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Espaces vectoriels de dimension finie
Le chapitre Espaces vectoriels a introduit les notions de famille génératrice, famille libre, et base en dimension quelconque. L'idée centrale du présent chapitre est d'introduire un seul nombre --- la dimension --- qui capture « combien de degrés de liberté » possède un espace vectoriel, et d'exploiter le compte de dimension pour court-circuiter de nombreux arguments d'existence. Une fois la dimension en place, trois résultats structurels suivent presque mécaniquement : toute base d'un espace de dimension finie a même cardinal ; tout sous-espace admet un supplémentaire ; la formule de Grassmann relie les dimensions de \(F + G\), \(F \cap G\), \(F\), \(G\).
Le chapitre se termine par trois résultats du programme sur les dimensions d'espaces de solutions usuels : équation différentielle linéaire homogène d'ordre \(1\), équation différentielle linéaire homogène d'ordre \(2\) à coefficients constants, récurrence linéaire homogène d'ordre \(2\) à coefficients constants. Leur démonstration vit dans les chapitres d'analyse correspondants ; ici on se contente d'énoncer les dimensions.
Tout développement théorique sur les espaces de dimension infinie est hors programme (programme 2021).
Le chapitre se termine par trois résultats du programme sur les dimensions d'espaces de solutions usuels : équation différentielle linéaire homogène d'ordre \(1\), équation différentielle linéaire homogène d'ordre \(2\) à coefficients constants, récurrence linéaire homogène d'ordre \(2\) à coefficients constants. Leur démonstration vit dans les chapitres d'analyse correspondants ; ici on se contente d'énoncer les dimensions.
Tout développement théorique sur les espaces de dimension infinie est hors programme (programme 2021).
I
Existence de bases finies
I.1
Espaces vectoriels de dimension finie
La définition de départ est courte : un espace vectoriel est « de dimension finie » lorsqu'il admet une famille génératrice finie. La plupart des espaces vectoriels de référence vérifient cette condition, mais \(\mathbb{K}[X]\) non. Le chapitre développe la théorie uniquement pour les espaces de dimension finie ; rien de plus n'est dit sur \(\mathbb{K}[X]\) en tant qu'espace de dimension infinie.
Définition — Espace vectoriel de dimension finie
Soit \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel. On dit que \(E\) est de dimension finie s'il admet une famille génératrice finie. Sinon, \(E\) est dit de dimension infinie. Exemple
Les espaces vectoriels de référence \(\mathbb{K}^n\), \(\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})\), et \(\mathbb{K}_n[X]\) sont de dimension finie car leurs bases canoniques (introduites dans Espaces vectoriels) sont des familles génératrices finies : \((e_1, \ldots, e_n)\) dans \(\mathbb{K}^n\), \((E_{ij})_{1 \le i \le n,\, 1 \le j \le p}\) dans \(\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})\), \((1, X, X^2, \ldots, X^n)\) dans \(\mathbb{K}_n[X]\). Exemple
L'espace \(\mathbb{K}[X]\) de tous les polynômes à coefficients dans \(\mathbb{K}\) est de dimension infinie.
Démontrons qu'aucune famille finie n'engendre \(\mathbb{K}[X]\). Soit \((P_1, \ldots, P_r)\) une famille finie de polynômes de \(\mathbb{K}[X]\). Si tous les \(P_i = 0\), alors \(\mathrm{Vect}(P_1, \ldots, P_r) = \{0\} \ne \mathbb{K}[X]\). Sinon, posons \(m := \max\{\deg P_i : 1 \le i \le r,\, P_i \ne 0\} \in \mathbb{N}\). Toute combinaison linéaire de \(P_1, \ldots, P_r\) est de degré au plus \(m\) (les combinaisons des \(P_i\) non nuls sont de degré \(\le m\) ; les \(P_i\) nuls contribuent \(0\)), donc \(\mathrm{Vect}(P_1, \ldots, P_r) \subset \mathbb{K}_m[X]\). Mais \(X^{m+1} \in \mathbb{K}[X] \setminus \mathbb{K}_m[X]\), donc \(\mathrm{Vect}(P_1, \ldots, P_r) \ne \mathbb{K}[X]\) : la famille n'engendre pas \(\mathbb{K}[X]\). Aucune famille finie n'engendre \(\mathbb{K}[X]\), donc \(\mathbb{K}[X]\) est de dimension infinie.
Attention --- pas de théorie de la dimension infinie
L'exemple \(\mathbb{K}[X]\) n'est inclus que pour distinguer les espaces de dimension finie de ceux de dimension infinie ; aucune théorie générale de la dimension infinie n'est développée ici --- tout développement théorique sur les espaces de dimension infinie est hors programme à ce niveau.
Compétences à pratiquer
- Reconnaître un espace de dimension finie
I.2
Famille libre maximale dans un espace engendré par un nombre fini
Le pont entre « \(E\) admet une famille génératrice finie » et « toute base de \(E\) a un cardinal fini » est le résultat de majoration suivant : dans un \(E\) qui admet une famille génératrice à \(n\) éléments, aucune famille libre ne contient plus de \(n\) vecteurs. C'est le moteur technique de toute la théorie de la dimension.
Theorem — Nombre maximal de vecteurs linéairement indépendants
Soit \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel engendré par \(n\) éléments. Alors toute famille libre de \(E\) possède au plus \(n\) éléments. De manière équivalente : toute famille d'au moins \(n+1\) vecteurs de \(E\) est liée.
Soit \(X = (x_1, \ldots, x_n)\) une famille génératrice de \(E\) et soit \(Y\) une famille libre de \(E\). Supposons par l'absurde que \(Y\) possède au moins \(n + 1\) éléments. Démontrons par récurrence sur \(k \in \llbracket 0, n \rrbracket\) la propriété $$ \mathcal{P}(k) : \ E \text{ est engendré par une famille de } n \text{ vecteurs : les } n - k \text{ premiers issus de } X, \text{ les } k \text{ derniers issus de } Y. $$
- Initialisation. Pour \(k = 0\) : \(E\) est engendré par \((x_1, \ldots, x_n)\), la famille \(X\) initiale. C'est l'hypothèse.
- Hérédité. Supposons \(\mathcal{P}(k)\) vraie pour un certain \(k \in \llbracket 0, n - 1 \rrbracket\). Alors \(E\) est engendré par \((x_1, \ldots, x_{n-k}, y_1, \ldots, y_k)\) pour un certain étiquetage. Comme \(Y\) a au moins \(n + 1\) éléments, choisissons \(y_{k+1} \in Y\) distinct de \(y_1, \ldots, y_k\). Par hypothèse de récurrence, \(y_{k+1}\) est combinaison linéaire de \((x_1, \ldots, x_{n-k}, y_1, \ldots, y_k)\) : $$ y_{k+1} = \lambda_1 x_1 + \cdots + \lambda_{n-k} x_{n-k} + \mu_1 y_1 + \cdots + \mu_k y_k. $$ Les coefficients \(\lambda_1, \ldots, \lambda_{n-k}\) ne sont pas tous nuls, sinon \(y_{k+1}\) serait combinaison linéaire de \(y_1, \ldots, y_k\) et la sous-famille \((y_1, \ldots, y_{k+1})\) de \(Y\) serait liée, contredisant la liberté de \(Y\). Choisissons un indice \(i\) avec \(\lambda_i \ne 0\) ; quitte à réétiqueter, \(\lambda_{n-k} \ne 0\). Isolons \(x_{n-k}\) comme combinaison linéaire de \((x_1, \ldots, x_{n-k-1}, y_1, \ldots, y_{k+1})\). Donc \(E\) est engendré par \((x_1, \ldots, x_{n-k-1}, y_1, \ldots, y_{k+1})\) : \(\mathcal{P}(k + 1)\) est vraie.
