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CommeUnJeu · L1 MPSI

Dénombrement

⌚ ~91 min ▢ 11 blocs ✓ 37 exercices Prérequis : Dénombrement, Formule du binôme de Newton
Le dénombrement, c'est ce que l'on fait quand on demande « combien »? À l'école on comptait sur les doigts ; au lycée on a appris les formules \(n^p\), \(\frac{n!}{(n-p)!}\), \(\binom{n}{p}\) et on les a appliquées à des problèmes de tirage de boules. Ce chapitre fait deux choses. D'abord il rend le langage rigoureux : « combien » devient « cardinal », défini comme l'entier \(n\) pour lequel il existe une bijection \(\llbracket 1, n \rrbracket \to E\). Ensuite il organise les formules autour des trois modèles physiques d'un tirage --- avec remise, sans remise, simultané --- et les démontre par dénombrement direct.
Le chapitre est le pont technique vers les probabilités. Sur un univers fini équiprobable, \(\mathbb{P}(A) = |A| / |\Omega|\), donc tout calcul de probabilité est un calcul de dénombrement. Le réflexe que vous devez avoir en sortant du chapitre tient en une ligne : lire l'énoncé, se demander « l'ordre compte-t-il? y a-t-il remise? », et choisir la formule. Tout le chapitre est construit pour installer ce réflexe.
Un conseil : compter, c'est énumérer, pas calculer. Quand une formule ne s'applique pas, listez ce que vous voulez compter dans un ordre réfléchi --- la formule sortira presque toujours de l'énumération.
I Cardinal d'un ensemble fini
Cette section met en place le langage des cardinaux finis. Le cardinal \(|E|\) est l'entier qui répond à la question « combien d'éléments possède \(E\)? ». On le précise par bijection avec \(\llbracket 1, n \rrbracket\), puis on étudie son comportement vis-à-vis des trois opérations qui reviennent partout dans la suite : passage à un sous-ensemble, action d'une application, combinaison d'ensembles par réunion, différence ou produit. La section se termine sur deux formules dérivées --- le cardinal d'un ensemble d'applications \(F^E\) et celui d'un ensemble de parties \(\mathcal{P}(E)\) --- qui constituent les briques fondamentales du reste du chapitre.
I.1 Ensemble fini\(\virgule\) cardinal
Au lycée, le cardinal d'un ensemble fini, c'était « le nombre d'éléments » --- compté à la main ou par énumération. Ici on veut une définition qui ne suppose pas que l'on sache déjà compter. La manière rigoureuse est de comparer \(E\) à un ensemble de référence dont on convient qu'il est « clairement de cardinal \(n\) » : l'intervalle d'entiers \(\llbracket 1, n \rrbracket = \{1, 2, \ldots, n\}\). Si l'on peut faire correspondre un à un les éléments de \(E\) à ceux de \(\llbracket 1, n \rrbracket\), alors \(E\) « possède \(n\) éléments ».
Définition — Ensemble fini\(\virgule\) cardinal
Un ensemble \(E\) est dit fini s'il est vide, ou s'il existe un entier \(n \in \mathbb{N}^*\) et une bijection \(\llbracket 1, n \rrbracket \to E\). Dans ce dernier cas, l'entier \(n\) est unique (admis --- la théorie axiomatique de \(\mathbb{N}\) est hors programme) et s'appelle le cardinal de \(E\), noté \(|E|\), \(\mathrm{Card}(E)\) ou \(\#E\). Par convention, \(|\emptyset| = 0\).
Un ensemble non fini est dit infini.
Proposition — Équipotence et cardinal
Soient \(E\) un ensemble fini de cardinal \(n\) et \(F\) un ensemble en bijection avec \(E\). Alors \(F\) est fini et \(|F| = n\).

Si \(n = 0\), alors \(E = \emptyset\), et toute bijection \(E \to F\) force \(F = \emptyset\), d'où \(|F| = 0 = n\). Si \(n \ge 1\), fixons une bijection \(\varphi : \llbracket 1, n \rrbracket \to E\) et soit \(\psi : E \to F\) la bijection donnée. Alors \(\psi \circ \varphi : \llbracket 1, n \rrbracket \to F\) est une composée de bijections, donc une bijection. \(F\) est donc fini de cardinal \(n\).

Méthode — Montrer qu'un ensemble est fini de cardinal n
Pour montrer qu'un ensemble \(E\) est fini de cardinal \(n\), on exhibe une bijection \(\llbracket 1, n \rrbracket \to E\) --- ou, ce qui revient au même, une bijection entre \(E\) et un ensemble connu de cardinal \(n\).
Exemple
Pour des entiers \(m \le n\), l'ensemble \(\llbracket m, n \rrbracket\) est fini de cardinal \(n - m + 1\). En effet, $$ \llbracket 1, n - m + 1 \rrbracket \to \llbracket m, n \rrbracket, \quad k \mapsto k + m - 1 $$ est une bijection.
Compétences à pratiquer
  • Déterminer le cardinal d'un ensemble fini
I.2 Cardinal d'une partie\(\virgule\) cas d'égalité
Deux faits sur les sous-ensembles servent à chaque étape du chapitre et au-delà. Le premier est intuitif : un sous-ensemble d'un ensemble fini est fini, de cardinal inférieur ou égal. On l'admet. Le second est le résultat-outil : si un sous-ensemble a le même cardinal que l'ensemble qui le contient, l'inclusion est en réalité une égalité. Ce second fait permet de prouver \(A = B\) en vérifiant une seule inclusion plus un compte de cardinaux --- ce qui est souvent bien plus facile que vérifier les deux inclusions.
Proposition — Cardinal d'une partie et cas d'égalité
Soit \(E\) un ensemble fini et \(A \subset E\). Alors \(A\) est fini et \(|A| \le |E|\). De plus, si \(|A| = |E|\), alors \(A = E\).
Admis
Cette propriété intuitive du cardinal fini est admise à ce niveau (les plus intuitives sont admises).
Méthode — Montrer une égalité d'ensembles à cardinal fini
Pour montrer \(A = B\) avec \(A\) et \(B\) finis, il suffit de montrer $$ A \subset B \quad \text{et} \quad |A| = |B|. $$ Cette astuce sert partout dans la suite : en algèbre linéaire pour montrer qu'un sous-espace de pleine dimension est l'espace tout entier, dans le groupe symétrique pour identifier des groupes finis, en théorie des déterminants pour reconnaître une base.
Exemple
Montrer que si \(A \subset \llbracket 1, n \rrbracket\) est de cardinal \(n\), alors \(A = \llbracket 1, n \rrbracket\).

