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Relations binaires

⌚ ~35 min ▢ 4 blocs ✓ 13 exercices Prérequis : Ensembles
Une relation binaire sur un ensemble \(E\) est la manière la plus générale d'exprimer un lien entre deux éléments de \(E\) : une règle qui décide, pour tout couple \((x, y) \in E \times E\), si \(x\) est « en relation avec » \(y\) ou non. L'ordre \(\le\) sur \(\mathbb{R}\), l'égalité \(=\) sur tout ensemble, l'inclusion \(\subset\) sur \(\mathcal{P}(E)\) et la divisibilité \(\mid\) sur \(\mathbb{N}\) sont des relations binaires.

Une telle relation peut posséder quatre propriétés structurelles : réflexivité, symétrie, anti\-symétrie et transitivité. Ces quatre mots forment le vocabulaire nécessaire pour dégager l'objet central de ce chapitre, les relations d'ordre (réflexive + antisymétrique + transitive) : elles hiérarchisent les éléments et permettent de parler de « plus petit » et « plus grand », généralisant \(\le\) sur \(\mathbb{R}\). Un ordre peut être total (deux éléments quelconques se comparent, comme \(\le\) sur \(\mathbb{R}\)) ou partiel (certains éléments sont incomparables, comme \(\subset\) sur \(\mathcal{P}(E)\) ou la divisibilité sur \(\mathbb{N}\)), et les diagrammes de Hasse visualisent les ordres partiels avec netteté. En chemin on rencontre une autre relation utile : la congruence modulo \(\alpha\) sur \(\mathbb{R}\), dont le cas \(\alpha = 2\pi\) formalise « les angles modulo un tour ».
I Relations binaires et leurs propriétés
Définition — Relation binaire et ses propriétés
Une relation binaire \(\mathcal{R}\) sur un ensemble \(E\) associe, à chaque couple \((x, y) \in E \times E\), la réponse « oui » ou « non » à la question « \(x\) est-il en relation avec \(y\) ? ». On écrit \(x \, \mathcal{R} \, y\) lorsque la réponse est oui. Formellement, \(\mathcal{R}\) est donnée par son graphe, la partie \(\{(x, y) \in E \times E \mid x \, \mathcal{R} \, y\}\) de \(E \times E\). Une telle relation peut posséder les propriétés suivantes :
  • réflexive : \(\forall x \in E, \ x \, \mathcal{R} \, x\) ;
  • symétrique : \(\forall (x, y) \in E^2, \ x \, \mathcal{R} \, y \implies y \, \mathcal{R} \, x\) ;
  • antisymétrique : \(\forall (x, y) \in E^2, \ (x \, \mathcal{R} \, y \text{ et } y \, \mathcal{R} \, x) \implies x = y\) ;
  • transitive : \(\forall (x, y, z) \in E^3, \ (x \, \mathcal{R} \, y \text{ et } y \, \mathcal{R} \, z) \implies x \, \mathcal{R} \, z\).
Ces quatre propriétés constituent le vocabulaire qui sert ci-dessous à définir les relations d'ordre.
Exemple
  • L'égalité \(=\) sur n'importe quel ensemble \(E\) est réflexive, symétrique, antisymétrique, transitive.
  • L'ordre \(\le\) sur \(\mathbb{R}\) est réflexif, antisymétrique, transitif (pas symétrique : \(1 \le 2\) mais \(2 \not\le 1\)).
  • L'ordre strict \(<\) sur \(\mathbb{R}\) est antisymétrique et transitif mais pas réflexif (\(1 \not< 1\)).
  • La divisibilité \(\mid\) sur \(\mathbb{N}\) est réflexive, transitive, antisymétrique. Sur \(\mathbb{Z}\), elle n'est plus antisymétrique : \(2 \mid -2\) et \(-2 \mid 2\) mais \(2 \ne -2\).
  • « Avoir la même parité que » sur \(\mathbb{N}\) est réflexive, symétrique, transitive (pas antisymétrique : \(2\) et \(4\) sont en relation, mais \(2 \ne 4\)).
