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CommeUnJeu · L1 MPSI

Sommes, produits et coefficients binomiaux

⌚ ~91 min ▢ 11 blocs ✓ 39 exercices Prérequis : Logique, Formule du binôme de Newton
Ce chapitre est un atelier. On n'y introduit pas une théorie profonde ; on y muscle les outils de calcul nécessaires à tous les chapitres qui suivent. Trois outils s'aiguisent ici. Sommes (avec la notation compacte \(\sum\)) : comment les manipuler, changement d'indice, simplification télescopique, sommes doubles. Produits et factorielle (avec \(\prod\)) : comment fonctionne l'analogue multiplicatif, la factorielle \(n!\), les produits télescopiques. Coefficients binomiaux : \(\binom{n}{p}\), le triangle de Pascal, et la fameuse formule \((a+b)^n\).
Le plan se déroule en trois mouvements, chacun indépendant des autres, chacun court. On ira vite sur ce que les étudiants ont déjà rencontré au lycée (factorielles, binôme pour les petits \(n\)) ; on prendra son temps sur le matériel vraiment nouveau (sommes télescopiques, sommes doubles, formule du binôme). De nombreuses démonstrations de ce chapitre se font par récurrence sur \(n\), ou par manipulation soignée d'indices --- techniques maîtrisées au chapitre de logique ; on les applique ici. Le chapitre compagnon Propriétés de \(\mathbb{R}\) (côté Analyse) traite le versant ordonné : inégalités, valeur absolue, partie entière, borne supérieure/inférieure. Convention pédagogique. Pour clarifier une identité avec \(\sum\), on écrira parfois la forme formelle et la forme développée (termes écrits avec des \texttt{+}) sur deux lignes consécutives, afin que le lecteur voie à quoi ressemble chaque terme.
I Sommes
La notation \(\sum\) est un raccourci : elle abrège une somme qu'il serait pénible d'écrire en extension. On commence par poser ses règles : comment fonctionne l'indice muet, comment éclater une somme ou décaler l'indice, comment deux termes consécutifs se télescopent. Les cinq sous-sections de cette section exercent ces mécaniques sur des exemples classiques ; les chapitres ultérieurs s'en serviront partout.
I.1 Notation sigma
Étant donné une liste finie de réels \(a_m, a_{m+1}, \dots, a_n\), leur somme \(a_m + a_{m+1} + \dots + a_n\) se note \(\sum_{k=m}^{n} a_k\). La variable \(k\) est un indice muet : elle parcourt les entiers de \(m\) à \(n\) (inclus), et la valeur de la somme ne dépend pas du nom de la lettre (\(k\), \(i\), \(j\), \(\ell\) donnent la même somme). Deux règles élémentaires régissent l'interaction de \(\sum\) avec l'addition et la multiplication par un scalaire.
Définition — Notation sigma
Pour \(m, n \in \mathbb{Z}\) et \((a_k)\) une famille de réels indexée par les entiers, la somme \(\sum_{k=m}^{n} a_k\) est définie comme suit.
  • Si \(m \le n\) : $$ \sum_{k=m}^{n} a_k = a_m + a_{m+1} + \dots + a_n. $$
  • Si \(m > n\) (cas de la somme vide) : $$ \sum_{k=m}^{n} a_k = 0. $$
Exemple
\(\sum_{k=1}^{5} k = 1 + 2 + 3 + 4 + 5 = 15\).
Proposition — Linéarité de \(\sum\)
Pour \(m, n \in \mathbb{Z}\) avec \(m \le n\), \(\lambda, \mu \in \mathbb{R}\), et \((a_k)_{m \le k \le n}\), \((b_k)_{m \le k \le n}\) deux familles finies de réels : $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=m}^{n} (\lambda a_k + \mu b_k) &= \lambda \sum_{k=m}^{n} a_k + \mu \sum_{k=m}^{n} b_k \\ (\lambda a_m + \mu b_m) + \dots + (\lambda a_n + \mu b_n) &= \lambda(a_m + \dots + a_n) + \mu(b_m + \dots + b_n). \end{aligned}} $$ En particulier, \(\sum (a_k + b_k) = \sum a_k + \sum b_k\) et \(\sum \lambda a_k = \lambda \sum a_k\).
Proposition — Découpage et relation de Chasles
Pour \(m, p, n \in \mathbb{Z}\) avec \(m \le p < n\), et \((a_k)_{m \le k \le n}\) une famille finie de réels : $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=m}^{n} a_k &= \sum_{k=m}^{p} a_k + \sum_{k=p+1}^{n} a_k \\ a_m + \dots + a_n &= (a_m + \dots + a_p) + (a_{p+1} + \dots + a_n). \end{aligned}} $$
Compétences à pratiquer
  • Lire et évaluer une somme avec \(\sum\)
I.2 Changement d'indice
L'indice muet peut être renommé (il reste un entier) ou décalé par une transformation additive ou symétrique. Deux changements d'indice sont omniprésents : le décalage \(j = k - p\) (renumérotation par \(p\)) et la réflexion \(j = n - k\) (compter en sens inverse). Chacun préserve la somme --- il ne fait que reformuler les bornes.
Proposition — Changement d'indice
Soient \(m \le n\) deux entiers (l'ensemble d'indices \(\{m, m+1, \dots, n\}\) est donc non vide).
  • Décalage : pour \(p \in \mathbb{Z}\), avec \(j = k - p\) $$ \textcolor{colorprop}{\sum_{k=m}^{n} a_k = \sum_{j=m-p}^{n-p} a_{j+p}}. $$
  • Réflexion : avec \(j = n - k\) (soit \(k = n - j\)), qui ramène la borne inférieure à \(0\), $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=m}^{n} a_k &= \sum_{j=0}^{n-m} a_{n-j} \\ a_m + a_{m+1} + \dots + a_{n-1} + a_n &= a_n + a_{n-1} + \dots + a_{m+1} + a_m \end{aligned}} $$ ou, de façon équivalente, sous la forme qui préserve les bornes, avec \(j = n + m - k\) (soit \(k = n + m - j\)), $$ \textcolor{colorprop}{ \sum_{k=m}^{n} a_k = \sum_{j=m}^{n} a_{n+m-j} } $$ qui laisse les bornes initiales \(m\) et \(n\) inchangées.
Exemple
Réécrire \(\sum_{k=3}^{n+3} k^2\) avec un indice de sommation commençant à \(0\).

