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CommeUnJeu · L2 MP

Variables aléatoires discrètes

⌚ ~67 min ▢ 8 blocs ✓ 17 exercices Prérequis : Variables aléatoires sur un univers fini, Espaces probabilisés
Le PGCD se généralise à toute famille finie d'entiers --- non tous nuls --- par associativité, et l'identité de Bézout suit par une courte récurrence.
I Variables aléatoires discrètes et leur loi
I.1 Variables aléatoires discrètes
Définition — PGCD de \(k\) entiers
Soient \(k \geq 2\) et \(a_1, \dots, a_k \in \mathbb{Z}\) non tous nuls. Le plus grand commun diviseur de \(a_1, \dots, a_k\), noté \(a_1 \wedge \dots \wedge a_k\), est le plus grand entier strictement positif divisant tous les \(a_i\) (existence : l'ensemble des diviseurs communs positifs est non vide car il contient \(1\), et fini comme dans le cas à deux entiers).
Proposition — Calcul récursif du PGCD
De manière équivalente, le PGCD de \(k\) entiers se calcule récursivement par $$ \textcolor{colorprop}{a_1 \wedge \dots \wedge a_k = (a_1 \wedge \dots \wedge a_{k-1}) \wedge a_k.} $$

Les deux membres valent le plus grand diviseur commun positif de \(a_1, \dots, a_k\). Pour le membre de droite : par la Proposition « Diviseurs communs et PGCD » plus haut, les diviseurs de \((a_1 \wedge \dots \wedge a_{k-1}) \wedge a_k\) sont exactement les diviseurs communs de \(a_1 \wedge \dots \wedge a_{k-1}\) et de \(a_k\), qui par la même proposition sont les diviseurs communs de \(a_1, \dots, a_{k-1}, a_k\).

Proposition — Identité de Bézout pour \(k\) entiers
Pour \(a_1, \dots, a_k \in \mathbb{Z}\) non tous nuls, il existe \(u_1, \dots, u_k \in \mathbb{Z}\) tels que $$ \textcolor{colorprop}{a_1 \wedge \dots \wedge a_k = a_1 u_1 + a_2 u_2 + \dots + a_k u_k.} $$

Par récurrence sur \(k \geq 2\).
  • Initialisation \(k = 2\). Déjà fait (Bézout pour deux entiers).
  • Hérédité. Supposons le résultat pour \(k - 1\) entiers. Deux cas.
    • Si \(a_1 = \dots = a_{k-1} = 0\), alors \(a_1 \wedge \dots \wedge a_k = a_k \wedge 0 = |a_k|\), et l'identité de Bézout \(|a_k| = a_k \cdot \mathrm{sgn}(a_k)\) (avec tous les autres \(u_i = 0\)) est immédiate.
    • Sinon, posons \(d' = a_1 \wedge \dots \wedge a_{k-1}\) (bien défini car la famille n'est pas toute nulle) et \(d = d' \wedge a_k = a_1 \wedge \dots \wedge a_k\). Par Bézout à deux entiers, \(d = d' \alpha + a_k \beta\) pour certains \(\alpha, \beta \in \mathbb{Z}\). Par hypothèse de récurrence, \(d' = a_1 u'_1 + \dots + a_{k-1} u'_{k-1}\). En substituant, $$ d = \alpha (a_1 u'_1 + \dots + a_{k-1} u'_{k-1}) + a_k \beta = a_1 (\alpha u'_1) + \dots + a_{k-1} (\alpha u'_{k-1}) + a_k \beta. $$ Poser \(u_i = \alpha u'_i\) pour \(i \leq k-1\) et \(u_k = \beta\).

Proposition — Factorisation d'un PGCD
Pour \(a_1, \dots, a_r \in \mathbb{Z}\) non tous nuls (avec \(r \geq 2\)) et \(\lambda \in \mathbb{Z}^*\), $$ \textcolor{colorprop}{(\lambda a_1) \wedge \dots \wedge (\lambda a_r) = |\lambda| \cdot (a_1 \wedge \dots \wedge a_r).} $$

Posons \(d = a_1 \wedge \dots \wedge a_r\). On montre que \(|\lambda| d\) est un diviseur commun de \(\lambda a_1, \dots, \lambda a_r\), et réciproquement que tout diviseur commun de \(\lambda a_1, \dots, \lambda a_r\) divise \(|\lambda| d\).
  • \(|\lambda| d\) divise chaque \(\lambda a_i\) : de \(d \mid a_i\), on obtient \(|\lambda| d \mid |\lambda| a_i\), et \(|\lambda| a_i = \pm \lambda a_i\), donc \(|\lambda| d \mid \lambda a_i\).
  • Soit \(\delta\) un diviseur commun de \(\lambda a_1, \dots, \lambda a_r\). Par Bézout pour \(r\) entiers, \(d = a_1 u_1 + \dots + a_r u_r\) pour certains \(u_i \in \mathbb{Z}\). On multiplie par \(\lambda\) : \(\lambda d = (\lambda a_1) u_1 + \dots + (\lambda a_r) u_r\), donc \(\delta \mid \lambda d\), donc \(\delta \mid |\lambda| d\).
Par la caractérisation des diviseurs (Proposition « Diviseurs communs et PGCD » plus haut), \(|\lambda| d = (\lambda a_1) \wedge \dots \wedge (\lambda a_r)\).