On a \(A \subset \llbracket 1, n \rrbracket\) et \(|A| = n = |\llbracket 1, n \rrbracket|\). Par le cas d'égalité, \(A = \llbracket 1, n \rrbracket\).

Compétences à pratiquer
  • Calculer des cardinaux et appliquer le cas d'égalité
I.3 Effet d'une application sur le cardinal\(\virgule\) tiroirs
Une injection \(f : E \to F\) « recopie \(E\) à l'intérieur de \(F\) » : l'image \(f(E)\) est une partie de \(F\) en bijection avec \(E\), donc \(E\) « rentre dans » \(F\) du point de vue du cardinal. Une surjection \(f : E \to F\) « couvre \(F\) depuis \(E\) » : tout élément de \(F\) est atteint, donc \(E\) « est au moins aussi gros que » \(F\). On admet ces deux faits intuitifs. Ce qui n'est pas évident --- et qui est le théorème central de la section Cardinal d'un ensemble fini --- c'est le cas d'égalité : lorsque \(|E| = |F|\) sont finis égaux, les trois notions injective, surjective, bijective fusionnent en une seule. Cette fusion est un résultat-outil utilisé dans tous les raisonnements en dimension finie de la suite.
Méthode — Une injection ne peut augmenter le cardinal (admis)
Soit \(f : E \to F\) une injection entre ensembles finis. Alors \(|E| \le |F|\), avec égalité si et seulement si \(f\) est bijective.
Méthode — Une surjection ne peut diminuer le cardinal (admis)
Soit \(f : E \to F\) une surjection entre ensembles finis. Alors \(|F| \le |E|\), avec égalité si et seulement si \(f\) est bijective.
Theorem — Caractérisation des bijections à cardinal fini égal
Soient \(E\) et \(F\) deux ensembles finis tels que \(|E| = |F|\), et \(f : E \to F\) une application. Les trois assertions suivantes sont équivalentes :
  • \(f\) est bijective ;
  • \(f\) est injective ;
  • \(f\) est surjective.

\(f\) bijective implique trivialement \(f\) injective et \(f\) surjective. Réciproquement :
  • Si \(f\) est injective, la première Méthode donne \(|E| \le |F|\), avec égalité ssi \(f\) est bijective. Comme \(|E| = |F|\) par hypothèse, le cas d'égalité force \(f\) bijective.
  • Si \(f\) est surjective, la seconde Méthode donne \(|F| \le |E|\), avec égalité ssi \(f\) est bijective. Comme \(|E| = |F|\), le cas d'égalité force à nouveau \(f\) bijective.
Les trois propriétés sont donc équivalentes.

Méthode — À cardinal fini égal\(\virgule\) l'injectivité suffit
Lorsque \(E\) et \(F\) ont le même cardinal fini, prouver qu'une application \(f : E \to F\) est bijective se réduit à prouver qu'elle est injective : la surjectivité est automatique. Ce raccourci est employé partout dans la suite (arithmétique modulaire, groupes finis, algèbre linéaire en dimension finie).
Proposition — Principe des tiroirs
Il n'existe pas d'application injective \(\llbracket 1, n+1 \rrbracket \to \llbracket 1, n \rrbracket\). Autrement dit : si l'on range \(n+1\) chaussettes dans \(n\) tiroirs, au moins deux chaussettes se retrouvent dans le même tiroir.

Une injection \(\llbracket 1, n+1 \rrbracket \to \llbracket 1, n \rrbracket\) donnerait, par la Méthode « Une injection ne peut augmenter le cardinal », \(n+1 \le n\), ce qui est absurde.

Exemple
Montrer qu'étant donnés cinq points quelconques dans un carré de côté \(2\), deux d'entre eux sont à distance au plus \(\sqrt{2}\).

Découpons le carré de côté \(2\) en quatre sous-carrés de côté \(1\) par les deux médianes.
Les quatre sous-carrés constituent les « tiroirs ». En répartissant \(5\) points dans \(4\) tiroirs, le principe des tiroirs donne au moins deux points dans le même sous-carré. À l'intérieur d'un carré de côté \(1\), la distance maximale entre deux points est la diagonale, égale à \(\sqrt{2}\). Deux des cinq points sont donc à distance au plus \(\sqrt{2}\).

Compétences à pratiquer
  • Appliquer la caractérisation à cardinal égal et le principe des tiroirs
I.4 Opérations sur les cardinaux\(\virgule\) principe des bergers
L'arithmétique des cardinaux suit deux règles pratiques. La réunion disjointe additionne : quand on a « soit le premier cas, soit le second cas » sans recouvrement, on additionne les cardinaux. Le produit cartésien multiplie : quand on a « le premier choix puis le second choix » indépendants, on multiplie. Le principe unificateur est le principe des bergers : quand chaque « berger » possède le même nombre de « moutons », le total est le nombre de bergers fois le nombre de moutons par berger. On l'énonce dans sa forme la plus puissante, à l'aide des fibres d'une application.
Proposition — Réunion disjointe
Soient \(A_1, \ldots, A_n\) des ensembles finis deux à deux disjoints. Alors \(A_1 \sqcup \cdots \sqcup A_n\) est fini et $$ \left| \bigsqcup_{k=1}^n A_k \right| = \sum_{k=1}^n |A_k|. $$

Récurrence sur \(n\).
  • Cas de base \(n = 1\). Trivial : un unique ensemble \(A_1\) a pour cardinal \(|A_1|\).
  • Cas \(n = 2\). Posons \(a = |A_1|\), \(b = |A_2|\), et choisissons des bijections \(\varphi_1 : \llbracket 1, a \rrbracket \to A_1\) et \(\varphi_2 : \llbracket 1, b \rrbracket \to A_2\). Définissons \(\varphi : \llbracket 1, a + b \rrbracket \to A_1 \sqcup A_2\) par \(\varphi(k) = \varphi_1(k)\) pour \(k \le a\) et \(\varphi(k) = \varphi_2(k - a)\) pour \(a < k \le a + b\). La disjonction assure que \(\varphi\) est une bijection, d'où \(|A_1 \sqcup A_2| = a + b\).
  • Hérédité de \(n\) à \(n + 1\). Regrouper \(A_1 \sqcup \cdots \sqcup A_{n+1} = (A_1 \sqcup \cdots \sqcup A_n) \sqcup A_{n+1}\) et appliquer le cas \(n = 2\) (les deux blocs entre parenthèses sont disjoints par hypothèse). Puis appliquer l'hypothèse de récurrence au premier bloc.