Exemple
Dans \(\mathbb{R}^2\), engendré par la base canonique \(\bigl((1\,;\,0), (0\,;\,1)\bigr)\) de cardinal \(2\), aucune famille de \(3\) vecteurs n'est libre : toute famille de trois vecteurs ou plus de \(\mathbb{R}^2\) est liée. Compétences à pratiquer
- Utiliser la majoration du nombre de libres
I.3
Théorème de la base incomplète et théorème de la base extraite
Le programme exige deux théorèmes d'existence : toute famille libre peut être complétée en une base, toute famille génératrice contient une base (qu'on peut en extraire). Les deux suivent d'un seul algorithme constructif.
Theorem — Algorithme de la base incomplète
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \((x_1, \ldots, x_n)\) une famille génératrice de \(E\) dont les \(p\) premiers vecteurs forment une famille libre. Alors \(E\) admet une base constituée de \(x_1, \ldots, x_p\) et de certains des \(x_{p+1}, \ldots, x_n\).
Initialisons la famille \(\mathcal{B} := (x_1, \ldots, x_p)\) --- libre par hypothèse. Boucle sur \(k\) de \(p + 1\) à \(n\) :
- si la famille \(\mathcal{B}\) augmentée de \(x_k\) est encore libre, remplacer \(\mathcal{B}\) par cette famille augmentée --- la nouvelle \(\mathcal{B}\) est encore libre ;
- sinon, laisser \(\mathcal{B}\) inchangée et continuer la boucle.
- si \(x_k\) a été ajouté à \(\mathcal{B}\) pendant la boucle, il est dans \(\mathcal{B}\), donc combinaison linéaire (triviale) ;
- si \(x_k\) n'a pas été ajouté, c'est que \(\mathcal{B}\) augmentée de \(x_k\) était liée à ce moment-là ; par la proposition d'extension de la liberté (chapitre Espaces vectoriels, Proposition « Propriétés des familles libres et liées »), \(x_k\) est combinaison linéaire de la \(\mathcal{B}\) à ce moment-là, donc de la \(\mathcal{B}\) finale.
Exemple
Déterminer une base de \(F\) dans \(\mathbb{R}^3\), où $$F = \mathrm{Vect}\bigl((1\,;\,-5\,;\,7),\ (2\,;\,6\,;\,8),\ (3\,;\,1\,;\,15),\ (1\,;\,11\,;\,1)\bigr).$$
Appliquons l'algorithme de la base incomplète aux quatre générateurs.
- \((1\,;\,-5\,;\,7)\) est non nul : \(\mathcal{B} = \bigl((1\,;\,-5\,;\,7)\bigr)\) est libre.
- Augmenter par \((2\,;\,6\,;\,8)\). La famille \(\bigl((1\,;\,-5\,;\,7), (2\,;\,6\,;\,8)\bigr)\) est-elle libre ? \(\lambda (1\,;\,-5\,;\,7) + \mu (2\,;\,6\,;\,8) = (0\,;\,0\,;\,0)\) donne \(\lambda + 2 \mu = 0\), \(-5 \lambda + 6 \mu = 0\), \(7 \lambda + 8 \mu = 0\) ; les deux premières donnent \(\lambda = -2 \mu\) puis \(10 \mu + 6 \mu = 16 \mu = 0\), donc \(\mu = 0\), \(\lambda = 0\). Libre. On garde.
- Augmenter par \((3\,;\,1\,;\,15)\). Observons \((3\,;\,1\,;\,15) = (1\,;\,-5\,;\,7) + (2\,;\,6\,;\,8)\) --- vérification : \((1+2\,;\,-5+6\,;\,7+8) = (3\,;\,1\,;\,15)\). La famille augmentée est liée. On abandonne \((3\,;\,1\,;\,15)\).
- Augmenter par \((1\,;\,11\,;\,1)\). Observons \((1\,;\,11\,;\,1) = (2\,;\,6\,;\,8) - (1\,;\,-5\,;\,7)\) --- vérification : \((2-1\,;\,6+5\,;\,8-7) = (1\,;\,11\,;\,1)\). Liée. On abandonne.
Méthode
Pour trouver une base d'un sous-espace \(F\) donné comme \(\mathrm{Vect}\) : appliquer l'algorithme de la base incomplète aux générateurs donnés. Garder les générateurs un par un ; abandonner ceux qui sont combinaisons linéaires des gardés.
Image géométrique --- base incomplète dans \(\mathbb{R}^3\)
Un vecteur libre \(v_1\) dans \(\mathbb{R}^3\) engendre une droite. En ajoutant \(v_2\) hors de cette droite, on obtient un couple libre engendrant un plan. En ajoutant \(v_3\) hors de ce plan, on complète en une base de \(\mathbb{R}^3\). Un vecteur candidat dans le plan (par exemple \(v_1 + v_2\)) est rejeté par l'algorithme comme dépendant.
Le même algorithme donne trois corollaires : extraire une base d'une famille génératrice (partir de la famille vide libre) ; compléter une famille libre en une base (partir de la famille libre et utiliser une famille génératrice quelconque) ; existence d'une base finie (cas particulier de l'un ou l'autre).
Theorem — Base extraite et base incomplète
Soit \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie. - Théorème de la base extraite. De toute famille génératrice finie de \(E\) on peut extraire une base de \(E\) (en abandonnant les vecteurs « redondants »).
- Théorème de la base incomplète. Toute famille libre de \(E\) peut être complétée en une base de \(E\) en ajoutant des vecteurs d'une famille génératrice finie choisie.
- Base extraite. Appliquer l'algorithme avec \(p = 0\) : \(\mathcal{B}\) part de la famille vide (libre), la boucle parcourt les \(n\) générateurs ; la \(\mathcal{B}\) finale est une base contenue dans la famille génératrice initiale.
- Base incomplète. Soit \(\mathcal{L} = (\ell_1, \ldots, \ell_p)\) libre dans \(E\). Choisissons une famille génératrice finie \((g_1, \ldots, g_q)\) de \(E\). La famille concaténée \((\ell_1, \ldots, \ell_p, g_1, \ldots, g_q)\) engendre \(E\) (elle contient une famille génératrice) et ses \(p\) premiers vecteurs sont libres. Appliquer l'algorithme : la base obtenue contient \(\ell_1, \ldots, \ell_p\) et une sous-famille de \(g_1, \ldots, g_q\).
- Existence d'une base finie. Conséquence de l'un ou l'autre : extraire une base d'une famille génératrice quelconque de \(E\).
Compétences à pratiquer
- Appliquer l'algorithme de la base incomplète
- Extraire une base d'une famille génératrice
II
Dimension et rang
II.1
Dimension d'un espace vectoriel de dimension finie
Observation fondamentale : toutes les bases d'un espace de dimension finie ont le même cardinal. Ce cardinal unique est la dimension. Ce n'est pas évident d'après la définition d'une base --- une base est une famille libre et génératrice, mais a priori deux bases différentes pourraient avoir des tailles différentes. Le théorème du maximum de libres ferme cette boucle.