Le PPCM \(a \vee b\) est la notion duale du PGCD : plus petit multiple commun au lieu de plus grand diviseur commun. Les deux mêmes caractérisations s'appliquent --- plus petit au sens de \(\leq\) sur \(\mathbb{N}^*\) et plus petit au sens de \(\mid\) ---, et la relation PGCD-PPCM \((a \wedge b)(a \vee b) = |ab|\) relie les deux. On énonce cette dernière formule ici mais on en repousse la démonstration la plus propre à la section sur la valuation \(p\)-adique plus bas.
Définition — Plus petit commun multiple (PPCM)
Soient \(a, b \in \mathbb{N}^*\). Le plus petit commun multiple de \(a\) et \(b\), noté \(a \vee b\), est le plus petit élément de \(\{m \in \mathbb{N}^* : a \mid m \text{ et } b \mid m\}\) pour l'ordre naturel \(\leq\) sur \(\mathbb{N}^*\). L'ensemble est non vide (il contient \(a b\)).
Convention avec zéro. Comme \(0 \mathbb{Z} = \{0\}\), le seul multiple commun de \(0\) et de tout entier est \(0\). On pose donc \(0 \vee b := 0\) pour tout \(b \in \mathbb{N}\).
Extension à \(\mathbb{Z}\). Pour \(a, b \in \mathbb{Z}\), \(a \vee b := |a| \vee |b|\).
Proposition — Les multiples communs sont les multiples du PPCM
Pour tout \(a, b \in \mathbb{N}^*\), $$ \textcolor{colorprop}{a \mathbb{Z} \cap b \mathbb{Z} = (a \vee b) \mathbb{Z}.} $$ De manière équivalente : \(a \mid n\) et \(b \mid n \iff (a \vee b) \mid n\). Donc \(a \vee b\) est aussi le plus petit multiple commun au sens de la divisibilité \(\mid\).
Pour \(a, b \in \mathbb{Z}^*\), le même énoncé est valable avec la convention \(a \vee b := |a| \vee |b|\) (puisque \(a \mathbb{Z} = |a| \mathbb{Z}\)).

Posons \(m = a \vee b\).
  • \((\supset)\) \(m\) est un multiple commun de \(a\) et \(b\) par définition, donc tout multiple de \(m\) est aussi un multiple commun.
  • \((\subset)\) Soit \(n\) un multiple commun de \(a\) et \(b\). Appliquer la division euclidienne de \(n\) par \(m\) : \(n = m q + r\) avec \(0 \leq r < m\). Alors \(r = n - m q\) est combinaison \(\mathbb{Z}\)-linéaire de deux multiples communs de \(a\) et \(b\), donc est un multiple commun de \(a\) et \(b\). Comme \(0 \leq r < m\) et que \(m\) est le plus petit multiple commun strictement positif, \(r\) ne peut être dans \(\mathbb{N}^*\) ; donc \(r = 0\). Donc \(n = m q \in m \mathbb{Z}\).

Exemple
\(12 \vee 18 = 36\), et \(12 \cdot 18 = 216 = 6 \cdot 36 = (12 \wedge 18)(12 \vee 18)\).
Ex 1
Deux entiers sont premiers entre eux quand leur PGCD vaut \(1\), c'est-à-dire que leurs seuls diviseurs communs sont \(\pm 1\). L'identité de Bézout, appliquée à ce cas particulier, devient le célèbre théorème de Bézout --- une caractérisation de la coprimitude par une équation linéaire explicite. De là, le lemme de Gauss suit en deux lignes et débloque tous les raisonnements de divisibilité de la suite du chapitre. Les deux notions « premiers entre eux dans leur ensemble » (PGCD = 1) et « premiers entre eux deux à deux » doivent être soigneusement distinguées : « deux à deux » implique « dans leur ensemble », mais la réciproque est fausse (exemple : \(6, 10, 15\)).
La condition définissante des entiers premiers entre eux est \(a \wedge b = 1\). Le théorème de Bézout convertit cette définition en outil pratique : \(a\) et \(b\) sont premiers entre eux ssi on peut trouver \(u, v \in \mathbb{Z}\) avec \(a u + b v = 1\). Le sens direct suit immédiatement de l'identité de Bézout démontrée à la section précédente ; le sens réciproque est une application en une ligne de la propriété des combinaisons linéaires.
Compétences à pratiquer
  • Identifier une variable aléatoire discrète
I.2 La loi d'une variable aléatoire discrète
Définition — Entiers premiers entre eux
Deux entiers \(a, b \in \mathbb{Z}\) sont premiers entre eux si leurs seuls diviseurs communs sont \(\pm 1\), ce qui équivaut à \(a \wedge b = 1\).
Theorem — Théorème de Bézout
Pour tout \(a, b \in \mathbb{Z}\), $$ \textcolor{colorprop}{a \wedge b = 1 \iff \exists u, v \in \mathbb{Z}, \; a u + b v = 1.} $$

  • \((\Rightarrow)\) Si \(a \wedge b = 1\), l'identité de Bézout (Proposition « Identité de Bézout » plus haut) donne \(u, v \in \mathbb{Z}\) avec \(a u + b v = a \wedge b = 1\).
  • \((\Leftarrow)\) Supposons \(a u + b v = 1\) pour certains \(u, v \in \mathbb{Z}\). Soit \(\delta\) un diviseur commun de \(a\) et \(b\). Par la propriété des combinaisons linéaires, \(\delta \mid (a u + b v) = 1\), donc \(\delta \in \{\pm 1\}\). Donc les seuls diviseurs communs sont \(\pm 1\), donc \(a \wedge b = 1\).