Proposition — Réunion de deux ensembles
Pour \(A\) et \(B\) finis, $$ |A \cup B| = |A| + |B| - |A \cap B|. $$

Décomposons \(A \cup B\) en réunion disjointe : $$ A \cup B = A \sqcup (B \setminus A). $$ Par réunion disjointe, \(|A \cup B| = |A| + |B \setminus A|\). De même, \(B = (B \cap A) \sqcup (B \setminus A)\) est une décomposition disjointe, donnant \(|B| = |A \cap B| + |B \setminus A|\), d'où \(|B \setminus A| = |B| - |A \cap B|\). En substituant : $$ |A \cup B| = |A| + |B| - |A \cap B|. $$

Extension à trois ensembles et le crible hors programme
La même décomposition donne, pour \(A\), \(B\), \(C\) finis : $$ |A \cup B \cup C| = |A| + |B| + |C| - |A \cap B| - |B \cap C| - |C \cap A| + |A \cap B \cap C|. $$ Cette formule est ponctuellement utile et peut être utilisée à l'occasion, mais elle n'est pas un attendu systématique du chapitre. La formule d'inclusion-exclusion générale --- appelée « formule du crible » --- est hors programme à ce niveau :
« La formule du crible est hors programme. »
Nous ne la prouverons pas, ni ne l'utiliserons systématiquement. Le seul exercice « pour aller plus loin » qui la mentionne est explicitement signalé hors programme.
Méthode — Différence et complémentaire
Pour \(B \subset A\) finis, \(|A \setminus B| = |A| - |B|\). En particulier, pour \(A \subset E\) finis, \(|A^c| = |E| - |A|\) où \(A^c = E \setminus A\).
Proposition — Principe des bergers (forme avec fibres)
Soit \(f : E \to F\) une application entre ensembles finis. Si toutes les fibres \(f^{-1}(\{y\})\), pour \(y \in F\), ont le même cardinal \(p\), alors $$ |E| = p \cdot |F|. $$

Les fibres de \(f\) forment une partition de \(E\) : $$ E = \bigsqcup_{y \in F} f^{-1}(\{y\}), $$ en \(|F|\) paquets disjoints, chacun de cardinal \(p\). Par réunion disjointe, $$ |E| = \sum_{y \in F} |f^{-1}(\{y\})| = \sum_{y \in F} p = p \cdot |F|. $$

Méthode — Image du berger
Le nom pédagogique dit tout : voyez \(F\) comme l'ensemble des bergers (\(y \in F\)), et chaque fibre \(f^{-1}(\{y\})\) comme le troupeau de moutons de ce berger. Si chaque berger a le même nombre \(p\) de moutons, le total est \(p\) fois le nombre de bergers. C'est la lecture multiplicative de « choisir le berger puis choisir un mouton » --- le prototype de tout calcul « puis » de la section Listes, arrangements, combinaisons.
Proposition — Réunion disjointe de paquets égaux (corollaire)
Si \(A_1, \ldots, A_n\) sont deux à deux disjoints et tous de cardinal \(p\), alors $$ \left| \bigsqcup_{k=1}^n A_k \right| = n \cdot p. $$

Cas direct de la Proposition de réunion disjointe. De manière équivalente : la projection \(\bigsqcup A_k \to \llbracket 1, n \rrbracket\) envoyant \(x \in A_k\) sur \(k\) est une application dont toutes les fibres ont pour cardinal \(p\), et le principe des bergers donne \(n \cdot p\).

Proposition — Produit cartésien
Soient \(E_1, \ldots, E_p\) des ensembles finis. Alors $$ |E_1 \times E_2 \times \cdots \times E_p| = |E_1| \cdot |E_2| \cdots |E_p|. $$ En particulier, pour tout ensemble fini \(E\) et \(p \ge 1\), $$ |E^p| = |E|^p. $$

Récurrence sur \(p\).
  • Cas de base \(p = 1\). Trivial : \(|E_1| = |E_1|\).
  • Cas \(p = 2\). On considère la projection $$ \pi : E_1 \times E_2 \to E_1, \quad (x_1, x_2) \mapsto x_1. $$ Pour tout \(x_1 \in E_1\), la fibre \(\pi^{-1}(\{x_1\}) = \{x_1\} \times E_2\) a pour cardinal \(|E_2|\). Par le principe des bergers, \(|E_1 \times E_2| = |E_2| \cdot |E_1|\).
  • Hérédité \(p \to p + 1\). On écrit \(E_1 \times \cdots \times E_p \times E_{p+1}\) comme \((E_1 \times \cdots \times E_p) \times E_{p+1}\) et on applique le cas \(p = 2\) à ces deux facteurs. Puis on applique l'hypothèse de récurrence au premier facteur.

Méthode — Le slogan du chapitre
« On a SOIT ceci, SOIT cela » \(\longrightarrow\) ADDITION.
« On fait ceci, PUIS cela » \(\longrightarrow\) MULTIPLICATION.
Lire un énoncé et reconnaître lequel de ces deux schémas s'applique est le premier réflexe de tout calcul de dénombrement.
Exemple
Combien de couples \((x, y) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2\) vérifient \(x \ne y\)?

Construisons le couple en deux étapes : choisir \(x\) (\(n\) choix) PUIS choisir \(y \ne x\) (\(n - 1\) choix). Par le slogan multiplicatif, $$ \#\{(x, y) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2 \mid x \ne y\} = n (n - 1). $$ On peut aussi raisonner par complémentaire : le nombre total de couples est \(n^2\) (produit cartésien), et le nombre de couples avec \(x = y\) est \(n\) (la diagonale), donc \(n^2 - n = n(n-1)\).