Posons \(j = k - 3\). Alors \(k = j + 3\), et lorsque \(k\) parcourt \(3\) à \(n+3\), \(j\) parcourt \(0\) à \(n\). D'où $$ \sum_{k=3}^{n+3} k^2 = \sum_{j=0}^{n} (j+3)^2 = \sum_{j=0}^{n} (j^2 + 6j + 9). $$

Exemple
Montrer que \(\sum_{k=0}^{n} a_k = \sum_{k=0}^{n} a_{n-k}\).

On applique la réflexion \(j = n - k\) : \(k = n - j\), et lorsque \(k\) parcourt \(0\) à \(n\), \(j\) parcourt \(n\) à \(0\), donc \(j\) prend les mêmes valeurs que \(k\). D'où $$ \sum_{k=0}^{n} a_k = \sum_{j=0}^{n} a_{n-j} = \sum_{k=0}^{n} a_{n-k} $$ (la dernière égalité renomme l'indice muet en \(k\)).

Compétences à pratiquer
  • Translater et réfléchir un indice
I.3 Sommes classiques
Quatre sommes doivent être au bout des doigts : la somme des premiers entiers, la somme de leurs carrés, la somme de leurs cubes, et la somme géométrique. Et une factorisation, duale algébrique de la somme géométrique : \(a^n - b^n\). Ces cinq formules sous-tendent tout calcul ultérieur.
Theorem — Sommes classiques
Pour \(n \in \mathbb{N}\) :
  • Somme des entiers. $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=0}^{n} k &= \frac{n(n+1)}{2} \\ 1 + 2 + 3 + \dots + n &= \frac{n(n+1)}{2}. \end{aligned}} $$
  • Somme des carrés. $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=0}^{n} k^2 &= \frac{n(n+1)(2n+1)}{6} \\ 1^2 + 2^2 + 3^2 + \dots + n^2 &= \frac{n(n+1)(2n+1)}{6}. \end{aligned}} $$
  • Somme des cubes. $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=0}^{n} k^3 &= \left(\frac{n(n+1)}{2}\right)^2 \\ 1^3 + 2^3 + 3^3 + \dots + n^3 &= \left(\frac{n(n+1)}{2}\right)^2. \end{aligned}} $$
Somme géométrique. Pour \(x \in \mathbb{R}\) avec \(x \ne 1\) et \(n \in \mathbb{N}\) : $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=0}^{n} x^k &= \frac{1 - x^{n+1}}{1 - x} = \frac{x^{n+1} - 1}{x - 1} \\ 1 + x + x^2 + \dots + x^n &= \frac{1 - x^{n+1}}{1 - x}. \end{aligned}} $$ Pour \(x = 1\) : \(\sum_{k=0}^{n} 1 = n+1\).