Compétences à pratiquer
  • Tester les quatre propriétés fondamentales
II Congruences dans \(\mathbb{R}\) et \(\mathbb{Z}\)
La relation de congruence est une manière familière d'identifier deux nombres qui « coïncident à un pas fixé près ». Sur \(\mathbb{R}\), la congruence modulo \(\alpha\) relie deux réels dont la différence est un multiple entier de \(\alpha\) ; le cas \(\alpha = 2\pi\) est la formalisation standard des « angles modulo un tour », constamment utilisée en trigonométrie. La même idée sur \(\mathbb{Z}\) donne la congruence modulo \(n\), qui relie les entiers ayant le même reste dans la division par \(n\).
Définition — Congruence modulo
  • Pour \(\alpha \in \mathbb{R}_+^*\), la congruence modulo \(\alpha\) sur \(\mathbb{R}\) est définie par $$ x \equiv y \pmod \alpha \iff \exists k \in \mathbb{Z}, \ x - y = k \alpha. $$ Le cas le plus utilisé est \(\alpha = 2\pi\), noté \(x \equiv y \, [2\pi]\).
  • Pour \(n \in \mathbb{N}^*\), la congruence modulo \(n\) sur \(\mathbb{Z}\) est définie par $$ x \equiv y \pmod n \iff \exists k \in \mathbb{Z}, \ x - y = k n. $$
Dans les deux cas la relation est réflexive, symétrique et transitive : elle se comporte comme une « égalité à un multiple de \(\alpha\) (resp. \(n\)) près ».
Exemple
  • Dans \(\mathbb{R}\) modulo \(2\pi\), la congruence est l'identité trigonométrique « même angle modulo un tour ». Pour tous réels \(x, y\), \(\cos x = \cos y\) et \(\sin x = \sin y\) si et seulement si \(x \equiv y \pmod {2\pi}\). Par exemple \(\dfrac{\pi}{3} \equiv \dfrac{7\pi}{3} \pmod{2\pi}\).
  • La congruence modulo \(1\) sur \(\mathbb{R}\) est « avoir la même partie fractionnaire » : \(x \equiv y \pmod 1 \iff x - y \in \mathbb{Z}\).
  • Dans \(\mathbb{Z}\) modulo \(5\) : \(7 \equiv 2 \pmod 5\), \(-3 \equiv 2 \pmod 5\) et \(0 \equiv 5 \equiv 10 \pmod 5\), car les différences (\(5\), \(-5\), \(5\), \(10\)) sont toutes multiples de \(5\).
Compétences à pratiquer
  • Calculer dans \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\)
III Relations d'ordre
L'autre grande famille est celle des relations d'ordre. Où l'équivalence capture « l'identification », l'ordre capture la hiérarchie : plus petit, plus grand, avant, après. Les trois axiomes (réflexive, antisymétrique, transitive) découpent la combinaison juste : tout \(x\) se compare à lui-même ; si \(x \preccurlyeq y\) et \(y \preccurlyeq x\) alors \(x = y\) (pas d'égalités entre éléments distincts) ; les chaînes de comparaison se composent. Deux variantes coexistent --- total (deux éléments quelconques se comparent, comme \(\le\) sur \(\mathbb{R}\)) et partiel (certains éléments sont incomparables, comme \(\subset\) sur \(\mathcal{P}(E)\) ou la divisibilité sur \(\mathbb{N}\)). Les diagrammes de Hasse sont la visualisation canonique des ordres partiels.
Définition — Relation d'ordre
Une relation binaire \(\preccurlyeq\) sur \(E\) est une relation d'ordre (ou ordre) si elle est réflexive, antisymétrique et transitive. Le couple \((E, \preccurlyeq)\) est alors appelé ensemble ordonné. Les relations d'ordre sont notées typiquement \(\le\), \(\preccurlyeq\), \(\sqsubseteq\).
Définition — Ordre total\(\virgule\) ordre partiel
Soit \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné. Deux éléments \(x, y \in E\) sont comparables si \(x \preccurlyeq y\) ou \(y \preccurlyeq x\). L'ordre \(\preccurlyeq\) est :
  • total si deux éléments quelconques de \(E\) sont comparables : \(\forall (x, y) \in E^2, \ x \preccurlyeq y \text{ ou } y \preccurlyeq x\) ;
  • partiel dans le cas contraire (il existe des éléments incomparables).