Theorem — Théorème de la dimension --- toutes les bases ont même cardinal
Soit \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie. Toutes les bases de \(E\) sont finies et ont même cardinal.
\(E\) admet une base finie par le théorème d'existence d'une base finie. Soient \(\mathcal{B}\) et \(\mathcal{B}'\) deux bases de \(E\), de cardinaux respectifs \(n\) et \(n'\). Comme \(\mathcal{B}\) engendre \(E\) et \(\mathcal{B}'\) est libre, le théorème du maximum de libres donne \(n' \le n\). Par symétrie, \(n \le n'\). Donc \(n = n'\) : toutes les bases ont même cardinal.
Définition — Dimension
Soit \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie. Le cardinal commun à toutes les bases de \(E\) est appelé la dimension de \(E\) et noté \(\dim E\) (ou \(\dim_\mathbb{K} E\) si le corps doit être précisé).
Convention --- famille vide et espace nul
Par convention, la famille vide est l'unique base de \(\{0_E\}\) --- elle est libre par convention et engendre \(\{0_E\}\). Donc \(\dim \{0_E\} = 0\). Si \(\dim E = 1\), on dit que \(E\) est une droite (vectorielle). Si \(\dim E = 2\), un plan (vectoriel).
Exemple
L'espace nul \(\{0_E\}\) est de dimension \(0\). Exemple
Dimensions de référence classiques : $$ \dim \mathbb{K}^n = n, \qquad \dim \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) = np, \qquad \dim \mathbb{K}_n[X] = n + 1. $$ Les cardinaux des bases canoniques \((e_1, \ldots, e_n)\), \((E_{ij})\), \((1, X, \ldots, X^n)\) donnent les valeurs directement. Exemple
On suppose \(\mathbb{K} \in \{\mathbb{R}, \mathbb{C}\}\) (plus généralement, \(\mathrm{car}\,\mathbb{K} \ne 2\), de sorte que les coefficients diagonaux d'une matrice antisymétrique soient nuls). Les sous-espaces \(\mathcal{T}_n(\mathbb{K})\) des matrices triangulaires supérieures, \(\mathcal{S}_n(\mathbb{K})\) des matrices symétriques, et \(\mathcal{A}_n(\mathbb{K})\) des matrices antisymétriques dans \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\) ont pour dimensions $$ \dim \mathcal{T}_n(\mathbb{K}) = \dim \mathcal{S}_n(\mathbb{K}) = \tfrac{n(n+1)}{2}, \qquad \dim \mathcal{A}_n(\mathbb{K}) = \tfrac{n(n-1)}{2}. $$ - \(\mathcal{T}_n(\mathbb{K})\). La famille \((E_{ij})_{1 \le i \le j \le n}\) des matrices canoniques à un seul \(1\) en position triangulaire supérieure est génératrice (toute matrice triangulaire supérieure est la somme de ses coefficients non nuls fois \(E_{ij}\)) et libre (sous-famille de la base canonique de \(\mathcal{M}_n(\mathbb{K})\)). Cardinal : \(1 + 2 + \cdots + n = \tfrac{n(n+1)}{2}\).
- \(\mathcal{S}_n(\mathbb{K})\). Décomposons une matrice symétrique \(M = (m_{ij})\) en $$ M = \sum_{i=1}^n m_{ii} E_{ii} + \sum_{1 \le i < j \le n} m_{ij} (E_{ij} + E_{ji}). $$ La famille \(\bigl(E_{kk}\bigr)_{1 \le k \le n} \cup \bigl(E_{ij} + E_{ji}\bigr)_{1 \le i < j \le n}\) est génératrice (développement ci-dessus) et libre (chaque générateur a un support disjoint ou distinct). Cardinal : \(n + \tfrac{n(n-1)}{2} = \tfrac{n(n+1)}{2}\).
- \(\mathcal{A}_n(\mathbb{K})\). Même construction avec \(E_{ij} - E_{ji}\) pour \(1 \le i < j \le n\) (les coefficients diagonaux d'une matrice antisymétrique sont nuls). Cardinal : \(\tfrac{n(n-1)}{2}\).
Dimensions de référence à retenir
Récapitulatif des dimensions rencontrées jusqu'ici (\(n, p \ge 1\) ; pour \(\mathcal{S}_n\) et \(\mathcal{A}_n\), \(\mathbb{K} \in \{\mathbb{R}, \mathbb{C}\}\)) : $$ \begin{array}{l|c} \text{Espace} & \text{Dimension} \\
\hline \{0_E\} & 0 \\
\mathbb{K} & 1 \\
\mathbb{K}^n & n \\
\mathbb{K}_n[X] & n + 1 \\
\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) & np \\
\mathcal{T}_n(\mathbb{K}) & \tfrac{n(n+1)}{2} \\
\mathcal{S}_n(\mathbb{K}) & \tfrac{n(n+1)}{2} \\
\mathcal{A}_n(\mathbb{K}) & \tfrac{n(n-1)}{2} \end{array} $$
Compétences à pratiquer
- Calculer la dimension d'un espace
II.2
Cardinal des familles libres et génératrices en dimension \(n\)
La dimension contraint la taille des familles libres et génératrices : dans un espace de dimension \(n\), les familles libres ont au plus \(n\) éléments et les génératrices au moins \(n\). Cela « pince » les bases à exactement \(n\) vecteurs et donne un raccourci puissant : en dimension \(n\), une famille de exactement \(n\) vecteurs est une base dès qu'elle est libre OU génératrice --- moitié moins de travail.
Proposition — Cardinal des familles libres et génératrices
Soit \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension \(n\). Alors : - toute famille libre de \(E\) possède au plus \(n\) éléments ;
- toute famille génératrice de \(E\) possède au moins \(n\) éléments.
- Libre \(\le n\). \(E\) admet une base \(\mathcal{B}\) de cardinal \(n\) qui engendre \(E\). Par le théorème du maximum de libres, toute famille libre a au plus \(n\) éléments.
- Génératrice \(\ge n\). Soit \(\mathcal{G}\) une famille génératrice finie de \(E\). Par le théorème de la « base extraite », \(\mathcal{G}\) contient une base de \(E\), de cardinal \(n\). Donc \(\#\mathcal{G} \ge n\). (Si \(\mathcal{G}\) est infinie, elle a \(\ge n\) éléments a fortiori.)
Proposition — Caractérisation des bases en dimension \(n\)
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension \(n\) et \(\mathcal{F}\) une famille de exactement \(n\) vecteurs de \(E\). Les trois assertions suivantes sont équivalentes : - \(\mathcal{F}\) est une base de \(E\) ;
- \(\mathcal{F}\) est libre ;
- \(\mathcal{F}\) est génératrice.
\((1) \Rightarrow (2)\) et \((1) \Rightarrow (3)\) sont par définition de « base ». Démontrons \((2) \Rightarrow (1)\) et \((3) \Rightarrow (1)\).
- \((2) \Rightarrow (1)\). Supposons \(\mathcal{F}\) libre de cardinal \(n\). Par le théorème de la « base incomplète », \(\mathcal{F}\) peut être complétée en une base de \(E\). Par la majoration des familles libres et génératrices, cette base a cardinal \(n\). Donc aucun vecteur n'a été ajouté : \(\mathcal{F}\) est déjà une base.