Les démonstrations utilisent deux idées récurrentes : le changement d'indice (pour la somme des entiers) et le télescopage d'une différence \(u_{k+1} - u_k\) suivi du développement polynomial (pour les sommes des carrés et des cubes, et pour la somme géométrique). On utilise ici le télescopage par anticipation : il est énoncé et démontré en détail dans la Proposition de télescopage de la sous-section suivante (Sommes télescopiques ci-dessous) ; on n'invoque ici que sa conclusion \(\sum_{k=m}^{n}(u_{k+1}-u_k) = u_{n+1} - u_m\).
  • Somme des entiers --- changement d'indice. Soit \(S = \sum_{i=0}^{n} i\). Avec le changement d'indice \(i \mapsto n - i\), la même somme s'écrit aussi \(S = \sum_{i=0}^{n} (n - i)\). Additionnons les deux expressions de \(S\) : $$ \begin{aligned} 2S &= \sum_{i=0}^{n} i + \sum_{i=0}^{n} (n - i) \\ &= \sum_{i=0}^{n} \big(i + (n - i)\big) && \text{(linéarité)} \\ &= \sum_{i=0}^{n} n && \text{(simplification : } i + (n-i) = n\text{)} \\ &= n \sum_{i=0}^{n} 1 && \text{(linéarité)} \\ &= n (n+1) && \text{(} \sum_{i=0}^{n} 1 = n+1 \text{)}. \end{aligned} $$ D'où \(\displaystyle\sum_{k=0}^{n} k = \frac{n(n+1)}{2}\).
  • Somme des carrés --- télescopage avec les cubes. On applique le télescopage à \(u_k = k^3\) et on enchaîne les opérations : $$ \begin{aligned} \sum_{k=0}^{n} \big((k+1)^3 - k^3\big) &= (n+1)^3 && \text{(télescopage, } u_k = k^3 \text{)} \\ \sum_{k=0}^{n} (3k^2 + 3k + 1) &= (n+1)^3 && \text{(développer } (k+1)^3 - k^3\text{)} \\ 3 \sum_{k=0}^{n} k^2 + 3 \sum_{k=0}^{n} k + \sum_{k=0}^{n} 1 &= (n+1)^3 && \text{(linéarité)} \\ 3 \sum_{k=0}^{n} k^2 + 3 \cdot \frac{n(n+1)}{2} + (n+1) &= (n+1)^3 && \text{(sommes connues)} \\ 3 \sum_{k=0}^{n} k^2 &= (n+1)^3 - \frac{3n(n+1)}{2} - (n+1) && \text{(isolation)} \\ 6 \sum_{k=0}^{n} k^2 &= 2(n+1)^3 - 3n(n+1) - 2(n+1) && \text{(}\times 2\text{)} \\ 6 \sum_{k=0}^{n} k^2 &= (n+1)\big[2(n+1)^2 - 3n - 2\big] && \text{(factoriser } (n+1) \text{)} \\ 6 \sum_{k=0}^{n} k^2 &= (n+1)\big[2n^2 + 4n + 2 - 3n - 2\big] && \text{(développer } 2(n+1)^2 = 2n^2 + 4n + 2 \text{)} \\ 6 \sum_{k=0}^{n} k^2 &= (n+1)(2n^2 + n) && \text{(regrouper les termes du crochet)} \\ 6 \sum_{k=0}^{n} k^2 &= n(n+1)(2n+1) && \text{(factoriser } n \text{).} \end{aligned} $$ D'où \(\displaystyle\sum_{k=0}^{n} k^2 = \frac{n(n+1)(2n+1)}{6}\).
  • Somme des cubes --- même astuce avec \((k+1)^4 - k^4\). On applique le télescopage à \(u_k = k^4\), on développe \((k+1)^4 - k^4 = 4k^3 + 6k^2 + 4k + 1\), et on réutilise \(\sum k\) et \(\sum k^2\) : $$ \begin{aligned} \sum_{k=0}^{n} \big((k+1)^4 - k^4\big) &= (n+1)^4 && \text{\doublecolumnscriptsize (télescopage, } u_k = k^4 \text{)} \\ \sum_{k=0}^{n} (4k^3 + 6k^2 + 4k + 1) &= (n+1)^4 && \text{\doublecolumnscriptsize (développement)} \\ 4 \sum k^3 + 6 \sum k^2 + 4 \sum k + \sum 1 &= (n+1)^4 && \text{\doublecolumnscriptsize (linéarité)} \\ 4 \sum k^3 + n(n+1)(2n+1) \\ \quad + 2n(n+1) + (n+1) &= (n+1)^4 && \text{\doublecolumnscriptsize (sommes connues)} \\ 4 \sum k^3 &= (n+1)^4 - n(n+1)(2n+1) \\ &\quad - 2n(n+1) - (n+1) && \text{\doublecolumnscriptsize (isolation)} \\ 4 \sum k^3 &= (n+1)\big[(n+1)^3 - n(2n+1) - 2n - 1\big] && \text{\doublecolumnscriptsize (factoriser } (n+1) \text{)} \\ 4 \sum k^3 &= (n+1)\big[n^3 + 3n^2 + 3n + 1 \\ &\quad - 2n^2 - n - 2n - 1\big] && \text{\doublecolumnscriptsize (développer } (n+1)^3, n(2n+1)\text{)} \\ 4 \sum k^3 &= (n+1)(n^3 + n^2) && \text{\doublecolumnscriptsize (regrouper les termes du crochet)} \\ 4 \sum k^3 &= n^2(n+1)^2 && \text{\doublecolumnscriptsize (factoriser } n^2 \text{).} \end{aligned} $$ D'où \(\displaystyle\sum_{k=0}^{n} k^3 = \left(\frac{n(n+1)}{2}\right)^2\).
  • Somme géométrique --- télescopage après multiplication par \((1-x)\). Pour \(x \ne 1\) : $$ \begin{aligned} (1 - x) \sum_{k=0}^{n} x^k &= \sum_{k=0}^{n} x^k - x \sum_{k=0}^{n} x^k && \text{(distribution)} \\ &= \sum_{k=0}^{n} x^k - \sum_{k=0}^{n} x^{k+1} && \text{(faire entrer dans la somme)} \\ &= \sum_{k=0}^{n} (x^k - x^{k+1}) && \text{(linéarité)} \\ &= x^0 - x^{n+1} && \text{(télescopage, } u_k = x^k \text{)} \\ &= 1 - x^{n+1}. \end{aligned} $$ On divise par \(1 - x\) : \(\displaystyle\sum_{k=0}^{n} x^k = \frac{1 - x^{n+1}}{1 - x}\).

Exemple
Calculer \(\displaystyle \sum_{k=1}^{100} k\).

\(\sum_{k=1}^{100} k = 100 \cdot 101 / 2 = 5050\).

Exemple
Calculer \(\displaystyle \sum_{k=0}^{n} 2^k\).

Somme géométrique avec \(x = 2\) : \(\sum_{k=0}^{n} 2^k = (2^{n+1} - 1)/(2 - 1) = 2^{n+1} - 1\).

