CommeUnJeu · L1 MPSI
Sous-espaces affines
Tout élément d'un espace vectoriel \(E\) se lit de deux manières : comme vecteur (un déplacement) ou comme point (une position, une fois une origine fixée). Sous la seconde lecture, les sous-espaces \(F\) de \(E\) sont exactement les « ensembles plats passant par l'origine » : droites passant par \(0_E\), plans passant par \(0_E\), etc. L'étape suivante naturelle est d'autoriser à translater ces ensembles plats hors de l'origine --- une droite ne passant pas par \(0_E\), un plan évitant \(0_E\). Les objets ainsi obtenus s'appellent sous-espaces affines : ensembles de la forme \(\mathcal{F} = x + F\) où \(F\) est un sous-espace et \(x\) un vecteur quelconque de \(E\). Le sous-espace \(F\) est intrinsèque à \(\mathcal{F}\) ; on l'appelle la direction de \(\mathcal{F}\).
Le chapitre a deux objectifs pédagogiques. D'abord, étendre l'intuition géométrique de la géométrie affine du lycée (droites, plans, parallélisme, intersections) au cadre des espaces vectoriels quelconques. Ensuite, reconnaître, dans plusieurs problèmes déjà rencontrés --- systèmes linéaires, équations différentielles, suites arithmético-géométriques, interpolation polynomiale --- la même forme récurrente « ensemble des solutions de \(u(x) = a\) » : soit vide, soit un sous-espace affine de direction \(\mathrm{Ker}\,u\). Ce point de vue unificateur est le résultat-phare du chapitre.
Conventions du chapitre. \(\mathbb{K}\) désigne \(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\) ; \(E\) est un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel. Les sous-espaces vectoriels de \(E\) sont notés avec des majuscules droites \(F, G, H, \ldots\) ; les sous-espaces affines avec des majuscules rondes \(\mathcal{F}, \mathcal{G}, \mathcal{H}, \ldots\). L'écriture \(B = A + \vec u\) est équivalente à \(\overrightarrow{AB} = \vec u\).
Le chapitre a deux objectifs pédagogiques. D'abord, étendre l'intuition géométrique de la géométrie affine du lycée (droites, plans, parallélisme, intersections) au cadre des espaces vectoriels quelconques. Ensuite, reconnaître, dans plusieurs problèmes déjà rencontrés --- systèmes linéaires, équations différentielles, suites arithmético-géométriques, interpolation polynomiale --- la même forme récurrente « ensemble des solutions de \(u(x) = a\) » : soit vide, soit un sous-espace affine de direction \(\mathrm{Ker}\,u\). Ce point de vue unificateur est le résultat-phare du chapitre.
Conventions du chapitre. \(\mathbb{K}\) désigne \(\mathbb{R}\) ou \(\mathbb{C}\) ; \(E\) est un \(\mathbb{K}\)-espace vectoriel. Les sous-espaces vectoriels de \(E\) sont notés avec des majuscules droites \(F, G, H, \ldots\) ; les sous-espaces affines avec des majuscules rondes \(\mathcal{F}, \mathcal{G}, \mathcal{H}, \ldots\). L'écriture \(B = A + \vec u\) est équivalente à \(\overrightarrow{AB} = \vec u\).
I
Structure affine : points\(\virgule\) vecteurs\(\virgule\) translation
I.1
Points et vecteurs dans un espace vectoriel
Un même élément de \(E\) peut se lire comme un point ou comme un vecteur. Le dictionnaire entre les deux lectures est le suivant : choisir une origine (le vecteur nul \(0_E\)) ; un point \(M \in E\) s'identifie alors au vecteur déplacement \(\overrightarrow{OM} = M\). Deux points \(A, B\) définissent un vecteur déplacement \(\overrightarrow{AB} := B - A\) (nul lorsque \(A = B\)) ; inversement, ajouter un vecteur \(\vec u\) à un point \(A\) produit un nouveau point \(B = A + \vec u\). Les deux lectures ne diffèrent que par le vocabulaire --- l'ensemble sous-jacent est le même \(E\).
Définition — Translation
Pour \(\vec u \in E\), la translation par \(\vec u\) est l'application $$ t_{\vec u} : E \longrightarrow E, \qquad A \longmapsto A + \vec u. $$ La relation \(B = A + \vec u\) est équivalente à \(\overrightarrow{AB} = \vec u\).