- \((3) \Rightarrow (1)\). Supposons \(\mathcal{F}\) génératrice de cardinal \(n\). Par le théorème de la « base extraite », on peut extraire une base de \(\mathcal{F}\). Par la majoration des familles libres et génératrices, cette base a cardinal \(n\). Donc aucun vecteur n'a été abandonné : \(\mathcal{F}\) est déjà une base.
Méthode
En dimension \(n\), pour démontrer qu'une famille de exactement \(n\) vecteurs est une base, ne vérifier qu'une seule chose : libre OU génératrice. L'autre suit de la caractérisation des bases en dimension \(n\) --- moitié moins de travail. Exemple
Démontrer que \(\mathcal{F} = \bigl((0\,;\,1\,;\,2), (1\,;\,2\,;\,0), (2\,;\,0\,;\,1)\bigr)\) est une base de \(\mathbb{R}^3\).
\(\mathcal{F}\) a \(3\) vecteurs dans \(\mathbb{R}^3\) (dim \(3\)). Par la méthode du « demi-travail », vérifions seulement la liberté : \(\lambda (0\,;\,1\,;\,2) + \mu (1\,;\,2\,;\,0) + \nu (2\,;\,0\,;\,1) = (0\,;\,0\,;\,0)\) donne $$ \begin{cases} \mu + 2 \nu = 0, \\
\lambda + 2 \mu = 0, \\
2 \lambda + \nu = 0. \end{cases} $$ De (1) : \(\mu = -2 \nu\). De (2) : \(\lambda = -2 \mu = 4 \nu\). De (3) : \(2 \cdot 4 \nu + \nu = 9 \nu = 0\), donc \(\nu = 0\), puis \(\mu = 0\), puis \(\lambda = 0\). Libre de cardinal \(3 = \dim \mathbb{R}^3\), donc base (caractérisation des bases en dimension \(n\)).
Exemple
Démontrer que \(\mathcal{F} = \bigl(X^2 + 3 X + 5, 2 X^2 + X, X^2\bigr)\) est une base de \(\mathbb{R}_2[X]\).
\(\mathcal{F}\) a \(3\) polynômes dans \(\mathbb{R}_2[X]\) (dim \(3\)). Par la méthode du « demi-travail », vérifions la liberté. Supposons $$ \lambda (X^2 + 3 X + 5) + \mu (2 X^2 + X) + \nu X^2 = 0. $$ Identifions les coefficients :
- constant : \(5 \lambda = 0\), donc \(\lambda = 0\) ;
- coefficient de \(X\) : \(3 \lambda + \mu = 0\), avec \(\lambda = 0\) donne \(\mu = 0\) ;
- coefficient de \(X^2\) : \(\lambda + 2 \mu + \nu = 0\), avec \(\lambda = \mu = 0\) donne \(\nu = 0\).
Attention --- l'hypothèse de cardinal exact compte
La caractérisation des bases en dimension \(n\) exige que la famille ait exactement \(\dim E\) vecteurs. Une famille libre de \(2\) vecteurs dans \(\mathbb{R}^3\) n'est en général PAS une base (elle engendre un plan, pas tout l'espace). Une famille génératrice de \(4\) vecteurs dans \(\mathbb{R}^3\) n'est en général PAS libre (elle a plus de vecteurs que la dimension). En dehors du cas cardinal-égale-dim, libre \(\nLeftrightarrow\) génératrice \(\nLeftrightarrow\) base.
Compétences à pratiquer
- Démontrer qu'une famille est une base par comptage
- Pièges de cardinal
II.3
Dimension d'un produit
La dimension d'un produit est la somme des dimensions --- petit résultat mais utile.
Proposition — Dimension d'un produit
Soient \(E\) et \(F\) deux \(\mathbb{K}\)-espaces vectoriels de dimension finie. Alors \(E \times F\) est de dimension finie et $$ \textcolor{colorprop}{\dim(E \times F) = \dim E + \dim F}. $$ Le résultat s'étend à un produit fini d'espaces de dimension finie.
Soient \((e_1, \ldots, e_m)\) une base de \(E\) et \((f_1, \ldots, f_n)\) une base de \(F\). Démontrons que la famille concaténée $$ \mathcal{B} := \bigl((e_1, 0_F), \ldots, (e_m, 0_F), (0_E, f_1), \ldots, (0_E, f_n)\bigr) $$ est une base de \(E \times F\).
- Génératrice. Tout \((x, y) \in E \times F\) s'écrit \(x = \sum_{i=1}^m x_i e_i\) et \(y = \sum_{j=1}^n y_j f_j\), donc $$ (x, y) = \sum_{i=1}^m x_i (e_i, 0_F) + \sum_{j=1}^n y_j (0_E, f_j) \in \mathrm{Vect}(\mathcal{B}). $$
- Libre. Supposons \(\sum_{i=1}^m \lambda_i (e_i, 0_F) + \sum_{j=1}^n \mu_j (0_E, f_j) = (0_E, 0_F)\). En lisant les deux coordonnées séparément : \(\sum \lambda_i e_i = 0_E\) et \(\sum \mu_j f_j = 0_F\). Par liberté de chaque base, tous les \(\lambda_i = 0\) et tous les \(\mu_j = 0\).
Compétences à pratiquer
- Calculer la dimension d'un produit
II.4
Rang d'une famille finie de vecteurs
Le rang d'une famille est la dimension du sous-espace qu'elle engendre. Il mesure « combien de vecteurs vraiment indépendants » la famille contient.
Définition — Rang d'une famille finie
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel (pas nécessairement de dimension finie) et \(x_1, \ldots, x_n \in E\). Le rang de la famille \((x_1, \ldots, x_n)\), noté \(\mathrm{rg}(x_1, \ldots, x_n)\), est la dimension du sous-espace \(\mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n)\) : $$ \mathrm{rg}(x_1, \ldots, x_n) := \dim \mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n). $$ Le sous-espace \(\mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n)\) est de dimension finie (engendré par \(n\) vecteurs), donc la dimension est bien définie. Proposition — Majoration du rang et cas d'égalité
Pour tous \(x_1, \ldots, x_n \in E\) : $$ \textcolor{colorprop}{\mathrm{rg}(x_1, \ldots, x_n) \le n}, \quad \text{avec égalité si et seulement si } (x_1, \ldots, x_n) \text{ est libre}. $$
La famille \((x_1, \ldots, x_n)\) engendre \(\mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n)\). Par la majoration des familles libres et génératrices appliquée à ce sous-espace, \(\dim \mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n) \le n\). Cas d'égalité : si la famille est libre, alors c'est une base de \(\mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n)\) (libre + génératrice dans son propre \(\mathrm{Vect}\)), donc \(\dim = n\). Réciproquement si \(\dim \mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n) = n\), alors par la caractérisation des bases en dimension \(n\) appliquée dans \(\mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n)\) (dim \(n\) avec une famille génératrice de cardinal \(n\)), la famille est une base, donc libre.
