CommeUnJeu · L2 MP
Dénombrabilité
I
Les ensembles dénombrables
Ex 3
Lorsque \(f : E \to \mathbb{C}\) (\(E \subset \mathbb{R}\)), limite et continuité se transmettent aux parties réelle et imaginaire. Le pont depuis les sections précédentes est purement formel : tout résultat pour les fonctions réelles se prolonge aux fonctions complexes sans théorie supplémentaire, à l'exception des énoncés intrinsèquement liés à l'ordre de \(\mathbb{R}\) (TVI, bornes atteintes, limite monotone) qui ne se prolongent pas.
Définition — Limite d'une fonction complexe
Soit \(f : E \to \mathbb{C}\), \(a \in \overline{\mathbb{R}}\) adhérent à \(E\) et \(\ell \in \mathbb{C}\). On dit que \(f\) tend vers \(\ell\) en \(a\), noté \(\textcolor{colordef}{f \to \ell}\) en \(a\), si l'une des conditions équivalentes suivantes est vérifiée : - \(|f - \ell| \to 0\) en \(a\) dans \(\mathbb{R}\);
- \(\mathrm{Re}(f) \to \mathrm{Re}(\ell)\) et \(\mathrm{Im}(f) \to \mathrm{Im}(\ell)\) en \(a\).
Définition — Continuité d'une fonction complexe
Soit \(f : E \to \mathbb{C}\) et \(a \in E\). On dit que \(f\) est continue en \(a\) si \(\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\). De manière équivalente, \(\mathrm{Re}(f)\) et \(\mathrm{Im}(f)\) sont toutes deux continues en \(a\). L'ensemble des fonctions continues sur \(I \subset \mathbb{R}\) à valeurs dans \(\mathbb{C}\) se note \(\textcolor{colordef}{C^0(I, \mathbb{C})}\). Proposition — Opérations sur limites et continuité complexes
Soit \(f, g : E \to \mathbb{C}\) admettant des limites \(\ell, m \in \mathbb{C}\) en \(a\) (resp. continues en \(a\)). Alors pour tous \(\lambda, \mu \in \mathbb{C}\), \(\textcolor{colorprop}{\lambda f + \mu g}\), \(\textcolor{colorprop}{f g}\), et \(\textcolor{colorprop}{f / g}\) (lorsque \(m \ne 0\), resp. \(g(a) \ne 0\)) admettent les limites correspondantes dans \(\mathbb{C}\) (resp. sont continues en \(a\)). Énoncés identiques à P4.1 et P5.3 avec \(\mathbb{C}\) à la place de \(\mathbb{R}\). Les démonstrations se ramènent aux parties réelle et imaginaire via D8.1. Exemple
Calculer \(\lim_{x \to 0} (\mathrm{e}^{i x} - 1) / x\) dans \(\mathbb{C}\).
Décomposons : $$ \frac{\mathrm{e}^{i x} - 1}{x} = \frac{\cos x - 1}{x} + i \, \frac{\sin x}{x}. $$ Partie imaginaire. Par Ex4.1, \(\sin x / x \to 1\) en \(0\).
\noindent Partie réelle. Utilisons l'identité de demi-angle \(\cos x - 1 = -2 \sin^2(x/2)\) : $$ \frac{\cos x - 1}{x} = \frac{-2 \sin^2(x/2)}{x} = -\sin(x/2) \cdot \frac{\sin(x/2)}{x/2}. $$ Quand \(x \to 0\), \(\sin(x/2) \to 0\) et \(\sin(x/2)/(x/2) \to 1\) (Ex4.1 à nouveau, avec \(u = x/2\)). Donc la partie réelle tend vers \(0 \cdot 1 = 0\).
\noindent Conclusion. Par D8.1, $$ \lim_{x \to 0} \frac{\mathrm{e}^{i x} - 1}{x} = 0 + i \cdot 1 = i. $$
\noindent Partie réelle. Utilisons l'identité de demi-angle \(\cos x - 1 = -2 \sin^2(x/2)\) : $$ \frac{\cos x - 1}{x} = \frac{-2 \sin^2(x/2)}{x} = -\sin(x/2) \cdot \frac{\sin(x/2)}{x/2}. $$ Quand \(x \to 0\), \(\sin(x/2) \to 0\) et \(\sin(x/2)/(x/2) \to 1\) (Ex4.1 à nouveau, avec \(u = x/2\)). Donc la partie réelle tend vers \(0 \cdot 1 = 0\).