Relation de Chasles
Pour trois points \(A, B, C \in E\), la relation de Chasles s'écrit $$ \overrightarrow{AC} = \overrightarrow{AB} + \overrightarrow{BC}. $$ Géométriquement : « aller de \(A\) à \(C\) directement » revient à « aller de \(A\) à \(B\) puis de \(B\) à \(C\) ».
Exemple
Dans \(\mathbb{R}^2\), prenons \(A = (1\,;\,2)\) et \(B = (4\,;\,6)\). Alors \(\overrightarrow{AB} = B - A = (3\,;\,4)\), et la translation \(t_{\overrightarrow{AB}}\) envoie l'origine \((0\,;\,0)\) sur \((3\,;\,4)\) et le point \(A\) sur \(A + \overrightarrow{AB} = B\). Méthode — Lire un élément comme point ou comme vecteur
Pour travailler en « mode point » : choisir une origine (typiquement \(0_E\)). Chaque \(M \in E\) se lit comme point, et le vecteur \(\overrightarrow{OM} = M\) est le déplacement de l'origine vers \(M\). Pour travailler en « mode vecteur », oublier l'origine et lire chaque élément comme un déplacement libre. Les deux lectures sont interchangeables ; le choix dépend de la mise en avant (positions : objets affines comme droites et plans, ou déplacements : opérations vectorielles). Compétences à pratiquer
- Manipuler points\(\virgule\) vecteurs et translations
I.2
Sous-espaces affines : définition et direction
Un sous-espace \(F\) de \(E\) passant par \(0_E\) est « ancré à l'origine ». Si on le translate par un vecteur \(\vec u\), on obtient l'ensemble \(\vec u + F\) --- toujours « plat » dans \(E\) (une droite, un plan, \ldots), ne contenant plus \(0_E\) sauf si \(\vec u \in F\). De tels sous-espaces translatés s'appellent sous-espaces affines de \(E\) ; le sous-espace \(F\) d'origine est intrinsèque à l'ensemble translaté et s'appelle sa direction.
Définition — Sous-espace affine\(\virgule\) direction
Une partie \(\mathcal{F} \subset E\) est un sous-espace affine de \(E\) s'il existe \(x \in E\) et un sous-espace vectoriel \(F\) de \(E\) tels que $$ \mathcal{F} = x + F := \{x + f : f \in F\}. $$ Le sous-espace \(F\) est unique (voir la proposition ci-dessous) et s'appelle la direction de \(\mathcal{F}\). Ses éléments sont les vecteurs directeurs de \(\mathcal{F}\).
Attention --- les sous-espaces affines sont non vides
Comme \(\mathcal{F} = x + F\) contient \(x\) (car \(0_E \in F\)), un sous-espace affine est toujours non vide. L'ensemble vide n'est donc pas un sous-espace affine. Cette mise en garde est importante pour le théorème sur les équations linéaires \(u(x) = a\) ci-dessous, dont l'ensemble des solutions est « soit vide, soit un sous-espace affine » --- le cas vide est réellement distinct.
Proposition — Unicité de la direction
Soit \(\mathcal{F}\) un sous-espace affine de \(E\). Si \(\mathcal{F} = x + F = x' + F'\) pour certains \(x, x' \in E\) et sous-espaces \(F, F'\) de \(E\), alors \(F = F'\).
Par symétrie, il suffit de montrer \(F \subset F'\). Soit \(f \in F\).
- Appliquons \(\mathcal{F} = x + F = x' + F'\) à l'élément \(x \in x + F\) : \(x = x' + f_1'\) pour un certain \(f_1' \in F'\).
- Appliquons la même égalité à \(x + f \in x + F\) : \(x + f = x' + f_2'\) pour un certain \(f_2' \in F'\).
Exemple
Tout sous-espace \(F\) de \(E\) est un sous-espace affine : prendre \(x = 0_E\), alors \(F = 0_E + F\), donc \(\mathcal{F} = F\) a pour direction \(F\) lui-même. (La réciproque --- un sous-espace affine est vectoriel si et seulement s'il contient \(0_E\) --- est consignée en corollaire juste après le théorème de caractérisation de la section suivante.) Exemple
Dans \(\mathbb{R}^3\), l'ensemble \(\mathcal{F} = \{(x\,;\,y\,;\,z) \in \mathbb{R}^3 : x + y + z = 1\}\) est un sous-espace affine de \(\mathbb{R}^3\). Vérification. Le point \((1\,;\,0\,;\,0)\) vérifie \(x + y + z = 1\). Pour \((x\,;\,y\,;\,z) \in \mathbb{R}^3\), \((x\,;\,y\,;\,z) \in \mathcal{F} \iff (x - 1\,;\,y\,;\,z) \in F\) où \(F = \{(\alpha\,;\,\beta\,;\,\gamma) : \alpha + \beta + \gamma = 0\}\). Donc \(\mathcal{F} = (1\,;\,0\,;\,0) + F\), de direction \(F\) (un plan vectoriel de \(\mathbb{R}^3\), de dimension \(2\)).