Compétences à pratiquer
  • Calculer des cardinaux de réunions et de produits
I.5 Cardinal de \(F^E\) et de \(\mathcal{P}(E)\)
Deux formules tombent du calcul multiplicatif des cardinaux. L'ensemble \(F^E\) de toutes les applications \(E \to F\) a pour cardinal \(|F|^{|E|}\) : ce n'est rien d'autre que \(F^p\) déguisé, avec \(p = |E|\). L'ensemble des parties \(\mathcal{P}(E)\) a pour cardinal \(2^{|E|}\) : une partie est décrite en disant « dedans / dehors » pour chaque élément, ce qui est une application \(E \to \{0, 1\}\). Ce sont les briques sur lesquelles tous les calculs ultérieurs reposeront.
Méthode — Cardinal de \(F^E\)
Soient \(E\) et \(F\) des ensembles finis avec \(E\) non vide, et écrivons \(E = \{x_1, x_2, \ldots, x_p\}\) avec \(p = |E|\). Une application \(f : E \to F\) est entièrement déterminée par la liste de ses valeurs $$ (f(x_1), f(x_2), \ldots, f(x_p)) \in F^p. $$ Réciproquement, toute liste dans \(F^p\) définit une unique application. L'application \(f \mapsto (f(x_1), \ldots, f(x_p))\) est donc une bijection \(F^E \to F^p\), et $$ |F^E| = |F^p| = |F|^p = |F|^{|E|}. $$ Si \(E = \emptyset\), il existe une unique application \(\emptyset \to F\) (l'application vide), donc \(|F^\emptyset| = 1 = |F|^0\), en accord avec la formule.
Proposition — Cardinal de l'ensemble des parties
Pour \(E\) un ensemble fini, $$ |\mathcal{P}(E)| = 2^{|E|}. $$

L'application $$ \Phi : \mathcal{P}(E) \to \{0, 1\}^E, \quad A \mapsto \indicatrice_A $$ est une bijection : toute partie est déterminée par son indicatrice, et toute fonction \(E \to \{0, 1\}\) est l'indicatrice d'une unique partie. Par la Méthode précédente, $$ |\mathcal{P}(E)| = |\{0, 1\}^E| = 2^{|E|}. $$

Méthode — Briques\(\virgule\) compter les applications\(\virgule\) compter les parties
  • Pour compter « toutes les applications \(E \to F\) » : utiliser \(|F|^{|E|}\).
  • Pour compter « toutes les parties de \(E\) » : utiliser \(2^{|E|}\).
Ces deux formules sont le réflexe dès qu'un énoncé dit « combien de fonctions \ldots » ou « combien de parties \ldots ».
Exemple
On prend \(E = \{a, b, c\}\). Calculer le nombre d'applications \(E \to \{0, 1\}\) et le nombre de parties de \(E\). Vérifier que ces deux comptes coïncident.

Par la Méthode, \(|\{0, 1\}^E| = 2^{|E|} = 2^3 = 8\) applications, et \(|\mathcal{P}(E)| = 2^{|E|} = 8\) parties. Les deux comptes coïncident --- et c'est normal, puisque la bijection \(A \mapsto \indicatrice_A\) identifie les parties aux applications à valeurs dans \(\{0, 1\}\). La liste rend le résultat concret : les \(8\) parties sont $$ \emptyset, \quad \{a\}, \{b\}, \{c\}, \quad \{a, b\}, \{a, c\}, \{b, c\}, \quad \{a, b, c\}, $$ et chacune correspond à une application \(E \to \{0, 1\}\) via son indicatrice.

Compétences à pratiquer
  • Compter les applications et les parties
II Listes\(\virgule\) arrangements\(\virgule\) combinaisons
Cette seconde section est celle où l'on construit le réflexe central du chapitre. Toute question de dénombrement du type « combien de façons de tirer \(p\) éléments dans un ensemble de cardinal \(n\)? » relève de l'un des trois modèles ci-dessous, et le modèle pertinent se choisit par deux questions binaires :
  • L'ordre du tirage compte-t-il?
  • Remet-on chaque élément après l'avoir tiré?
Les trois cas résultants --- \(p\)-liste (avec ordre, avec remise), \(p\)-arrangement (avec ordre, sans remise), \(p\)-combinaison (sans ordre, sans remise) --- donnent trois formules : \(n^p\), \(\frac{n!}{(n-p)!}\), \(\binom{n}{p}\). Le quatrième cas (sans ordre, avec remise) est hors programme. La sous-section Synthèse --- les trois modèles fondamentaux clôture par le tableau récapitulatif à trois lignes ; le reste de la section construit les formules modèle par modèle.
II.1 Énumérer pour compter
Avant toute formule, un peu de méthode. Compter, c'est en dernier ressort énumérer : on choisit un ordre réfléchi, on parcourt un par un les objets que l'on veut compter, et on lit le total. Les formules des sous-sections p-listes (avec remise) à p-combinaisons et coefficients binomiaux sont des raccourcis qui court-circuitent l'énumération dans des cas reconnaissables --- mais quand aucune formule ne s'applique, l'énumération est le filet de sécurité, et énumérer dans un ordre réfléchi suffit souvent à produire la formule au fil de l'eau.
Méthode — Recette en trois étapes
COMPTER, C'EST ÉNUMÉRER / CONSTRUIRE.
Un problème de dénombrement se résout en trois mouvements :
  1. Identifier : quel est l'ensemble des objets que l'on veut compter? Le nommer.
  2. Représenter : encoder chaque objet par une structure de données concrète (un mot, une liste, une partie, un chemin, un uplet).
  3. Décomposer : découper la construction en choix successifs --- ADDITION pour SOIT/SOIT, MULTIPLICATION pour PUIS.
Exemple
Lister les parties de \(\llbracket 1, 3 \rrbracket\) en ordre lexicographique, par cardinal croissant. Vérifier qu'il y en a \(2^3 = 8\).

Par cardinal croissant, puis par ordre alphabétique sur les éléments : $$ \emptyset, \quad \{1\}, \quad \{2\}, \quad \{3\}, \quad \{1, 2\}, \quad \{1, 3\}, \quad \{2, 3\}, \quad \{1, 2, 3\}. $$ Soit \(1 + 3 + 3 + 1 = 8 = 2^3\) parties, conformément à \(|\mathcal{P}(E)| = 2^{|E|}\).