Exemple
\(7 \wedge 5 = 1\) car \(3 \cdot 7 - 4 \cdot 5 = 21 - 20 = 1\). (De manière équivalente, le seul diviseur commun positif de \(7\) et \(5\) est \(1\), car \(7\) est premier et \(5\) est premier.)
Ex 2 Ex 3 Ex 4
Le lemme de Gauss est le second moteur de l'arithmétique. Il dit : si \(a\) divise un produit \(b c\) et que \(a\) n'a rien en commun avec \(b\), alors \(a\) divise nécessairement \(c\). La démonstration utilise le théorème de Bézout pour multiplier et isoler \(c\).
Proposition — Conséquences du lemme de Gauss
  • Diviseurs premiers entre eux. Soient \(a, b \in \mathbb{Z}^*\) et \(n \in \mathbb{Z}\). Si \(a \wedge b = 1\), \(a \mid n\) et \(b \mid n\), alors \(a b \mid n\).
  • Premier à un produit. Soient \(a, b, n \in \mathbb{Z}^*\). Si \(a \wedge n = 1\) et \(b \wedge n = 1\), alors \((a b) \wedge n = 1\).

(i) Diviseurs premiers entre eux. De \(a \mid n\), écrire \(n = a k\) pour un certain \(k \in \mathbb{Z}\). Alors \(b \mid a k\). Comme \(a \wedge b = 1\), le lemme de Gauss donne \(b \mid k\), soit \(k = b k'\), donc \(n = a b k'\), donc \(a b \mid n\).
(ii) Premier à un produit. De \(a \wedge n = 1\), prendre \(a u + n v = 1\). De \(b \wedge n = 1\), prendre \(b u' + n v' = 1\). On multiplie : $$ 1 = (a u + n v)(b u' + n v') = a b (u u') + n (a u v' + b v u' + n v v'). $$ C'est une identité de Bézout pour \(a b\) et \(n\), donc par le théorème de Bézout \((a b) \wedge n = 1\).

Exemple — Contre-exemple sans hypothèse de coprimitude
\(6 \mid 12\) et \(4 \mid 12\), mais \(6 \cdot 4 = 24\) ne divise pas \(12\). L'hypothèse \(a \wedge b = 1\) dans « diviseurs premiers entre eux » est essentielle. Ici \(6 \wedge 4 = 2 \neq 1\).
Compétences à pratiquer
  • Calculer la loi d'une variable aléatoire
I.3 Couples de variables aléatoires et lois marginales
Ex 5 Ex 6 Ex 7
Définition — Premiers entre eux dans leur ensemble\(\virgule\) premiers entre eux deux à deux
Soient \(k \geq 2\) et \(a_1, \dots, a_k \in \mathbb{Z}\) non tous nuls.
  • Les entiers \(a_1, \dots, a_k\) sont premiers entre eux dans leur ensemble si \(a_1 \wedge \dots \wedge a_k = 1\).
  • Les entiers \(a_1, \dots, a_k\) sont premiers entre eux deux à deux si pour tout \(i \neq j\), \(a_i \wedge a_j = 1\).
Les nombres premiers sont les atomes multiplicatifs de \(\mathbb{N}^*\) : tout \(n \geq 2\) se construit à partir des nombres premiers par multiplication, et les briques sont uniques à l'ordre près. On commence par la définition et la preuve classique d'infinitude d'Euclide, on présente le crible d'Ératosthène, puis on utilise Bézout/Gauss pour démontrer le lemme d'Euclide (\(p \mid ab \Rightarrow p \mid a\) ou \(p \mid b\)), l'additivité de la valuation \(p\)-adique, et l'existence et l'unicité de la décomposition en facteurs premiers. La section se clôt par des expressions closes de \(a \mid b\), \(a \wedge b\) et \(a \vee b\) en termes de valuations.
Un nombre premier est un entier \(p \geq 2\) dont les seuls diviseurs sont \(\pm 1\) et \(\pm p\). L'ensemble des nombres premiers, noté \(\mathbb{P}\), est infini (Euclide). Le crible d'Ératosthène est l'algorithme classique pour lister les nombres premiers jusqu'à un seuil \(N\) donné, en utilisant le fait que tout composé \(n \leq N\) admet un diviseur premier \(\leq \sqrt{N}\).
Définition — Nombre premier\(\virgule\) nombre composé
Un entier naturel \(p \geq 2\) est dit premier si ses seuls diviseurs dans \(\mathbb{N}^*\) sont \(1\) et \(p\) (de manière équivalente, \(\operatorname{div}(p) = \{\pm 1, \pm p\}\)). On note \(\mathbb{P}\) l'ensemble des nombres premiers.
Un entier naturel \(n \geq 2\) qui n'est pas premier est dit composé : il admet un diviseur \(d\) avec \(1 < d < n\).
L'entier \(1\) n'est, par convention, ni premier ni composé.
Exemple
Les premiers nombres premiers sont \(2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, \dots\). L'entier \(4 = 2 \cdot 2\) est composé. L'entier \(1\) n'est ni premier ni composé. (L'exclusion de \(1\) des nombres premiers est nécessaire pour garder l'unicité de la décomposition en facteurs premiers : sinon \(6 = 2 \cdot 3 = 1 \cdot 2 \cdot 3 = 1 \cdot 1 \cdot 2 \cdot 3\), etc.)
Proposition — Existence d'un diviseur premier
Tout entier \(n \geq 2\) admet au moins un diviseur premier.