Exemple
Dans \(\mathbb{R}[X]\), \(\mathcal{E} = \{P \in \mathbb{R}[X] : XP' + P = 2X\}\). Montrons que \(\mathcal{E}\) est un sous-espace affine et identifions sa direction. Solution particulière. \(P = X\) vérifie \(X \cdot 1 + X = 2X\).
Réduction. Pour tout \(P\), \(P \in \mathcal{E} \iff X(P - X)' + (P - X) = 0 \iff P - X \in H\) où \(H = \{P \in \mathbb{R}[X] : XP' + P = 0\}\) (une lettre neuve, car \(E\) désigne déjà l'espace vectoriel ambiant). Donc \(\mathcal{E} = X + H\), sous-espace affine de \(\mathbb{R}[X]\) de direction \(H\).
Précision sur \(H\). Observons que \(XP' + P = (XP)'\), donc \(XP' + P = 0 \iff (XP)' = 0 \iff XP\) est constant. Comme \(XP\) s'annule en \(0\), la seule constante possible est \(0\), soit \(XP = 0\), soit \(P = 0\). Donc \(H = \{0\}\) et \(\mathcal{E} = \{X\}\) se réduit à un seul point --- pédagogiquement parlant : un sous-espace affine peut se réduire à un singleton (dimension \(0\)).
Compétences à pratiquer
- Reconnaître un sous-espace affine
- Identifier la direction
I.3
Dimension d'un sous-espace affine
La dimension d'un sous-espace affine est héritée de sa direction. Cela rend non ambigu le nommage géométrique des sous-espaces affines par leur direction (droite, plan, hyperplan).
Définition — Dimension d'un sous-espace affine
Soit \(\mathcal{F}\) un sous-espace affine de \(E\) de direction \(F\). Lorsque \(F\) est de dimension finie, la dimension de \(\mathcal{F}\) est $$ \dim \mathcal{F} := \dim F. $$ Exemple
Un point (singleton \(\{A\}\)) est un sous-espace affine de dimension \(0\) (direction \(\{0_E\}\), sous-espace de dimension \(0\)). L'espace tout entier \(E\) est un sous-espace affine de dimension \(\dim E\) (direction \(E\)).
Le sous-espace affine \(\mathcal{E} = \{X\}\) de l'exemple précédent est de dimension \(0\).
Compétences à pratiquer
- Calculer la dimension d'un sous-espace affine
I.4
Droite affine\(\virgule\) plan affine\(\virgule\) hyperplan affine
Les sous-espaces affines héritent leur nom de leur direction. Le vocabulaire --- droite affine, plan affine, hyperplan affine --- reprend celui déjà établi pour les versions vectorielles au chapitre Applications linéaires.
Définition — Droite affine\(\virgule\) plan affine\(\virgule\) hyperplan affine
Soit \(\mathcal{F}\) un sous-espace affine de \(E\) de direction \(F\). - Si \(\dim F = 1\), \(\mathcal{F}\) est appelé droite affine.
- Si \(\dim F = 2\), \(\mathcal{F}\) est appelé plan affine.
- Si \(F\) est un hyperplan de \(E\) (i.e. \(F = \mathrm{Ker}\,\varphi\) pour une forme linéaire non nulle \(\varphi\), ou de manière équivalente si \(\dim F = \dim E - 1\) en dimension finie), \(\mathcal{F}\) est appelé hyperplan affine.
Exemple
Droite affine dans \(\mathbb{R}^3\). L'ensemble \(\{(1\,;\,2\,;\,3) + t(1\,;\,0\,;\,-1) : t \in \mathbb{R}\}\) est une droite affine de \(\mathbb{R}^3\), passant par \((1\,;\,2\,;\,3)\) de direction \(\mathrm{Vect}((1\,;\,0\,;\,-1))\) (une droite vectorielle). Plan affine dans \(\mathbb{R}^3\). L'ensemble \(\{(0\,;\,0\,;\,1) + s(1\,;\,0\,;\,0) + t(0\,;\,1\,;\,0) : s, t \in \mathbb{R}\}\) est un plan affine : direction \(\mathrm{Vect}(e_1\,;\,e_2)\) (le plan vectoriel \(z = 0\)), translaté en \(z = 1\).