Compétences à pratiquer
  • Compter de petits ensembles par énumération
II.2 \(p\)-listes (avec remise)
Une \(p\)-liste est l'objet combinatoire le plus simple : un uplet ordonné de \(p\) éléments tirés dans \(E\), avec répétitions autorisées. Le modèle physique est le tirage de boules vu au lycée, avec ordre et avec remise : on tire une boule, on note son numéro, on la remet, on retire, etc. La formule est la plus propre du chapitre --- \(n^p\) --- et ce n'est rien d'autre que \(|E^p|\) de la sous-section Opérations sur les cardinaux, principe des bergers dans un autre langage.
Définition — \(p\)-liste
Pour \(p \ge 1\), une \(p\)-liste (ou \(p\)-uplet) de \(E\) est un élément de \(E^p\), c'est-à-dire un uplet ordonné \((y_1, \ldots, y_p)\) avec chaque \(y_i \in E\). Les répétitions sont autorisées : on peut avoir \(y_i = y_j\) pour \(i \ne j\).
Par convention, il existe une unique \(0\)-liste de \(E\) : l'uplet vide. Les formules ci-dessous restent valables pour \(p = 0\) avec \(n^0 = 1\).
Méthode — Nombre de \(p\)-listes
Pour \(|E| = n\) et \(p \ge 0\), il y a $$ n^p $$ \(p\)-listes de \(E\). C'est la formule du produit cartésien \(|E^p| = |E|^p\) de la sous-section Opérations sur les cardinaux, principe des bergers, rebaptisée (avec \(E^0\) singleton, l'uplet vide). Modèle pratique : tirages successifs avec remise.
Méthode — Lien avec les applications
Une \(p\)-liste \((y_1, \ldots, y_p)\) de \(F\) est la même donnée qu'une application \(\llbracket 1, p \rrbracket \to F\) définie par \(i \mapsto y_i\). La formule \(|F|^p\) pour les \(p\)-listes est donc la même que la formule \(|F|^{|E|}\) pour les applications \(E \to F\) avec \(|E| = p\).
Exemple
Combien de mots de \(5\) lettres peut-on former sur l'alphabet latin (\(26\) lettres)?

Un mot de \(5\) lettres sur un alphabet de \(26\) lettres est une \(5\)-liste de l'alphabet (avec remise, puisque les lettres peuvent se répéter). Le compte est $$ 26^5 = 11\,881\,376. $$

Exemple
Combien de codes PIN à \(4\) chiffres peut-on former sur les chiffres de \(0\) à \(9\)?

Un code PIN à \(4\) chiffres est une \(4\)-liste sur l'ensemble des chiffres \(\llbracket 0, 9 \rrbracket\) (avec remise : un chiffre peut être réutilisé). Le compte est $$ 10^4 = 10\,000. $$

Compétences à pratiquer
  • Compter mots et codes (avec remise)
II.3 \(p\)-arrangements\(\virgule\) permutations\(\virgule\) injections
Un \(p\)-arrangement est une \(p\)-liste avec la contrainte supplémentaire que tous les éléments sont distincts. Le modèle physique est le tirage de boules avec ordre et sans remise : on tire une boule, on l'écarte, on retire-en une autre différente, etc. La formule --- le produit décroissant \(n(n-1) \cdots (n-p+1)\) --- vient du slogan multiplicatif avec un nombre de choix disponibles diminuant de \(1\) à chaque étape. La forme factorielle \(\frac{n!}{(n-p)!}\) est le même nombre, regroupé. Le cas particulier \(p = n\) donne le nombre de permutations de \(E\), soit \(n!\). Et parce qu'interdire les répétitions dans la suite revient à interdire \(f(i) = f(j)\) dans l'application correspondante, la même formule compte le nombre d'applications injectives \(\llbracket 1, p \rrbracket \to E\).
Définition — \(p\)-arrangement
Pour \(p \ge 1\), un \(p\)-arrangement de \(E\) est une \(p\)-liste de \(E\) dont tous les éléments sont distincts.
Par convention, l'uplet vide est l'unique \(0\)-arrangement ; la formule ci-dessous reste valable pour \(p = 0\) avec \(\frac{n!}{n!} = 1\).
Proposition — Nombre de \(p\)-arrangements
Soit \(|E| = n\) et \(1 \le p \le n\). Le nombre de \(p\)-arrangements de \(E\) est $$ n (n-1) (n-2) \cdots (n-p+1) = \frac{n!}{(n-p)!}. $$ Pour \(p > n\), il n'y a pas de \(p\)-arrangement de \(E\) (le compte vaut \(0\)).

Construisons un \(p\)-arrangement étape par étape.
  • Étape \(1\) : choisir \(y_1 \in E\) --- \(n\) choix possibles.
  • Étape \(2\) : choisir \(y_2 \in E\) avec \(y_2 \ne y_1\) --- \(n - 1\) choix.
  • Étape \(k\) (\(1 \le k \le p\)) : choisir \(y_k \in E\) distinct de \(y_1, \ldots, y_{k-1}\) --- \(n - (k-1) = n - k + 1\) choix.
Par le slogan multiplicatif « PUIS \(\to \times\) » itéré \(p\) fois, $$ \#\{p\text{-arrangements de } E\} = n \cdot (n-1) \cdots (n-p+1) = \frac{n \cdot (n-1) \cdots 1}{(n-p) \cdot (n-p-1) \cdots 1} = \frac{n!}{(n-p)!}. $$ Pour \(p > n\), l'étape \(n+1\) n'a aucun élément disponible (\(0\) choix), donc le compte vaut \(0\).

Définition — Permutation
Une permutation d'un ensemble fini \(E\) est une bijection \(E \to E\). L'ensemble des permutations de \(E\) est noté \(\mathfrak{S}_E\) (ou \(\mathfrak{S}_n\) lorsque \(E = \llbracket 1, n \rrbracket\)).
Proposition — Nombre de permutations
Pour \(|E| = n\), $$ |\mathfrak{S}_E| = n\,! $$

Une permutation de \(E\) est en particulier une injection \(E \to E\) ; par le Théorème central de la sous-section Effet d'une application sur le cardinal, tiroirs, en cardinal fini égal \(|E| = |E|\), une injection est automatiquement bijective. Donc les permutations sont exactement les \(n\)-arrangements de \(E\). La Proposition précédente donne \(\frac{n!}{(n-n)!} = \frac{n!}{0!} = n!\).