L'ensemble \(D = \{d \in \mathbb{N} : d \geq 2 \text{ et } d \mid n\}\) est non vide (il contient \(n\)) et minoré par \(2\), donc admet un plus petit élément \(p_0 \in D\).
Affirmation : \(p_0\) est premier. Si \(p_0\) était composé, il aurait un diviseur \(d\) avec \(1 < d < p_0\). Alors \(d\) divise aussi \(n\) (transitivité), donc \(d \in D\) avec \(d < p_0\) --- ce qui contredit la minimalité de \(p_0\).
Donc \(p_0\) est premier, et \(p_0 \mid n\).

Compétences à pratiquer
  • Calculer lois conjointe et marginales
II Variables aléatoires indépendantes
II.1 Indépendance de deux variables aléatoires
Theorem — Infinitude des nombres premiers
L'ensemble \(\mathbb{P}\) des nombres premiers est infini.

Démonstration classique d'Euclide, par l'absurde. Supposons par l'absurde que \(\mathbb{P}\) soit fini, disons \(\mathbb{P} = \{p_1, p_2, \dots, p_r\}\). On considère l'entier $$ N = p_1 \, p_2 \cdots p_r + 1. $$ Comme \(N \geq 2\), par la proposition précédente \(N\) admet un diviseur premier, disons \(p_k\) pour un certain \(k \in \{1, \dots, r\}\). Alors \(p_k\) divise à la fois \(N\) et \(p_1 \cdots p_r\), donc \(p_k\) divise leur différence \(N - p_1 \cdots p_r = 1\). Mais un nombre premier est \(\geq 2\), donc ne peut pas diviser \(1\) --- contradiction. Donc \(\mathbb{P}\) est infini.

Méthode — Crible d'Ératosthène
Pour lister tous les nombres premiers \(\leq N\) (pour un \(N \geq 2\) donné) :
Étape 1. Écrire les entiers \(2, 3, 4, \dots, N\) dans un tableau.
Étape 2. Prendre le plus petit entier non rayé \(p\). Alors \(p\) est premier ; rayer tous ses multiples propres \(2p, 3p, 4p, \dots \leq N\).
Étape 3. Répéter l'étape 2 jusqu'à \(p > \sqrt{N}\). À ce moment-là, tout entier \(\leq N\) non rayé est premier.
Pourquoi \(\sqrt{N}\) suffit. Si \(n \leq N\) est composé, on écrit \(n = a b\) avec \(a \leq b\). Alors \(a \leq \sqrt{n} \leq \sqrt{N}\), donc \(n\) est rayé par un premier \(\leq a \leq \sqrt{N}\).
Exemple — Premiers \(\leq 30\) par le crible
\(\sqrt{30} < 6\), donc les nombres premiers servant à rayer sont \(2, 3, 5\).
  • Rayer les multiples de \(2\) : \(4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30\).
  • Rayer les multiples de \(3\) (encore présents) : \(9, 15, 21, 27\).
  • Rayer les multiples de \(5\) (encore présents) : \(25\).
Survivants : $$ \textcolor{colorprop}{\mathbb{P} \cap [\![ 2, 30 ]\!] = \{2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29\}.} $$ Total : \(10\) nombres premiers \(\leq 30\).
Proposition — Divisibilité par un premier et coprimitude
Soient \(p\) un nombre premier et \(a \in \mathbb{Z}\). Alors $$ \textcolor{colorprop}{p \nmid a \iff a \wedge p = 1.} $$

Les diviseurs de \(p\) dans \(\mathbb{N}^*\) sont seulement \(1\) et \(p\). Donc \(a \wedge p \in \{1, p\}\).
  • Si \(p \mid a\), alors \(p \in \operatorname{div}(a) \cap \operatorname{div}(p)\), donc \(a \wedge p = p\).
  • Si \(p \nmid a\), alors \(p \notin \operatorname{div}(a) \cap \operatorname{div}(p)\), donc \(a \wedge p = 1\).
Les deux cas sont exclusifs et exhaustifs, donnant l'équivalence.

Proposition — Lemme d'Euclide
Soient \(p\) un nombre premier et \(a, b \in \mathbb{Z}\). Alors $$ \textcolor{colorprop}{p \mid a b \iff p \mid a \text{ ou } p \mid b.} $$ En particulier, pour tout \(n \in \mathbb{N}^*\), \(p \mid a^n \iff p \mid a\).

\((\Leftarrow)\) Immédiat par la propriété de divisibilité des produits.
\((\Rightarrow)\) Supposer \(p \mid a b\). Si \(p \mid a\), c'est fait. Sinon \(p \nmid a\), donc par la proposition précédente \(a \wedge p = 1\). Appliquer le lemme de Gauss à \(p \mid a b\) avec \(p \wedge a = 1\) : \(p \mid b\).