Exemple
Échantillon de rangs : $$ \mathrm{rg}(1, X, X^2, X^3) = 4, \quad \mathrm{rg}(X, 2X, 3X) = 1, \quad \mathrm{rg}\bigl((1\,;\,1\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1)\bigr) = 2. $$ La troisième famille est libre dans \(\mathbb{R}^3\), donc son rang égale son cardinal \(2\). Méthode
Pour calculer \(\mathrm{rg}(x_1, \ldots, x_n)\) : appliquer l'algorithme de la base incomplète à la famille vue comme génératrice de \(\mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_n)\). Le cardinal de la base extraite est le rang. Proposition — Invariance du rang par ajout/retrait de vecteurs redondants
Le rang d'une famille est inchangé si l'une des opérations suivantes est effectuée : - retirer un vecteur qui est combinaison linéaire des autres ;
- ajouter un vecteur déjà dans \(\mathrm{Vect}\) de la famille.
Les deux opérations laissent \(\mathrm{Vect}\) de la famille inchangé, donc la dimension --- qui est le rang --- inchangée.
Exemple
\(\mathrm{rg}\bigl((1\,;\,1\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1), (1\,;\,1\,;\,1)\bigr) = 2\) : le vecteur \((1\,;\,1\,;\,1) = (1\,;\,1\,;\,0) + (0\,;\,0\,;\,1)\) est redondant, donc en l'enlevant il reste \(\bigl((1\,;\,1\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1)\bigr)\), libre de cardinal \(2\), donc de rang \(2\). Compétences à pratiquer
- Calculer le rang d'une famille
III
Sous-espaces et dimension
III.1
Dimension d'un sous-espace
Un sous-espace d'un espace de dimension finie est lui-même de dimension finie, avec au plus autant de degrés de liberté. Le cas d'égalité \(\dim F = \dim E\) force \(F = E\) --- raccourci puissant pour démontrer qu'un sous-espace remplit son espace ambiant.
Theorem — Dimension d'un sous-espace
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F\) un sous-espace de \(E\). Alors \(F\) est de dimension finie et $$ \textcolor{colorprop}{\dim F \le \dim E}, \quad \text{avec égalité si et seulement si } F = E. $$
Posons \(n := \dim E\). Considérons l'ensemble $$ \mathcal{N} := \{k \in \mathbb{N} : F \text{ contient une famille libre de cardinal } k\}. $$ \(\mathcal{N}\) est non vide (il contient \(0\), la famille vide) et majoré par \(n\) (toute famille libre de \(F\) est libre dans \(E\), donc de cardinal \(\le n\) par la majoration des familles libres et génératrices). Soit \(r := \max \mathcal{N} \le n\). Choisissons une famille libre \(\mathcal{L} = (\ell_1, \ldots, \ell_r)\) de \(F\) réalisant ce maximum. Affirmation : \(\mathcal{L}\) est une base de \(F\). La liberté est par construction. Pour le caractère générateur : soit \(x \in F\). La famille augmentée \((\ell_1, \ldots, \ell_r, x)\) a cardinal \(r + 1 > r\), donc n'est pas dans \(\mathcal{N}\) --- elle est liée. Par la proposition d'extension de la liberté (chapitre Espaces vectoriels), \(x\) est combinaison linéaire de \(\mathcal{L}\). Donc \(\mathcal{L}\) engendre \(F\). \(F\) a une base finie de cardinal \(r\), donc \(F\) est de dimension finie avec \(\dim F = r \le n = \dim E\). Cas d'égalité. Si \(\dim F = n\) : \(\mathcal{L}\) est une famille libre de \(E\) de cardinal \(n = \dim E\), donc une base de \(E\) par la caractérisation des bases en dimension \(n\). Donc \(\mathrm{Vect}(\mathcal{L}) = E\). Mais \(\mathrm{Vect}(\mathcal{L}) = F\) (base de \(F\)). Donc \(F = E\). Réciproquement, \(F = E\) donne trivialement \(\dim F = \dim E\).
Méthode
Pour démontrer \(F = E\) quand \(F\) est un sous-espace de \(E\) de dimension finie : vérifier \(\dim F = \dim E\). (Évite la démonstration directe de l'inclusion \(E \subset F\).) Exemple
Posons \(F := \{P \in \mathbb{R}_3[X] : P(0) = 0\}\). Comparer \(F\) à \(\mathbb{R}_3[X]\).
\(F\) est un sous-espace de \(\mathbb{R}_3[X]\) (noyau de \(P \mapsto P(0)\)). Un polynôme \(P = a_0 + a_1 X + a_2 X^2 + a_3 X^3\) est dans \(F\) ssi \(a_0 = 0\), donc \(F = \mathrm{Vect}(X, X^2, X^3)\) avec \((X, X^2, X^3)\) libre (échelonnée en degré). Donc \(\dim F = 3\). Comme \(\dim \mathbb{R}_3[X] = 4 > 3\), par le théorème de la dimension d'un sous-espace l'inégalité \(\dim F < \dim \mathbb{R}_3[X]\) implique \(F \subsetneq \mathbb{R}_3[X]\) (strict).
Compétences à pratiquer
- Comparer les dimensions de sous-espaces
III.2
Formule de Grassmann
La formule de Grassmann est le résultat central de comptage de dimension pour les sommes de sous-espaces. Elle quantifie combien deux sous-espaces se « chevauchent » via leur intersection.
Theorem — Formule de Grassmann
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel et \(F, G\) deux sous-espaces de \(E\) de dimension finie (\(E\) lui-même n'est pas nécessairement de dimension finie). Alors \(F + G\) est de dimension finie et $$ \textcolor{colorprop}{\dim(F + G) = \dim F + \dim G - \dim(F \cap G)}. $$
Posons \(r := \dim(F \cap G)\). Le sous-espace \(F \cap G\) est de dimension finie (sous-espace de \(F\) de dimension finie, par le théorème de la dimension d'un sous-espace). Prenons une base \((e_1, \ldots, e_r)\) de \(F \cap G\). Étape 1 --- compléter la base de \(F \cap G\) en bases de \(F\) et \(G\). La famille \((e_1, \ldots, e_r)\) est libre dans \(F\). Par le théorème de la « base incomplète » appliqué dans \(F\), on la complète en une base \((e_1, \ldots, e_r, f_1, \ldots, f_p)\) de \(F\), où \(p = \dim F - r\). De même, on la complète en une base \((e_1, \ldots, e_r, g_1, \ldots, g_q)\) de \(G\), où \(q = \dim G - r\). Étape 2 --- \(F + G\) est engendré par la famille concaténée. Posons \(\mathcal{C} := (e_1, \ldots, e_r, f_1, \ldots, f_p, g_1, \ldots, g_q)\). Tout \(f + g \in F + G\) s'écrit comme combinaison de vecteurs des bases de \(F\) et \(G\) (et donc de \(\mathcal{C}\)). Donc \(F + G \subset \mathrm{Vect}(\mathcal{C})\). Réciproquement \(\mathcal{C} \subset F \cup G \subset F + G\), donc \(\mathrm{Vect}(\mathcal{C}) \subset F + G\). Donc \(F + G = \mathrm{Vect}(\mathcal{C})\). Étape 3 --- la famille \(\mathcal{C}\) est libre. Supposons $$ \sum_{i=1}^r \lambda_i e_i + \sum_{j=1}^p \mu_j f_j + \sum_{k=1}^q \nu_k g_k = 0_E. $$ Posons \(v := \sum_{i=1}^r \lambda_i e_i + \sum_{j=1}^p \mu_j f_j \in F\) et \(w := -\sum_{k=1}^q \nu_k g_k \in G\). La relation s'écrit \(v = w\), donc \(v \in F \cap G\). Alors \(v = \sum_{i=1}^r \alpha_i e_i\) pour certains \(\alpha_i\). En utilisant la liberté de la base \((e_1, \ldots, e_r, f_1, \ldots, f_p)\) de \(F\) : $$ \sum_{i=1}^r \alpha_i e_i = \sum_{i=1}^r \lambda_i e_i + \sum_{j=1}^p \mu_j f_j, $$ donne \(\mu_j = 0\) pour tout \(j\) et \(\alpha_i = \lambda_i\) pour tout \(i\). Donc d'une part \(w = v = \sum_{i=1}^r \lambda_i e_i\), et d'autre part \(w = -\sum_{k=1}^q \nu_k g_k\), d'où \(\sum_{i=1}^r \lambda_i e_i + \sum_{k=1}^q \nu_k g_k = 0_E\). Par liberté de la base \((e_1, \ldots, e_r, g_1, \ldots, g_q)\) de \(G\), tous les \(\lambda_i = 0\) et tous les \(\nu_k = 0\). Donc tous les coefficients s'annulent : \(\mathcal{C}\) est libre. Étape 4 --- comptage. \(\mathcal{C}\) est une base de \(F + G\) de cardinal \(r + p + q\). Donc \(F + G\) est de dimension finie et $$ \dim(F + G) = r + p + q = r + (\dim F - r) + (\dim G - r) = \dim F + \dim G - r = \dim F + \dim G - \dim(F \cap G). $$
Image géométrique --- Grassmann en dimension trois
Deux plans \(F\) et \(G\) de \(\mathbb{R}^3\) s'intersectent en une droite \(F \cap G\) ; leur somme \(F + G\) est l'espace tout entier. Grassmann : \(\dim(F+G) = 2 + 2 - 1 = 3\).