Exemple
Dans \(\mathbb{R}_3[X]\) (dimension \(4\)) : l'ensemble \(\mathcal{P} = \{P \in \mathbb{R}_3[X] : P(0) = 1\}\) est un hyperplan affine de \(\mathbb{R}_3[X]\). Vérification. Le polynôme constant \(P_0 = 1\) vérifie \(P_0(0) = 1\). La direction est \(\{P : P(0) = 0\}\), noyau de la forme linéaire non nulle \(\varphi : P \mapsto P(0)\). Donc \(\dim \mathcal{P} = \dim \mathbb{R}_3[X] - 1 = 3\).
Compétences à pratiquer
- Travailler avec droites\(\virgule\) plans et hyperplans affines
II
Caractérisation des sous-espaces affines
II.1
Caractérisation par un point et la direction
Une fois qu'un seul point \(A\) d'un sous-espace affine est connu et que sa direction \(F\) est connue, le sous-espace affine tout entier est déterminé : \(\mathcal{F} = A + F\). C'est l'analogue de « un point + un vecteur directeur » caractérisant une droite dans \(\mathbb{R}^2\). On en déduit un critère d'égalité simple : deux sous-espaces affines coïncident si et seulement s'ils partagent un point et ont la même direction.
Theorem — Caractérisation par la direction et un point
Soit \(\mathcal{F}\) un sous-espace affine de \(E\) de direction \(F\). Alors pour tout \(A \in \mathcal{F}\), $$ \mathcal{F} = A + F. $$ En particulier, deux sous-espaces affines sont égaux si et seulement s'ils ont la même direction et partagent un point commun.
Par définition, \(\mathcal{F} = x + F\) pour un certain \(x \in E\). Étant donné \(A \in \mathcal{F}\), écrivons \(A = x + f_0\) avec \(f_0 \in F\). Alors \(x = A - f_0\), donc $$ \mathcal{F} = x + F = (A - f_0) + F = A + (F - f_0). $$ Comme \(F\) est un sous-espace vectoriel, la translation \(u \mapsto u - f_0\) est une bijection de \(F\) sur \(F\) (inverse : \(u \mapsto u + f_0\)) ; donc \(F - f_0 = F\). Par conséquent \(\mathcal{F} = A + F\).
Critère d'égalité. Si \(\mathcal{F} = \mathcal{G}\), ils partagent tout point, et par unicité de la direction (établie plus haut dans ce chapitre) ils ont la même direction. Réciproquement, supposons que \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) aient la même direction \(F\) et partagent un point \(A\). Par ce qui vient d'être démontré, \(\mathcal{F} = A + F\) et \(\mathcal{G} = A + F\), donc \(\mathcal{F} = \mathcal{G}\).
Critère d'égalité. Si \(\mathcal{F} = \mathcal{G}\), ils partagent tout point, et par unicité de la direction (établie plus haut dans ce chapitre) ils ont la même direction. Réciproquement, supposons que \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) aient la même direction \(F\) et partagent un point \(A\). Par ce qui vient d'être démontré, \(\mathcal{F} = A + F\) et \(\mathcal{G} = A + F\), donc \(\mathcal{F} = \mathcal{G}\).
Corollaire --- les sous-espaces vectoriels parmi les sous-espaces affines
Un sous-espace affine \(\mathcal{F}\) de \(E\) est un sous-espace vectoriel de \(E\) si et seulement si \(0_E \in \mathcal{F}\). En effet, si \(0_E \in \mathcal{F}\), en appliquant le théorème avec \(A = 0_E\) on obtient \(\mathcal{F} = 0_E + F = F\), sous-espace vectoriel. Réciproquement, tout sous-espace vectoriel contient \(0_E\).
Méthode — Vérifier qu'un point appartient à un sous-espace affine
Pour vérifier si \(M \in E\) appartient à un sous-espace affine \(\mathcal{F} = A + F\) donné : calculer le vecteur déplacement \(M - A\) et vérifier qu'il appartient à la direction \(F\). De manière équivalente, \(M \in \mathcal{F} \iff M - A \in F\). Exemple
Le point \(M = (4\,;\,-1\,;\,0)\) appartient-il à la droite affine \(\mathcal{D}\) de \(\mathbb{R}^3\) passant par \(A = (1\,;\,2\,;\,3)\) de direction \(\mathrm{Vect}((1\,;\,-1\,;\,-1))\) ? Calculons \(M - A = (3\,;\,-3\,;\,-3) = 3 \cdot (1\,;\,-1\,;\,-1)\). Comme \((1\,;\,-1\,;\,-1) \in \mathrm{Vect}((1\,;\,-1\,;\,-1))\), \(3 \cdot (1\,;\,-1\,;\,-1) \in \mathrm{Vect}((1\,;\,-1\,;\,-1))\) également. Donc \(M - A \in F\), donc \(M \in \mathcal{D}\).