Proposition — Factorisation de \(a^n - b^n\)
Pour \(a, b \in \mathbb{R}\) et \(n \in \mathbb{N}^*\) : $$ \textcolor{colorprop}{a^n - b^n = (a - b)\sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^{k} = (a-b)(a^{n-1} + a^{n-2}b + \dots + a b^{n-2} + b^{n-1})}. $$

Posons \(u_k = a^{n-k} b^k\). La distribution de \((a - b)\) sur la somme produit une somme télescopique : $$ (a - b) \sum_{k=0}^{n-1} a^{n-1-k} b^k = \sum_{k=0}^{n-1} \big( a^{n-k} b^k - a^{n-1-k} b^{k+1} \big) = \sum_{k=0}^{n-1} (u_k - u_{k+1}) = u_0 - u_n = a^n - b^n. $$

Compétences à pratiquer
  • Reconnaître et appliquer les formules classiques
  • Combiner les sommes classiques par linéarité
I.4 Sommes télescopiques
Une somme télescopique est une somme de différences consécutives \(u_{k+1} - u_k\), dans laquelle tous les termes intermédiaires se simplifient deux à deux --- seuls les bords subsistent. L'astuce est de reconnaître quand un terme s'écrit comme une telle différence, car alors la somme entière s'effondre à deux termes.
Proposition — Somme télescopique
Pour toute suite \((u_k)\) et entiers \(m \le n\) : $$ \textcolor{colorprop}{\begin{aligned} \sum_{k=m}^{n} (u_{k+1} - u_k) &= u_{n+1} - u_m \\ (u_{m+1}-u_m) + (u_{m+2}-u_{m+1}) + \dots + (u_{n+1}-u_n) &= u_{n+1} - u_m \end{aligned}} $$

Trois perspectives sur le même résultat : deux démonstrations formelles et une visuelle.
  • Démonstration 1 --- récurrence sur \(n\) (avec \(m\) fixé). Initialisation. Pour \(n = m\), la somme se réduit à un seul terme : \(\sum_{k=m}^{m} (u_{k+1} - u_k) = u_{m+1} - u_m\), ce qui vaut \(u_{n+1} - u_m\) pour \(n=m\). \(\checkmark\) Hérédité. On suppose la formule au rang \(n\). Au rang \(n+1\) : $$ \begin{aligned} \sum_{k=m}^{n+1} (u_{k+1} - u_k) &= \sum_{k=m}^{n} (u_{k+1} - u_k) + (u_{n+2} - u_{n+1}) && \text{(Chasles, isoler le dernier terme)} \\ &= (u_{n+1} - u_m) + (u_{n+2} - u_{n+1}) && \text{(hypothèse de récurrence)} \\ &= u_{n+2} - u_m && \text{(simplification).} \end{aligned} $$ L'hérédité est établie ; le résultat suit pour tout \(n \ge m\).
  • Démonstration 2 --- changement d'indice. $$ \begin{aligned} \sum_{k=m}^{n} (u_{k+1} - u_k) &= \sum_{k=m}^{n} u_{k+1} - \sum_{k=m}^{n} u_k && \text{(linéarité)} \\ &= \sum_{j=m+1}^{n+1} u_j - \sum_{k=m}^{n} u_k && \text{(changement d'indice } j = k+1 \text{)} \\ &= u_{n+1} + \sum_{j=m+1}^{n} u_j - \sum_{k=m}^{n} u_k && \text{(Chasles, isoler } j=n+1\text{)} \\ &= u_{n+1} + \sum_{j=m+1}^{n} u_j - u_m - \sum_{k=m+1}^{n} u_k && \text{(Chasles, isoler } k=m\text{)} \\ &= u_{n+1} - u_m && \text{(les deux sommes intérieures sont égales --- indice muet).} \end{aligned} $$
  • Idée visuelle --- développer et regarder les termes se simplifier. En écrivant la somme terme à terme : $$ \sum_{k=m}^{n} (u_{k+1} - u_k) = (u_{m+1} - u_m) + (u_{m+2} - u_{m+1}) + \dots + (u_{n+1} - u_n). $$ Tout \(u_j\) avec \(m+1 \le j \le n\) apparaît exactement deux fois --- une fois avec un signe \(+\), une fois avec un signe \(-\) --- et les deux occurrences se compensent. Seuls \(-u_m\) au début et \(+u_{n+1}\) à la fin survivent : la somme se réduit à \(u_{n+1} - u_m\).

Exemple
Calculer \(\displaystyle \sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k(k+1)}\).

On décompose : \(\frac{1}{k(k+1)} = \frac{1}{k} - \frac{1}{k+1}\). En posant \(u_k = -\frac{1}{k}\), le terme général est \(u_{k+1} - u_k\). Par la formule télescopique $$ \sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k(k+1)} = u_{n+1} - u_1 = -\frac{1}{n+1} + 1 = \frac{n}{n+1}. $$

Exemple
Calculer \(\displaystyle \sum_{k=1}^{n} \ln\!\left(1 + \frac{1}{k}\right)\).

\(\ln(1 + 1/k) = \ln((k+1)/k) = \ln(k+1) - \ln(k)\). En posant \(u_k = \ln(k)\), le terme général est \(u_{k+1} - u_k\). D'où $$ \sum_{k=1}^{n} \ln\!\left(1 + \frac{1}{k}\right) = \ln(n+1) - \ln(1) = \ln(n+1). $$