Exemple
  • \((\mathbb{R}, \le)\), \((\mathbb{Q}, \le)\), \((\mathbb{Z}, \le)\), \((\mathbb{N}, \le)\) sont totalement ordonnés : la droite réelle est une unique ligne, aucun réel n'est incomparable à un autre.
  • \((\mathcal{P}(E), \subset)\) est partiellement ordonné dès que \(|E| \ge 2\) : pour \(a \ne b\) dans \(E\), \(\{a\}\) et \(\{b\}\) sont incomparables (aucun n'est inclus dans l'autre).
  • \((\mathbb{N}, \mid)\) (divisibilité) est partiellement ordonné : \(2\) et \(3\) sont incomparables.
Un ordre partiel se visualise par un diagramme de Hasse : les n\oe{}uds sont les éléments, les arêtes vont vers le haut de \(x\) à \(y\) lorsque \(x \preccurlyeq y\) sans élément strictement entre eux.
Le diagramme de Hasse de \((\mathcal{P}(\{1, 2, 3\}), \subset)\). Les paires \(\{1\}, \{2\}, \{3\}\) sont deux à deux incomparables : c'est la nature « partielle » de l'ordre.
Exemple
Un autre ordre partiel : la divisibilité sur les diviseurs de \(12\). L'ensemble \(D_{12} = \{1, 2, 3, 4, 6, 12\}\) muni de \(\mid\) a le diagramme de Hasse ci-dessous.
Lecture du diagramme : \(2 \mid 4\) et \(2 \mid 6\), mais \(4\) et \(6\) sont incomparables (aucun ne divise l'autre). Le plus petit élément est \(1\), le plus grand est \(12\).
Définition — Plus grand\(\virgule\) plus petit élément
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné, \(A \subset E\) et \(a \in A\).
  • \(a\) est le plus grand élément de \(A\) si \(\forall x \in A, \ x \preccurlyeq a\). Lorsqu'il existe, il est unique et noté \(\max(A)\).
  • \(a\) est le plus petit élément de \(A\) si \(\forall x \in A, \ a \preccurlyeq x\). Lorsqu'il existe, il est unique et noté \(\min(A)\).
L'existence n'est pas garantie : \(\mathopen{]}0, 1[\) n'a ni plus grand ni plus petit élément dans \((\mathbb{R}, \le)\). L'unicité découle de l'antisymétrie : si \(a, b\) sont tous deux plus grands éléments, alors \(a \preccurlyeq b\) et \(b \preccurlyeq a\), donc \(a = b\).
Définition — Majorant\(\virgule\) minorant
Soient \((E, \preccurlyeq)\) un ensemble ordonné et \(A \subset E\). Un élément \(m \in E\) est :
  • un majorant de \(A\) si \(\forall x \in A, \ x \preccurlyeq m\) ;
  • un minorant de \(A\) si \(\forall x \in A, \ m \preccurlyeq x\).
\(A\) est majoré s'il admet au moins un majorant, minoré s'il admet au moins un minorant, borné si les deux. Le plus grand élément de \(A\), lorsqu'il existe, est l'unique majorant de \(A\) qui appartient à \(A\).
Exemple
Dans \((\mathbb{R}, \le)\) :
  • \(A = [0, 1]\). Majorants : \([1, +\infty[\). Minorants : \(\mathopen{]}-\infty, 0]\). Plus grand élément : \(1\). Plus petit élément : \(0\).
  • \(A = \mathopen{]}0, 1\mathclose{[}\). Majorants : \([1, +\infty[\). Minorants : \(\mathopen{]}-\infty, 0]\). Aucun plus grand élément, aucun plus petit élément (les bornes \(0, 1\) ne sont pas dans \(A\)).
  • \(A = \mathbb{N}\). Minorants : \(\mathopen{]}-\infty, 0]\). Aucun majorant (tout réel est dépassé par un entier).
Dans \((\mathcal{P}(\{1,2,3\}), \subset)\), l'ensemble entier \(\{1,2,3\}\) est le plus grand élément et \(\emptyset\) le plus petit.
Compétences à pratiquer
  • Reconnaître ordres partiels et totaux
  • Déterminer max\(\virgule\) min\(\virgule\) bornes