Compétences à pratiquer
- Vérifier qu'un point appartient à un sous-espace affine
II.2
Parallélisme
Deux sous-espaces affines sont parallèles lorsque leurs directions sont comparables pour l'inclusion. Lorsqu'ils ont la même dimension finie, cela revient à avoir la même direction. Ils sont strictement parallèles lorsqu'ils sont parallèles et disjoints --- l'image du lycée de deux droites parallèles qui ne se rencontrent jamais.
Définition — Parallélisme
Soient \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) deux sous-espaces affines de \(E\) de directions respectives \(F\) et \(G\). - \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) sont dits parallèles lorsque leurs directions sont comparables pour l'inclusion : $$ F \subset G \qquad \text{ou} \qquad G \subset F. $$ Lorsqu'ils ont la même dimension finie, cela équivaut à \(F = G\).
- \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) sont dits strictement parallèles lorsqu'ils sont parallèles et disjoints : $$ (F \subset G \ \text{ou}\ G \subset F) \qquad \text{et} \qquad \mathcal{F} \cap \mathcal{G} = \emptyset. $$
Exemple
Dans \(\mathbb{R}^3\) : \(\mathcal{D}_1 = \{(0\,;\,0\,;\,0) + t(1\,;\,0\,;\,0) : t \in \mathbb{R}\}\) et \(\mathcal{D}_2 = \{(0\,;\,0\,;\,1) + t(1\,;\,0\,;\,0) : t \in \mathbb{R}\}\) sont deux droites affines distinctes de même direction \(\mathrm{Vect}(e_1)\). Elles sont parallèles (même direction). De plus la première est dans le plan \(z = 0\) et la seconde dans \(z = 1\), donc \(\mathcal{D}_1 \cap \mathcal{D}_2 = \emptyset\) : elles sont strictement parallèles. Compétences à pratiquer
- Reconnaître des sous-espaces affines parallèles
II.3
Intersection de sous-espaces affines
Contrairement aux sous-espaces vectoriels --- qui partagent toujours \(0_E\) et ont donc toujours une intersection non vide --- deux sous-espaces affines peuvent être disjoints. Lorsque leur intersection est non vide, elle est elle-même un sous-espace affine, de direction l'intersection des directions individuelles.
Theorem — Intersection de sous-espaces affines
Soit \((\mathcal{F}_i)_{i \in I}\) une famille non vide de sous-espaces affines de \(E\) de directions respectives \((F_i)_{i \in I}\). Alors soit $$ \bigcap_{i \in I} \mathcal{F}_i = \emptyset, \qquad \text{soit} \qquad \bigcap_{i \in I} \mathcal{F}_i \text{ est un sous-espace affine de direction } \bigcap_{i \in I} F_i. $$
Supposons \(\bigcap \mathcal{F}_i \ne \emptyset\) et choisissons \(A \in \bigcap \mathcal{F}_i\). Par le théorème précédent, \(\mathcal{F}_i = A + F_i\) pour tout \(i\). Posons \(F := \bigcap_i F_i\). Montrons \(\bigcap_i \mathcal{F}_i = A + F\) par double inclusion.
- \((\subset)\) Soit \(M \in \bigcap \mathcal{F}_i\). Pour chaque \(i\), \(M \in \mathcal{F}_i = A + F_i\), donc \(M - A \in F_i\). En prenant l'intersection sur \(i\) : \(M - A \in \bigcap_i F_i = F\). Donc \(M \in A + F\).
- \((\supset)\) Pour tout \(i\), \(F \subset F_i\), donc \(A + F \subset A + F_i = \mathcal{F}_i\). En intersectant sur \(i\) : \(A + F \subset \bigcap_i \mathcal{F}_i\).