Exemple
Dans \(\mathbb{R}^4\), posons $$F = \mathrm{Vect}\bigl((1\,;\,0\,;\,0\,;\,1),\ (0\,;\,1\,;\,1\,;\,0)\bigr) \quad \text{et} \quad G = \mathrm{Vect}\bigl((1\,;\,1\,;\,1\,;\,1),\ (1\,;\,0\,;\,1\,;\,0)\bigr).$$ Déterminer \(\dim(F + G)\) et \(\dim(F \cap G)\).
Chaque famille génératrice est libre (vérification rapide), donc \(\dim F = \dim G = 2\). Calculons \(\dim(F + G)\) : $$F + G = \mathrm{Vect}\bigl((1\,;\,0\,;\,0\,;\,1),\ (0\,;\,1\,;\,1\,;\,0),\ (1\,;\,1\,;\,1\,;\,1),\ (1\,;\,0\,;\,1\,;\,0)\bigr).$$ Vérifions la liberté des quatre vecteurs : observons \((1\,;\,1\,;\,1\,;\,1) = (1\,;\,0\,;\,0\,;\,1) + (0\,;\,1\,;\,1\,;\,0)\), donc \((1\,;\,1\,;\,1\,;\,1)\) est redondant. Les trois vecteurs \((1\,;\,0\,;\,0\,;\,1), (0\,;\,1\,;\,1\,;\,0), (1\,;\,0\,;\,1\,;\,0)\) sont libres (vérification par système linéaire). Donc \(\dim(F + G) = 3\). Par Grassmann : $$ \dim(F \cap G) = \dim F + \dim G - \dim(F + G) = 2 + 2 - 3 = 1. $$
Méthode
Lecture de Grassmann dans les deux sens : à partir de \(\dim F\), \(\dim G\), \(\dim(F+G)\), déduire \(\dim(F \cap G)\) par soustraction ; à partir de \(\dim F\), \(\dim G\), \(\dim(F \cap G)\), déduire \(\dim(F + G)\) par addition. Utiliser celui qui est le plus facile à calculer en premier. Compétences à pratiquer
- Appliquer Grassmann
III.3
Sous-espaces supplémentaires en dimension finie
Le chapitre Espaces vectoriels a introduit les supplémentaires via des exemples concrets (parité, matrices symétriques/antisymétriques, droite \(\oplus\) plan dans \(\mathbb{R}^3\)) sans affirmer d'existence générale. Nous pouvons maintenant démontrer l'existence : en dimension finie, tout sous-espace admet un supplémentaire, de dimension complémentaire à celle du sous-espace.
Theorem — Existence de supplémentaires en dimension finie
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F\) un sous-espace de \(E\). Alors \(F\) admet au moins un supplémentaire \(G\) dans \(E\). Tout tel supplémentaire vérifie $$ \textcolor{colorprop}{\dim G = \dim E - \dim F}. $$
Par le théorème de la dimension d'un sous-espace, \(F\) est de dimension finie ; prenons une base \((e_1, \ldots, e_p)\) de \(F\), où \(p = \dim F\). Par le théorème de la « base incomplète » appliqué dans \(E\), complétons en une base \((e_1, \ldots, e_p, e_{p+1}, \ldots, e_n)\) de \(E\), où \(n = \dim E\). Posons \(G := \mathrm{Vect}(e_{p+1}, \ldots, e_n)\). Somme directe. Si \(w \in F \cap G\) : \(w = \sum_{i=1}^p \alpha_i e_i = \sum_{j=p+1}^n \beta_j e_j\), donc \(\sum_{i=1}^p \alpha_i e_i - \sum_{j=p+1}^n \beta_j e_j = 0\). Par liberté de la base de \(E\), tous les \(\alpha_i = 0\) et \(\beta_j = 0\), d'où \(w = 0\). Somme égale à \(E\). Tout \(x \in E\) s'écrit \(x = \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i = \underbrace{\sum_{i=1}^p \lambda_i e_i}_{\in F} + \underbrace{\sum_{j=p+1}^n \lambda_j e_j}_{\in G}\). Donc \(E = F \oplus G\). Dimension de \(G\). \(G\) a pour base \((e_{p+1}, \ldots, e_n)\) de cardinal \(n - p\), donc \(\dim G = n - p = \dim E - \dim F\). Tout autre supplémentaire \(G'\) de \(F\) dans \(E\) vérifie, par Grassmann, \(\dim E = \dim(F + G') = \dim F + \dim G' - \dim(F \cap G') = \dim F + \dim G' - 0\), donc \(\dim G' = \dim E - \dim F\).
Méthode
Pour exhiber un supplémentaire de \(F\) dans \(E\) (dim finie) : prendre une base de \(F\), la compléter via le théorème de la « base incomplète » en une base de \(E\), le supplémentaire est le \(\mathrm{Vect}\) des vecteurs de base ajoutés. Exemple
Dans \(\mathbb{R}^2\), la droite \(F = \mathrm{Vect}\bigl((1\,;\,0)\bigr)\) a \(G = \mathrm{Vect}\bigl((0\,;\,1)\bigr)\) pour supplémentaire : \(\dim F + \dim G = 1 + 1 = 2 = \dim \mathbb{R}^2\), et la base \((e_1)\) de \(F\) se complète en \((e_1, e_2)\) de \(\mathbb{R}^2\). Image géométrique :
Le théorème suivant transforme la vérification « difficile » \(E = F \oplus G\) (deux conditions : \(F \cap G = \{0\}\) ET \(F + G = E\)) en une vérification « deux parmi trois » dimensionnelle, souvent plus rapide en pratique.