Méthode — Reconnaître une somme télescopique
Repérer le motif \(u_{k+1} - u_k\) (différence d'un seul pas). Deux déclencheurs fréquents :
  • Fraction rationnelle \(\dfrac{1}{k(k+1)}\) : décomposition en éléments simples qui donne \(\dfrac{1}{k(k+1)} = \dfrac{1}{k} - \dfrac{1}{k+1}\), différence d'un pas avec \(u_k = -\dfrac{1}{k}\). (Pour des écarts plus larges \(\dfrac{1}{k(k+a)}\) avec \(a \ge 2\), la décomposition donne une différence à \(a\) pas --- traité dans le « pour aller plus loin » des exercices.)
  • Logarithme d'un rapport : \(\ln\!\big(f(k+1)/f(k)\big) = \ln f(k+1) - \ln f(k)\).
Une fois le terme général reconnu sous la forme \(u_{k+1} - u_k\), la formule effondre la somme à deux termes : \(u_{n+1} - u_m\).
Compétences à pratiquer
  • Décomposer puis télescoper
I.5 Sommes doubles
Une somme double \(\sum_{i,j}\) parcourt un rectangle (ou un triangle) de couples \((i \,;\, j)\). Trois simplifications : quand le rectangle est plein et que le terme général se factorise, la somme est un produit de deux sommes simples ; on peut permuter l'ordre des sommations (Fubini pour les sommes) ; pour les triangles, on échange les rôles des variables interne et externe.
Proposition — Identités sur les sommes doubles
  • Permutation (Fubini) : $$ \textcolor{colorprop}{\sum_{i=m}^{n} \sum_{j=p}^{q} a_{i,j} = \sum_{j=p}^{q} \sum_{i=m}^{n} a_{i,j}}. $$
  • Factorisation (terme séparable) : si \(a_{i,j} = b_i c_j\) $$ \textcolor{colorprop}{\sum_{i=m}^{n} \sum_{j=p}^{q} b_i c_j = \left(\sum_{i=m}^{n} b_i\right)\!\left(\sum_{j=p}^{q} c_j\right)}. $$
  • Triangle : échange interne/externe : $$ \textcolor{colorprop}{\sum_{1 \le i \le j \le n} a_{i,j} = \sum_{j=1}^{n} \sum_{i=1}^{j} a_{i,j} = \sum_{i=1}^{n} \sum_{j=i}^{n} a_{i,j}}. $$

Les trois identités reposent toutes sur la commutativité et l'associativité de l'addition sur \(\mathbb{R}\) --- qui permettent de réordonner une somme finie librement --- combinées à la linéarité de \(\sum\).
  • Permutation (Fubini) --- développer et re-collecter. La somme double rectangulaire énumère chaque case \((i,j)\) du rectangle d'indices \((n - m + 1) \times (q - p + 1)\) exactement une fois. Les deux imbrications listent les mêmes cases ; les sommes finies des mêmes nombres sont égales : $$ \sum_{i=m}^{n} \sum_{j=p}^{q} a_{i,j} = \sum_{\substack{m \le i \le n \\ p \le j \le q}} a_{i,j} = \sum_{j=p}^{q} \sum_{i=m}^{n} a_{i,j}. $$
  • Factorisation (terme séparable). Fixons \(i\) dans la somme interne et appliquons la linéarité (\(b_i\) est constant par rapport à \(j\)) : $$ \begin{aligned} \sum_{i=m}^{n} \sum_{j=p}^{q} b_i c_j &= \sum_{i=m}^{n} \left[ b_i \sum_{j=p}^{q} c_j \right] && \text{(linéarité, } b_i \text{ ne dépend pas de } j\text{)} \\ &= \left(\sum_{j=p}^{q} c_j\right) \sum_{i=m}^{n} b_i && \text{(linéarité, le facteur entre parenthèses ne dépend pas de } i\text{)} \\ &= \left(\sum_{i=m}^{n} b_i\right) \left(\sum_{j=p}^{q} c_j\right). \end{aligned} $$
  • Triangle : échange interne/externe. L'ensemble \(\{(i,j) : 1 \le i \le j \le n\}\) se partitionne de deux manières équivalentes :
    • en ordonnant sur \(j\) à l'extérieur : pour chaque \(j \in \{1, \dots, n\}\), l'indice interne \(i\) parcourt \(\{1, \dots, j\}\), donnant \(\sum_{j=1}^{n} \sum_{i=1}^{j} a_{i,j}\) ;
    • en ordonnant sur \(i\) à l'extérieur : pour chaque \(i \in \{1, \dots, n\}\), l'indice interne \(j\) parcourt \(\{i, \dots, n\}\), donnant \(\sum_{i=1}^{n} \sum_{j=i}^{n} a_{i,j}\).
    Les deux partitions énumèrent chaque couple \((i,j)\) avec \(1 \le i \le j \le n\) exactement une fois, donc les deux sommes doubles sont égales à \(\sum_{1 \le i \le j \le n} a_{i,j}\).

Exemple
Calculer \(\displaystyle \sum_{i=1}^{n} \sum_{j=1}^{n} ij\).

Le terme \(ij\) se sépare. Factorisation : $$ \sum_{i=1}^{n} \sum_{j=1}^{n} ij = \left(\sum_{i=1}^{n} i\right)\!\left(\sum_{j=1}^{n} j\right) = \left(\frac{n(n+1)}{2}\right)^2. $$

Exemple
Calculer \(\displaystyle \sum_{1 \le i \le j \le n} 1\).

Triangle des couples \((i \,;\, j)\) avec \(1 \le i \le j \le n\). Somme de \(1\) sur ce triangle = nombre de couples = \(n(n+1)/2\). Vérification en ordonnant sur \(j\) : \(\sum_{j=1}^{n} \sum_{i=1}^{j} 1 = \sum_{j=1}^{n} j = n(n+1)/2\).