Proposition — Nombre d'applications injectives
Soient \(E\) et \(F\) des ensembles finis avec \(|E| = p\) et \(|F| = n\). Le nombre d'applications injectives \(E \to F\) est $$ \frac{n!}{(n-p)!} \quad \text{si } p \le n, \qquad 0 \quad \text{si } p > n. $$

Écrivons \(E = \{x_1, \ldots, x_p\}\). Comme dans la Méthode de la sous-section Cardinal de \(F^E\) et de \(\mathcal{P}(E)\), une application \(E \to F\) s'identifie à la liste \((f(x_1), \ldots, f(x_p)) \in F^p\). L'application est injective si et seulement si toutes les valeurs \(f(x_i)\) sont distinctes, c'est-à-dire si et seulement si la liste correspondante est un \(p\)-arrangement de \(F\). Par la Proposition précédente, le compte vaut \(\frac{n!}{(n-p)!}\) pour \(p \le n\), \(0\) sinon.

Méthode — Sans-remise \(\Leftrightarrow\) injection \(\Leftrightarrow\) permutation
Le même nombre \(\frac{n!}{(n-p)!}\) compte trois objets : les \(p\)-arrangements d'un ensemble à \(n\) éléments, les applications injectives d'un \(p\)-ensemble dans un \(n\)-ensemble, et (quand \(p = n\)) les permutations d'un \(n\)-ensemble. Reconnaître l'une de ces trois formes dans un énoncé donne immédiatement la formule.
Exemple
De combien de façons peut-on tirer \(5\) cartes successivement sans remise dans un jeu de \(52\) cartes?

C'est le nombre de \(5\)-arrangements d'un ensemble à \(52\) éléments : $$ \frac{52\,!}{(52 - 5)\,!} = \frac{52\,!}{47\,!} = 52 \cdot 51 \cdot 50 \cdot 49 \cdot 48. $$

Exemple
De combien de façons peut-on asseoir \(n\) personnes sur un banc rectiligne? Autour d'une table ronde?

  • Banc rectiligne. Numérotons les \(n\) places de gauche à droite. Asseoir \(n\) personnes revient à se donner un \(n\)-arrangement de \(\{1, \ldots, n\}\) pour les places, c'est-à-dire une permutation. Total : \(n!\) placements.
  • Table ronde. La convention doit être explicite :
    • Si les places sont numérotées (chaque chaise a sa propre identité), la table ronde se comporte comme le banc rectiligne : \(n!\) placements.
    • Si deux placements qui ne diffèrent que par une rotation sont considérés identiques (la table ronde sans repère), on fixe la position d'une personne donnée --- disons la personne \(n\) --- et on assoit les \(n - 1\) autres sur les \(n - 1\) places restantes. Total : \((n - 1)!\) placements.
Le facteur \(n\) entre les deux comptes est exactement le nombre de rotations qui identifient les configurations sur la table ronde sans repère.

Compétences à pratiquer
  • Compter anagrammes\(\virgule\) placements et permutations contraintes
II.4 \(p\)-combinaisons et coefficients binomiaux
Une \(p\)-combinaison est une partie de \(E\) de cardinal \(p\) : les éléments sont rassemblés en ensemble, sans notion d'ordre. Le modèle physique est le tirage simultané : on attrape d'un coup une poignée de \(p\) boules dans le sac. Le nombre de \(p\)-combinaisons d'un \(n\)-ensemble est le coefficient binomial \(\binom{n}{p}\). Nous avons déjà rencontré \(\binom{n}{p}\) dans le chapitre \(\mathrm{CalculAlgebrique}\) comme l'expression algébrique \(\frac{n!}{p!(n-p)!}\) ; ici on le redéfinit combinatoirement, puis on prouve l'équivalence avec l'expression factorielle par double comptage. Les identités classiques --- symétrie, Pascal, formule du capitaine --- se démontrent toutes par double comptage, technique signature du chapitre.
Définition — Coefficient binomial (combinatoire)
Pour \(n \in \mathbb{N}\) et \(p \in \mathbb{Z}\), le coefficient binomial \(\binom{n}{p}\) est le cardinal de l'ensemble des parties à \(p\) éléments de \(\llbracket 1, n \rrbracket\) : $$ \binom{n}{p} = \big| \mathcal{P}_p(\llbracket 1, n \rrbracket) \big| \quad \text{où} \quad \mathcal{P}_p(F) = \{ A \subset F \mid |A| = p \}. $$ On utilise la convention usuelle \(\llbracket 1, 0 \rrbracket = \emptyset\). Conséquences immédiates :
  • \(\binom{n}{p} = 0\) pour \(p < 0\) ou \(p > n\) (aucune partie de cardinal hors \([0, n]\)).
  • \(\binom{n}{0} = 1\) pour tout \(n \ge 0\) (la seule partie de cardinal \(0\) est \(\emptyset\)).
  • \(\binom{n}{n} = 1\) pour tout \(n \ge 0\) (la seule partie de cardinal \(n\) est \(\llbracket 1, n \rrbracket\)).
  • \(\binom{0}{0} = 1\) : la seule partie de \(\emptyset\) de cardinal \(0\) est \(\emptyset\).
Définition — \(p\)-combinaison
Pour \(p \ge 0\), une \(p\)-combinaison de \(E\) est une partie de \(E\) de cardinal \(p\). L'ensemble des \(p\)-combinaisons de \(E\) est noté \(\mathcal{P}_p(E)\).
Proposition — Cardinal de \(\mathcal{P}_p(E)\)
Pour \(|E| = n\), $$ |\mathcal{P}_p(E)| = \binom{n}{p}. $$

Choisissons une bijection \(\varphi : \llbracket 1, n \rrbracket \to E\). L'application induite $$ \Phi : \mathcal{P}_p(\llbracket 1, n \rrbracket) \to \mathcal{P}_p(E), \quad X \mapsto \varphi(X) $$ est une bijection : elle envoie une partie de cardinal \(p\) sur une partie de cardinal \(p\) (car \(\varphi\) étant bijective, \(|\varphi(X)| = |X|\)), et sa réciproque est \(Y \mapsto \varphi^{-1}(Y)\). Donc \(|\mathcal{P}_p(E)| = |\mathcal{P}_p(\llbracket 1, n \rrbracket)| = \binom{n}{p}\).