Theorem — Existence de la décomposition en facteurs premiers
Tout entier \(n \in \mathbb{N}^*\) s'écrit comme produit (éventuellement vide) de nombres premiers : $$ \textcolor{colorprop}{n = p_1 \, p_2 \cdots p_s \quad \text{avec } p_1, \dots, p_s \in \mathbb{P} \text{ (et } s = 0 \text{ pour } n = 1).} $$

Par récurrence forte sur \(n \geq 1\).
  • Initialisation \(n = 1\). Le produit vide (avec \(s = 0\)) donne \(1\), donc l'énoncé est vrai.
  • Hérédité. Soit \(n \geq 2\), et on suppose l'énoncé vrai pour tout entier \(1 \leq k < n\). Deux cas :
    • Si \(n\) est premier, on écrit \(n = n\) (produit à un terme), et c'est fait.
    • Si \(n\) est composé, on écrit \(n = a b\) avec \(1 < a, b < n\) (par définition de composé). Par l'hypothèse de récurrence, \(a = q_1 \cdots q_s\) et \(b = q'_1 \cdots q'_t\) sont des produits de nombres premiers. En concaténant, \(n = q_1 \cdots q_s \, q'_1 \cdots q'_t\) est un produit de nombres premiers.

Ex 8 Ex 9
Compétences à pratiquer
  • Démontrer l'indépendance de deux variables
II.2 Indépendance mutuelle et lemme des coalitions
La valuation \(p\)-adique \(v_p(n)\) compte combien de fois le nombre premier \(p\) apparaît dans la décomposition de \(n\). Une fois démontrée son additivité (\(v_p(a b) = v_p(a) + v_p(b)\), conséquence facile du lemme d'Euclide), l'unicité de la décomposition en facteurs premiers tombe en deux lignes : les exposants \(\alpha_p\) dans toute décomposition doivent valoir \(v_p(n)\).
Définition — Valuation \(p\)-adique
Soient \(p\) un nombre premier et \(n \in \mathbb{Z}^*\). La valuation \(p\)-adique de \(n\), notée \(v_p(n)\), est le plus grand entier \(k \in \mathbb{N}\) tel que \(p^k \mid n\) : $$ v_p(n) = \max \{ k \in \mathbb{N} : p^k \mid n \}. $$ L'ensemble \(\{k \in \mathbb{N} : p^k \mid n\}\) est non vide (contient \(0\)) et majoré (par \(\log_p |n|\)), donc le max existe.
Convention avec zéro. \(v_p(0) = +\infty\) (car \(p^k \mid 0\) pour tout \(k\)).
Remarque. \(v_p(n) = v_p(|n|)\) car \(p^k \mid n \iff p^k \mid -n\).
Exemple
\(60 = 2^2 \cdot 3 \cdot 5\), donc \(v_2(60) = 2\), \(v_3(60) = 1\), \(v_5(60) = 1\), et \(v_p(60) = 0\) pour tout premier \(p \notin \{2, 3, 5\}\).
Proposition — Additivité de \(v_p\)
Pour tout nombre premier \(p\) et tout \(a, b \in \mathbb{Z}^*\), $$ \textcolor{colorprop}{v_p(a b) = v_p(a) + v_p(b).} $$

Posons \(\alpha = v_p(a)\) et \(\beta = v_p(b)\). Par définition, \(a = p^{\alpha} a'\) avec \(p \nmid a'\), et \(b = p^{\beta} b'\) avec \(p \nmid b'\). Alors $$ a b = p^{\alpha + \beta} (a' b'). $$ Par le lemme d'Euclide (contraposée), \(p \nmid a'\) et \(p \nmid b'\) entraînent \(p \nmid a' b'\). Donc la plus grande puissance de \(p\) divisant \(a b\) est exactement \(p^{\alpha + \beta}\), soit \(v_p(a b) = \alpha + \beta = v_p(a) + v_p(b)\).

Theorem — Unicité de la décomposition en facteurs premiers
Tout entier \(n \in \mathbb{N}^*\) s'écrit de manière unique $$ \textcolor{colorprop}{n = \prod_{p \in \mathbb{P}} p^{v_p(n)},} $$ où le produit est fini (seuls un nombre fini des exposants \(v_p(n)\) sont non nuls, à savoir ceux des \(p\) avec \(p \mid n\)). De manière équivalente : si \(n = \prod_p p^{\alpha_p}\) pour une certaine famille \((\alpha_p)_{p \in \mathbb{P}}\) d'entiers naturels à support fini, alors \(\alpha_p = v_p(n)\) pour tout nombre premier \(p\).

Existence. Par le théorème d'existence ci-dessus, \(n = q_1 q_2 \cdots q_s\) est un produit de nombres premiers. Regrouper les premiers égaux : \(n = \prod_p p^{\alpha_p}\) avec \(\alpha_p = \) nombre d'indices \(i\) tels que \(q_i = p\). La famille \((\alpha_p)_{p \in \mathbb{P}}\) est à support fini.
Unicité. Supposons \(n = \prod_p p^{\alpha_p} = \prod_p p^{\beta_p}\) pour deux telles familles. Appliquer \(v_q\) (pour un premier \(q\) quelconque) aux deux membres ; par additivité de \(v_q\), $$ v_q(n) = \sum_p \alpha_p \, v_q(p) = \alpha_q, $$ puisque \(v_q(p) = 1\) si \(p = q\) et \(0\) sinon. Donc \(\alpha_q = v_q(n)\) pour tout premier \(q\), et de même \(\beta_q = v_q(n)\). Donc \(\alpha_q = \beta_q\) pour tout \(q\), soit l'unicité.