Méthode — Calculer une somme double
Trois réflexes, dans cet ordre :
  • Terme séparable : si \(a_{i,j} = b_i c_j\), on factorise \(\sum_{i,j} b_i c_j = \bigl(\sum_i b_i\bigr)\bigl(\sum_j c_j\bigr)\) --- deux sommes simples.
  • Domaine triangulaire : on choisit la somme interne de sorte que les bornes de la variable interne soient visibles. Avec \(1 \le i \le j \le n\), ordonner sur \(j\) à l'extérieur donne \(\sum_{j=1}^{n} \sum_{i=1}^{j} a_{i,j}\) ; ordonner sur \(i\) à l'extérieur donne \(\sum_{i=1}^{n} \sum_{j=i}^{n} a_{i,j}\). Choisir celle qui rend la somme interne reconnaissable parmi les sommes classiques.
  • Rectangle bloqué : si aucun des deux points précédents ne suffit, on permute l'ordre de sommation (Fubini) et on réessaie --- souvent la forme permutée révèle une structure séparable ou une somme interne reconnaissable.
Compétences à pratiquer
  • Permuter et factoriser des sommes doubles
II Produits
La notation \(\prod\) est la cousine multiplicative de \(\sum\). La même machinerie s'applique : indice muet, changement d'indice, simplification télescopique. Le seul changement structurel est la convention du produit vide (qui vaut \(1\), pas \(0\)). Le produit le plus utile est la factorielle.
II.1 Notation pi et factorielle
La factorielle \(n!\) compte le nombre d'ordres distincts de \(n\) objets. Algébriquement, c'est le produit des \(n\) premiers entiers strictement positifs. Elle apparaîtra partout : coefficients binomiaux, développements de Taylor, dénombrement.
Définition — Notation pi\(\virgule\) factorielle
  • Pour \(m, n \in \mathbb{Z}\) et une famille \((a_k)\) de réels indexée par les entiers, le produit \(\prod_{k=m}^{n} a_k\) est défini comme suit.
    • Si \(m \le n\) : $$ \prod_{k=m}^{n} a_k = a_m \cdot a_{m+1} \cdot \dots \cdot a_n. $$
    • Si \(m > n\) (cas du produit vide) : \(\prod_{k=m}^{n} a_k = 1\).
  • Pour \(n \in \mathbb{N}\), la factorielle de \(n\) est $$ \textcolor{colordef}{n!} = \prod_{k=1}^{n} k = 1 \cdot 2 \cdot 3 \cdots n. $$ Par convention, \(\textcolor{colordef}{0!} = 1\) (produit vide).
Exemple
  • \(0! = 1\), \(1! = 1\), \(2! = 2\), \(3! = 6\), \(4! = 24\), \(5! = 120\).
  • \(10! = 3628800\) (déjà grand).
Proposition — Récurrence et rapports de factorielles
Pour \(n \in \mathbb{N}\) : $$ \textcolor{colorprop}{(n+1)! = (n+1) \cdot n!}. $$ Pour \(n \ge p \ge 0\) : $$ \textcolor{colorprop}{\frac{n!}{p!} = (p+1)(p+2)\cdots n = \prod_{k=p+1}^{n} k}. $$
Compétences à pratiquer
  • Manipuler produits et factorielles
II.2 Produits télescopiques
Analogue multiplicatif de la somme télescopique : un produit de rapports \(u_{k+1}/u_k\) s'effondre à deux termes aux bornes. Utile lorsqu'une fraction se réécrit comme un tel rapport.
Proposition — Produit télescopique
Pour une suite \((u_k)\) de réels non nuls et \(m \le n\) : $$ \textcolor{colorprop}{\prod_{k=m}^{n} \frac{u_{k+1}}{u_k} = \frac{u_{n+1}}{u_m}}. $$
Exemple
Calculer \(\displaystyle \prod_{k=1}^{n} \frac{k+1}{k}\).

En posant \(u_k = k\), le terme général est \(u_{k+1}/u_k\). Par le produit télescopique $$ \prod_{k=1}^{n} \frac{k+1}{k} = \frac{u_{n+1}}{u_1} = \frac{n+1}{1} = n+1. $$

Méthode — Reconnaître un produit télescopique
Repérer le motif \(u_{k+1}/u_k\). Cas fréquents :
  • Rapport explicite de valeurs consécutives : \(\dfrac{f(k+1)}{f(k)}\) pour une suite \((f(k))\).
  • Rapport de factorielles consécutives : \(\dfrac{(k+1)!}{k!} = k+1\), donc \(\prod_{k=1}^{n}\dfrac{(k+1)!}{k!} = (n+1)!\).
  • Détour logarithmique : lorsque les facteurs sont positifs, on passe au \(\ln\) pour convertir le produit en une somme télescopique de \(\ln u_{k+1} - \ln u_k\), puis on ré-exponentie.
Une fois reconnu, le produit s'effondre en \(u_{n+1}/u_m\) --- seuls les bords subsistent.
Compétences à pratiquer
  • Téléscoper un produit
III Coefficients binomiaux
Le coefficient binomial \(\binom{n}{k}\) compte le nombre de façons de choisir \(k\) objets parmi \(n\) (sans ordre). Le même nombre apparaît comme coefficient de \(a^{n-k}b^k\) dans le développement de \((a+b)^n\). Les deux visages --- combinatoire et algébrique --- sont équivalents, et l'on utilisera celui qui convient. La section culmine sur la formule du binôme, l'identité algébrique la plus célèbre des mathématiques élémentaires.
III.1 Définition et propriétés
On définit \(\binom{n}{k}\) par sa formule factorielle, puis on observe ses trois propriétés fondamentales : il apparaîtra (dans la formule du binôme prouvée plus bas) comme coefficient de \(a^{n-k} b^k\) dans le polynôme symétrique \((a+b)^n\), il est symétrique en \(k\) et \(n-k\), et il satisfait une relation de récurrence qui donne le triangle de Pascal.
Définition — Coefficient binomial
Pour \(n \in \mathbb{N}\) et \(k \in \mathbb{Z}\), le coefficient binomial \(\binom{n}{k}\) est défini par : $$ \textcolor{colordef}{\binom{n}{k}} = \begin{cases} \dfrac{n!}{k!\,(n-k)!} & \text{si } 0 \le k \le n, \\ 0 & \text{sinon.} \end{cases} $$ On lit « \(k\) parmi \(n\) ». L'expression factorielle ci-dessus est la définition ; le fait que ce nombre soit aussi égal au nombre de parties à \(k\) éléments d'un ensemble à \(n\) éléments est l'interprétation combinatoire, établie séparément par un argument de dénombrement (elle ne fait pas partie de la définition).
Proposition — Valeurs standards des coefficients binomiaux
Pour \(n \in \mathbb{N}\) :
  • \(\textcolor{colorprop}{\binom{n}{0} = \binom{n}{n} = 1}\) (une façon de ne rien choisir ou tout choisir) ;
  • \(\textcolor{colorprop}{\binom{n}{1} = \binom{n}{n-1} = n}\) (\(n\) singletons ou \(n\) parties auxquelles il manque un élément) ;
  • pour \(n \ge 2\), \(\textcolor{colorprop}{\binom{n}{2} = \binom{n}{n-2} = \dfrac{n(n-1)}{2}}\).
Exemple
\(\binom{5}{2} = \dfrac{5!}{2!\,3!} = \dfrac{5 \cdot 4}{2} = 10\) --- il y a dix façons de choisir une paire dans un ensemble à \(5\) éléments.
Proposition — Symétrie\(\virgule\) Pascal\(\virgule\) absorption
Pour \(n \in \mathbb{N}\) et \(k \in \mathbb{Z}\) avec \(0 \le k \le n\) :
  • Symétrie : \(\textcolor{colorprop}{\binom{n}{k} = \binom{n}{n-k}}\).
  • Identité de Pascal : pour \(1 \le k \le n-1\), \(\textcolor{colorprop}{\binom{n}{k} = \binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k}}\).
  • Absorption : pour \(1 \le k \le n\), \(\textcolor{colorprop}{k\binom{n}{k} = n\binom{n-1}{k-1}}\).