Méthode — Calculer une intersection de sous-espaces affines
Pour calculer l'intersection \(\mathcal{F} \cap \mathcal{G}\) donnée par des équations cartésiennes : empiler les équations en un seul système. Si le système est compatible (admet une solution), l'ensemble des solutions est l'intersection --- un sous-espace affine de \(E\), de direction \(F \cap G\). Si le système est incompatible, l'intersection est vide. Exemple
Dans \(\mathbb{R}^3\), calculons l'intersection des deux plans affines $$ \mathcal{P}_1 : x + y - z = 1, \qquad \mathcal{P}_2 : 2x - y + z = 0. $$ En additionnant les deux équations : \(3x = 1\), donc \(x = \tfrac{1}{3}\). En reportant dans la première : \(\tfrac{1}{3} + y - z = 1\), soit \(y - z = \tfrac{2}{3}\). En posant \(z = s\) comme paramètre : \(y = \tfrac{2}{3} + s\). Ensemble des solutions : $$ \mathcal{P}_1 \cap \mathcal{P}_2 = \left\{ \left(\tfrac{1}{3}\,;\,\tfrac{2}{3} + s\,;\,s\right) : s \in \mathbb{R} \right\} = \left(\tfrac{1}{3}\,;\,\tfrac{2}{3}\,;\,0\right) + s \cdot (0\,;\,1\,;\,1), $$ une droite affine de direction \(\mathrm{Vect}((0\,;\,1\,;\,1))\). Exemple
Dans \(\mathbb{R}^3\), les deux plans parallèles \(\mathcal{P}_1 : z = 0\) et \(\mathcal{P}_2 : z = 1\) ont une intersection vide : le système \(\{z = 0, z = 1\}\) est incompatible. Donc \(\mathcal{P}_1 \cap \mathcal{P}_2 = \emptyset\). Compétences à pratiquer
- Calculer une intersection
III
Équations linéaires et sous-espaces affines
III.1
Les solutions d'une équation linéaire forment un sous-espace affine
Le second objectif du chapitre est maintenant à portée. De nombreux problèmes déjà rencontrés --- systèmes linéaires, équations différentielles linéaires, suites arithmético-géométriques, interpolation polynomiale --- partagent la même forme : résoudre \(u(x) = a\) où \(u\) est une application linéaire entre espaces vectoriels et \(a\) un vecteur cible. L'ensemble des solutions est soit vide, soit un sous-espace affine, de direction le noyau de \(u\). Ce point de vue unificateur ramène tous ces problèmes à la même recette en deux temps : trouver une solution particulière ; décrire les solutions homogènes.
Theorem — Équation linéaire \(u(x)\) \(\equal\) \(a\)
Soient \(E\) et \(G\) deux \(\mathbb{K}\)-espaces vectoriels, soit \(u \in \mathcal{L}(E\,;\,G)\), et soit \(a \in G\). L'ensemble des solutions $$ \mathcal{S}_a := \{x \in E : u(x) = a\} $$ est soit vide, soit un sous-espace affine de \(E\) de direction \(\mathrm{Ker}\,u\).
Supposons \(\mathcal{S}_a \ne \emptyset\) et choisissons une solution particulière \(x_0 \in \mathcal{S}_a\) (soit \(u(x_0) = a\)). Pour tout \(x \in E\) : $$ \begin{aligned} x \in \mathcal{S}_a &\iff u(x) = a && \text{(définition)} \\
&\iff u(x) - u(x_0) = 0 && \text{(retrancher \(a = u(x_0)\))} \\
&\iff u(x - x_0) = 0 && \text{(linéarité de \(u\))} \\
&\iff x - x_0 \in \mathrm{Ker}\,u. \end{aligned} $$ Donc \(\mathcal{S}_a = x_0 + \mathrm{Ker}\,u\), sous-espace affine de direction \(\mathrm{Ker}\,u\).
Schéma --- solution particulière plus noyau
La structure « solutions \(=\) une solution particulière \(+\) noyau » se visualise : le noyau \(\mathrm{Ker}\,u\) est un sous-espace vectoriel de \(E\) (passant par l'origine) ; l'ensemble des solutions \(\mathcal{S}_a\) est la copie translatée passant par n'importe quelle solution particulière \(x_0\).
Corollaire --- ensembles de niveau d'une application linéaire
Pour \(u \in \mathcal{L}(E\,;\,G)\) et \(a \in G\), l'image réciproque \(u^{-1}(\{a\})\) est par définition l'ensemble \(\{x \in E : u(x) = a\}\), soit \(\mathcal{S}_a\). Par le théorème, \(u^{-1}(\{a\})\) est soit vide, soit un sous-espace affine de \(E\) de direction \(\mathrm{Ker}\,u\).