Ex 10 Ex 11
Compétences à pratiquer
  • Appliquer le lemme des coalitions
II.3 Suites de variables aléatoires i.i.d.
La valuation \(p\)-adique donne une expression close propre de la divisibilité, du PGCD et du PPCM : \(a\) divise \(b\) ssi tout \(v_p(a) \leq v_p(b)\) ; \(a \wedge b\) a pour exposant \(\min(v_p(a), v_p(b))\) ; \(a \vee b\) a pour exposant \(\max(v_p(a), v_p(b))\). La relation \((a \wedge b)(a \vee b) = |a b|\) tombe immédiatement de \(\min + \max = \alpha + \beta\), complétant la démonstration reportée depuis la section sur le plus petit commun multiple plus haut.
Theorem — Divisibilité\(\virgule\) PGCD\(\virgule\) PPCM via valuations
Pour tout \(a, b \in \mathbb{Z}^*\),
  • Divisibilité. \(a \mid b \iff \forall p \in \mathbb{P}, \; v_p(a) \leq v_p(b)\).
  • PGCD via valuations. \(a \wedge b = \prod_{p \in \mathbb{P}} p^{\min(v_p(a), v_p(b))}\).
  • PPCM via valuations. \(a \vee b = \prod_{p \in \mathbb{P}} p^{\max(v_p(a), v_p(b))}\).
  • Relation PGCD-PPCM. \((a \wedge b)(a \vee b) = |a b|\).

Divisibilité. Si \(a \mid b\), alors \(b = a k\) pour un certain \(k \in \mathbb{Z}^*\), donc \(v_p(b) = v_p(a) + v_p(k) \geq v_p(a)\) par additivité. Réciproquement, supposer \(v_p(a) \leq v_p(b)\) pour tout premier \(p\). On écrit $$ |a| = \prod_p p^{\alpha_p}, \qquad |b| = \prod_p p^{\beta_p}, $$ avec \(\alpha_p \leq \beta_p\) pour tout \(p\) par hypothèse. Alors $$ |b| = |a| \cdot \prod_p p^{\beta_p - \alpha_p}, $$ où le produit de droite est un entier de \(\mathbb{N}^*\). Donc \(|a| \mid |b|\), donc \(a \mid b\).
PGCD via valuations. Posons \(d = \prod_p p^{\min(v_p(a), v_p(b))}\).
  • \(d \mid a\) : \(v_p(d) = \min(v_p(a), v_p(b)) \leq v_p(a)\) pour tout \(p\), donc \(d \mid a\) par la caractérisation de la divisibilité. De même \(d \mid b\).
  • \(d\) est le plus grand : supposer \(\delta \mid a\) et \(\delta \mid b\). Alors \(v_p(\delta) \leq v_p(a)\) et \(v_p(\delta) \leq v_p(b)\) pour tout \(p\), donc \(v_p(\delta) \leq \min(v_p(a), v_p(b)) = v_p(d)\). Donc \(\delta \mid d\), donc \(|\delta| \leq d\).
Comme \(d \in \mathbb{N}^*\) et qu'il est le plus grand diviseur commun au sens de \(\leq\), \(d = a \wedge b\).
PPCM via valuations. Argument symétrique avec \(\max\) à la place de \(\min\).
Relation PGCD-PPCM. Pour tout premier \(p\), \(\min(v_p(a), v_p(b)) + \max(v_p(a), v_p(b)) = v_p(a) + v_p(b)\). En multipliant \(a \wedge b\) et \(a \vee b\) puis en prenant \(v_p\) : $$ v_p((a \wedge b)(a \vee b)) = v_p(a) + v_p(b) = v_p(a b) = v_p(|a b|). $$ Les deux membres sont des entiers positifs de mêmes valuations en tout premier, donc par unicité de la décomposition \((a \wedge b)(a \vee b) = |a b|\).