Le c\oe ur des trois démonstrations est le même : mettre les fractions au même dénominateur à l'aide des identités factorielles \(k \cdot (k-1)! = k!\) et \((n-k) \cdot (n-k-1)! = (n-k)!\).
  • Symétrie. On applique la formule factorielle et on simplifie le second facteur : $$ \begin{aligned} \binom{n}{n-k} &= \frac{n!}{(n-k)! \, \big(n - (n-k)\big)!} && \text{(formule factorielle à l'indice } n-k \text{)} \\ &= \frac{n!}{(n-k)! \, k!} && \text{(simplification : } n - (n-k) = k\text{)} \\ &= \frac{n!}{k! \, (n-k)!} && \text{(échange des facteurs au dénominateur)} \\ &= \binom{n}{k} && \text{(formule factorielle à l'indice } k\text{).} \end{aligned} $$
  • Pascal. Le dénominateur commun visé est \(k!\,(n-k)!\). On multiplie chaque fraction par \(1\) de manière à étendre les factorielles : $$ \begin{aligned} \binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k} &= \frac{(n-1)!}{(k-1)!\,(n-k)!} + \frac{(n-1)!}{k!\,(n-k-1)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (formule factorielle)} \\ &= \frac{k \cdot (n-1)!}{k \cdot (k-1)!\,(n-k)!} + \frac{(n-1)!}{k!\,(n-k-1)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (multiplier la 1\textsuperscript{re} fraction par } k/k \text{)} \\ &= \frac{k \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k)!} + \frac{(n-1)!}{k!\,(n-k-1)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (}k \cdot (k-1)! = k! \text{ au 1\textsuperscript{er} dénom.)} \\ &= \frac{k \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k)!} \\ &\quad + \frac{(n-k) \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k) \cdot (n-k-1)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (multiplier la 2\textsuperscript{e} fraction par } (n-k)/(n-k) \text{)} \\ &= \frac{k \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k)!} + \frac{(n-k) \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (}(n-k) \cdot (n-k-1)! = (n-k)! \text{ au 2\textsuperscript{e} dénom.)} \\ &= \frac{k \cdot (n-1)! + (n-k) \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (dénominateur commun atteint)} \\ &= \frac{(n-1)! \, \big[k + (n-k)\big]}{k!\,(n-k)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (factoriser } (n-1)! \text{)} \\ &= \frac{n \cdot (n-1)!}{k!\,(n-k)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (}k + (n-k) = n\text{)} \\ &= \frac{n!}{k!\,(n-k)!} && \text{\doublecolumnscriptsize (}n \cdot (n-1)! = n!\text{)} \\ &= \binom{n}{k}. \end{aligned} $$
  • Absorption. Même idée, plus simple : faire entrer ou sortir un facteur dans une factorielle. $$ \begin{aligned} k \binom{n}{k} &= \frac{k \cdot n!}{k! \, (n-k)!} && \text{(formule factorielle)} \\ &= \frac{k \cdot n!}{k \cdot (k-1)! \, (n-k)!} && \text{(}k! = k \cdot (k-1)!\text{)} \\ &= \frac{n!}{(k-1)! \, (n-k)!} && \text{(simplifier le facteur } k\text{)} \\ &= \frac{n \cdot (n-1)!}{(k-1)! \, (n-k)!} && \text{(}n! = n \cdot (n-1)!\text{)} \\ &= n \binom{n-1}{k-1}. \end{aligned} $$