Cas particulier --- hyperplan affine : si \(\varphi\) est une forme linéaire non nulle sur \(E\) et \(\alpha \in \mathbb{K}\), alors $$ \{x \in E : \varphi(x) = \alpha\} $$ est un hyperplan affine de \(E\), de direction \(\mathrm{Ker}\,\varphi\) qui est un hyperplan vectoriel. Il est automatiquement non vide : puisque \(\varphi \ne 0\), il existe \(x_1 \in E\) tel que \(\varphi(x_1) \ne 0\), et alors \(x_0 = \tfrac{\alpha}{\varphi(x_1)} x_1\) vérifie \(\varphi(x_0) = \alpha\). Cela réinterprète les exemples antérieurs $$ x + y + z = 1 \quad \text{dans } \mathbb{R}^3 $$ et $$ P(0) = 1 \quad \text{dans } \mathbb{R}_3[X] $$ comme ensembles de niveau de formes linéaires explicites.
Cas particulier --- hyperplan affine : si \(\varphi\) est une forme linéaire non nulle sur \(E\) et \(\alpha \in \mathbb{K}\), alors $$ \{x \in E : \varphi(x) = \alpha\} $$ est un hyperplan affine de \(E\), de direction \(\mathrm{Ker}\,\varphi\) qui est un hyperplan vectoriel. Il est automatiquement non vide : puisque \(\varphi \ne 0\), il existe \(x_1 \in E\) tel que \(\varphi(x_1) \ne 0\), et alors \(x_0 = \tfrac{\alpha}{\varphi(x_1)} x_1\) vérifie \(\varphi(x_0) = \alpha\). Cela réinterprète les exemples antérieurs $$ x + y + z = 1 \quad \text{dans } \mathbb{R}^3 $$ et $$ P(0) = 1 \quad \text{dans } \mathbb{R}_3[X] $$ comme ensembles de niveau de formes linéaires explicites.
Méthode — Algorithme « structure des solutions »
Pour résoudre une équation linéaire \(u(x) = a\) : - Trouver une solution particulière \(x_0 \in E\) vérifiant \(u(x_0) = a\) (une seule suffit).
- Déterminer \(\mathrm{Ker}\,u\), l'ensemble des solutions de l'équation homogène associée \(u(h) = 0\).
- L'ensemble des solutions complet est \(\mathcal{S}_a = x_0 + \mathrm{Ker}\,u = \{x_0 + h : h \in \mathrm{Ker}\,u\}\).
Compétences à pratiquer
- Appliquer le théorème de structure des solutions
III.2
Application 1 : systèmes linéaires
Un système linéaire \(AX = B\) avec \(A \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})\) et \(B \in \mathbb{K}^n\) est exactement l'équation \(u(X) = B\) où \(u : \mathbb{K}^p \to \mathbb{K}^n\), \(X \mapsto AX\) (l'application linéaire canoniquement associée à \(A\)). Le théorème sur les équations linéaires s'applique directement.
Exemple
Résoudre le système \(\{x + y - z = 1,\ 2x - y + z = 0\}\) dans \(\mathbb{R}^3\) par l'algorithme « structure des solutions ». - Solution particulière. Posons \(z = 0\) : le système devient \(\{x + y = 1, 2x - y = 0\}\). En sommant : \(3x = 1\), \(x = \tfrac{1}{3}\) ; alors \(y = \tfrac{2}{3}\). Donc \(x_0 = (\tfrac{1}{3}\,;\,\tfrac{2}{3}\,;\,0)\).
- Noyau homogène. Résolvons \(\{x + y - z = 0,\ 2x - y + z = 0\}\). En sommant : \(3x = 0\), \(x = 0\) ; alors \(y = z\). En posant \(z = s\) : \(\mathrm{Ker}\,u = \{(0\,;\,s\,;\,s) : s \in \mathbb{R}\} = \mathrm{Vect}((0\,;\,1\,;\,1))\).
- Solution complète. \(\mathcal{S} = (\tfrac{1}{3}\,;\,\tfrac{2}{3}\,;\,0) + s \cdot (0\,;\,1\,;\,1)\) pour \(s \in \mathbb{R}\).
Compétences à pratiquer
- Décrire les solutions d'un système linéaire comme un sous-espace affine
III.3
Application 2 : problèmes linéaires classiques (vue d'ensemble)
Le même théorème « structure des solutions » apparaît dans trois autres cadres classiques déjà étudiés ou à étudier. Les démonstrations détaillées vivent dans les chapitres correspondants ; ici on se contente de reconnaître le schéma.