Theorem — Expression factorielle de \(\binom{n}{p}\)
Pour des entiers \(0 \le p \le n\), $$ \binom{n}{p} = \frac{n\,!}{p\,! \, (n - p)\,!}. $$

On compte les \(p\)-arrangements de \(\llbracket 1, n \rrbracket\) de deux manières.
  • Premier compte. Par la formule de la sous-section p-arrangements, permutations, injections, $$ \#\{p\text{-arrangements de } \llbracket 1, n \rrbracket\} = \frac{n!}{(n-p)!}. $$
  • Second compte. Un \(p\)-arrangement se construit en deux étapes :
    • Choisir la \(p\)-combinaison sous-jacente (l'ensemble des valeurs apparaissant) --- \(\binom{n}{p}\) choix.
    • Ordonner cet ensemble en une suite --- \(p\,!\) choix (une permutation d'un ensemble à \(p\) éléments).
    Par le slogan multiplicatif, $$ \#\{p\text{-arrangements de } \llbracket 1, n \rrbracket\} = \binom{n}{p} \cdot p\,! $$
En égalant les deux comptes : $$ \binom{n}{p} \cdot p\,! = \frac{n\,!}{(n - p)\,!} \quad \text{d'où} \quad \binom{n}{p} = \frac{n\,!}{p\,! \, (n - p)\,!}. $$ C'est l'équivalence explicite avec la définition algébrique donnée dans \(\mathrm{CalculAlgebrique}\).

Proposition — Symétrie
Pour \(0 \le p \le n\), $$ \binom{n}{p} = \binom{n}{n - p}. $$

Démonstration combinatoire par complémentation. L'application $$ \mathcal{P}_p(\llbracket 1, n \rrbracket) \to \mathcal{P}_{n-p}(\llbracket 1, n \rrbracket), \quad A \mapsto A^c = \llbracket 1, n \rrbracket \setminus A $$ est une bijection (sa réciproque est elle-même, puisque \((A^c)^c = A\)). Donc les deux ensembles ont le même cardinal, soit \(\binom{n}{p} = \binom{n}{n - p}\).

Proposition — Formule de Pascal
Pour \(1 \le p \le n + 1\), avec la convention \(\binom{n}{p} = 0\) pour \(p > n\), $$ \binom{n}{p - 1} + \binom{n}{p} = \binom{n + 1}{p}. $$

Démonstration combinatoire. On compte les parties de cardinal \(p\) de \(\llbracket 1, n + 1 \rrbracket\) --- il y en a \(\binom{n+1}{p}\). On les sépare en deux familles disjointes selon qu'elles contiennent ou non l'élément distingué \(n + 1\) :
  • Parties de cardinal \(p\) contenant \(n + 1\) : retirer \(n + 1\) donne une partie de cardinal \(p - 1\) de \(\llbracket 1, n \rrbracket\). Ceci induit une bijection avec \(\mathcal{P}_{p-1}(\llbracket 1, n \rrbracket)\), soit \(\binom{n}{p-1}\) telles parties.
  • Parties de cardinal \(p\) ne contenant pas \(n + 1\) : ce sont exactement les parties de cardinal \(p\) de \(\llbracket 1, n \rrbracket\), donc \(\binom{n}{p}\) d'entre elles.
Par le slogan additif, \(\binom{n+1}{p} = \binom{n}{p-1} + \binom{n}{p}\).
Forme équivalente. Le ré-indiçage \(p \to p+1\) donne la forme souvent rencontrée dans les manuels : $$ \binom{n}{p} + \binom{n}{p+1} = \binom{n+1}{p+1}. $$

Proposition — Formule du capitaine
Pour \(1 \le p \le n\), $$ p \cdot \binom{n}{p} = n \cdot \binom{n - 1}{p - 1}. $$

Démonstration combinatoire. On compte les couples (équipe de \(p\) joueurs parmi \(n\), capitaine désigné dans l'équipe) de deux façons.
  • Premier compte. On choisit l'équipe d'abord (\(\binom{n}{p}\) choix), puis on désigne le capitaine dans l'équipe (\(p\) choix). Total : \(p \cdot \binom{n}{p}\).
  • Second compte. On choisit le capitaine d'abord (\(n\) choix), puis on complète l'équipe avec \(p - 1\) joueurs parmi les \(n - 1\) non-capitaines (\(\binom{n-1}{p-1}\) choix). Total : \(n \cdot \binom{n-1}{p-1}\).
Les deux comptes coïncident, d'où l'identité.

Méthode — Combinaisons \(\Leftrightarrow\) tirages simultanés
Quand l'énoncé dit « tirage simultané » ou « sous-ensemble de taille \(p\) », le modèle est la \(p\)-combinaison ; la formule est \(\binom{n}{p}\). La marque : l'ordre ne compte pas.
Exemple
De combien de façons peut-on tirer \(5\) cartes simultanément dans un jeu de \(52\) cartes?

L'ordre ne compte pas ; le modèle est une \(5\)-combinaison d'un ensemble à \(52\) éléments. Total : \(\binom{52}{5}\).

Exemple
Calculer le nombre d'anagrammes du mot BOROROS.

Le mot \(\mathrm{BOROROS}\) a \(7\) lettres avec multiplicités : \(\mathrm{O}\) apparaît \(3\) fois, \(\mathrm{R}\) apparaît \(2\) fois, \(\mathrm{B}\) une fois, \(\mathrm{S}\) une fois. On donne deux méthodes.
Méthode 1 : placer chaque lettre dans ses positions.
  • Choisir les \(3\) positions des \(\mathrm{O}\) parmi \(7\) : \(\binom{7}{3}\) façons.
  • Choisir les \(2\) positions des \(\mathrm{R}\) parmi les \(4\) restantes : \(\binom{4}{2}\) façons.
  • Choisir la position du \(\mathrm{B}\) parmi les \(2\) restantes : \(\binom{2}{1}\) façons.
  • La dernière position est forcée pour le \(\mathrm{S}\) : \(\binom{1}{1} = 1\).
Par le slogan multiplicatif, $$ \binom{7}{3} \binom{4}{2} \binom{2}{1} \binom{1}{1} = 35 \cdot 6 \cdot 2 \cdot 1 = 420. $$ Méthode 2 : numéroter puis quotienter. Si l'on distinguait artificiellement les \(7\) lettres, il y aurait \(7\,!\) permutations. Mais les lettres identiques sont interchangeables : les \(3\,!\) permutations des \(\mathrm{O}\) et les \(2\,!\) des \(\mathrm{R}\) produisent le même anagramme. Donc $$ \#\{\text{anagrammes de BOROROS}\} = \frac{7\,!}{3\,! \cdot 2\,!} = \frac{5040}{12} = 420. $$