Compétences à pratiquer
  • Démontrer des identités par calcul
III.2 Triangle de Pascal
L'identité de Pascal donne une procédure récursive pour calculer \(\binom{n}{k}\) : chaque entrée est la somme des deux au-dessus. Le tableau obtenu est le triangle de Pascal, monument de combinatoire élémentaire.
Exemple
Les sept premières lignes du triangle de Pascal. La ligne \(n\) contient \(\binom{n}{0}, \binom{n}{1}, \dots, \binom{n}{n}\). Chaque entrée est la somme des deux entrées diagonales au-dessus (identité de Pascal).
Méthode — Construire le triangle de Pascal ligne par ligne
Pour calculer \(\binom{n}{k}\) pour de petits \(n\), utiliser la récurrence de Pascal :
  • commencer avec la ligne \(0\) : \(\binom{0}{0} = 1\) ;
  • chaque nouvelle ligne commence et finit par \(1\) ;
  • les entrées intérieures sont la somme des deux entrées diagonalement au-dessus.
Pour de plus grands \(n\) ou des entrées précises, préférer la formule factorielle.
Compétences à pratiquer
  • Construire et exploiter le triangle
III.3 Formule du binôme
La formule du binôme exprime \((a+b)^n\) comme combinaison linéaire explicite des monômes \(a^{n-k}b^k\) avec coefficients exactement les coefficients binomiaux. C'est l'identité-clef qui relie combinatoire, algèbre et analyse : elle sous-tend les développements de Taylor et de nombreux arguments de dénombrement.
Theorem — Formule du binôme (Newton)
Pour \(a, b \in \mathbb{R}\) (ou \(\mathbb{C}\)) et \(n \in \mathbb{N}\) : $$ \textcolor{colorprop}{(a+b)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n-k} b^k}. $$

Récurrence sur \(n\).
  • Initialisation. Pour \(n = 0\) : \((a+b)^0 = 1\) et \(\sum_{k=0}^{0} \binom{0}{k} a^{0-k} b^k = \binom{0}{0} = 1\). \(\checkmark\)
  • Hérédité. On suppose la formule au rang \(n\). On calcule \((a+b)^{n+1}\) étape par étape : $$ \begin{aligned} (a+b)^{n+1} &= (a+b)\,(a+b)^n && \text{\doublecolumnscriptsize (isoler un facteur)} \\ &= (a+b) \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n-k} b^k && \text{\doublecolumnscriptsize (d'après l'hypothèse de récurrence)} \\ &= a \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n-k} b^k \\ &\quad + b \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n-k} b^k && \text{\doublecolumnscriptsize (distribuer)} \\ &= \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n+1-k} b^k \\ &\quad + \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n-k} b^{k+1} && \text{\doublecolumnscriptsize (faire entrer dans les sommes)} \\ &= \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} a^{n+1-k} b^k \\ &\quad + \sum_{k=1}^{n+1} \binom{n}{k-1} a^{n+1-k} b^k && \text{\doublecolumnscriptsize (changement d'indice } k \to k+1\text{ dans la 2e somme)} \\ &= a^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n}{k} a^{n+1-k} b^k \\ &\quad + \sum_{k=1}^{n+1} \binom{n}{k-1} a^{n+1-k} b^k && \text{\doublecolumnscriptsize (isoler } k=0 \text{ dans la 1re somme)} \\ &= a^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n}{k} a^{n+1-k} b^k \\ &\quad + \sum_{k=1}^{n} \binom{n}{k-1} a^{n+1-k} b^k + b^{n+1} && \text{\doublecolumnscriptsize (isoler } k=n+1 \text{ dans la 2e somme)} \\ &= a^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \Big[\binom{n}{k} + \binom{n}{k-1}\Big] a^{n+1-k} b^k + b^{n+1} && \text{\doublecolumnscriptsize (combiner les deux sommes sur } k=1\text{..}n\text{)} \\ &= a^{n+1} + \sum_{k=1}^{n} \binom{n+1}{k} a^{n+1-k} b^k + b^{n+1} && \text{\doublecolumnscriptsize (identité de Pascal)} \\ &= \sum_{k=0}^{n+1} \binom{n+1}{k} a^{n+1-k} b^k && \text{\doublecolumnscriptsize (réabsorber }a^{n+1}\text{ et }b^{n+1}\text{).} \end{aligned} $$ L'hérédité est établie. Le résultat suit pour tout \(n \in \mathbb{N}\).

Exemple
Développer \((a+b)^4\).

Lire la ligne \(n=4\) du triangle de Pascal : \(1, 4, 6, 4, 1\). D'où $$ (a+b)^4 = a^4 + 4 a^3 b + 6 a^2 b^2 + 4 a b^3 + b^4. $$

Exemple
Calculer \(\sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k}\) et \(\sum_{k=0}^{n} (-1)^k \binom{n}{k}\).

On applique la formule du binôme avec \(a = b = 1\) : $$ 2^n = (1+1)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} 1^{n-k} 1^k = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k}. $$ Avec \(a = 1, b = -1\), pour \(n \ge 1\) : $$ 0 = (1-1)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} (-1)^k. $$

Méthode — Appliquer la formule du binôme
Pour un développement \((a+b)^n\) :
  • lire les coefficients binomiaux dans le triangle de Pascal (petits \(n\)) ou les calculer par la formule factorielle ;
  • écrire chaque terme \(\binom{n}{k} a^{n-k} b^k\) pour \(k = 0, \dots, n\).
Pour une identité de somme faisant intervenir \(\binom{n}{k}\), essayer d'évaluer \((a+b)^n\) en des valeurs astucieuses : \(a = b = 1\) donne \(\sum \binom{n}{k} = 2^n\) ; \(a = 1, b = -1\) donne la somme alternée.
Compétences à pratiquer
  • Appliquer et inverser la formule de Newton