Exemple
Calculer \(600 \wedge 740\) via les valuations. \(600 = 2^3 \cdot 3 \cdot 5^2\) et \(740 = 2^2 \cdot 5 \cdot 37\). Prendre le min des exposants premier par premier : $$ 600 \wedge 740 = 2^{\min(3, 2)} \cdot 3^{\min(1, 0)} \cdot 5^{\min(2, 1)} \cdot 37^{\min(0, 1)} = 2^2 \cdot 5 = 20. $$ Pour le PPCM, prendre le max : \(600 \vee 740 = 2^3 \cdot 3 \cdot 5^2 \cdot 37 = 22\,200\). Vérification : \(20 \cdot 22200 = 444\,000 = 600 \cdot 740\). \(\checkmark\)
Méthode — Calculer PGCD / PPCM par décomposition en facteurs premiers
Étape 1. Décomposer \(a\) et \(b\) en facteurs premiers : \(a = \prod p^{\alpha_p}\), \(b = \prod p^{\beta_p}\) (utiliser le même ensemble de premiers en complétant par des exposants nuls).
Étape 2. Pour le PGCD : prendre le min des exposants premier par premier, \(a \wedge b = \prod p^{\min(\alpha_p, \beta_p)}\).
Étape 3. Pour le PPCM : prendre le max, \(a \vee b = \prod p^{\max(\alpha_p, \beta_p)}\).
Comparaison avec l'algorithme d'Euclide. Pour les petits entiers (jusqu'à ~5 chiffres), la décomposition en facteurs premiers est plus rapide et plus propre. Pour les grands entiers, l'algorithme d'Euclide gagne (pas besoin de factoriser).
Ex 12 Ex 13 Ex 14
La congruence \(a \equiv b \pmod n\) n'est qu'une autre manière d'écrire \(n \mid (a - b)\). Elle empaquette la divisibilité dans une notation compatible avec les sommes et les produits, ce qui transforme l'ensemble du chapitre en un calcul « modulo \(n\) ». On commence par la définition et les opérations de base (rappel : la spécialité de Terminale couvre déjà cela, mais on le réénonce rigoureusement et on utilise désormais toute la machinerie de divisibilité, Bézout, Gauss et décomposition en facteurs premiers développée plus haut) ; on décrit \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) comme l'ensemble des \(n\) classes de résidus (avec le rappel explicite que sa structure d'anneau est hors programme) ; on caractérise ensuite l'inversibilité modulo \(n\) via le théorème de Bézout ; et on conclut par le petit théorème de Fermat, le résultat modulaire central du chapitre.
Compétences à pratiquer
  • Modéliser par une suite i.i.d.
III Les lois discrètes usuelles
III.1 La loi géométrique
La spécialité de Terminale donne déjà la définition \(a \equiv b \pmod n\) et la caractérisation « même reste ». On les réénonce rigoureusement et on démontre la compatibilité de \(\equiv\) avec la somme et le produit (programme : « Opérations sur les congruences : somme, produit »).
Définition — Congruence modulo \(n\)
Soit \(n \in \mathbb{N}^*\). Pour \(a, b \in \mathbb{Z}\), on dit que \(a\) est congru à \(b\) modulo \(n\), et on note $$ a \equiv b \pmod n \quad \text{ou simplement} \quad a \equiv b \; [n], $$ si \(n \mid (a - b)\), c'est-à-dire s'il existe \(k \in \mathbb{Z}\) tel que \(a - b = k n\).
Pour \(n = 1\), tout couple d'entiers est congru (car \(1\) divise tout). Le cas intéressant est \(n \geq 2\), ce que l'on suppose tacitement par la suite.
Proposition — Relation d'équivalence
Pour tout \(n \in \mathbb{N}^*\), la relation binaire \(\equiv \pmod n\) sur \(\mathbb{Z}\) est une relation d'équivalence : réflexive, symétrique, transitive.

Déjà démontré dans le chapitre Relations binaires. En bref : \(a - a = 0 = n \cdot 0\) (réflexive) ; si \(n \mid (a - b)\) alors \(n \mid (b - a) = -(a - b)\) (symétrique) ; si \(n \mid (a - b)\) et \(n \mid (b - c)\), alors \(n \mid (a - c) = (a - b) + (b - c)\) par combinaison linéaire (transitive).

Exemple — Critère de divisibilité par 9
\(10 \equiv 1 \pmod 9\), donc par compatibilité avec les puissances \(10^k \equiv 1^k = 1 \pmod 9\) pour tout \(k \in \mathbb{N}\). Donc pour \(n = a_k 10^k + \dots + a_1 \cdot 10 + a_0 \in \mathbb{N}\) (écriture décimale), $$ n \equiv a_k + a_{k-1} + \dots + a_1 + a_0 \pmod 9. $$ Conséquence : \(n\) est divisible par \(9\) ssi la somme de ses chiffres décimaux l'est. Par exemple \(n = 1234\) : \(1 + 2 + 3 + 4 = 10\), \(1 + 0 = 1\), donc \(1234 \equiv 1 \pmod 9\) et \(9 \nmid 1234\).
Méthode — Réduire des puissances modulo \(n\)
Pour calculer \(a^N \pmod n\) pour \(N\) grand :
Étape 1. Trouver une petite puissance de \(a\) congrue à \(1\) ou \(-1\) modulo \(n\), si une telle puissance apparaît rapidement (par exemple essayer \(a^2, a^3, a^4, \dots\) jusqu'à obtenir un petit reste).
Étape 2. Écrire \(N = k q + r\) avec \(0 \leq r < k\) (division euclidienne de l'exposant).
Étape 3. Alors \(a^N = (a^k)^q \cdot a^r \equiv 1^q \cdot a^r \equiv a^r \pmod n\), et \(a^r\) est petit.
Exemple. Calculer \(2^{1000} \pmod 7\). On trouve \(2^3 = 8 \equiv 1 \pmod 7\). Alors \(1000 = 3 \cdot 333 + 1\), donc \(2^{1000} = (2^3)^{333} \cdot 2 \equiv 1 \cdot 2 \equiv 2 \pmod 7\).
Ex 15
La division euclidienne par \(n\) partitionne \(\mathbb{Z}\) en \(n\) classes, et l'ensemble de ces classes a pour cardinal \(n\). On mentionne l'ensemble \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) uniquement sous cette forme --- les anneaux \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) sont hors programme à ce niveau ; la structure d'anneau (addition et multiplication des classes) appartient au chapitre Structures algébriques.
Proposition — \(n\) classes modulo \(n\)
Soit \(n \in \mathbb{N}^*\). Pour tout \(a \in \mathbb{Z}\), il existe un unique \(r \in \{0, 1, \dots, n-1\}\) tel que $$ \textcolor{colorprop}{a \equiv r \pmod n.} $$ En conséquence, l'ensemble \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) des classes d'équivalence de \(\equiv \pmod n\) a pour cardinal \(n\), avec pour représentants \(\{0, 1, \dots, n-1\}\).