\noindent Conclusion. Par D8.1, $$ \lim_{x \to 0} \frac{\mathrm{e}^{i x} - 1}{x} = 0 + i \cdot 1 = i. $$
Compétences à pratiquer
- Exhiber une bijection explicite
- Énumérer une partie de \(\mathbb{N}\)
II
Caractériser la dénombrabilité
Ex 5
La dérivabilité formalise la pente d'une tangente comme limite d'un taux d'accroissement. De cette notion unique jaillit tout un calcul : règles algébriques, dérivation en chaîne, dérivée d'une fonction réciproque, puis trois piliers de l'analyse --- théorème de Fermat, théorème de Rolle, théorème des accroissements finis (TAF). Ils produisent l'inégalité des accroissements finis (IAF), le lien signe de \(f'\) \(\leftrightarrow\) monotonie, et le théorème de la limite de la dérivée pour les prolongements rigoureux \(C^1\). On termine avec les dérivées itérées, la classe \(C^k\), la formule de Leibniz pour \((fg)^{(n)}\), et une brève extension aux fonctions à valeurs complexes.
Convention pour les bornes. Lorsque \(a \in I\) est un point intérieur de \(I\), « dérivable en \(a\) » désigne la notion bilatérale (limite des deux côtés). Lorsque \(a\) est une borne de \(I\), c'est la notion unilatérale (limite par l'intérieur de \(I\)). La plupart des théorèmes globaux utilisent l'hypothèse « \(f\) continue sur \(I\), dérivable sur \(\mathring{I}\) » : la dérivabilité n'est alors exigée qu'aux points intérieurs, les bornes étant traitées par continuité.
Anticipations vers Fonctions usuelles. Ce chapitre s'appuie sur les polynômes, fractions rationnelles, \(\sqrt{\cdot}\), \(|\cdot|\), \(\sqrt[3]{\cdot}\) comme boîte à outils autonome. Quand un exemple invoque \(\exp\), \(\sin\), \(\cos\), la dérivée est admise depuis Fonctions réelles ; les dérivées de \(\ln\), \(\arcsin\), \(\arctan\), fonctions hyperboliques réciproques sont reportées à Fonctions usuelles, qui utilisera P2.5 du présent chapitre.
Convention pour les bornes. Lorsque \(a \in I\) est un point intérieur de \(I\), « dérivable en \(a\) » désigne la notion bilatérale (limite des deux côtés). Lorsque \(a\) est une borne de \(I\), c'est la notion unilatérale (limite par l'intérieur de \(I\)). La plupart des théorèmes globaux utilisent l'hypothèse « \(f\) continue sur \(I\), dérivable sur \(\mathring{I}\) » : la dérivabilité n'est alors exigée qu'aux points intérieurs, les bornes étant traitées par continuité.
Anticipations vers Fonctions usuelles. Ce chapitre s'appuie sur les polynômes, fractions rationnelles, \(\sqrt{\cdot}\), \(|\cdot|\), \(\sqrt[3]{\cdot}\) comme boîte à outils autonome. Quand un exemple invoque \(\exp\), \(\sin\), \(\cos\), la dérivée est admise depuis Fonctions réelles ; les dérivées de \(\ln\), \(\arcsin\), \(\arctan\), fonctions hyperboliques réciproques sont reportées à Fonctions usuelles, qui utilisera P2.5 du présent chapitre.
