frac{t\,z}{t^2} && \\ &= t\,z'' + 2\,z' + \frac{z}{t} + z' - \frac{z}{t} && \\ &= t\,z'' + 3\,z'. && \end{aligned} $$ L'équation s'écrit \(t\,z'' + 3\,z' = 0\), soit \(w' + (3/t)\,w = 0\) pour \(w = z'\). La formule explicite de la MPSI donne \(w(t) = C/t^3\) avec \(C \in \mathbb{K}\). En primitivant, \(z(t) = -C/(2 t^2) + D\) avec \(D \in \mathbb{K}\). Le choix \((C \,;\, D) = (-2 \,;\, 0)\) donne \(z(t) = 1/t^2\), d'où \(\varphi_2(t) = t \cdot 1/t^2 = 1/t\). Cette \(\varphi_2\) est indépendante de \(\varphi_1 = t\), donc \((\varphi_1 \,;\, \varphi_2) = (t \,;\, 1/t)\) est un système fondamental sur \(\,]0 \,;\, +\infty[\).
Méthode — Changement de variable
Étant donnée une application \(\mathcal{C}^2\) \(\theta \colon J \to I\) entre intervalles, bijective et de dérivée \(\theta'\) ne s'annulant pas sur \(J\) (alors \(\theta^{-1}\) est automatiquement \(\mathcal{C}^2\), ce qui fait de \(\theta\) un \(\mathcal{C}^2\)-difféomorphisme), la substitution \(u = \theta^{-1}(t)\) (soit \(t = \theta(u)\)) transporte une solution \(\varphi \colon I \to \mathbb{K}\) de \((E)\) en la fonction \(\psi = \varphi \circ \theta \colon J \to \mathbb{K}\). La règle de la chaîne donne $$ \psi'(u) = \theta'(u)\,\varphi'(\theta(u)), \quad \psi''(u) = \theta''(u)\,\varphi'(\theta(u)) + \bigl(\theta'(u)\bigr)^2\,\varphi''(\theta(u)). $$ En résolvant pour \(\varphi', \varphi''\) en fonction de \(\psi', \psi''\) et en substituant dans \((E)\), on obtient une équation d'ordre deux équivalente en \(\psi\) sur \(J\). Lorsque la nouvelle équation est à coefficients constants, on la résout par l'équation caractéristique de la MPSI ; le changement est inversé à la fin (\(\varphi(t) = \psi(\theta^{-1}(t))\)) pour récupérer \(\varphi\).
Exemple — \(t^2 x'' + 3 t x' + 4 x \equal t \ln t\) par \(t \equal e^u\)
Sur \(I = \,]0 \,;\, +\infty[\), la division par \(t^2\) (légitime puisque \(t > 0\)) normalise l'équation. Posons \(\theta(u) = e^u\), un \(\mathcal{C}^\infty\)-difféomorphisme \(\mathbb{R} \to \,]0 \,;\, +\infty[\), et \(\psi(u) = \varphi(e^u)\). La règle de la chaîne donne $$ \psi'(u) = e^u\,\varphi'(e^u) = t\,\varphi'(t), \quad \psi''(u) = e^{2 u}\,\varphi''(e^u) + e^u\,\varphi'(e^u) = t^2\,\varphi''(t) + t\,\varphi'(t), $$ donc \(t^2\,\varphi''(t) = \psi''(u) - \psi'(u)\). L'équation \(t^2 \varphi'' + 3 t \varphi' + 4\varphi = t \ln t\) devient $$ \bigl(\psi'' - \psi'\bigr) + 3\,\psi' + 4\,\psi = u\,e^u, \quad \text{soit} \quad \psi'' + 2\,\psi' + 4\,\psi = u\,e^u. $$ C'est une équation d'ordre deux à coefficients constants en \(u\), résolue par la méthode de la MPSI. L'équation caractéristique \(r^2 + 2 r + 4 = 0\) a pour racines complexes conjuguées \(r = -1 \pm i \sqrt{3}\), donc la solution générale homogène est \(\psi_h(u) = e^{-u}\bigl(\lambda \cos(\sqrt{3}\,u) + \mu \sin(\sqrt{3}\,u)\bigr)\) avec \(\lambda, \mu \in \mathbb{R}\). Pour une solution particulière on essaie l'ansatz \(\psi_p(u) = (\alpha u + \beta)\,e^u\) (\(1\) n'étant pas racine de l'équation caractéristique) ; en injectant et en identifiant les coefficients de \(u e^u\) et \(e^u\) on obtient \(7\alpha = 1\) et \(7\beta + 4\alpha = 0\), soit \(\alpha = 1/7\) et \(\beta = -4/49\). En inversant par \(u = \ln t\) on récupère $$ \varphi(t) = \frac{1}{t}\bigl(\lambda \cos(\sqrt{3}\,\ln t) + \mu \sin(\sqrt{3}\,\ln t)\bigr) + \frac{t \ln t}{7} - \frac{4\,t}{49}, \qquad \lambda, \mu \in \mathbb{R}, $$ sur \(\,]0 \,;\, +\infty[\).
Note de scope --- équations non normalisées
Les équations non normalisées \(\alpha(t)\,x'' + \beta(t)\,x' + \gamma(t)\,x = \delta(t)\) dont le coefficient dominant \(\alpha\) s'annule en un ou plusieurs points de \(I\) sortent du cadre de ce chapitre. Le programme (\S 10 e) encadre la théorie pour des équations d'ordre deux normalisées sur un intervalle \(I\), et le raccord des branches de solutions en un point singulier est délicat et au cas par cas --- ni une recette propre ni un objectif du programme. Rappelé en passant depuis la MPSI ; non retraité ici.
Pour aller plus loin
Ce chapitre a construit l'équation différentielle linéaire générale \(x' = a(t) \cdot x + b(t)\) sur un espace de dimension finie, son théorème de Cauchy linéaire, la structure de dimension \(\dim E\) de son ensemble de solutions, et la spécialisation à l'ordre deux avec wronskien et variation des constantes. Le chapitre Exponentielle de matrice poursuit l'histoire : lorsque le coefficient \(a\) est constant (dans \(\mathcal{L}(E)\), ou de manière équivalente \(A\) constante dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\)), le système homogène \(X' = A\,X\) est résolu explicitement par l'exponentielle de matrice \(X(t) = e^{(t - t_0)A}\,X_0\). Le théorème de Cauchy linéaire énoncé et admis ici est exactement ce qui rend cette résolution possible ; les théorèmes de structure et de dimension sont exactement le cadre dans lequel \(e^{tA}\) opère.
Compétences à pratiquer
  • Résoudre une équation d'ordre deux par une technique classique