Exemple — Équation différentielle linéaire d'ordre 1
Sur un intervalle \(I \subset \mathbb{R}\), pour des fonctions continues \(a, b \in \mathcal{C}^0(I\,;\,\mathbb{K})\), l'équation différentielle linéaire $$ y'(x) + a(x) y(x) = b(x) $$ est l'équation \(u(y) = b\) où \(u : \mathcal{C}^1(I\,;\,\mathbb{K}) \to \mathcal{C}^0(I\,;\,\mathbb{K})\), \(y \mapsto y' + a y\) est linéaire. Le théorème général sur les équations linéaires dit que l'ensemble des solutions est vide ou un sous-espace affine de \(\mathcal{C}^1(I\,;\,\mathbb{K})\) de direction \(\mathrm{Ker}\,u\) (les solutions homogènes) ; le théorème d'existence du chapitre Équations différentielles garantit qu'ici (avec \(a\) et \(b\) continues sur un intervalle), cet ensemble est en fait non vide. La dimension de \(\mathrm{Ker}\,u\) et la forme explicite des solutions y sont dérivées. Exemple — Équation différentielle linéaire d'ordre 2\(\virgule\) à coefficients constants
Sur un intervalle \(I \subset \mathbb{R}\), pour \(p, q \in \mathbb{K}\) et \(f \in \mathcal{C}^0(I\,;\,\mathbb{K})\), l'équation différentielle linéaire $$ y''(x) + p y'(x) + q y(x) = f(x) $$ est \(u(y) = f\) où \(u : \mathcal{C}^2(I\,;\,\mathbb{K}) \to \mathcal{C}^0(I\,;\,\mathbb{K})\), \(y \mapsto y'' + p y' + q y\) est linéaire. Le théorème général donne « vide ou affine de direction \(\mathrm{Ker}\,u\) » ; le théorème d'existence du chapitre Équations différentielles garantit la non-vacuité dans ce cadre. Admis dans le cas à coefficients constants : \(\mathrm{Ker}\,u\) est de dimension \(2\). Exemple — Récurrence arithmético-géométrique
Pour \(a, b \in \mathbb{K}\), considérons la récurrence \(u_{n+1} = a u_n + b\). On la voit comme \(\Phi(u) = b \cdot \mathbf{1}\) où \(\Phi : \mathbb{K}^\mathbb{N} \to \mathbb{K}^\mathbb{N}\), \((u_n) \mapsto (u_{n+1} - a u_n)\), et \(\mathbf{1} = (1\,;\,1\,;\,1\,;\,\ldots)\). Deux cas. - Cas \(a \ne 1\) : choisir la solution particulière constante \(\ell = b / (1 - a)\). Les solutions homogènes sont géométriques : \(u_n = C a^n\) (avec la convention usuelle \(a^0 = 1\), y compris pour \(a = 0\)). Donc \(u_n = \ell + C a^n\).
- Cas \(a = 1\) : la récurrence devient \(u_{n+1} = u_n + b\). Choisir la solution particulière \(u_n = n b\). Les solutions homogènes sont les suites constantes. Donc \(u_n = n b + C\).
Exemple — Interpolation polynomiale
Étant donnés \(n + 1\) réels distincts \(a_0\,;\,\ldots\,;\,a_n\) et des valeurs cibles \(b_0\,;\,\ldots\,;\,b_n \in \mathbb{R}\), on cherche \(P \in \mathbb{R}_n[X]\) avec \(P(a_i) = b_i\) pour tout \(i\). C'est \(\Phi(P) = (b_0\,;\,\ldots\,;\,b_n)\) où \(\Phi : \mathbb{R}_n[X] \to \mathbb{R}^{n+1}\), \(P \mapsto (P(a_0)\,;\,\ldots\,;\,P(a_n))\). Par un exercice d'Applications linéaires, \(\Phi\) est une bijection (puisque les \(a_i\) sont distincts, \(\mathrm{Ker}\,\Phi = \{0\}\)). Donc \(\mathcal{S}\) est de direction \(\{0\}\) et se réduit à un seul point : l'unique polynôme d'interpolation de Lagrange. Méthode — Reconnaître le schéma d'une équation linéaire
Lorsqu'une équation s'écrit \(u(x) = a\) avec \(u\) une application linéaire entre deux espaces vectoriels et \(a\) une cible dans le but, le théorème « structure des solutions » s'applique : l'ensemble des solutions est vide ou un sous-espace affine de direction \(\mathrm{Ker}\,u\). L'algorithme « structure des solutions » réduit alors le problème à deux ingrédients : - une solution particulière ;
- le noyau de \(u\).
Compétences à pratiquer
- Reconnaître le schéma d'une équation linéaire
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