Theorem — Caractérisation dimensionnelle de la supplémentarité
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F, G\) sous-espaces de \(E\). Deux quelconques des trois assertions suivantes impliquent la troisième, et lorsque les trois sont vraies, \(E = F \oplus G\) : - \(F \cap G = \{0_E\}\) ;
- \(F + G = E\) ;
- \(\dim F + \dim G = \dim E\).
Appliquer la formule de Grassmann \(\dim(F + G) = \dim F + \dim G - \dim(F \cap G)\).
- \((1) + (2) \Rightarrow (3)\). \(F \cap G = \{0\}\) donne \(\dim(F \cap G) = 0\) ; \(F + G = E\) donne \(\dim(F + G) = \dim E\). Grassmann : \(\dim E = \dim F + \dim G\).
- \((1) + (3) \Rightarrow (2)\). \(\dim(F \cap G) = 0\) ; Grassmann donne \(\dim(F + G) = \dim F + \dim G = \dim E\). Donc \(F + G\) est un sous-espace de \(E\) avec \(\dim(F + G) = \dim E\), d'où \(F + G = E\) par le théorème de la dimension d'un sous-espace (cas d'égalité).
- \((2) + (3) \Rightarrow (1)\). \(\dim(F + G) = \dim E\) ; Grassmann donne \(\dim(F \cap G) = \dim F + \dim G - \dim E = 0\). Donc \(F \cap G = \{0\}\) (seul le sous-espace nul est de dimension \(0\)).
Méthode
En dim finie, pour démontrer \(E = F \oplus G\), vérifier deux parmi : \(F \cap G = \{0\}\), \(F + G = E\), \(\dim F + \dim G = \dim E\). Choisir les deux les plus faciles. En pratique, souvent « intersection triviale + comptage de dimension » est la combinaison la plus rapide. Exemple
Dans \(\mathbb{R}^3\), posons \(F = \mathrm{Vect}\bigl((0\,;\,1\,;\,0)\bigr)\) et \(G = \{(x\,;\,y\,;\,z) \in \mathbb{R}^3 : x + 2 y + 3 z = 0\}\). Démontrer \(F \oplus G = \mathbb{R}^3\).
\(\dim F = 1\). Pour \(G\) : c'est le noyau de la forme linéaire \(\varphi : (x\,;\,y\,;\,z) \mapsto x + 2y + 3z\), paramétré par \(G = \{(-2y - 3z\,;\,y\,;\,z) : y, z \in \mathbb{R}\} = \mathrm{Vect}\bigl((-2\,;\,1\,;\,0), (-3\,;\,0\,;\,1)\bigr)\). Les deux générateurs sont libres (vérification), donc \(\dim G = 2\). Par la méthode du « deux parmi trois » avec les conditions \((1)\) et \((3)\) :
- Intersection triviale. Si \(v \in F \cap G\) : \(v = \lambda (0\,;\,1\,;\,0)\), en reportant dans l'équation \(x + 2y + 3z = 0\) : \(0 + 2\lambda + 0 = 2\lambda = 0\), donc \(\lambda = 0\), \(v = 0\).
- Comptage de dimension. \(\dim F + \dim G = 1 + 2 = 3 = \dim \mathbb{R}^3\).
Compétences à pratiquer
- Trouver un supplémentaire
- Utiliser la caractérisation \og deux parmi trois \fg{}
III.4
Bases adaptées à un sous-espace ou à une décomposition en somme directe
Le programme exige les notions de « base adaptée à un sous-espace » et « base adaptée à une décomposition en somme directe ». Ce sont des bases qui respectent la structure géométrique : les \(\dim F\) premiers vecteurs forment une base de \(F\), les \(\dim G\) suivants une base de \(G\). Ces bases sont une conséquence immédiate du théorème de la « base incomplète ».
Définition — Base adaptée à un sous-espace
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F\) un sous-espace de \(E\). Une base \((e_1, \ldots, e_n)\) de \(E\) est adaptée à \(F\) si ses \(\dim F\) premiers vecteurs \((e_1, \ldots, e_p)\) forment une base de \(F\). Définition — Base adaptée à une somme directe
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F, G\) sous-espaces avec \(E = F \oplus G\). Une base de \(E\) est adaptée à la décomposition \(E = F \oplus G\) si elle est la concaténation d'une base de \(F\) et d'une base de \(G\) (dans cet ordre). Proposition — Existence d'une base adaptée à un sous-espace
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F\) un sous-espace de \(E\). Toute base de \(F\) peut être complétée en une base de \(E\) adaptée à \(F\). En particulier, \(E\) admet une base adaptée à \(F\).
Application directe du théorème de la « base incomplète » : une base de \(F\) est en particulier une famille libre de \(E\), et \(E\) admet une famille génératrice finie. Compléter par l'algorithme ; le résultat est une base de \(E\) dont les \(\dim F\) premiers vecteurs sont la base de \(F\) initiale --- une base adaptée à \(F\).
Proposition — Base adaptée à une somme directe
Soient \(E\) un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel de dimension finie et \(F, G\) sous-espaces avec \(E = F \oplus G\). La concaténation d'une base quelconque de \(F\) avec une base quelconque de \(G\) est une base de \(E\) (adaptée à la décomposition).
Soient \((e_1, \ldots, e_p)\) une base de \(F\) et \((f_1, \ldots, f_q)\) une base de \(G\). Démontrons que \(\mathcal{B} := (e_1, \ldots, e_p, f_1, \ldots, f_q)\) est une base de \(E\).
- Génératrice. Tout \(w \in E = F \oplus G\) s'écrit \(w = f + g\) avec \(f \in F\), \(g \in G\) (définition de la somme). Développons \(f = \sum_{i=1}^p \lambda_i e_i\) dans la base de \(F\) et \(g = \sum_{j=1}^q \mu_j f_j\) dans la base de \(G\). Donc \(w\) est combinaison linéaire de \(\mathcal{B}\).
- Libre. Supposons \(\sum_{i=1}^p \lambda_i e_i + \sum_{j=1}^q \mu_j f_j = 0_E\). Posons \(f := \sum_{i=1}^p \lambda_i e_i \in F\) et \(g := \sum_{j=1}^q \mu_j f_j \in G\). La relation s'écrit \(f + g = 0_E\). Par le caractère direct de la somme (\(F \cap G = \{0\}\)), la décomposition de \(0_E\) en élément de \(F\) plus élément de \(G\) est unique, à savoir \(0_E = 0_F + 0_G\). Donc \(f = 0_E\) et \(g = 0_E\). Par liberté de la base de \(F\), tous les \(\lambda_i = 0\) ; par liberté de la base de \(G\), tous les \(\mu_j = 0\).
Image géométrique --- base adaptée à une somme directe
Image géométrique dans \(\mathbb{R}^3\) : \(F\) est un plan (base \((e_1, e_2)\)), \(G\) est une droite (base \((f_1)\)), et \((e_1, e_2, f_1)\) est une base de \(\mathbb{R}^3 = F \oplus G\) adaptée à cette décomposition.
Exemple
Dans \(\mathbb{R}^4\), posons \(F := \{(x\,;\,y\,;\,z\,;\,t) \in \mathbb{R}^4 : x + y = 0 \text{ et } z = t\}\). Trouver une base de \(F\), puis la compléter en une base de \(\mathbb{R}^4\) adaptée à \(F\).