Définition — Dérivée en un point
Soient \(f : I \to \mathbb{R}\) et \(a \in I\). Pour tout \(h \in \mathbb{R}^*\) tel que \(a + h \in I\), le taux d'accroissement de \(f\) en \(a\) avec incrément \(h\) est $$ \tau_a(h) = \frac{f(a + h) - f(a)}{h}. $$ On dit que \(f\) est dérivable en \(a\) si \(\tau_a(h)\) admet une limite finie quand \(h \to 0\) avec \(a + h \in I\). Cette limite est appelée nombre dérivé de \(f\) en \(a\) et notée $$ \textcolor{colordef}{f'(a)} \qquad \text{ou} \qquad \textcolor{colordef}{\frac{df}{dx}(a)}. $$ De manière équivalente, en posant \(x = a + h\), cela revient à demander l'existence d'une limite finie de $$ \frac{f(x) - f(a)}{x - a} \quad \text{quand } x \to a. $$ Définition — Tangente
Supposons \(f\) dérivable en \(a\). La tangente au graphe de \(f\) en \(a\) est la droite d'équation $$ \textcolor{colordef}{y = f(a) + f'(a)(x - a)}. $$ Si \(a\) est une borne de \(I\), on parle de demi-tangente du côté intérieur à \(I\). Si \(\tau_a(h)\) n'admet pas de limite finie mais tend vers \(\pm \infty\) quand \(h \to 0\), on parle de tangente verticale d'équation \(x = a\) (demi-tangente verticale en une borne). Exemple
Calculer \(f'(a)\) pour \(f(x) = x^2\), pour tout \(a \in \mathbb{R}\).
Pour \(h \ne 0\), $$ \tau_a(h) = \frac{f(a + h) - f(a)}{h} = \frac{(a + h)^2 - a^2}{h} = \frac{2 a h + h^2}{h} = 2 a + h. $$ Quand \(h \to 0\), \(\tau_a(h) \to 2 a\). Donc \(f'(a) = 2 a\).
Définition — Dérivabilité à gauche et à droite
Soit \(a \in I\). On dit que \(f\) est dérivable à droite en \(a\) si \(\tau_a(h)\) admet une limite finie quand \(h \to 0^+\) avec \(a + h \in I\). Cette limite est notée \(\textcolor{colordef}{f'_d(a)}\).On dit que \(f\) est dérivable à gauche en \(a\) si \(\tau_a(h)\) admet une limite finie quand \(h \to 0^-\) avec \(a + h \in I\). Cette limite est notée \(\textcolor{colordef}{f'_g(a)}\).
Si \(a\) est un point intérieur de \(I\), alors \(f\) est dérivable en \(a\) si et seulement si \(f'_g(a)\) et \(f'_d(a)\) existent et sont égales ; la valeur commune est \(f'(a)\). En une borne, seule la dérivée venant de l'intérieur de \(I\) est considérée.
Exemple
Montrer que \(f(x) = |x|\) n'est pas dérivable en \(0\).
Pour \(h > 0\), \(\tau_0(h) = |h|/h = 1\), donc \(f'_d(0) = 1\). Pour \(h < 0\), \(\tau_0(h) = |h|/h = -1\), donc \(f'_g(0) = -1\). Comme \(f'_g(0) \ne f'_d(0)\), \(f\) n'est pas dérivable en \(0\).
Compétences à pratiquer
- Appliquer les critères d'injection et de surjection
III
Opérations sur les ensembles dénombrables
Proposition — Dérivable implique continue
Si \(f\) est dérivable en \(a\), alors \(\textcolor{colorprop}{f}\) est continue en \(a\).
Pour \(h \ne 0\) avec \(a + h \in I\), $$ f(a + h) - f(a) = h \, \tau_a(h). $$ Quand \(h \to 0\), \(h \to 0\) et \(\tau_a(h) \to f'(a) \in \mathbb{R}\), donc \(h \, \tau_a(h) \to 0\) par la règle du produit pour les limites de fonctions (P3.1 de Limites et continuité). D'où \(f(a + h) \to f(a)\), ce qui est la continuité en \(a\).
Exemple
La réciproque de P1.2 est fausse : \(f(x) = |x|\) est continue en \(0\) (Ex1.3 ci-dessus) mais non dérivable en \(0\). Méthode — Démontrer la dérivabilité en un point
Trois approches classiques : - Direct par le taux d'accroissement. Calculer $$ \tau_a(h) = \frac{f(a + h) - f(a)}{h} $$ et regarder s'il admet une limite finie quand \(h \to 0\).
- Par \(DL_1\). Trouver \(\ell \in \mathbb{R}\) et \(\varepsilon\) avec \(\varepsilon(h) \to 0\) tels que \(f(a+h) = f(a) + \ell h + h \varepsilon(h)\). Alors \(f'(a) = \ell\).