On applique la division euclidienne de \(a\) par \(n\) (Théorème « Division euclidienne » de la section sur la division euclidienne plus haut) : il existe un unique \((q, r) \in \mathbb{Z} \times \mathbb{N}\) avec \(a = n q + r\) et \(0 \leq r < n\). Alors \(a - r = n q\), soit \(a \equiv r \pmod n\), avec \(r \in \{0, 1, \dots, n-1\}\) unique.
Pour \(r, r' \in \{0, 1, \dots, n-1\}\) distincts, \(|r - r'| < n\) donc \(n \nmid (r - r')\), soit \(r \not\equiv r' \pmod n\). Les classes de \(0, 1, \dots, n-1\) sont donc deux à deux distinctes, et elles recouvrent \(\mathbb{Z}\). Donc \(|\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}| = n\).

Remarque importante (programme)
On utilise ici \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) uniquement comme ensemble des classes de congruence modulo \(n\). Sa structure d'anneau est hors programme et sera étudiée plus tard (chapitre Structures algébriques). Dans ce chapitre, on additionne et on multiplie des représentants (entiers), pas des classes.
Compétences à pratiquer
  • Manipuler la loi géométrique
III.2 La loi de Poisson
La question « quand \(a\) est-il inversible modulo \(n\) ? » est résolue par le théorème de Bézout : ssi \(a \wedge n = 1\). La construction de l'inverse est constructive (Euclide étendu). Une fois munis des inverses, résoudre la congruence linéaire \(a x \equiv b \pmod n\) se ramène à multiplier les deux membres par \(a^{-1}\).
Définition — Inversible modulo \(n\)
Soit \(n \in \mathbb{N}^*\) et \(a \in \mathbb{Z}\). On dit que \(a\) est inversible modulo \(n\) s'il existe \(u \in \mathbb{Z}\) tel que $$ a u \equiv 1 \pmod n. $$ Un tel \(u\) est appelé un inverse de \(a\) modulo \(n\), souvent noté \(a^{-1} \pmod n\). L'inverse, lorsqu'il existe, est unique à congruence modulo \(n\) près.
Exemple
Trouver l'inverse de \(3\) modulo \(7\). On cherche \(x\) tel que \(3 x \equiv 1 \pmod{7}\). En essayant \(x = 5\) : \(3 \cdot 5 = 15 = 2 \cdot 7 + 1\), donc \(3 \cdot 5 \equiv 1 \pmod 7\). D'où \(3^{-1} \equiv 5 \pmod 7\).
Proposition — Caractérisation de l'inversibilité
Soit \(n \in \mathbb{N}^*\) et \(a \in \mathbb{Z}\). Alors $$ \textcolor{colorprop}{a \text{ est inversible modulo } n \iff a \wedge n = 1.} $$ Lorsque c'est le cas, un inverse \(u\) de \(a\) modulo \(n\) est donné par n'importe quel coefficient de Bézout : \(a u + n v = 1\) pour un certain \(v \in \mathbb{Z}\).

  • \((\Leftarrow)\) Supposer \(a \wedge n = 1\). Par le théorème de Bézout, \(a u + n v = 1\) pour certains \(u, v \in \mathbb{Z}\). Alors \(a u = 1 - n v \equiv 1 \pmod n\), donc \(u\) est un inverse de \(a\) modulo \(n\).
  • \((\Rightarrow)\) Supposer \(a u \equiv 1 \pmod n\), soit \(a u - 1 = n v\) pour un certain \(v\), donc \(a u + n (-v) = 1\). Par la réciproque du théorème de Bézout, \(a \wedge n = 1\).

Exemple
Résoudre \(3 x \equiv 5 \pmod 7\).

\(3 \wedge 7 = 1\), donc \(3\) est inversible mod \(7\). Trouver un inverse : \(3 \cdot 5 = 15 \equiv 1 \pmod 7\), donc \(3^{-1} \equiv 5 \pmod 7\). Multiplier les deux membres par \(5\) : $$ x \equiv 5 \cdot 5 \equiv 25 \equiv 4 \pmod 7. $$ Les solutions sont \(x \in 4 + 7 \mathbb{Z} = \{\dots, -10, -3, 4, 11, 18, \dots\}\).
Vérification. \(3 \cdot 4 = 12 \equiv 5 \pmod 7\). \(\checkmark\)

Ex 16 Ex 17 Ex 18
Compétences à pratiquer
  • Identifier la loi de Poisson