Base de \(F\). Les contraintes \(x + y = 0\) et \(z = t\) donnent \(y = -x\) et \(t = z\) ; donc \(F = \{(x\,;\,-x\,;\,z\,;\,z) : x, z \in \mathbb{R}\} = \mathrm{Vect}\bigl((1\,;\,-1\,;\,0\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1\,;\,1)\bigr)\). Les deux générateurs sont libres (motifs de coordonnées non nulles différents), donc \((e_1, e_2) := \bigl((1\,;\,-1\,;\,0\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1\,;\,1)\bigr)\) est une base de \(F\) et \(\dim F = 2\). Complétion. Appliquons l'algorithme de la base incomplète pour étendre \((e_1, e_2)\) via la base canonique de \(\mathbb{R}^4\). Essayer d'ajouter \((1\,;\,0\,;\,0\,;\,0)\) : la famille \(\bigl((1\,;\,-1\,;\,0\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1\,;\,1), (1\,;\,0\,;\,0\,;\,0)\bigr)\) est libre (vérification système : \(\alpha(1\,;\,-1\,;\,0\,;\,0) + \beta(0\,;\,0\,;\,1\,;\,1) + \gamma(1\,;\,0\,;\,0\,;\,0) = 0\) donne \(\alpha + \gamma = 0\), \(-\alpha = 0\), \(\beta = 0\), \(\beta = 0\), donc \(\alpha = \beta = \gamma = 0\)). On garde. Essayer \((0\,;\,0\,;\,1\,;\,0)\) : la famille \(\bigl(e_1, e_2, (1\,;\,0\,;\,0\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1\,;\,0)\bigr)\) dans \(\mathbb{R}^4\) a \(4 = \dim \mathbb{R}^4\) vecteurs ; vérification de la liberté (\(\delta (0\,;\,0\,;\,1\,;\,0) + \cdots = 0\) mène à tous coefficients nuls en lisant les quatre coordonnées). Libre de cardinal \(4\), donc une base par la caractérisation des bases en dimension \(n\). Une base de \(\mathbb{R}^4\) adaptée à \(F\) : \(\bigl((1\,;\,-1\,;\,0\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1\,;\,1), (1\,;\,0\,;\,0\,;\,0), (0\,;\,0\,;\,1\,;\,0)\bigr)\).
Compétences à pratiquer
- Compléter une base de \(F\) en une base de \(E\)
- Écrire une base adaptée à une somme directe
IV
Application : dimensions des espaces de solutions usuels
Trois résultats exigés explicites relient la théorie de la dimension aux équations différentielles et aux suites récurrentes linéaires. La démonstration complète de chaque résultat vit dans le chapitre d'analyse correspondant ; ici on énonce les dimensions et on admet les démonstrations à ce stade. Principe unificateur : une équation d'« ordre \(k\) » nécessite \(k\) conditions initiales pour fixer une solution ; l'espace des solutions est de dimension \(k\).
IV.1
Équation différentielle linéaire homogène d'ordre 1
Proposition — Équation différentielle d'ordre 1
Soient \(I\) un intervalle de \(\mathbb{R}\), \(a : I \to \mathbb{R}\) continue, et fixons \(x_0 \in I\). L'ensemble des solutions \(y : I \to \mathbb{R}\) de l'équation différentielle linéaire homogène $$ y' + a(x) y = 0 $$ est un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension \(1\) : toute solution s'écrit \(y = \lambda y_0\) où \(y_0(x) = \exp\bigl(-\int_{x_0}^x a(t)\,dt\bigr)\) est une solution particulière non nulle et \(\lambda \in \mathbb{R}\).
Admise ici, démontrée dans Équations différentielles.
Compétences à pratiquer
- Calculer la dimension d'un espace de solutions
IV.2
Équation différentielle linéaire d'ordre 2 à coefficients constants
Proposition — Équation différentielle d'ordre 2 à coefficients constants
Soient \(p, q \in \mathbb{R}\). L'ensemble des solutions \(y : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\) de l'équation différentielle linéaire homogène $$ y'' + p y' + q y = 0 $$ est un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension \(2\).
Admise ici, démontrée dans Équations différentielles.
Exemple
L'espace des solutions de \(y'' + y = 0\) sur \(\mathbb{R}\) est un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension \(2\) (proposition de l'EDL d'ordre \(2\) avec \(p = 0\), \(q = 1\)). Il contient \(\cos\) et \(\sin\) ; la famille \((\cos, \sin)\) est libre (évaluer en \(0\) et \(\pi/2\)), donc par la caractérisation des bases en dimension \(n\) c'est une base. Toute solution s'écrit \(y(x) = \alpha \cos x + \beta \sin x\) avec \(\alpha, \beta \in \mathbb{R}\). Compétences à pratiquer
- Calculer la dimension d'un espace de solutions
IV.3
Suites récurrentes linéaires d'ordre 2
Proposition — Récurrence linéaire d'ordre 2
Pour tous \(a, b \in \mathbb{R}\), l'ensemble des suites \((u_n) \in \mathbb{R}^\mathbb{N}\) satisfaisant $$ \forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+2} = a u_{n+1} + b u_n $$ est un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension \(2\). Aucune condition sur \(a, b\) n'est requise : le couple initial \((u_0, u_1) \in \mathbb{R}^2\) est arbitraire et détermine uniquement la suite par la récurrence.
Admise ici, démontrée dans Suites récurrentes.
Exemple
L'espace des suites \((u_n) \in \mathbb{R}^\mathbb{N}\) satisfaisant \(u_{n+2} = u_{n+1} + u_n\) (récurrence à la Fibonacci) est un \(\mathbb{R}\)-espace vectoriel de dimension \(2\) (proposition de la dimension d'une récurrence linéaire avec \(a = b = 1\)). En posant \(\phi = (1 + \sqrt{5})/2\) et \(\psi = (1 - \sqrt{5})/2\) (racines de \(X^2 - X - 1\)), les suites \((\phi^n)_{n \in \mathbb{N}}\) et \((\psi^n)_{n \in \mathbb{N}}\) vérifient la récurrence (l'équation caractéristique \(X^2 = X + 1\) est satisfaite par \(\phi\) et \(\psi\)). Elles sont libres : si \(\alpha \phi^n + \beta \psi^n = 0\) pour tout \(n \in \mathbb{N}\), évaluons en \(n = 0\) et \(n = 1\) : $$ \begin{cases} \alpha + \beta = 0, \\
\alpha \phi + \beta \psi = 0. \end{cases} $$ De la première : \(\beta = -\alpha\) ; en substituant dans la seconde : \(\alpha (\phi - \psi) = 0\). Comme \(\phi - \psi = \sqrt{5} \ne 0\), \(\alpha = 0\), puis \(\beta = 0\). Donc la famille est libre ; par la caractérisation des bases en dimension~\(2\), c'est une base. Toute solution s'écrit \(u_n = \alpha \phi^n + \beta \psi^n\). Méthode
Lecture de la dimension d'un espace de solutions linéaire homogène : compter le nombre de conditions initiales nécessaires pour fixer une solution. Une équation différentielle d'ordre \(k\) nécessite \(k\) conditions initiales (les valeurs \(y(x_0), y'(x_0), \ldots, y^{(k-1)}(x_0)\)) ; l'espace des solutions est de dimension \(k\). Idem pour les suites récurrentes linéaires d'ordre \(k\) (le \(k\)-uplet initial \((u_0, \ldots, u_{k-1})\)). Compétences à pratiquer
- Calculer la dimension d'un espace de solutions
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