- Par le théorème de la limite de la dérivée (T5.2 ci-après). Si \(f\) est continue en \(a\) et dérivable sur \(I \setminus \{a\}\), calculer \(\lim_a f'\).
Compétences à pratiquer
- Démontrer la dénombrabilité par opérations
IV
Les ensembles non dénombrables
Ex 11
Linéarité, produit, quotient, dérivation en chaîne, dérivée d'une fonction réciproque : la même boîte à outils qu'au lycée, mais avec preuves rigoureuses. La dérivée d'une fonction réciproque (P2.5) est le nouvel atome de ce niveau ; elle fonde les dérivées rigoureuses de \(\arcsin\), \(\arctan\), \(\ln\) dans Fonctions usuelles.
Proposition — Règle du produit
Soient \(f, g : I \to \mathbb{R}\) dérivables en \(a \in I\). Alors \(f g\) est dérivable en \(a\) et $$ \textcolor{colorprop}{(f g)'(a) = f'(a) g(a) + f(a) g'(a)}. $$
Pour \(h \ne 0\) avec \(a + h \in I\), $$ f(a + h) g(a + h) - f(a) g(a) = (f(a + h) - f(a)) g(a + h) + f(a) (g(a + h) - g(a)). $$ Divisons par \(h\) : $$ \tau_a^{f g}(h) = \tau_a^f(h) \cdot g(a + h) + f(a) \cdot \tau_a^g(h). $$ Quand \(h \to 0\) : \(\tau_a^f(h) \to f'(a)\) ; \(g(a + h) \to g(a)\) par continuité de \(g\) en \(a\) (P1.2) ; \(\tau_a^g(h) \to g'(a)\). Donc \(\tau_a^{f g}(h) \to f'(a) g(a) + f(a) g'(a)\).
Proposition — Règle du quotient
Soient \(f, g : I \to \mathbb{R}\) dérivables en \(a \in I\), avec \(g(a) \ne 0\). Alors \(f/g\) est définie sur un voisinage de \(a\) dans \(I\), dérivable en \(a\), et $$ \textcolor{colorprop}{(f/g)'(a) = \frac{f'(a) g(a) - f(a) g'(a)}{g(a)^2}}. $$
D'abord la dérivée de \(1/g\) en \(a\). Par continuité de \(g\) en \(a\) et \(g(a) \ne 0\), \(g\) ne s'annule pas sur un voisinage de \(a\). Pour \(h\) petit avec \(a + h\) dans ce voisinage et \(h \ne 0\), $$ \frac{1}{g(a + h)} - \frac{1}{g(a)} = \frac{g(a) - g(a + h)}{g(a + h) \, g(a)}. $$ Divisons par \(h\) : $$ \tau_a^{1/g}(h) = -\frac{\tau_a^g(h)}{g(a + h) \, g(a)} \to -\frac{g'(a)}{g(a)^2}. $$ D'où \(1/g\) est dérivable en \(a\) avec \((1/g)'(a) = -g'(a)/g(a)^2\). Le cas \(f/g = f \cdot (1/g)\) s'obtient par la règle du produit (P2.2).
Exemple
Par récurrence sur \(n \in \mathbb{N}\), montrer que \((x^n)' = n x^{n - 1}\) sur \(\mathbb{R}\).
Cas \(n = 0\) : \(f(x) = x^0 = 1\) constante, donc \(f'(x) = 0\). (La formule \((x^n)' = n x^{n-1}\) s'interprète en \(n = 0\) comme \(0\) ; l'expression \(x^{-1}\) n'a pas besoin d'être définie.) Cas \(n \ge 1\), par récurrence. Base \(n = 1\) : \(f(x) = x\), \(\tau_a(h) = ((a + h) - a)/h = 1 \to 1\), donc \(f'(a) = 1 = 1 \cdot x^0\). Hérédité : si \((x^n)' = n x^{n-1}\) pour un \(n \ge 1\), alors par la règle du produit (P2.2), \((x^{n+1})' = (x \cdot x^n)' = 1 \cdot x^n + x \cdot n x^{n-1} = x^n + n x^n = (n+1) x^n\).
Compétences à pratiquer
- Appliquer un argument diagonal
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