Compétences à pratiquer
  • Compter parties\(\virgule\) comités et chemins de grille
II.5 Démonstration combinatoire de la formule du binôme
Le chapitre \(\mathrm{CalculAlgebrique}\) a prouvé la formule du binôme \((a+b)^n = \sum_{k} \binom{n}{k} a^k b^{n-k}\) par récurrence sur \(n\), à l'aide de l'identité de Pascal. Ici on donne une preuve combinatoire : compter d'où vient le terme \(a^k b^{n-k}\) dans le développement. C'est exactement le type d'argument de double comptage mis en pratique dans la sous-section précédente.
Theorem — Formule du binôme\(\virgule\) preuve combinatoire
Pour \(a, b\) dans un anneau commutatif (en particulier pour \(a, b \in \mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\)) et \(n \in \mathbb{N}\), $$ (a + b)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} a^k b^{n - k}. $$

On écrit $$ (a + b)^n = \underbrace{(a + b)(a + b) \cdots (a + b)}_{n \text{ facteurs}}. $$ On développe entièrement. Chaque terme du développement correspond à un choix « prendre \(a\) ou prendre \(b\) » dans chacun des \(n\) facteurs. Le terme obtenu en prenant \(a\) dans exactement \(k\) des facteurs (et \(b\) dans les \(n - k\) autres) est $$ a^k b^{n - k}. $$ Le nombre de tels choix est le nombre de façons de sélectionner les \(k\) facteurs qui fournissent le \(a\), c'est-à-dire le nombre de \(k\)-combinaisons de l'ensemble des \(n\) facteurs : $$ \binom{n}{k}. $$ En sommant sur \(k = 0, 1, \ldots, n\) on rassemble tous les termes du développement : $$ (a + b)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} a^k b^{n - k}. $$ Forme équivalente. Par symétrie \(\binom{n}{k} = \binom{n}{n-k}\), le changement \(k \to n - k\) dans la somme donne l'expression équivalente \(\sum_k \binom{n}{k} a^{n - k} b^k\), souvent rencontrée dans les manuels. Les deux sont la même identité.

Méthode — Double comptage pour les identités binomiales
Pour démontrer une identité entre coefficients binomiaux, chercher un ensemble unique que les deux membres comptent de deux façons différentes. Cette technique couvre à elle seule : la symétrie \(\binom{n}{p} = \binom{n}{n-p}\) (compter les parties vs compter leurs complémentaires), Pascal \(\binom{n+1}{p} = \binom{n}{p-1} + \binom{n}{p}\) (parties contenant ou non un élément distingué), le capitaine \(p\binom{n}{p} = n\binom{n-1}{p-1}\) (équipe-puis-capitaine vs capitaine-puis-équipe), et la formule du binôme (quels facteurs donnent le \(a\)).
Boucle de retour vers \(|\mathcal{P}(E)| \equal 2^n\)
Une seconde preuve de la formule \(|\mathcal{P}(E)| = 2^n\) tombe de la formule du binôme. Appliquons la formule du binôme à \(a = b = 1\) : $$ 2^n = (1 + 1)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} 1^k 1^{n-k} = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k}. $$ D'autre part, \(\mathcal{P}(E) = \bigsqcup_{k=0}^n \mathcal{P}_k(E)\) est une réunion disjointe par cardinal, donc $$ |\mathcal{P}(E)| = \sum_{k=0}^n |\mathcal{P}_k(E)| = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} = 2^n. $$ On retrouve --- par une route complètement différente --- le résultat de la sous-section Cardinal de \(F^E\) et de \(\mathcal{P}(E)\) démontré là-bas via les indicatrices.
Exemple
Calculer la somme alternée \(\displaystyle \sum_{k=0}^n (-1)^k \binom{n}{k}\) pour \(n \ge 1\).

Appliquons la formule du binôme à \(a = -1\), \(b = 1\) : $$ \begin{aligned} 0 = 0^n = (-1 + 1)^n &= \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} (-1)^k 1^{n-k} \\ &= \sum_{k=0}^n (-1)^k \binom{n}{k}. \end{aligned} $$ D'où \(\displaystyle \sum_{k=0}^n (-1)^k \binom{n}{k} = 0\) pour \(n \ge 1\). Pour \(n = 0\), la somme se réduit à son unique terme \(k = 0\), donc elle vaut \(\binom{0}{0} = 1\) : c'est la convention du produit vide dans la formule du binôme.

Compétences à pratiquer
  • Démontrer des identités par double comptage et substitution binomiale
II.6 Synthèse --- les trois modèles fondamentaux
Tout le chapitre --- une fois les preuves effacées --- se résume en un tableau. Les trois modèles fondamentaux se classent par deux critères binaires : l'ordre compte-t-il, et y a-t-il remise? Les cardinaux correspondants sont \(n^p\), \(\frac{n!}{(n-p)!}\) et \(\binom{n}{p}\). Lire un énoncé et le rattacher à l'une des trois lignes est le réflexe central du chapitre.
Méthode — Les trois modèles --- tableau récapitulatif
Pour tirer \(p\) éléments dans un ensemble de cardinal \(n\), les trois modèles standard sont :
Type de tirage Ordre Remise Modèle Cardinal
Successif, avec remise oui oui \(p\)-liste de \(E\) \(n^p\)
Successif, sans remise oui non \(p\)-arrangement de \(E\) \(\dfrac{n\,!}{(n-p)\,!}\)
Simultané non non \(p\)-combinaison de \(E\) \(\dbinom{n}{p}\)
Méthode — Lire l'énoncé
Face à un problème de dénombrement, poser les deux questions binaires :
  1. L'ordre compte-t-il?
  2. Y a-t-il remise?
On choisit ensuite le modèle :
  • L'ordre compte et il y a remise : \(p\)-liste, cardinal \(n^p\).
  • L'ordre compte et il n'y a pas remise : \(p\)-arrangement, cardinal \(\dfrac{n!}{(n-p)!}\) si \(p \le n\), \(0\) sinon.
  • L'ordre ne compte pas et il n'y a pas remise : \(p\)-combinaison, cardinal \(\binom{n}{p}\).
  • L'ordre ne compte pas et il y a remise : multi-ensembles / bâtons-boules --- hors programme.
Compétences à pratiquer
  • Choisir liste\(\virgule\) arrangement ou combinaison à partir de l'énoncé